HUITIÈME OBSERVATION
Dans le tiers de la propriété, où le sol est de qualité inférieure, les arbres sont peu élancés, garnis de branches dans les deux tiers environ de leur longueur : la tige est par conséquent assez courte, mais elle ne le cède pas beaucoup en grosseur aux arbres plus élevés des meilleurs sols. Ce serait
donc ces arbres qui auraient plus particulièrement besoin de l'application de la méthode de M. de Courval.
Dans un mauvais sol, Tarbre a beaucoup de peine à émettre ses racines, et celles-ci y recueillent difficilement les sucs nourriciers dont elles ont besoin ; mais Tarbre ne vit pas seulement par les racines, il vit aussi par les feuilles, qui absorbent à elles seules presque tout l'acide carbonique nécessaire à la formation du bois. Si donc à ces arbres on retranche des branches sur environ un tiers de leur longueur, ne sera-t-il pas à craindre que ce ne soit au détriment de leur accroissement en grosseur?
La hauteur qu'atteignent les arbres forestiers étant, en général, proportionnée à la longueur qu'acquièrent leur pivot ou leurs fortes racines, comme semble l'avoir observé, ou deviné peut-être, le grand peintre de la nature \ ce serait à tort qu'on voudrait obtenir, dans un terrain peu profond et à soussol imperméable, des sujets à tige longue et élevée. Aussi doiton, dans de telles circonstances, ne pas^chercher à leur donner les mêmes proportions que celles indiquées pour les terrains riches et profonds. C'est ici le cas de conseiller de supprimer dans ces sols ingrats les essences voraces et pivotantes, et de les remplacer par celles qui tracent et se contentent d'un sol plus aride et moins profond, telles que le
* Quae quantum vertice ad auras
^thereas, tantum radice in Tarlara tendit.
' (Virgile, Géorgi^u^).
hêtre, le bouleau, et surtout les conifères. Le mieux, dans de telles conditions, serait de ne conserver que le petit nombre de réserves nécessaire pour protéger et ombrager les semis naturels et les jeunes recrus, et d'aménager ainsi ces bois, qu'on peuplerait d'essences traçantes et peu exigeantes, suivant le régime des taillis simples, puisque les réserves ne pourraient jamais, malgré les soins les plus éclairés, acquérir assez de hauteur pour donner un produit capable de compenser le tort que causerait au taillis la large tête qu'on serait forcé de leur laisser.
Quant à la crainte que les sujets-réserves ne souffrent de la suppression d'un trop grand nombre de branches, elle ne serait fondée que si on les soumettait encore à l'ancienne méthode d'élagage, ou plutôt d'émondage, qui, les privant de leurs appareils respiratoires sur presque toute leur longueur, diminuerait ainsi et réduirait outre mesure leur mode d'alimentation, et les condamnerait, comme cela ne se voit que trop souvent, à une existence souffreteuse et chétive, * suivie d'une mort prématurée. Il ne viendra à Tidée de personne, en effet, dé nier que, si l'arbre ne vit pas seulement par ses racines, mais aussi par ses feuilles, qui absorbent à son profit tout l'acide carbonique nécessaire à la formation ligneuse, on lui porterait le plus grand préjudice en l'en privant outre mesure ; mais on doit se rappeler que cette juste proportion à conserver au système feuillu est précisément la base de ma méthode, et qu'on n'a rien à craindre en s'y conformant.