SCÈNE PREMIÈRE La princesse, mademoiselle RENAUD
LA PRINCESSE^ debout, appuyée les mains sur un fauteuil et dictant à mademoiselle Renaud, qtn écrit.
« Pespère donc, mon ami, mener à bien cette grande 9 affaire , ou j'y perdrai mon entêtement de femme... 2> dites à notre chère Marie qu'elle est trop belle pour » n'être pas aimée... Ma nièce Tamara de Ghandor se j> rappelle à votre bonne affection ainsi que son mari... » En attendant, croyez... et cœtera et cœtera, votre amie, » Olga Gorlitzin... qui a bien mal à la tête. » -
MADEMOISELLE RENAUD, lui présentant une lettre.
n ne vous reste plus que votre lettre à madame de Bruloff... Si vous voulez la relire...
LA PRINCESSE
Merci. Donnez. (Elle s'asseoit. Regardant la lettre.) Renaud, vous écrivez comme un ange... votre écriture n'a qu'un défaut, c'est d'être si menue, que j'ai une peine infinie à relire ce que je vous ai dicté... Mon pauvre ami Bomberg, qui n'a pas de meilleurs yeux que moi, doit vous maudire chaque f<HS que je lui donne de mes nouvelles.
MADEMOISELLE RENAUD
Votre ami Bomberg, madame, met des lunettes, et si vous &isiôB eomme lui...
LA PBINCESSE.
Des lunettes!., pour me défigurer?..
MADEMOISELLE RENAUD, riant.
Mais devant moi, madame?
LA PRINCESSE
Devant vous... je me verrais tout de même! Enfin I... ' Voyons. (Lisant.) « J'ai fait vos commissions, ma chère. Trois B amours de robe satin chine : une mauve, une lilas, une » violet; les mieux appropriées à la douleur où vous » plonge la mort de votre excellent mari... que Dieu ait » son âme!... La mauve a des bouillonnes de tulle illu- :» sion, relevés avec des nœuds blancs, bordés de noif... 9 c'est d'un effet délicieux... Tout cela mis sous le sceau B de l'ambassade, vous arrivera sans danger des profanaj» tiens douanières. J'y joins un perroquet charmant que ]» je vous prie d'accepter en souvenir de moi, et qui parle ]» espagnol comme la comtesse de Germerai, sauf qu'il en 9 dit plus long qu'elle et qu'il est moins jaune de teint. Il » y a des provisions pour la route. — Nous avons à Paris, ]» cette année, une saison d'hiver très-brillante. Tamara se i livre à ce tourbillon mondain avec une ardeur qui res- » semble à du vertige, et qui m'étonne parfois chez cette » nature sérieuse et réfléchie. Mon neveu de Ghandor est :» toujours parfait pour elle, et deux années de mariage 9 n'ont fait que resserrer leur affection... » (Parlé.) Deux années!.. Y a-t-il bien deux ans, Renaud^ qu'ils sont mariés?
MADEMOISELLE RENAUD
Oui, madame... et même un mois de plus,
LA PRINCESSE
Gomme le temps va ! (Reprenant sa lecture.) t Vous aupoz » appris sans doute que Serge Noyeroff, votre cousin, a » eu le bonheur de se casser la clavicule en courant au » steeple-chase de La Marche. Le voilà à la mode ! Il est » du reste le compagnon de ce fou de Michel Woynoff, » qui, à peine remis de sa blessure reçue au Gaucase, a » repris son train comme s'il avait à racheter dix-huit