SCENE VIII Les Mêmes, MICHEL
Il est pàle^ chsuiçé, vieilli^ et sous la suprême élégance on sent le débraillé
d'un viveur.
LA PRINCESSE
Ah ! c'est heureux qu'on vous voie ! . . .
MICHEL; lai baisant la main.
Acccablez-moi, princesse, et faites-moi bien honte pour que madame de dhandor, en me voyant si maltraité, ne joigne pas sa voix à la \ôtre.
Il s'incline devant Tamara qui lui rend un froid salut. LA PRINCESSE.
Hein ! ... si vous méritiez qu'on vous aimât, comme on serait donc bien loti?.. Deux visites en trois mois!., oublieux, mauvais sujet, ingrat !...
MICHEL, baissant la tête \
Allez! allez, princesse.
LA PRINCESSE
Ah! j'irais longtemps, s'il fallait tout dire!., car j*en sais de vos méfaits.
MICHEL
On me calomnie tant, princesse.
LA PRINCESSE
Pardi ! vous n'avouerez jamais.
Voulez-vous que je confesse ?. . .
* Michel, la Princesse, Tamara.
LA PRINCESSE
Bon Dieul.. nous en entendrions de belles! Devant Tamara... je tous le défends !
MICHEL
Alors.. . ce sera pour un jour où vous serez seule.
LA PRINCESSE, à Tamara.
A-t-on VU cet impertinent !..
Matante...
LA PRINCESSE, 80 retooroaDt vers Michel.
Quel jour prenons-nous ?
MICHEL
Un jour d'été... le plus long !
LA PRINCESSE
Voyez si Ton peut parler raison avec lui?
MICHEL
Raison !». fi 1 le vilain mot, princesse, il effarouche jusqu'au sourire.
LA PRINCESSE
Poltron, il a peur ! mais vous n^y échapperez pas. Je vous tiens. D'abord, asseyez-vous. Je n'aime pas qu'on voltige autour de moi, ça m'étourdit...
MICHEL
J'obéis.
LA PRINCESSE
Bon.
MICHEL, à Tamara qui travaille à on ouvrage de tajKsaerie.
Je ne vous ai point demandé des nouvelles de monsieur de Ghandor, ma chère Tamara, je l'ai aperçu , cette nuit, au bal de madame de Méray.
TAMARA,, froidement.
Ah!... VOUS y étiez...
MICHEL
Le temps de traverser les salons.
LA PRINCESSE
Ça se trouvait être le chemin du club... comme aiyourd'hui l'hôtel Ghandor est sur le chemin du bois.
ACTB TROISIÈME 89
MICHEL
Vous n'êtes pas généreuse, princesse. La preuve qu'aujourd'hui je n'ai pensé qu'à vous^ c'est que je viens en solliciteur.
LA PRINCESSE
En solliciteur, vous?.». Vous m'effrayez!... Qu'est-ce donc?...
Vous êtes très-liée avec le surintendant des théâtres à Pétersbourg, et je viens vous demander une lettre de recommandation près de lui.
LA PRINCESSE
Pour vous?
IlICHEL.
Non, princesse, c'est pour quelqu'un du corps de ballet de l'Opéra que je veux faire engager là-bas.
LA PRINCESSE
Quel fou ! mais voulez-vous bien vous taire ! De qui vat-ii nous parler là. . . L'entendez-vous, ma chère?. ..
MICHEL
Princesse, voici encore que vous me calomniez pour l'action la plus méritoire... Il s'agit de la petite Paula qui a tant de talent et qui est sage comme. . .
LA PRINCESSE
Gomme une danseuse laide, pardié! — Ahl c'est d'elle qu'il s'agit. . .
MICHEL
Nous la protégeons au club.
LA PRINCESSE
Il protège beaucoup ces demoiselles, le club.
MICHEL
Nous avons naturellement le cœur sensible, c'est connu.
Et que n'écrivez-vous, vous-même, au' général.
MICHEL
Oh! nous sommes brouillés à mort. . . à cause de. . .
LA PRINCESSE
Oui, oui, je sais. . . Ne nous le dites pas, grand Dieu !
MICHEL
Enfin, cette fois, princesse, c'est pour une œuvre pie...
LA PRINCESSE
C'est bon!... Vous aurez votre lettre, mauvais sujet que vous êtes. . . Gela vous sied bien de vous intéresser à la vertu.
MICHEL
C'est une conversion, voilà tout.
LA PRINCESSE
Oui? Eh bien, j'en suis aise, car j'ai juste à point le placement de cette sagesse toute neuve. . . pour des projets très-sérieux.
MICHEL
Parfait! le sérieux, c'est ma vocation.
LA PRINCESSE
Nous allons bien le voir. . . Comment vous portez- vous?
MICHEL
Je vous remercie. . . fort bien. . . sauf un peu de migraine. . . Et vous^ princesse?. . .
LA PRINCESSE
Ce n'est pas lace que je vous demande. Je vous interroge sur l'état général de votre constitution.
MICHEL
Bon Dieu!., vous parlez comme un capitaine de recrues.
LA PRINCESSE
Précisément, Je recrute! Et si vous avez quelque affection pour moi, vous allez écouter mes conseils et les suivre.
MICHEL
J'ai beaucoup d'affection pour vous, princesse, et j'adore les conseils. Parlez, j'écoute.
LA PRINCESSE
Mon cher Michel, vous avez vingt-huit ans. Avec des