THE UNIVERSITY OF CHICAGO LIBRARY
W J. eee r f Leon 1856-1933* Taoïsme « •
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LES PÈRES m SISTÈIE TAOÏSTE
Lao-izeu ,
Lie-tzeu Tchoang-tzeu
Texte revu sur les anciennes éditions taoïstes, traduit d'après les commentaires et la tradition taoïstes.
De Superioris regularis Missionis licenliâ. Raphaël Gaudissart S.J.
Nil obstat, ^m. Becker S.J.
Imprimatur, t H. Blaquet S.J.
Episc. Amathont. Vicar. apost. Tche-li M.O.
Tous droits réservés.
Préface.
Ce volume contient ce qui reste de trois penseurs chinois, 老 子 Lao- ■■ tzeu, 列 子 Lie-tzeu, 莊 子 Tchoang-tzeu, qui vécurent du sixième au quatrième siècle avant l'ère chrétienne.
La'o-tzeu, le Vieux Maître, fat un contemporain de Confucius, plus âgé que lui d'une vingtaine d'années. Sa vie s'écoula entre les dates 570-490 probablement (les dates de Confucius étant 552-479). Rien, de cet homme, n'est historiquement certain. Il fut bibliothécaire à la cour des 周 Tcheou, dit la tradition taoïste. Il vit Confucius une fois, vers Pan 501, dit encore la tradition taoïste. Las du désordre de l'empire, il le quitta, et ne revint jamais.. Au moment de franchir la passe de l'Ouest, il composa pour son ami, le 闥 | préposé à la passe 尹 ! g Yinn-hi, récrit célèbre traduit dans ce volume. "Cela encore est tradition taoïste. Dans la très courte et très insignifiante notice 老 子列傳 qu'il lui a consacrée vers l'an 100 avant J.-C, "g 馬遷 Seiima-ts'ien dit que, d'après certains, le nom de famille du Vieux Maître fut 拳 Li, son prénom commun !! §1 Eull, son prénom noble 伯 陽 Pai-yang, son nom posthume 雜 Tan ( d'où l'appellatif posthume Lao-i<xn). Mais, ajoute le célèbre historien, lequel fut, comme son père, plus qu'à moitié taoïste, «d'autres disent autrement, et, du Vieux Maître, on peut seulement assurer ceci, qu'ayant aimé l'obscurité par-dessus tout, cet homme effaça délibérément la trace de sa vie. » (史 |B Cheu-ki, chap. 63). ― Je n'exposerai point ici 】a légende de Lao-tzeu, ce volume étant'Msiongite.
Lie-tzeu, Maître Lie, de^son nom I 列 麵! 寇 Lie-uk 'eoUf aurait vécu, obscur et pauvre, dans la principauté 鄭 Tcheng, durant quarante ans. II en fut chassé par la famine, en l'an 398. A cette occasion, ses disciples auraient mis par écrit la substance de son enseignement. Ces données reposent aussi uniquement sur la tradition taoïste. Elles ont été souvent, et vivement attaquées. Mais les critiques de l'index bibliographique 四 庫全書 Seu-k'ou ts'uan-chou, ont jugé que. l'écrit devait être maintenu.
Tchoang-tzeu, Maître Tchomig , de son nom 莊 |^ Tchoang-tcheou, ne nous est guère mieux connu. 11 dut être au déclin de sa vie, vers l'an 330. Très instruit (Seuma-tsHen, Cheu-ki, l.c. appendice), il passa volontairement sa vie dans l'obscurité et la pauvreté, bataillant avec verve contre les théories et les abus de son temps.
C'est donc entre les extrêmes 500-330, qu'il faut plaber l'élucubralion des idées contenues dans ce volume. Je dis, des idées, non des écrits ; voici pourquoi : -- De Lao-tzeu, la tradition affirme formellement qu'il écrivit. L'examen attentif de sou œuvre, paraît donner raison à la tradition. C'est bien une tirade, tout d'une haleine, reprise ah ovo quand l'auteur a dévié ; une enfilade de points et de maximes, plutôt qu'une rédaction suivie"; le factum d'un homme qui précise et complète sa pensée, pas obscure mais très profonde, en reprenant, en retouchant, en insistant. Primitivement, aucune division en livres et en chapitres n'exista. La division fut faite plus tard, assez maladroitement, 一 Quant à Lie-tzeu et Tchoang-tzeu, l'examen des deux traités qui portent leurs noms, montre à l'évidence que ces deux hommes n'ont pas écrit. Ils se composent d'un assemblage de notes, de liches, recueillies par les auditeurs souvent avec des variantes et des erreurs, collarlionnées ensuite, brouillées et reclassées par des copistes, interpolées par des mains tendancieuses uoq taoïstes, si bien que, dans le texte actuel, il se trouve quelques morceaux diamétralement contraires à la doctrine certaine des auteurs. Les chapitres sont l'œuvi'g de ceux qui collalionnèrenl les cèntons. Ils furent construits en réunissant ce qui se ressemblait à peu prés. Plusieurs furent mis dans uq désordre complet, par l'accident qui brouilla tant, de vieux écrits chinois, Ja— rupture du lien d'une liasse de lattes, et le mélange de celles-ci. 一 A noter que ces traités taoïstes ne furent point compris dans la destruction des livres, en 213 avant J.-C.
La doctrine des trois auteurs est une. Lie-tzeu et Tchoang-tzeu développent Lao-tzeu, et prétendent faire renionler ses idées à l'empereur Hoangti, \e fondateur de l'empire chinois. Ces idées sont, à très peu près, pelies de rinde de la période contemporaiue, l'âge des Upanishad. Un panthéisme réaliste, pas idéaliste. —— Au commencement fut seul un être, non intelligent mais loi fatale, non spirituel mais matériel, knpsi'ceptible à force de ténuité, d'abord immobile, Tao le Principe, car tout dériva de lui. Un jour ce Principe se mit à émettre Tei sa Vertu, laquelle agissant en deux modes alternatifs yinn et ymig, produisit comme par condensation le ciel la terre et l'aii' entre deux, . agents inintelligents de la production de tous les êtres sensibles. Ces êtres sensibles vont et viennent au lil d'une évolution circulaire, naissance, croissance, décroissance, mort, renaissance, et ainsi de suite. Le Souveraio d'en haut des Annales et' des Odes, n'isst' pas nié expressément, mais dégradé, annulé, si bien qu'il est nié écjuivalcmQieiit. L'homme n'a pas une origine autre que la foule des êtres. Il est plus réussi que les autres, voilà tout. Et cela, pour cette fois seulement. Après sa mort, il rentre dans une nouvelle èxislence quelconque, pas nécessairement humaine, même pas nécessairement animale ou végétale. ïransformisoie, dans le sens le plus large du mot. --. Le Sage fait durer sa vie, par la tempérance, la paix mentale, l'abstenliotf
Çréface.
de tout ce qui fatigue ou use. C'est pour cela, qu'il se tient dan? la retraite, et robscnrité. S'il en est tiré de force, il gouverne et administre d'après les mêmes principes, sans se fatiguer ni s'user, faisant le moins pqssible,^si possible ne faisant rien du tout, afin de ne pas gêner la rotation de la roue cosmique, l'évolution universelle. Apathie par l'abstraction. Tout regarder, de si haut, 'le si loin, que tout apparaisse comme fondu en un, qu'il n'y ait plus de détails, cVindiviflus, et par suite plus d'intérêt, plus de passion. Surtout pas de système, de règle, d'art, de morale. 11 n'y a, ni bien oi mal, ni sanction. Suivre les instincts de sa nature. Laisser aller le monde au jour le jour. Evoluer avec le grand tout. ...
Reste à noter les points suivants, pour la juste intelligence du contenu de ce volume.
Beaucoup de caractères employés par les anciens taoïstes, sont pris dans leur sens primitif étymologique ; sens tombé en désuétude, ou devenu rare depuis. De là comme une langue spéciale, propre à ces auteurs. Ainsi Taotei-king ne signifie pas traité de la Voie et de ta Vertu ( sens dérivés de Tao et Tei), mais traité du Principe et de son Action (sens antiques). '
Aucun des faits allégués par Lie-tzeu et surtout par Tchoang-tzeu, ïCSi de valour historique. Les hommes qu'ils nomment, ne sont pas plus réels, què les abstractions personnifiées qu'ils mettent en scène. Ce sont procédés oratoires, rien de plus. Il faut surtout se garder de prendr;e pour réelles, les assertions de Confuciu,s, toutes inventées à plaisir. Certains auteurs mal avertis, sont jadis tombés dans cette erreur, et ont de bonne foi imputé au Sage des effata que lui prêta son ennemi Tchoang-tzeu, pour le ridiculiser.
Confucius, le plastron de Tchoang-tzeu, est présenté en trois postures. ― 1" comme l'auteur du conveutionnalisme et le destructeur du naturalisme ; comme l'ennemi juré du taoïsme, par conséquent.' C'est la vraie note. Ces textes sont tous authentiques. —— 2° comme prêchant, en converti, le taoïsme plus ou moins pur, à ses propres disciples. Fiction parfois très ingénie use - • ment conduite, pour faire ressortir des discours mêmes du Maître, l'insuffisance du ConfucéisQie et les avantages du Taoïsme. Textes aullienliques, mais qu'il faut se gai'der d'imputer à Goafucias. ― S» quelques textes peu nombreux, purement confucéistes, sont des interpolations. Je les noterai tous.
De même, les parangons du système confucéen, Hoang-ti^ Yao, Chomm, le grand U, et autres, sont présentés en trois postures. — 1" exécrés comme auteurs ou fauteurs de la civilisation artificielle. C'est la vraie note. Textes authentiques, — 2。 loués pour un point particulier, commun aux Confucéistes et aux. Taoïstes. Textes aulhentiques. ― 3。 loués eu général, sans restriction, laterpolatioas confucéenues peu nombreuses, que je relèverai. ― Je
Préface.
pense de plus que, dans le texte, plus d'un Yao, plus d'un Chounn, sont erreurs de copistes, qui ont écrit un caractère pour un autre.
La date à laquelle l'œuvre de Lao-tzeu fut dénommée ^ 德 經 Taotei-king, n'est pas connue. La dénomination figure dans 淮 南 子 Hoainan-tzeu, au second siècle avant J.-C. 一 En l'an 742, l'empereur 玄 宗 HuanMsong de la dynastie ^ Tang, conféra au traité de Lie-tzeu le titre 冲 虚異經 Tcli'oung-hu-tGhenn king, traité du Maître transcendant du vide; et au traité de Tchoang-tzeu le titre 洧 華眞經 Nan-hoa-tchenn king, traité du Maître transcendant àe Nan-hoa ( nom d'un lieu où Tchoangtzeu aurait séjourné), les deux auteurs ayant reçu le litre 眞: A tclienn-jenn hommes transcendants. Le Tao-tei-king est aussi souvent intitulé Tao-teitchenn king, depuis la: même époque.
Des notes éclaircissent les passages difficiles, ou dans le texte même, ou au pied de la page. 一 Pour tous les noms propres, chercher dans la table des noms, au bout du volume. 一 Les lettres TH renvoient à mes Textes Historiques. |
Je me suis efforcé de rendre ma traduction d'aussi facile lecture qu'il !! y^â été possible, sans nuire à la fidélité de l'interprétation. Car mon but est de mettre à la portée de tous les penseurs, ces vieilles pensées, qui ont été depuis tant de fois repensées par d'autres, et prises par eux pour nouvelles.
獻 驟 Hien-hien (Ho-kien-fou) le 2 avril 1913 Dr Léon Wieger S 丄