曰、 善 哉。 辭 其 W 遊、 去 其 弟. 子, 逃 於 大 ST 衣 裘褐、 食杼 果、 A 獸不亂 羣、 M 鳥 不 亂
! 行。 & 獸 一.^: 惡、而 ^ 人 乎。 E 孔 子 問 子 桑 库 îir 吾 再逐於 錢伏 樹 於 宋、 削 迹 於 衛
Tchoang-tzeu, chap. 20 D, E.
famine, lè grand-duc Jeun lui présenta ses condoléances en ces termës : Maître, cette fois vous ave/ vu la mort, cl e près. ― Oui, dit Confucius. ― Vous a-t-elJe fait peur ? 一 Oui, dit Confucius. ― Alors, dit le grand-duc Jenn, je vais vous donner la recette qui préserve des dangers de mort... Au bord de la mer orientale, se trouve l'oiseau I-tai, qui vit par bandes. Chaque individu se défiant de soi-même, ils voleot toujours appuyés l'un contre l'autre, dans UD ordre parfait, aucun ne quittant le gros, ni pour avancer, ni pour reculer. Quand ils mangent, c'est également en troupe, aucun ne s'écartant pour hcqo'per une meille}Lre bouchée, chacun picorant à son rang. Cette belle ordonnance les protège contre les animaux et contre les hommes, contre tous les accidents. Ainsi en va-i~il de l'homme, qui vit comme et avec les autres, qui ne fait 2? as bande à part, comme vous Confucius faites. Pour éviter le malheur, il faut encore se garder d'affecter des qualités ou des talents extraordinaires, comme vous faites. L'arbre le plus droit, sera le premier abattu. Le puits dont l'eau est la plus douce, sera le premier asséché. Votre science effarouche les ignorants, vos lumières offusquent les sots. N'accaparez pas le soleil et la lune. Ce sont vos prétentions, qui vous attirent vos malheurs. Jadis j'ai ouï ceci d'un homme de haut mérite: Se vanter, c'est se fermer la voie de la fortune ; si on a déjà m é ri les et renom, c'est s'attirer la spoliation. S'effacer, se cacher dans la masse, voilà la sécurité... Suivre le flot sans se^distinguer, aller son chemin sans se taire remarquer, modestement, simplement, jusqu'à se faire passer pour vulgaire; effacer lô.'souvenii' de ses mérites et faire oublier sa réputation ; voilà le secret pour vivre en paix avec les hommes. Le sur-homme recherche l'obscurité. Pourquoi cherchez-vous, vous, la notoriété? ― Merci, dit Confucius ; et, interrompant ses relations ordinaires, après avoir cong'édié ses disciples, il se cacha dans les roseaux d'un marais, s'habilla de peaux, -se nourrit de glands et de châtaignes. A la longue il retourna si parfai tement à l'état de nature, que sa présence ne fit plus peur aux quadrupèdes et aux oiseaux. Les hommes finirent même par le trouver supportable.
E. Un jour Confucius dit à maître Sang-ïiou: J'ai été par. deux fois chassé de la principauté de Lou. A Song ils ont abattu l'arbre qui m'abritait. On m'a coupé le chemin à Wei. J'ai couru des dangers à Chang et à Tcheou . J'ai été bloqué entre Tch'enn et Ts'ai. Par suite de ces malheurs successifs, mes amis s'éloignent de moi, mes disciples m'abandonnent. Qu'ai-je.fait pour que tout cela m'arrive? ― Sang-hou dit : Vous savez l'histoire de Linn-hoei, qui dans la déroute de Kia, s'enfuit, jetant son sceptre de jade qui valait bien mille lingots d'or, et emportant sur son dos son petit enfant. Cortes, le sceptre valait plus que Tenfant; l'enfant était plus difficile ù sauver que le sceptre ; cependant Linn-hoei emporta l'enfant et abandonna le sceptre. Pourquoi ? Parce que l'intéi-ôt seul l'allachait aa sceptre, tandis que la nature le liait à l'enfant. Or l'intérêt est un lien faible, que le malheur dénoue. Tandis que la nature est nn lien fort, qui résiste à toutes les épreuves. Il en va de même, de l'amitié intéressée, et de l, amitié transcendante. L'iiomnie supérieur, plutôt froid, attire ; le vulgaire, quoique chaud,, repousse. Les liaisons qui n'ont pas une raison d'être profonde, se défont comme elles, se sont faites. Oi vous n'êtes qu'un hornme vulgaire, et l'intérêt est le seul lien qui vous lie à vos disciples. Aussi leur attachement cesse -t -il avec Vadversité. — Je vous remercie, dit Confucius... Il se retira pensif, ferma
Tchoang-tzeu, chap. 20 E, F, G.
鼸, 絶 學 捐 書。 弟 子無 ffi 於 前、 其 愛蟊加 進。 異 日, 桑 库 X 曰、 舜 之 將 死, 眞 給 禹
sr 汝 戒 之 哉, 形 莫 若 緣、 情 莫 若 率。 緣 則 不 離、 率則 不勞。 不 離 不 勞, 則 不 求文以
王 曰, 何 先生之 憊邪。 莊子 曰、 貧 也, 非 憊 也。 士 有 道 德、 不 能 It 憊也。 衣 弊 履 穿.、 貧
天 一 也。 夫今之 歌者其 誰乎。 ERr 敢間、 無受天 損易。 仲 足曰, 饑渴寒 暑窮桂
之 道猶若 是, 而 ^乎 所以待 天乎。 何譆. 、無 受 人 益 難。 伸 足 or 始 用、 四 達。 爵 録
Tchoang-tzeu, chap. 20 E, F, G.
son école et renonça aux livres. Ses disciples congédiés, ne lui firent plus de révérences, mais commencèrent à l'estimer. 一 ― Une autre fois Sang-hou dit: Quand il fut sur le point de mourir, Chounn intima à U ce qui suit : Prends-y bien garde ! L'affection qui n'a pour fondement que les formes corporelles, n'est pas solide. Pour être solide, il faut que l'afleclion ait pour fondement de sp.iieuses raisons. Eire aimé ne vauL pas en imposer. L'ascendant conquis par de véritables qualités, est seul durable. On est fidèle à un pareil homme, non poui' sa beauté, ni pour ses faveurs, mais pour sa valeur intrinsèque. '
F. Habillé d'une robe en grosse toile rapiécée, ses souliers attachés aux pieds avec des ficelles, Tchoang-tzeu rencontra le roitelet de Wei. ― Dans quelle détresse je vous vois, maître, dit le roi. ― Pardon, voi, dit Tchoangtzeu ; pauvreté, pas détresse. Le lettré qui possède la science du Principe et (le son aclioa, u'esl jamais dans la détresse. Il peut éprouver la pauvreté, s'il est Hé claiLs des lemps malheureux... Tel un singe, dans un bois de beaux arbres aux branches longues et lisses, s'ébat avec une agilité telle, que ni I ni P'eiig-mong (archers célèbres ) ne pourraient le viser. Mais quand il lui faut grimper à des arbres rabougris et épineux, combien son allure est moins alerte! C'est pourlatit le rnôrae animal ; mêmes os, mêmes lendous. Oui, mais les circonslauces devenues défavorables, l'empêchent de faire un libre usage de ses moyens... Ainsi le Sage né sous un prince stupide qu'entourent (les ministres incapables, aura à souffi'ii'. Ce t'ai Ib cas de Pi-kan, à qui le tyran Tcheôu-sinn fit urrachei' le cœur.
G. Quand Confucius tut bloqué entre Tch'enn et Ts'ai, dutaul sept jours, sans possibilité de cuire aucun aliment, il prit (la us sa main gauche un bois sec, et le battit de la main droUe avec une branche morte, en chantonnant l'ode de maître Piuo. Musique sans tous ni mesure, murmure naturel du cœur blessé, rappelant celui de la terre que le soc de la charrue déchire. —— Yen-hoei, le disciple favori, se tenait là, dans la pose tVun désespéré, les bras croisés, regardant son maître. Craignant qu'il ne s'exaltât oulre mesure, Confucius lui dit: Hoei, se résigner aux épreuves naturelles, est facile. Hester inditï'érent aux laveurs des hommes, est difficile. Il n'y a pas de.commeucement, qui ne soit suivi d'une lin. L'homme est un avec le ciel. Moi qui chante mainteiiaut, qui suis-Je ' V ― Yen-hoei ne comprenant pas, demanda des explications: Se résigner aux épreuves naturelles est facile ; qu'est-ce à dire, maître?.. Con lu ci us dit : La faim, la soif, le froid, le chaud, la pauvreté, les obstacles et les contradictions, tout cela est inclus dans révolution cosmique, dans la loi des Iransformalious; lout homme rencontre donc ces choses sur sa route, et doit s'y résigner. Un inférieur ne doit pas se révolter contre les dispositions de son supérieur. Combien plus le devoir de la soumission iucombe-t-il à tout homme par rapport au ciel î 一 Yen-hoei reprit: Rester iûdiflëreDt aux faveurs des hommes est difficile; qu'est-ce à dire?.. Confucius dit: Vers ud homme en charge, honneurs et argent, tout conflue. Biens extérieurs, qui n'ajoutent rien à sa valeur morale, qui ne changent rien à sa destinée. Celui qui se laisse séduire par eux, déchoit du rang de Sage, tombe au niveau des voleurs (que l'argent tente). Or, vivre au milieu des richesses
■1. Je n'ai pas, en réalité, de personnalité stable. J'ai été jadis, je ne sais pas qui ni quoi. Je vais devenir, je ne sais pas qui ni quoi. Successiou de sorties cl de rentrées, du et dans le graail loul.
. 而 不知其 禪 之 者, 焉 知其 所終、 焉知其 所始。 正 而待之 ..而 已 耳。 何 sr 人 與 天
一 邪。 仲 足 曰、 有 人、 天 也。 有 天、 亦 天 也。 人 之 不 能 有 天、 性 也。 聖 人 晏 然、 體 逝 ffi 終
G' 矣。 H 莊周 遊乎雕 陵之 樊、 覩 一異 If 自 南方來 者、 舅廣七 尺、 目. 大 運 寸、 感 周 之
I, 見利而 忘 其 眞。 莊 周 休 然 GT 噫、 物 固相 累三類 * 召 也。 捐 彈 而 反. 走、 虞 人逐而
I 守 形 而 忘身、 觀 於獨氷 而迷於 淸 淵。 且 吾聞 諸夫子 urA 其 俗、 從 其俗。 今 吾 遊
6 惡 、吾 不 知其惡 也。 陽 子 曰, 弟 子 記 之。 行 賢 而去自 賢 之 行, 安 往而 HT 愛 哉。 ,
Tchoang-tzeu, chap. 20 G, H, I.
et des honneurs, sans se laisser séduire par les richesses et les honneurs, c'est très difficile. Il faut au Sage, dans cette situation, la circonspection de l'hirondelle. Cet oiseau ne se pose jamais sur un point, que son œil perçant a jugé peu sûr. Quand il a manqué sa proie, il ne s'arrête ni ne revient, mais continue son vol à tire d'aile. Il vit pai'mi les habitations des hommes, mais en se détUinl toujours de leurs habitants. ― Yen-hoei reprit : Il n'y a pas de commencement, qui iie soit suivi d'une liii ; qu'est-ce à dire?.. Cotifacius (lit: Tous les êtres changeant sans cesse de forme, le donneur de ces formes étant inconuu et, les règles quit suit étcDit mystérieuses, que peuton savoir de sa fin, que peut-oii savoir du commencement nouveau qui suivra cette fin"? H l'j'y. a donc qu'à attendre ce qui advieodra, en se tenant daus une attitude correcte. ― Yen-hoei reprit: L'homme est un avec le ciel ; qu'est-ce à dire?.. Gonl'ucius dit: Etre un homme, c'est cire ciel (partie intégrante.de 】a noi'rae universelle). Etre le ciel, c'est aussi être ciel (la masse de la norme universelle). Ce qui empêche riiomme d'être le ciel ( fondu dans 】a masse avec perte de sa pei'som'ialUé ), c'est son activité propre. Aussi le Sage s'abstient-il d'agir, et s'abandoune-t-il à révolution, qui l'absorbera à la fin dans le grand tout.
H. Comme Tchoamj-Lcheou ( Tchoanij-izeti ) bracouiiaiL dans le parc réservé de Tiao-ling, un grand oiseau vint en volant du Sud. Ses ailes avaient sept pieds do long'. Ses yeux avaient plus d'un pouce de circonférence. Il passa si près de Tclwang-lcheou, que son aile el'lleura sa tête, et s'aballit dans un bosquet de châtaigniers. Tckoang-tcheou courut après lui, en armant sou arbalète. Sur le tronc ombragé iTim arbre, une cigale prenait Je frais, absorbée dans sa musique. Une mante carnassière l'attaqua. Le grand oiseau fondit sur les deux, ce qui donna à Tchoang-tclieou V occasion de l'abattre. Tandis qu'il le ramassait, voilà se dit-il comme l'égoïsme et l'antagonisme portent les êtres, qui ont pourtant tous une même nature, à se détruire les uns les autres!.. Comme il sortait du bois, pea s'en fallut que le garde ne le saisît, pour braconnage. —— Rentré chez lui, Tchoang-tcheou s'enferma durant trois mois. Son disciple Linn-tsu lui ayant demandé la raison de ce long confinement, il dit: ,]'ai employé ce temps à me convaincre, que, pour vivre longtemps, il ne faut pas guerroyer avec les autres, mais faire et penser comme tout le monde. A toujours batailler, on linit par avoir son tour. J'ai appris cela du grand oiseau, et du garde-chasse de Tiao-Ung K
I. Maître Yang ( Yang-icliou) allant dans la principauté de Song, passa la nuit dans une auberge. L'aubergiste avait deux femmes, l'une belle, l'autre laide. La laide était aimée, là belle non. ― Pourquoi cela? demanda maître Yang. ― Parce que, lui dit uu petit domestique, la belle se sachant belle, pose, ce qui fait que nous ignorons délibérément sa beauté ; tandis que la laide se sacliarit laide, s'eirace, ce qui fait que nous ignorons délibérément sa laideur. : ~ Retenez ceci, disciples! dit maître Yang. Exceller, sans faire sentir son excellence, voilà la conduite qui tait aimer partout.
1. La" cigale, la mante, l'oiseau, l'arbalétrier, le garde, représentent les écoles philosophiques el politiques tlu temps, toujours guerroyant et bataillant. La cigale, c'est Confucius, hypnotise par sou ramage monotone . La mante contemplative et mordante, c'est Lao-tz'eu. Les trois mois de vetiaile de rcfioang-tscii, ne le convertirent pas. 11 res la rroiidcur et com ba til'.
^ 之 or 遠 矣全 德之君 子。 始 吾以 聖知之 霓仁 義 之 行、 爲 至 矣。 吾 閬子方 之師 ,吾
I 曰、 往 也蘄見 我乂 f 也 又蘄見 我、 是 必有 以振我 也。 出 ffi 見 STK 而 歎。 明 B 見 客、
Tchoang-tzeu, chap. 21 Â, B.
Chap. 21. Action transcendante.
A. Tien-tzeufang, qui assistait le marquis Wenn de Wei, citait souvent Hi-koung. Fat-il votre maître? demanda le marquis. 一 Non, dit T'ien- Lzeufang. Nous sommes originaires du même village. J'ai souvent été frapp,é de la justesse de ses discours. C'est pour cela que je le cite. ― Alors, dit le marquis, vous n'avez pas eu de maître? ― Pardon ! fit Tien-tzeufang. ― Qui cela? demanda le marquis. ― Maître Chounn du faubourg de l'est. ― S'il fut voire maître, dit le marquis, pourquoi ne citez-vous jamais ses paroles ? ― Parce que, dit Tien-tzeufang, cel homme ne parle pas. C'est un homme transcendant. C'est le ciel sous une forme humaine. Vide de toutes les contingences, il couve en lui sa transcendance. Bien disposé pour tous, quand quelqu'un n'agit pas comme il faudrait, i【 le lui fait remarquer par son attitude correcle, et le corrige ainsi sans paroles. Vous voyez bien que je ne puis pas citer cet homme. ― Quand T'ien-tzeufang fut sorti, le marquis Wenn resta tout abasourdi, et ne dit pas un mot le reste du jour. Il fit ensuite appeler ses confidents ordinaires, et leur dit: Combien différent de nous, est l'homme de vertu parfaite, .l'avais cru jusqu'ici que l'ctudc des paroles des sages et des savants, que la pratique de la bonté et de réquitô, (ilaieiil loul l'idéal (Confucéisme ). Mais dopuis que j'ai entendu parlor du maître de T'ien-Lzeùfang, je suis lout défait et commo paralysé, je ne puis plus ouvrit' 】a. bouche. Tout ce que j'ai appris jusqu'ici, n'est pas solide. Lo marquisat dont les souctH m'empêchent de' m'adonncr au taoïsme, ni'o.st devenu odieux.
B. Maîlro Sue comte de Wenn .( taoïste.) ' se rendant <iu midi à Ts'i, passa par la capitale de Loi" le pays de Confucius, où plusieurs personnes demandèrent à le vôir... A quoi bon? lîl-il. Les lettrés de ce pays n'étuflient que les l'its convonlionnels, et non la nature liumaino. Je ne veux pas .les voir. — Quand il revint de Ts,i, maître Sue s'arrêta do nouveau à Lou, et les mêmes personnes demandèrent encore à lo voir. Il les reçut donc dans la salle des hôtes, puis rentr;i dans son appartement en soupirant. Lo lendemain, nouvelle visite, nouveau soupir après la visite. 【iUi'igué, lo disciple qui servait maître Sue, lui demanda : Pourquoi soupirez-vous ainsi, chaque fois ■ que vous avez reçu des visiteurs? ― Parce que, dit maître Suc, jo mo convaincs de plus en plus, que les lettrés de ce pays, très ontendus en matière do rit s convenlionnels, n'entendent rien à la nature li 瞧 aine. Mes visiteurs ont fait 】es entrées et les sorties les pins éliidiées, les plus compassées, avec des airs de dragons et de tigres. Puis, nu lieu de me rien demander, ils m'ont repris on maîtres et sermonné on pères (supérieurs). Voilà pourquoi j'ai
soupiré. Confucius (en li'ain de. se convertir au taoïsme, et représenté
ici comme plus perspicace que les autres lettrés de Loif,), alla aussi voir maître Sue, et se retira sans lui avoir dit un mot... Pourquoi avoir gardé ainsi le silence? lui demanda son disciple Tzeu-loic... Parce que, dit Confucius, il m'a suffi de regarder cet homme. La science supérieure ( transcen-
380 Tchoang-tzeu, chap. 21 G, D.
fchoâng'-tzêu, chap, ii à, fi.
(làhce) jaillît de ses yeux et pénètre avec son regard ; des paroles ne sauraient l'exprimer.
C Yen-yuan (le disciple chéri ) dit à Confucius ( complètement converti au taoïsme):. Maître, quand vous marchez au pas, je vous suis au pas; quand vous trottez, je vous suis au trot; quand vous galopez, je vous suis au galop; mais quand vous vous élancez et quittez le sol, alors je ne puis plus qiie vous suivçe du regard. ― Explique-toi, Hoei, dit Confucius, 一 Voici, dit Yenhoei. Le pas, c'est votre discours; je puis le suivre. Le trot, c'est votre raisonnement; je puis le suivre. Le galop, ce sont vos spéculations; je puis les suivre. Mais ce que je n'arrive pas à saisir, c'est l'influx transcendant (taoïste) par lequel vous persuadez, vous gagnez. Qu'est-ce que cela? ― C'est, dit Confucius, la fascination exercée par mon moi supérieur, ma part de norme universelle, [sw le moi, la part de norme de mon auditeur, s'il ne l'a pas éteinte. Médite bien cela! La plus lamentable des morts, c'est la mort du cœur (l'extinclion de la norme); elle est bien pire que la mort du corps. Uhomme dont le cœur vit, agit sur les cœurs qui vivent, à la manière du soleil qui vivifie le monde. Le soleil se lève à l'orient et se couche à l'occident. 11 illumine tous les êtres, qui tous s'orientent vers lui. Avec son apparition, leur action commence; avec sa disparition, ils deviennent inertes. Tel est le rythme diurne, jour et nuit. Le rythme vie et mort, lui ressemble. Tour à tour, l'être meurt, l'être vit ( revit). Quand il a reçu une forme définie, il la conserve telle jusqu'à la lin de celle existence, période de jour durant laquelle il agit. Puis vient pour lui la mort, période de nuit durant laquelle il se repose. Et ainsi de suite, sans interruption, comme la chaîne des temps. Il redevient un être en fonction de son mérite, mais sait seulement (dans sa nouvelle existence) qu'il est tel de par son destin, sans pouvoir mesurer sa masse précédente (la niasse des antécédents moraux, le karma qui pèse sur lui). A la fin de cette existence, les êtres qui y furent en contact intime (épaule contre épaule ), se quittent avec douleur. Que si le survivant cherche à savoir l'état du défunt, c'est bien en vain, cai' il a cessé d'être lui. S'enquérir de lui, c'est donc chercher à la foire son cheval (volé, lequel a déjà trouvé un autre maître). Porter le deuil, I'uq de l'autre, c'est faire preuve d'un grave oubli (doctrinal; c'est oublier que l'autre n'existe plus clans sa précédente pei'sonnalUé). Il ne faut pas s'affliger de cette cessation de la personnalité comrae d'un malheur. Car l'amiihilalion n'est pas totale. Le moi physique a cessé d'être, c'est vrai, et ce serait une erreur que de penser à lui comme existant. Mais le moi transcendanl (la part de iiornio qui fut à cette personne) subsiste, el Von peut penser à lui comme existant... C'est par ce moi transcendant^ quasi impersonnel, que j'agis sur mes auditeurs. Il n'est pas déplaisant, comme le moi i)ersonnpÀ du nommé Confucius.
D. Confucius étant allé visiter Lao-tcm, \o, trouva assis immobile et ravi Rii extase. Le transport l'avait saisi, alors qu'il séchait sa chevelure, après ses ablutions ^. Confucius atteiiflit discrètement qu'il fût revenu à lui, puis dit: Vous aviez quitté choses et hommes ; vous vous étiez relire dans l'isolement (lu moi ! -- Oui, dit Lao-lan. Je m'ébattais dans l'origine des choses. ― Qu'est-ce à dire ? demanda Confucius. 一 Je suis encore mal remis, dit Lao'
U Comparez diapilre 3 ^.
二晦一 ar 日改 月化、 H 有所爲 而莫見 其功。 生有所 乎蔺、 死有所 乎歸。 飴
, 老 0 曰、 夫 得 是, 至 美至樂 也。 得 至美而 遊乎至 樂, 謁 之至. <。 孔子 nr 願 聞 其
一 1, 夫 g. 足 以申〕 心。 已 爲 0 者, 解 乎此。 孔 子 Rr 失子 德配 天 地、 而 猶偃至 霤 以 赠
Tchoang-tzeu, ebap. 21 S, S.
tan ; mon esprit fatigué n'est pas encore libre de penser, ma bouche serréô peut à peine articuler ; je vais pourtant essayer de vous satisfaire... Les deux modalités de l'être s'étant différenciées dans l'être primordial^ leur giration commença, et l'évolution cosmique s'ensuivit. L'apogée du yinn (condensé dans la terre), c'est la passivité tranquille. L'apogée du yançi ( condensé dans le ciel ), c'est l'activité féconde. La passivité de la terre s'offrant a'u ciel, l'activité du ciel s'exerçant sur la terre, des deux naquirent tous les êtres. Force invisible, l'acr.ion et la réaction du binôme cieltërre, produit toute révolution. Commencement et cessation, plénitude et vide, révolutions astronomiques, phases du soleil et de la lune, tout cela est produit par cette cause unique, que personne ne voit, mais qui fonctionne toujours. La vie se développe vers un but, la mort est un retour vers un terme. Les genèses se succèdent sans cesse, sans qu'on en sache J'origine, sans qu'on en voie le terme. L'action et la réaction du ciel et de la terre, sont l'unique moteur de ce- mouvement. Là est la beauté, la joie suprême. S'ébattre dans ce ravissement, c'est le lot du sur-homme. 一 Mais comment y atteindre? demanda Confucius. - Par l'indifférence absolue, reprit Laotan. Les animaux qui peuplent la steppe, n'ont d'attrait pour aucun pâturage en particulier; les poissons qui vivent dans les eaux, ne tiennent à aucun habitat déterminé ; par suite aucun déplacement n'altère leur paix. Tous les êtres sont un tout immense. Celui qui est uni à cette unité, jusqu'à avoir perdu le sens de sa personnalité, celui-là considère son corps du même çeîl que la poussière, la vie et la mort du même œil que le jour et la nuit. Qu'est-ce qui pourra émouvoir cet homme, pour lequel gain et perte, bonheur et malheur ne sont rien ? Il méprise les dignités comme la boue, parce qu'il se sait plus noble que ces choses. Et cette noblesse de son moi, aucune vicissitude ne peut lui porter atteinte. De tousjes changements possibles, aucun n'altérera sa paix. Celui qui a atteint le Principe, comprend ceci. ― Ah ! fit Confucius ébahi, voilà un enseignement large comme le ciel et la terre ; peut-il être résumé en quelque formule, à la manière des anciens ? 一 Laotan répondit : Les sources jaillissent naturellement. Le sur-homme est tel spontanément. Le ciel est haut, la terre est épaisse, le soleil et la lune sont lumineux, tout cela sans formule. ― Quand il fut sorti, Confucius raconta tout ce qui précède, à son disciple Yen-hoei. Jusqu'ici, lui dit-il, j'ai su du Principe autant que les anguillules qui vivent dans le vinaigre. Si le Maître ne venait pas dô soulever le voile qui couvrait mes yeux, je n'aurais jamais même entrevu le complexe parfait ciel-terre (la grande unité cosmique).
E, Tchoang-tzeu ayant visité le duc Nai de Loii, celui-ci lui dit : 11 y a, dans le duché de Lou, beaucoup de lettrés ; mais aucun, Maître, n'est comparable à vous. — Il n'y a que peu de lettrés dans le duché de Lou, repartit Tchoang-tzeu. 一 Gomment pouvez- vous parler ainsi, fit le duc, alors qu'on ne voit partout qu'hommes portant le costume des lettrés ? — Le costume, oui, fit Tchoang-tzeu. Ils annoncent, par leur bonnet rond, 'qu'ils savent les choses du ciel; par leurs souliers carrés, qu'ils savent les choses de la terre ; par leurs pendeloques sonores, qu'ils savent mettre l'harmonie partout. Certains savent tout cela, sans porter leur costuraw. Eux portent le costume, sans savoir la chose. Si vous «e me croyez pas, faites cette expérience : interdisez par un édit, sous peine de mort, le port de l'habit de lettré, à quiconque n'a pas la capacité compétente. — Le duc Nai fit ainsi. Cinq
郎 召而裯 HS 圃事、 千轉萬 變 而 不窮。 莊子曰 、3 魯國 儒者 一 人耳、 可譴 多乎。
^ 氏、 死 生不 A 於 心 k 足 SS 動 < G 宋元 君將畫 阛、 衆 史 皆 至。 受、 楫、 Fi 立, 舐 犖 和
I 然 曰、 先 君 王 也。 文 王 曰、 然則卜 之。 讅 大 夫 曰、 先 君 Z 命、 王 其 無 îa9、K 何 卜 焉。 遂
Tchoang-tzÈu, chap. 21 F, G, H,
joui:s plus tard, tous les lettrés de Lou, un seul excepté, avaient changé de costume. Le duc interrogea lui-même sur le gouvernement de l'état, cet être unique. Il répondit à tout pertinemment, sans qu'il fût possible de le démonter. ― Vous disiez, dit Tchoang-tzea au duc, qu'il y avait, dans le duxhé de Lou, beaucoup de lettrés. Un, ce n'est pas beaucoup.
F. Pai-li-hi n'ayant aucun goût pour les dignités et les richesses, se fit éleveur de bétail, et produisit des bœufs superbes, son instinct naturel lui révélant comment les traiter selon leur nature. Ce que voyant, le duc Mou de Ts'inn le fît son ministre, afm qu'il développât son peuple. ― Chounn n'aimait pas la vie et ne craignait pas la mort. C'est ce qui le rendit digne et capable de gouverner les hommes.
G. Le prince Yuan de Song ayant désiré faire tracer une carte, les scribes convoqués se présentèrent, reçurent ses instructions, firent des saluts; puis, les uns découragés s'en allèrent ; les autres léchèrent leurs pinceaux, broyèrent leur encre, avec mille embarras. Un scribe venu après l'heure avec des airs nonchalants, reçut aussi ses instructions, salua, et se retira immédiatement dans son réduit. Le duc envoya voir ce qu'il faisait. On constata qu'il s'était mis à son aise, nu jusqu'à la ceinture, les jambes croisées, et commençait par se reposer. Quand le duc le sut: Celui-là, dit-il, réussira; c'est un homme qui sait s'y prendre ♦
H. Le roi Wênn, l'ancêtre des Tcheou, étant à Tsang, vit un homme qui péchait à la ligne, nonchalamment, machinalement, la nature seule agissant en lui, sans mélange, de passion. Le roi Wenn résolut aussitôt d'en faire son ministre. Mais, ayant pensé ensuite au mécontentement probable de ses parents et de ses officiers, il voulut chasser cette idée de sa tête. Impossible! La crainte que son peuple fût sans ciel (sans un ministre qui le gouvernât naturellement comme le ciel), fit qu'il ne put pas oublier son dessein. Il s'avisa alors du moyen suivant. Au matin, ayant convoqué ses officiers, il leur dit : Cette nuit j'ai vu en songe un homme à l'air bon, au teint basané, barbu, monté sur un cheval pommelé aux sabots teints en rouge, qui m'a crié: remets ton pouvoir à l'homme de Tsang, et ton peuple s'en trouvera bien. 一 Très émus, les officiers s'écrièrent: c'est feu le roi votre père qui vous a apparu. 一 Alors, dit le roi Wenn, vous plaît-il que nous consultions l'écaillé de tortue sur cet événement? ― Non, non! dirent les officiers, à l'unanimité. Un ordre verbal du feu roi, ne doit pas être discuté. 一 Le roi Wenn fit donc appeler son pêcheur à la ligne, et lui remit la charge du gouvernement. Celui-ci ne changea rien, ne fit aucun règlement, ne donna aucun ordre; Au bout de trois ans, quand le roi Wenn inspecta son royaume, il constata que lâs brigands avaient disparu, que les officiers étaient intègres, que les régales étaient respectées. Les gens du peuple vivaient unis, les fonctionnaires faisaient leur devoir, les feudataires n'empiétaient pas. Alors le roi Wenn traitant l'homme de Tsang comme sou maître, l'assit face au sud, se tint deboqt devant lui face au nord, et 】iii demanda : Ne pourriez- vous pas faire à un empire, le bien que vous avez fait à un royaume?.. L'homme de Tsang né répondit que par un regard effaré. Ce jourlà-raême, avant le soir, il disparut. On n'apprit jamais ce qu'il était devenu.
1. Ou ne réussit, qu'à condition de laisser agir sa nature. La cotitrainle empêche le succès.
îcho ang-tzen, chap, âi ï, J.
之。 御 宼 伏 地、 汗 流 至 踵。 伯 昏無人 曰, 夫 至 人 者, 上 闥 靑 JK、T 潛 黃 泉、 揮 斥 八極、
Gependdni un détail de cette histoire avait choqué l'honnête ten-yuan. Comment se peut-il, demanda-t-il à Confucius, que le roi Wenn ait allégué un songe qu'il n'avait pas eu? — Tais-loi ! dit Confucius. Tout ce que le roi Wenn a fait, fut bien fait. 11 ne faut pas juger cet ho m aie. Naturellement droit, dans ce cas il dut se plier aux circonstances K
î. Lie-uk'eou {Lie-tzeu) tirait de l'arc eii présence de Pai-hounn oujenn. Il tenait son arc d'un bras si ferme, que, une coupe pleine d'eau étant fixée sur son coude gauche, au moment où il décochait sa llèche, l'eau n'était pas répandue. Sa inaio droite était si active, que, une llèche à peine lancée, la suivante était ajustée. Et, durant tout ce temps, son corps restait droit comme une statue ( l'idéal du lir maniéré de l'école ancienne)... Ceci, dit Ptti-hounn ou-jenn (le taoïste), c'est le tir d'un tireur, d'uti homme qui veut lirer, dluo homme qui sait qu'il tire (art, non nature). Venez avec moi, sur quelqi^e cime, au bord d'un goulïre, et nous verrons ce qui restera de vos poses. 一 Ils allèrent ensemble sur une haute montagne, au bord d'un précipice profond de cent fois la ha u leur d'un homme. Là Pai-hounn oujenn se campa au bord de l'abîme, ses talons débordaot dans le vide. Appuyé seulement sur le bout des pieds, il lit la révérence à Lie-uk'eou, et l'invita à venir prendre place à côlé de lui. Mais déjà Je vertige avait fait tomber celui-ci à quatre pâlies, la sueur lui coulant jusqu'aux talons. Pai-hounn çu-jenn lui dit: Le sur-homme porte son regard jusqu'au fond de l'azur céleste, dans les profondeurs des abîmes lenestres, aux extrémités de l'horizon, sans que ses esprits vitaux soient émus le moins du monde. Quiconque n'en est pas là, n'est pas un sur- homme -. A voir vos yeux hagards, vous me faites l'elfet d'avoir le vertige.
J . Kien-ou dit à Sounncliou~nao : Vous avez été mis en charge trois fois sans vous exalter, et avez été congédié trois fois sans vous affecter. J'ai d'abord soupçonné que .vous posiez pour l'indifférence. Mais, m'étant convaincu que, dans ces occurrences, voire respiration reste parfaitement calme, je crois maintenant que vous êtes vraiment indifférent. Gomment avez-vous fait pour en arriver là? — Je n'ai liea fait du tout, dit Sounnchou-nao. Je n'ai été pour rien, ni dans mes noiiiinalions, ni clans mes dégradalioiis. 11 n'y a eu, clans ces aventures, ui gai a ui perte pour mon moi, voilà pourquoi je ne me suis ni exalté ni affecté. Qu'y a-t-il en cela d'extraordinaire? Uien de plus naturel, au contraire. Ma charge n'était pas mon moi, mon moi n'était pas ma charge. Faveur et défaveur leuaient à ma charge, non à mon moi. Alors pourquoi me serais- je donné l'inquiétude et Ja fatigue de m'en préoccuper? IN'eussé-je pas perdu mon temps à penser à l'estime ou à la mésestime des hommes? ― Confucius ayant su cette réponse, dit: Voilà bien l'homme vrai antique. Les anciens de cette trempe, se laissaient ai impressionner par les discours des savants, ni séduire par les charmes de la beauté, ni violenter par les paissants brutaux. Fou-hi et Eoang-ti briguèrent m vain leur amitié. Ni l'amour de la vie, ni la craiole de la mort, ces motifs si puissants sur le vulgaire, ne leur faisaient aucune impression. Alors quel effet pouvaient leur faiie les clignilés et les richesses ? Leur esprit était plus haut que les
1. Opportunisme confiicéiste primant la morale. On voit que Confucius n'est pas bien converti. Le bout de son oreille passe ici.
2. Toute perturbation physique, est symplôme d'imperfection de la nature. Compare? Lie-tzeu, cliap, 2 E.
: K 足 喪吾 存、 則 楚 之存不 足以存 存。 由, 是 觀 之、 则 凡 未 始、 +ni 楚 未始存 也"
1 得 道。 三 間、 Fi 無 爲講不 荅 也。 非 不 答, 不 知荅也 知不得 反 於 白水之 南、 登
^ 知 道。 無 處 無 雁、 始 安 道。 無 從 無 道, 始 得 道。 知 問黄帝 ET 我 與 若 知 之、 彼 與 彼
Î 不 知 也、 其 孰是 邪。 黄 帝 ST 彼 無 爲 驩 眞 是 也、 狂 屈 似 之 ë 與 汝 終不近 也。 夫 知
M 者不 till 者 不 知、 故 聖 人行不 W 之 教。 道 不可 致、 德 不 可至。 仁可爲 也 、義可 m
Tchoang-tzeu, chap. 21 K. chap. 22 A. 389
montagnes, plus profond que ! es abîmes. Que leur importait que leur position sociale fût infime. L'univers entier étant à eux par leur union au cosmos universel, concéder les dignités et les richesses au vulgaire ne les appauvrissait pas, le grand tout leur restant.
K. Le roi de Tch'ou s'entretenant avec l'ex-priDce dépossédé de Fan, les courtisans dirent: Fan a déjà été ruiné trois fois. 一 Le prince de Fan les interrompit: La ruine de Fan ne m'a pas ravi ma vie. Il n'est pas certain que la prospérité de Tch'ou vous conservera les vôtres. Ne vous fiez pas à la prospérité actuelle,, jusqu'à vous croire à l'abri de la ruine future. La prospérité et la ruine alternent. Si nous nous plaçons clans les hauteurs, au-dessus (le 】a roue qui tourne, Fan n'est pas détruit, Tch'ou n'est pas prospère. Tout, alternativement, passe par les doux phases, de ruine et de prospérité.
Chap. 22. Connaissance du Principe.
A. Connaissance étant allée vers le Nord jusqu'à l'eau noire, gravit la montagne de l'obscurité, où elle rencontra Inaction. Connaissance dit à Inaction : j'ai quelque chose à vous demander. Par quelle sorte de pensées et de réflexions, arrive-t-on à connaître le Principe ? Quelle position prendre, et que faire, pour le comprendre ? D'où partir, et quelle voie suivre, pour l'atteindre?.. A ces trois questions, Inaction ne fit aucune réponse. Non qu'elle nfi voulût pas répondre, mais parce que, de vrai, elle ne sut pas que répondre. ― N'ayant pas obtenu de réponse, CoDuaissance alla Jusqu'à l'eau blanche, monta sur la moutagoe de l'investigation, où elle vit Abstraction, et lui refit ses trois questions. Ah î fit Abstraction, je vais vous dire cela... Comme elle allait parler, il se trouva qu'elle ne savait plus de quoi il s'agissait. 一 Désappointée, Connaissance s'en fut au palais impérial, et posa ses trois questions à Hoang-ti. Celui-ci 】ui dit : Pour arriver à connaître le Principe, il faut avant tout, ne pas penser, ne pas réfléchir. Pour arrivera le comprendre, il faut ne prendre aucune position, ne rien faire. Pour arriver à l'atteindre, il faut ne partir d'aucun point précis, et ne suivre aucune voie déterminée. ― Alors, demanda Connaissance, d'elles et de nous, qui a le mieux agi?.. C'est Inaction, dit Hoang-ti, parce qu'elle n'a rien dit du tout. Puis Abstraction, qui a seulement failli parler. Nous deux avons eu tort de parler. L'adage dit: qui sait, ne parle pas ( parce qu'il sait qu'il ne pourra pas exprimer ce qu'il sait); qui parle, montre qu'il ne sait pas. Le Sage ne parle pas, même pour enseigner. Le Principe ne peut pas être atteint, son action ne peut pas être saisie. Tout ce qui peut s'enseigner et s'apprendre, comme la bonté, l'équité, les rits, tout cela est postérieur et inférieur au Principe, tout cela rie fut inventé que quand les vraies notions sur le Principe et son action furent perdues, au commencement de la décadence. L'adage dit :
Tchoang-tzeu, chap. 22 A, B, C.
Celui qui imite le Principe, diminue son action de jour en jour, jusqu'à arriver à ne plus agir du tout. Quand il en est arrivé là (au pur laisser faire ), alors il est à la hauteur de toute tâche. Mais revenir ainsi en arriére, jusqu'à l'origine, c'est chose très difficile, à laquelle l'homme supérieur seul arrive. ― La vie succède à la mort, la mort est l'origine de la vie. Le pourquoi de cette alternance est inscrutable... La vie d'un homme tient à une condensation de matière, dont la dissipation sera sa mort ; et ainsi de suite. Cela étant, y a-t-il lieu de se chagriner de quoi que ce soit ?., Tous les êtres sont un tout, qui se transforme sans cesse. On appelle les uns beaux, et les autres laids. Abus de mots, car rien ne dure. A sa prochaine métamorphose, ce qui fut beau deviendra peut-être laid, ce qui fut laid deviendra peut-être beau... C'est ce que résume cet adage : Tout l'univers est une seule et même hypostase. Le Sage n'estimant et ne méprisant aucun être en 'particulier , donne toute son estime à l'unité cosmique, an grand tout. ― ( Ce qui suit, paraît être un fragment intercalé. ) Résumant sa coiiversation avec lioang-ti. Connaissance dit : Inaction n'a pas su que répondre ; Abstraction a oublié de répondre ; Vous avez répondu, puis avez rétracté votre réponse... Oui, dit Hoavg-ti. On ne peut rien dire du Principe. Qui en parle, a tort... Inaction et Abstraction entendirent parler de cette réponse de Hoang-ti, et la jugèrent bonne.
B. Le ciel et la terre, si majestueux, sont muets. Le cours des astres et des saisons, si régulier, n'est pas réfléchi. L'évolution des êtres, suit une loi immanente, non formulée. Imitant ces modèles, le sui'-hornrao, le Sage par excellence, n'intervient pas, n'agi l pas, laisse lout suivre son cours. Le binôme transcendant ciel-terre, préside à toutes les transformations, à la succession des morts et des vies, aux mutations de tous les êtres, sans qu'aucun de ces êtres ait une connaissance explicite de la cause première de tous ces mouvements, du Pnncipe qai fait tout durer depuis le commencement. L'espace immense est l'entre-deux du ciel fit de la terre. Le moindre fétu doit son existence au ciel et à la terre. Le ciel et la terre président à l'évolution continuelle des êtres, qui tour à tour s'élèvent ou s'enfoncent ; à la rotation régulière du yinn et du ycm.g, des quatre saisons, etc. Des êtres, certains semblent disparaître, et continuent pourtant d'exister; d'autres, pour avoir perdu leur corps, n'en deviennent que plus transcendants. Le ciel et la terre nourrissent tous les êtres, sans que ceux-ci le sachent. De celle notion de l'univers, nous pouvons remonter à la connaissance confuse de sa cause, le Principe. C'est la seule voie. On peut dire du Principe seulement qu'il est l'origine de tout, qu'il influence tout en restant indillereuL
C. Nie-k'ue demanda à Pei-i de 】ui expliquer le Principe. Pet-t lui dit: Réglez vos mœurs, concentrez vos perceptions, et l'harmonie universelle se prolongera jusqu'en vous. Rentrez vos facultés, unifiez vos pensées, et l'esprit vital de l'univers habitera par un prolongement en vous. L'action du Pnncipe se communiquant à vous, deviendra en vous le principe- de vos qualités. Vous habiterez dans le Pnncipe. Vous accfuerrez la simplicité du veau qui vient de naître, et cesserez de vous préoccuper de ce que vous êtes et d'où vous êtes venu... Avant que Pei-i eût achevé sa tirade, Nie-k'ue se trouva profondément endormi ( ravi en extase). Emerveillé, Pei-i chanta: Voilà son corps devenu comme un bois moi't, et son cœuv comme de la cen-
392 Tchoang-tzeu, chap. 22 D, E.
之 彊陽氣 也。 叉胡, 可 得 而 有 邪。 E 孔 子問 於老職 Rr 今 曰 晏 閒、 敢 問 至 道。 老職
Tchoang-tzeu, chap. 22 D, £.
dre éteinte. Devenue transcendante, sa vraie science n'hésite plus. Devenue aveugle, sa raison ne discute plus. Il est arrivé à l'intuition du Principe. Quel homme!
D. Chounn demanda à son ministre Tch'eng : peut-on arriver à posséder le Principe? 一 Tch'eng répondit: Ne possédant pas, votre propre corps, comment prétendez-vous posséder le Principe? ― Si mon corps n'est pas à moi, à qui est-il? demanda Chounn. ― Votre corps, dit Tch'eng, est un prêt de matière grossière, que le ciel et la terre vous ont fait pour un temps. Votre vie est une combinaison transitoire de matière subtile, que vous tenez aussi du ciel et de la terre. Votre destinée, votre activité, font partie intégrante du flux des êtres, sous l'action du ciel et de la terre. Vos enfants et vos petits-enfants, sont un renouveau (litt. changement de peau) que le ciel et la terre vous ont donné. Vous avancez dans la vie sans savoir ce qui vous pousse, vous stationnez sans savoir ce qui vous arrête, vous mangez sans savoir comment vous assimilez, l'action puissante mais inconnaissable du ciel et de la terre vous mouvant en tout; et vous prétendriez vous approprier quelque chose? !
E. Confucius dit à Lao-tan : Comme aujourd'hui j'ai quelque loisir, je voudrais bien vous entendre parler sur l'essence du Principe. ― Lao-tan dit: Vous auriez dû d'abord éclairer votre cœur par l'abstinence, purifier votre esprit vital, et vous défaire de vos idées préconçues. Car le sujet est abstrus, difficile à énoncer et à entendre. Je vais toutefois essayer de vous en dire quelque chose... Le lumineux naquit de l'obscur, les formes naquirent de l'amorphe. L'esprit vital ( universel, dont les esprits vitaux particuliers sont des participations,) naquit du Principe; la matière première naquit du sperme ( universel, dont le sperme particulier est une participation). Puis les êtres s'engendrèrent mutuellement, par communication de leur matière, soit par voie de gestation utérine, soit pai- production d'œufs. Leur entrée sur la scène de la vie n'est pas remarquée, leur sortie iie fait aucun bruit. Pas de porte visible, pas rte logis déterminés. Ils viennent cle tous les côtés, et remplissent l'immensité du monde, êtres contingents ét éphémères... Ceux qui, sachant cela, ne se préoccupent de rien, ceux-là se portent bien, ont l'esprit libre, conservent leurs organes des sens en parfait état ^ Sans fatiguer leur intelligence, ils sont capables de toute tâche. Car ils agissent (ou plutôt n'agissent pas, laissent faire,) spontanément, naturellement, comme le ciel est élevé par nature, comme la terre est étendue par nature, comme le soleil et la lune sont lumineux par nature, comme les êtres pullulent naturellement... L'étude, la discussion, n'en apprennent pas plus long sur le Principe, aussi les Sages s'abstiennent-ils d'étudier et de discuter. Sachant que le Principe est une infinité que rien ne peut augmenter ni diminuèr, les Sages se coii ten tent de l'embrasser dans son ensemble... Oui, il est immense comme l'océan. Quelle majesté dans cette révolution incessante, dans laquelle le recommencement suit immédiatement la cessation... Suivre le flux des êtres en faisant du bien à tous, voilà la voie des Sages ordinaires (confacéistes). Mais avoir pris position en dehors de ce flux, et faire du bien à ceux qu'il entraîne, voilà la voie du Sage supérieur (taoïste, qui agit à l'instar du Principe). ― Considérons un être humain, à l'état d'embryon à peine 1. La cécité, la surdité, sont, pour les taoïstes, des- usures prématurées, yar usage immodéré de la force vitale.
m 、在 tf^ 甓 rfr 何 其
後可。 莊子 曰、 在 嶁蟻。 Dr
愈 甚邪。 ET 在簾溺 。東郭
Tcboang-tzeu, chap. 22 £, F。
conçu, dont le sexe n'est même pas encore déterminé. Il est devenu, entre le ciel et la terre. A peine devenu, il se peut qu'il retourne à son origine (mort-né). Considéré clans ce commencement, qu'est-il autre chose qu'un mélange de souffle et d« sperme? Et s'il survit, ce ne sera que pour peu d'années. La différence est si petite, entre ce qu'on appelle une vie longue et une vie courte ! Somme toute, c'est un moment, dans le cours infini des temps. Beaucoup n'ont môme pas le loisir de montrer s'ils ont l'esprit d'un Yao (empereur vertueux) ou d'un Kie ( tyran vicieux). ― L'évolution de chaque individu du régne végétal, suit une loi déterminée. De même la loi qui préside à l'évolution humaine, est comme un engrenage. Le Sage suit le mouvement, sans regimber, sans s'accrocher. Prévoir et calculer, c'est artifice; se laisser faire, c'est suivie le Principe. C'est en laissant faire, que les empereurs et les rois (ie la haute antiquité, se sont élevés et rendus célèbres. 一 Le passage de l'homme, entre le ciel et Ja terre, de la vie à la mort, est comme le saut du coursier blanc, qui franchit un ravin d'un bord à Vautre; l'affaire d'un instant. Comme par l'effet d'un bouillonnement, les êtres entrent dans la vie; comme par l'effet d'un écoulement, ils rentrent dans la mort. Une transformation les a faits vivants, une transformation les fait morts, La mort, tous les vivants la trouvent déplaisante, les hommes la pleurent. Et cependant, qu'est-elle autre chose, que le débandage de l'arc, et sa remise au fourreau ; que le vidage du sac corporel, et la remise en liberté des deux âmes qu'il emprisonnait? Après les embarras et les vicissitudes de la vie, les deux à ni es partent, le corps les sait dans le repos. C'est là le grand retour (âmes et corps retournant dans le tout). ― Que l'incorporel a produit le corporel, que le corps retourne à l'incorporéité, cette notion de la giration perpétuelle est connue de bien des hommes, mais l'élite seule en tire les conséquences pratiques. Le vulgaire disserte volontiers sur ce sujet, tandis que le sur- homme garde un profond silence. S'il essayait d'en parler, il aurait forfait à sa science, par laquelle il sait qu'en parler est impossible, et qu'on ne peut que le méditer. Avoir compris qu'on ne gagne rien à interroger sur le Principe, mais qu'il faut le contempler en silence, voilà ce qu'on appelle avoir obtenu le grand résullat (avoir alleint le but)' ^.
F. Tong-kouo-tzcu demanda à Tchoang-lzeu : où est ce qu'on appelle le Principe? ― Partout, dit Tchoang-tzeu. ― Par exemple? demanda Tongkouo-tzeu. ― Par exemple dans cette fourmi, dit Tchoang-tzeu. ― . El plus bas? demanda Tong-kouo-lzeu. ― Par exemple dans ce brin d'herbe. — Et plus bas? ― Dans ce fragment de tuile. ― Et plus bas? ― Dans ce fumier, dans ce purin, dit Tchoang-tzeu. —— Tong-kouo-tzeu ne demanda plus rien. ― Alors Tchoang-lzeu prenant la parole, lui dit : Maître, interroger comme vous venez de faire, ne vous mènera à rien. Ce procédé est trop imparfait. 11 - ressemble à celui de ces expeits de marché, lesquels jugent sommairement de l'engraissage d'un cochon, en appuyant leur pied dessus (le pied faisant une empreinle plus ou moins profonde, selon que le porc est plus ou moins gras). Ne demandez pas si le Principe est dans ceci ou dans cela. Il est dans tous les êlres. C'est pour cela qu'on lui donne les épithétes de grand, de suprême, d'entier, d'universel, de total. Tous ces termes différents, s'appliquent à une seule et même réalité, à l'unité cosmi-
1. Ainsi Confucius est doljouté de ses iiilerrogalioiis, et renvoyé à la coiilemplalion, ilont sa vie affairée de politicien le rend incapable.
1 杖而笑 HT 天 知予 僻陋慢 難、 故 弃予而 K 已 矣。 夫 子無所 發予之 狂 f 而 死 矣
Tchoang-tzeu, chap. 23 F, G, H.
que. ― Transportons-nous en esprit, en dehors de cet univers des dimensions et des localisations, et il n'y aura plus lieu de vouloir situer le Principe. Transportons-nous en dehors du monde de l'activité, dans le régne de l'inaction, de rindifTérence, du repos, du vague, de la simplicité, du loisir, de riiarmonie, et il n'y aura plus lieu de vouloir qualifier le Principe. 11 est l'infini indéterminé. C'est peine perdue, que de vouloir l'atteindre, que de vouloir le situer, que de vouloir étudier ses mouvements. Aucune science n'atteint là. Celui (le Principe) qui a fait que les êtres fussent des êtres, n'est pas lui-même soumis aux mômes lois que les êtres. Celui (le Principe) qui a fait que tous les êtres fussent limités, est lui-môme illimité, infini. Il est donc oiseux de demander où il se trouve. ― Pour ce qui est de l'évolution et de ses phases, plénitude et vacuité, prospérité et décadence, le Principe produit cette succession, mais n'est pas celte succession. Il est l'auteur des causes et des effets (la cause première), mais n'est pas les causes et les effets. Il est l'auteur des condensations et des dissipations (naissances et morts), mais n'est pas lui-même condensation ou dissipation. Tout procède de lui, et évolue par et sous son influence. Il est dans tous les êtres, par une terminaison de norme; mais il n'est pas identique aux êtres, n'étant ni différencié ni limité.
G. A-ho-kan et le futur empereur Chenn-noung étudiaient sous Laoloung-ki. Assis sur un tabouret, Chenn-noung faisait la sieste, porte close. A~ho-kan poms'd la porte, et lui annonça à brûle-poarpoint que leur maître venait de mourir. Chenn-noung se leva tout d'une pièce,' laissa tomber sa canne, éclata de rire et dit: Serait-il mort de désespoir de mon incapacité, pour n'avoir pas pu rae soulever avec ses grandes phrases?.. Le taoïste Yen-kang venu pour faire ses condoléances, ayant entendu ces paroles, dit à Chenn-noung : L'élude du Principe attire les meilleurs sujets de l'empire. Yous avez ce qu'il faut pour vous y appliquer. Car, sans en avoir rien appris, vous avez trouvé tout seul, comme votre boutade sur la mort de votre maître le prouve, que ce ne sont pas les grandes phrases qui donnent riotelligence, ce qui est un axiome taoïste fondamental. Le Principe n'est atteint, ni par la vue, ni par l'ouïe. On ne peut en dire que ceci, qu'il est mystère. Qui en parle, montre qu'il ne le comprend pas.
H. La Pureté demanda à l'Infini ^ : connaissez-vous le Principe? ― Je ne le connais pas, dit Flnfini. — Mors la Pureté demanda à l'Inaction: connaissez-vous le Principe ? ― Je 】e connais, dit l'Inaction. ― Par réflexion, ou par intuition ? demanda la Pureté. ― Par réflexion, dit l'Inaction. 一 Expliquez-vous, fit la Pureté. — Voici, dit riiiaction : Je pense du Principe, qu'il est le confluent des contrastes, noblesse et vulgarité, collection et dispersion ; je le connais donc par réflexion. —- Pureté s'en fat consulter l'Etat primordial. Lequel, deraanda-t-elle, a bien répondu? Qui a raison, et qui a tort ? ― L'Etat primordial dit: L'Infini a dit, je ne connais pas le Principe ; cette réponse est profonde,, L'Inaction a dit, je connais le Principe ; cette réponse est superficielle.' L'Infini a eu raison de dire qu'il ne savait rien de l'essence du Principe. L'Inaction a pu dire qu'elle le connaissait, quant à ses manifestations extérieures. ― Frappée de cette réponse, Pureté dit: Ah! alors, ne pas le connaître c'est le connaître (son essence), le connaître ( ses
■1. Compare?, ci-ilessus A, Morceau analogue.
?. 98 Tcboang-tzeui chap. 22 H, I, J, K.
乎, 知 乃不知 乎。 m 知 不知之 知。 無 始曰、 道不可 閬、 S ffi 非 也。 道 不 可 見、 見 ^ 非
也。 道 不可 賈 ÎW ^i 非 也。 知 , 尹 之不形 乎。道 當 名。 無 始曰、 有 道而應 之春,
不知 M 也。 雖 道 者、 亦 未 si 道。 道 無 間、 間 無 應。 無 問間 W 、是 間 0 也。 無 應 應 之,
崑 橋、 不遊 太虚。 I 光曜間 乎無有 曰, 夫 子有乎 ,其 無 有 乎。 光 0 不 得 ir. 而 熟
痕 其 狀 魏、 宵 然 s 然-終 B 視之而 不 見、 聽 W 11 不 闡 ,得 之 Fi 不 得 也。 光 曜 曰、 至
Tchoang-tzeu, chap. 22 H, I, J, K.
manifestations) c'est ne pas le connaître (tel qu'il est en réalité). Mais comment comprendre cela, que c'est en ne le connaissant pas qu'on le connaît? ― Voici comment, dil l'Etal primordial. Le Principe ne peut pas être entendu; ce qui s'entend, ce. n'est pas lui. I」e Principe ne peut pas êlre vu; ce qui se voit, ce n'est pas lui. Le Principe ne peut pas être énoncé; ce qui s'énonce, ce n'est pas lui. Peut-on concevoir autrement que par la raison (pas par l'imagination ), l'être non-sensible qui a produit tous les êtres sensibles? Non sans doute! Par conséquent le Principe, qui est cet être non-sensible^ ne pouvant être imaginé, ne peut pas non plus être, décrit. Retenez bien ceci: celui qui pose des questions sur le Principe, et celai qui y répond, montrent tous deux qu'ils ignorent ce qu'est le Principe. On ne peut, du Principe, demander ni répondre ce qu'il est. Questions vaines, réponses ineptes, qui supposent, chez ceux qui les font, l'ignorance de ce qu'est l'univers et de ce que fut la grande origine. Ceux-là ne s'élèveront pas au-dessus, des hauteurs terrestres (le mont K'ounn-lunn). Ils n'atteindront pas le vide absolu de l'abstracUon parfaite.
î. La lumière diffuse demanda au néant de forme (l'être infini indéterminé, le Principe): existez-vous, ou n'existez-vous pas?.. Elle n'entendit aucune réponse. — L"ayant longuement fixé, elle ne vit qu'un vide obscur, clans lequel, 【i]algré tous ses efforts, elle ne put rien distinguer, rien percevoir, rien saisir. —— Voilà l'apogée, dit-elle; impossible d'enchérir sur cet état. Les notions de l'être et du néant sont courantes. Le néant d'être ne peut être conçu comme existant. Mais voici, existant, le néant de forme (l'être infini indéterminé). C'est là l'apogée, c'est le Principel
J. A l'âge de quatre-vingts ans, l'homme qui forgeait les épées pour le compte du ministre de la guerre, n'avait encore rien perdu de sa dextérité ^. Le minisire lui dit: vous êLes habile; dites-moi voire secret. ― 11 consiste uniquement en ce que j'ai fait toujours le ràème travail, répondit le forgeron. A vingt ans, le govit de forger des épées me vint. Je n'eus plus d'yeux, que pour cet objet-(à. Je ne m'appliquai plus qu'à cela. A force de forger des épées, je finis par les forger sans y penser. Quoi qu'on fasse, quand on le fait sans cesse, cela finit par devenir irréfléchi, naturel, spontané, (et par conséquent conforme à l'influx irréfléchi et spontané du Principe); alors cela réussit toujours.
K. Jan-k'iou demanda à Confucius: peut-on savoir ce qui fut, alors (jue le ciel et la terre n'étaient pas encore? ― Oui, dit Confucius; ce qui est maintenant (le Principe éternel immuable). ― Jan-k'iou se retira sans en demander davantage. Le lendemain, ayant revu Confucius, il lui dit: Hier je vous ai demandé ce qui fui avant le ciel ,el la terre, et vous m'avez répondu, ce qui est maintenant. J'ai d'abord cru comprendre; mais depuis, plus j'y pense, moins je comprends. Veuillez m'expliquer, s'il vous plaît, le sens de votre réponse. ― C'est que, dit Confucius, hier vous avez usé de votre faculté d'appréhension naturelle (intuition qui jaillit dans le vide du cœur, dit la glose), et par suite, vous avez saisi la. vérité de ma proposition. Mais, depuis, vous avez raisonné avec votre logique artificielle, ce qui a obscurci l'évidence de votre intuition première. Je vous ai dit, ce qui fut, c'est ce qui est. Car il
i. Comparez chapitre 3 B.
Tchoang-tzeu, chap. 22 K, L, M.
n'y a pas de passé et de présent, de commencement et de fin, par rapport au Principe, lequel est toujours, au présent... Mais, à mon tour, je vais vous poser une question. Dites-moi, peut-il y avoir des enfants et des petits-enfants, qui n'aient pas de parents, pas d'aïeux?.. Comme Jan-k'iou restait bouche bée, Confucius lui dit: Parmi les hommes, non. Le mode d'engendrer humain, consiste en ce que des êtres déterminés communiquent leur principe de vie à des rejetons de même nature. Tout autre fut la genèse du ciel et de la terre (pseudo-enfants), de tous les êtres ( pseudo pelits-enfants du Principe). Ce qui fut avant le ciel et la terre (le Principe), fut-ce un être déterminé, ayant forme et. figure? Non!.. Celui qui détermina tous les êtres (le Principe), ne fut pas lui-même un être déterminé. Ce fut l'être primordial indéterminé, duquel j'ai dit que ce qui fut est ce qui est. Il répugne logiquement que les êtres sensibles aient été produits par d'autres êtres sensibles en chaîne infinie. (Cette chaîne eut un commencement, le Principe, l'être non-sénsible, dont l'influx s'étend depuis à son dévidage. )
L. Yen-yuan dit à Confucius : Maître, je vous ai entendu dire bien souvent, qu'on ne devrait pas tant s'occuper des rapports, pas taut s'inquiéter des relations. Qu'est-ce à dire? —— Confucius répondit : Les anciens restaient impassibles.parmi. 】es vicissitudes des événements, parce qu'ils se tenaient en dehors de ce flux. Les modernes au contraire suivent le flux, et sont par conséquent tourmentés par des intérêts divers. ! 1 est, au-dessus des transformations, une unité (le Principe), qui reste immobile, indifférente, non différenciée, non multipliée. C'est sur cette Unité, que les anciens, les vrais Sages, prenaient modèle. C'est d'elle qu'on s'entretenait, dans le parc de Hi-iuei, dans le jardin de Hoang-ti, dans le palais de Chounn, dans les résidences des empereurs Tang et Ou. [ Interpolation... Plus tard, ceux qu'on appelle les savants, les maîtres parmi les disciples de Confucius et de Mei-tzeu, se mirent à dispuler sur le oui et le non. Maintenant l'es discussions sont générales. Les anciens ne faisaient pas ainsi.] A l'instar de l'Unité, les anciens étaient calmes et neutres. Gomme ils ne blessaient personne, personne ne leur voulait de mal. Cette unique règle de ne pas se faire d'ennemis, suffit en matière de rapports et de relations.
M. Fragment additionnel, prohablemmt déplacé. ..Quand je me réjouis, à la vue des montagnes boisées, des hauts plateaux, soudain la tristesse vient troubler ma joie. La tristesse et la joie vont et viennent dans mon cœur, sans (juB je puisse les gouverner. Je ne puis, ni retenir l'une, ni me préserver de l'autre. Hélas ! faut-il que le cœur de l'homme soit ainsi comme une auberge ouverte à tout venant. On peut prévoir certaines, rencontres, mais d'autres sont imprévisibles. On peut empêcher certaines choses, mais d'autres ne peuvent être empêchées. L'imprévu, la fatalité, pas de remède contre ces deux maux. Quiconque voudrait lutter contre eux, se rendrait encore plus malheureux, l'insuccès étant certain dans la lutte pour l'impossible. Il n'y a donc qu'à se soumettre au destin, qui dérive du Principe. Se taire est le meilleur usage qu'on puisse faire de la faculté de parler. Ne rien faire est le meilleur usage qu'on puisse faire de la faculté d'agir. Ne rien apprendre est le meilleur usage quon puisse faire de son intelligence. Vouloir beaucoup apprendre, vouloir tout savoir. (Confucius), c'est la pire des erreurs.
ffi 不 足, 歲 辭 之而有 餘、 庶 幾 其聖人 乎。 子 胡 不 相與尸 Fi 視之, 社而稷 之乎。
Tchoang-tzeu, chap. 23; A.
Chap. 23. Retour à la nature ^
A. Parmi les disciples de Lao -Ian, un certain Keng-sang-tch'ou ayant fini de recevoir son enseignement, alla vers le Nord, s'établit au pied du mont Wei-lei, et enseigna à son tour des disciples. Pour l'amour de la simplicité taoïste, il congédia ceux de ses serviteurs qui se donnaient des airs intelligents, et éloigna celles de ses concubines qui étaient gentilles, ne gardant autour de lui que des personnes rustiques et frustes. Au bout de trois années, par l'effet de son séjour et de ses exemples, Wei-lei se trouva extrêmement prospère. Les gens du lieu dirent entre eux : Quand ce maître Keng-sang s'établit parmi nous, nous le trouvâmes singulier. C'est que nous ne le connaissions pas assez. Maintenant que nous avons eu le temps d'apprendre à le connaître, qui d'entre nous ne le considère pas comme un Sage? Pourquoi n'en ferions-nous pas notre Sage local, l'honorant comme on honore le représentant d'un mort, le génie du sol et celui des moissons, par des révérences et des offrandes à certaines époques 9 ― Keng - sang - 1 ch, ou apprit ces propos. Assis dans son école, à sa place de maître, son attitude devint embarrassée. Ses disciples lui en demandèrent ia raison. C'est que, dit-il, d'après mon maître Lao-tan, si le printemps fait revivre les végétaux, si l'automne fait mûrir les fruils, ce sont là des etîets naturels produits par le grand Principe qui opère en lout, et non des mérites des saisons. A l'instar de la nature, le sur-homme doit opérer restant caché ( enfermé dans sa maison), et ne pas se laisser acclamer par la populace tumultQeuse. Or voici que ce petit peuple de Wei~lei médite de me décerner le rang et les offrandes des Sages, à moi homme vulgaire. Cela m'embarrasse, cSinje ne veux pas contrevenir à renseignement de mon maître Lao-tan. ― Ne craignez pas, dirent les disciples ; vous avez tout ce qu'il faut, et la charge est aisée. Dans un canal, une baleine ne pourrait se retourner, mais un poisson dé moindre taille évolue à l'aise. Sur un tertre, un buffle ne serait pas en sûreté, mais un renard vit très bien. Et puis, les sages ne doivent-ils pas être honorés, les habiles ne doivent-ils pas être élevés, les bienfaisants et les utiles ne doivent-ils pas être distingués? Depuis Yao et' Chounn, c'est la règle. Maître, laissez faire ce petit peuple de Wei-lei. Accédez, à leur désir ! ― Keng-sang -tch' ou dit : Approchez mes enfants, que je vous dise... Se montrer est toujours funeste. Fût-il grand à pouvoir engloutir un char, s'il quitte son repaire dans les montagnes, l'animal terrestre n'évitera pas les filets et les pièges. Fût-il grand à pouvoir avaler un bateau, le poisson échoué sera dévoré par les fourmis. C'est pour leur préservation, que les oiseaux et les fauves recherchant les hauteurs, les poissons et les tortues les profon^ deurs. De même, l'homme qui veut conserver son corps et sa vie, doit se cacher dans la retraite et le mystère... Et pour ce qui est de l'autorité de Yao et de Chounn que vous m'avez citée, elle est nulle. Qu'ont fait, pour le bien de l'humanité, ces phraseurs, ces novateurs, ces esprits tout occupés de
■1, Le texte de ce cliapilre Irès obscur, paraît aTOir heaiicoiip soiiflerl ; mulilaliuns et transpositions.
兰 年, 則 可 以及此 1W 也。 南榮趙 曰、 目之 與 形、 吾木 知 其 異也, Fi 1 者 不能自