SCENE II
URSON venant au-devant d'eux, leur dit à demie voix»
Guerriers, si vous aimez Tarare; Dans ce palais , du moins , cessez votre fanfare. Vous avez trop vanté son courage éclatant.
........ L'empereur parait mécontent.
LES SOLDATS se pelotonnent et chantent en chœur A
d'un ton sourd.
• Avez-vous vu sa contenance?
Et comme il restait en silence?
Portons nos chants en d'autres lieux ; ^ Le peuple nous entendra mieux.
Ils sortent sans ordre et précipitamenù
/ SC ENE III.
ATA 11, CALPIGI.
AT A R, brusquement en entrant.
a i s s e - raoi , Calpigi ?
CALPIGI, r
La fureur vous égare.
Mon maître ï 6 Roi d'Oi mus ï grâce , grâce à Tarare.
A T A R lui secoue le bras avec fureur.
Tarare! encor Tarare! un nom abject et bas, Pour ton organe impur a donc bien des appas !
CALPIGI.
Quand sa troupe nous prit j au fond d'un antre sombre, Je défendais mes jours contre ces inhumains , Blessé , prêt à périr , accablé par le nombre j Cet homme généreux m'arracha de leurs mains.
Je lui dois d'être à vous , Seigneur , faites-lui grâce.
Qui , moi ! je souffrirais qu'un soldat eût l'audace D'être toujours heureux , quand son Roi ne l'est pas!
CALPIGI.
A travers le torrent d'Arsace li vous a sauvé du trépas ; A l'instant même encor un important service... A T A R je jette sur un sopha* Ah î combien je l'ai regretté î Son orgueilleuse humilité.
Le respect d'un peuple hébété...
Son air, jusqu'à son nom... Cet homme est mon suplice. Où trouve-4-il , dis-moi , cette félicité ?
Est-ce dans le travail , ou dans la pauvreté ?
CALPIGI.
Dans son devoir : il sert avec simplicité Le Ciel , les Malheureux , la Patrie et son Maître. A T A R lave avec fureur.
Lui ? c'est un humble fastueux , Dont l'orgueil est de le paraître :
L'honneur d'être cru vertueux , . Lui tient lieux du bonheur de l'être î
Il n'a jamais trompé mes yeux.
CALPIGI.
Vous tromper ! lui , Tarare?
Ici la loi des Brames , Permet à tous un grand nombre de femme j Il n'en a qu'une , et s'en croit plus heureux. Mais nous l'aurons cet objet de ses vœux :
En la perdant il gémira peut-être.
H en mourra !
Tant mieux. Oui , le fils du Grand-Prêtre, Altamort a reçu mon ordre cette nuit.
Il voie à la rive opposée f Avec sa troupe déguisée :
En son absence il va dévaster son réduit.
Il ravira sur-tout son Astasie, Ce miracle , dit-on , des beautés de l'Asie.
CALPIGI.
Eh ! quel est donc son crime , hélas ?
D'être heureux f Calpigi , quand son Roi ne Test paS. De faire par-tout ses conquêtes Des coeurs que j'avais autrefois...
CALPIGI.
Ah î pour tourner toutes les têtes , Il faut si peu de chose aux Rois !
D'avoir , par un manège habile , Entraîné le peuple imbécile.
CALPIGI.
Il est vrai , son nom adoré , Dans la bouche de tout le monde Est un proverbe révéré.
Parle-t-on des fureurs de Tonde , Ou du fléau le plus fatal ; Tarare ! est l'écho général :
Comme si ce nom secourable Eloignait , rendait incroyable Le mal, hélas ! le plus certain...
A T A R , en colère. Finiras-tu , méprisable Chrétien ?
Eunuque vil et détestable î La mort devrait...
CALPIGI.
La mort , la mort , toujours la mort !
Ce mot éternel me désole:
Terminez une fois mon sort ; Et puis cherchez qui vous console Du triste ennui de la satiété , De l'oisiveté ,
De la Royauté. ( // s'éloigne. ) A T A R , furieux* % Je punirai cet excès d'arrogance.