CHAPITRE XVI
ASKIA-ISHAQ
Lorsque les gens du Songhaï apprirent la nouvelle de la mort d'Isma ïl, ils se hâtèrent de rentrer à Kâgho avant que le Balama' y fût arrivé. Ils convinrent de mettre sur le trône Ishâq, le frère du défunt, et le proclamèrent souverain le 16 du mois de cha'aban de l'année ci-dessus indiquée (27 décembre 1539). Isma'ïl avait régné deux ans et neuf mois, et le jour de son avènement il était Agé de vingt-sept ans.
Ishàq fut le plus illustre des princes qui occupèrent le trône (du Songhaï) ; il fut également celui qui parmi eux inspira le plus de terreur et de respect. Il fit périr un nombre considérable de personnes appartenant à l'armée. Il agissait
1. Le texte porte « : au mois de redjeb le mercredi ». On peut supposer que le mot arabe mercredi aura été confondu avec le mot quatr« auquel il ressemble beaucoup: c'est l'hypothèse que j'ai adoptée. Toutefois il serait également permis de croire ou qu'il s'agit du premier jour du mois qui tombait un mercredi ou encore que la date a été omise.
de la façon suivante : dès qu'il soupçonnait quelqu'un de la moindre velléité de résistance à son autorité, il le faisait délibérément mettre à mort, à moins que celui-ci réussît à s'enfuir du pays. Telle était sa manière de faire accoutumée.
Aussitôt monté surle trône, il expédia un Zaghrâni à Biro pour tuerie Kormina-Fâri Otsmân et promit pour ce meurtre trente vaches dont aucune n'aurait encore vêJé. Le Zaghrâni tua le Kormina-Fâri (^•v) et revint ensuite toucher le prix de son crime qui lui fut payé intégralement; puis, comme il retournait dans son pays, le prince donna l'ordre de le tuer, ce qui fut fait.
Ishâq fit ensuite mettre à mort le Kormina-Fâri, HemàdoUjfils de Aryao, et lui donna pour successeur 'Ali-Kochya* . Puis il s'informa de Souma-Kotobâki pour savoir s'il était encore vivant ou non. Comme on lui répondit qu'il était encore vivant, il donna l'ordre de le mettre en liberté et de le lui amener. Quand Sou ma fut en sa présence, il lui dit : « Un homme comme toi, qui connaît le bien et qui se montre reconnaissant, mérite qu'on l'approche de soi et qu'on en fasse son bras droit et son compagnon. Je désire donc que tu reprennes tes fonctions et que tu sois honoré et respecté. — Le sultan orthodoxe et béni*, répondit-il, m'a déjà fait cette même demande, et n'a rien obtenu ; à plus forte raison n'obtiendras-tu pas cela, toi qui n'es rien. » Le prince le fit mettre à mort.
Plus tard, il éprouva au fond du cœur une crainte très vive du Hi-Koï, Bokar-'Ali-Doudo.Il annonça alors au Honbori-Koï qu'il donnerait l'ordre au Hi-Koï de prendre rang^ après lui et qu'en route il devrait l'arrêter et le mettre aux