‹ Tarikh es-SoudanChapitre 22 sur 405 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ORIGINE DES SONNI

Pour ce qui est du premier Sonni, 'Ali-Kolon, son histoire est la suivante : Employé au service du roi de Melli, il résidait auprès de ce prince ainsi que son frère Selmân- Nâr. Tous deux étaient fils de Zâ-Yasiboï, et le nom de Selmân, qui, à l'origine, était Sehmân^, avait été ainsi altéré par suite de la barbarie du langage de ces populations.

La mère de 'Ali et celle de Selmân étaient deux sœurs

Bàro et Zâ-Bada auraient continué à exercer le pouvoir au nom du roi de Melli. Ces quatre princes auraient régné fort peu de temps, puisqu"Ali-Kolon, né avant leur avènement, leur aurait succédé. Le titre de Sonni aurait été alors donné à 'Ali-Kolon parce qu'il avait délivré son pays du joug" de l'étranger.

1. L'auteur, en parlant des qualités physiques des descendants de Zà-Al- Ayaman, oublie de dire si le chef de celte famille appartenait à la race blanche ou s'il était nègre. De son silence à cet égard, il semble qu'il faille plutôt conclure que ce prince était de race noire, sinon il n'eût sans doute pas négligé d'en faire la remar([ue. Cela n'infirmerait pas nécessairement la légende qui le fait venir du Yémen, les nègres, esclaves ou affranchis, ayant existé dès la plus haute époque en Arabie et chez les Berbers. Toutefois il est singulier que, dans la longue liste des Dia, on ne trouve que deux princes portant un nom arabe et encore n'est-il pas sûr que le nom d"Ali qui leur est donné à tous deux ne soit pas un mot songhaï sonnant à peu près comme ce mot arabe.

2. Cette explication est parfaitement plausible; ainsi qu'on le remarquera, quelques noms de Sonni sont arabes.

germaines. Oinmâ était le nom delà mère de 'Ali-Kolou; Fati, celui de la mère de Selmân-Nâr. Cette dernière était la femme préférée du père des deux princes. Malgré de nombreuses grossesses, elle n'avait pas eu d'enfants, et, comme elle désespérait d'en avoir, elle dit à son mari : « Épouse ma sœur Ommâ, peut-être te donnera-t-elle une postérité que je n'ai pu te procurer. »

Zâ-Yasiboï suivit le conseil de sa femme. Il ignorait alors la loi ' qui ne permet pas de réunir à la fois deux sœurs sous la puissance maritale d'un même époux. Dieu voulut que ces deux femmes devinssent enceintes durant une même nuit et qu'une même nuit également elles accouchassent d'un garçon. Les deux nouveaux-nés furent placés sur le sol dans une pièce obscure. Le lendemain seulement on les lava, car la coutume voulait qu'on attendît le lendemain pour cette opération quand un enfant naissait la nuit^.

Le premier nouveau-né lavé fut 'Ali-Kolon et, de ce fait, il fut considéré comme l'aîné \ Quant à Selmân-Nàr, dont l'ablution eut lieu ensuite, il fut, pour cette raison, déclaré le cadet (•;).

Quand les deux enfants atteignirent l'âge d'entrer au service, le sultan de Melli les prit avec lui. A cette époque, en effet, ces princes étaient ses vassaux et il était d'usage que les fils des rois fussent astreints au service de leur suzerain*.

1. C'csl-à-dirc la loi musulmane qui ne permet pas au fidèle d être à la fois le mari de deux sœurs.

2. Celle coutume est assez bizarre. On ne peut guère l'expliquer que par un moUr religieux ou, pour mieux dire, superstitieux .

3. L'auteur ne dit pas si le fait d'avoir mis ces deux enfants dans une pièce obscure avait été fait à dessein. Il est vraisemblable qu'il fut prémédité de façon à empt-cher, dans l'avenir, les conflits qu'aurait fait naître l'amour maternel. Chacune des mères se trouva ainsi dans l'impossibilité de savoir quel était son véritable enfant et ne put songer à favoriser l'un plutôt que l'autre.

4. On a remar<iué, avec juste raison, que cette coutume était un moyen détourné d'avoir des otages.

CHAPITIŒ DEUXIEME H

Cette coutume d'ailleurs s'est perpétuée jusqu'à nos jours chez tous les sultans du Soudan. Parmi ces jeunes gens, les uns rentraient dans leur pays après avoir servi un certain temps ; d'autres, au contraire, continuaient jusqu'à leur mort à demeurer auprès de leur suzerain.

Pendant que les deux princes étaient à la cour du roi de Melli, 'Ali-Kolon, de temps à autre, s'éloignait de sa résidence pour faire quelque expédition fructueuse*, selon l'usage établi, puis il rentrait à son poste. Ali-Kolon, qui était un homme très sensé, très intelHgent, plein de sagacité et de ruse, élargissait chaque jour davantage le cercle de ses courses, de façon à se rapprocher du Songhaï et à bien connaître tous les chemins qui y conduisaient. Alors il conçut le projet de s'enfuir dans son pays et de s'y rendre indépendant. Dans ce but, il prépara en cachette ce dont il avait besoin, armes et provisions, et cacha le tout dans des endroits, connus de lui, sur la route de Songhaï.

Ces préparatifs terminés, Ali-Kolon avertit son frère et lui fit part de ses desseins secrets. Après avoir donné à leurs chevaux une nourriture de choix très fortifiante, afin de n'avoir pas à craindre qu'ils leur fissent défaut par suite des fatigues de la route, les deux frères partirent en se dirigeant vers le Songhaï. Avisé de leur fuite, le sultan de Melli envoya à leur poursuite quelques hommes avec mission de tuer les fugitifs. Chaque fois qu'ils étaient serrés de trop près, les deux frères faisaient volte-face et combattaient leurs poursuivants. Dans ces combats, qui se renouvelèrent à plusieurs reprises, les fugitifs eurent toujours l'avantage, et, sans subir aucun échec, ils réussirent à gagner leur pays.

1. Ces expéditions ou razzias étaient autorisées à un double litre : elles formaient les jeunes princes à l'art de la guerre et elles leur permettaient en même temps de se procurer des ressources suffisantes pour tenir leur rang sans que le budget du suzerain eût à en souffrir.

'Ali-Kolon, devenu roi du pays de Songhaï, se fit appeler Sonni* et délivra ses sujets du joug du sultan de Melli. Après sa mort, son frère Selmân-Nàr lui succéda. Les limites du royaume de Songhaï ne dépassèrent les environs de sa capitale que sous le règne de Sonni 'Ali, le grand tyran kharédjite^ Ce prince réunit plus de troupes et déploya plus d'énergie que tous ceux de sa dynastie qui l'avaient précédé. Il fit des expéditions, conquit des provinces et sa renommée s'étendit à l'orient comme à l'occident, ainsi que nous le raconterons plus loin, s'il plaît à Dieu. Il fut pour ainsi dire le dernier roi de sa dynastie, car son fils, Abou Bakr^ Dâ'o, qui monta sur le trône après sa mort, ne tarda pas à se voir arracher le pouvoir par Askia-Bl- Hàdj -Mohammed (v).

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