‹ Tartarie, Beloutchistan, Boutan et NepalChapitre 31 sur 53 · TARTARIE. J · texte numérisé non relu

TARTARIE. J

comme l’incarnation de la déesse Bhavani ; elle ne sort jamais sans être accompagnée d’un brillant et nombreux cort^e. Lorsqu'elle se rend à Lassa, on la porte sur un trône au-dessus duquel est placé un grand parasol. La foule se précipite sur son passage pour recevoir sa bénédiction. Cette prêtresse a une cour ; et sa juridiction s’étend sur tous les monastères d'hommes et de femmes qui existent dans l’tle. La tradition porte que dans les temps anciens, voulant fuir les persécutions d’un chef de la contrée , elle se sauva sous la forme d’une truie. Lorsqu’elle a quitté son enveloppe. terrestre pour renaître dans un autre corps, ou, pour parler plus exactement , lorsqu’elle est morte, on reconnaît la personne qui doit lui succéder à un signe particulier sur la peau de la tête et qui représente un groin de cochon.

Pbodl'ctions natubcllks. On cultive le riz dans les environs de I.assa, et on récolte dans tout le Tibet du froment, de l'orge d’une espèce particulière , des pois , des lentilles , des fèves, des choux , des oignons et d'autres légumes. On sème le blé et les pois à la fin du printemps et au commencement de l'été, et on les récolte en août et en septembre. La vigne vient bien dans différentes parties de la contrée.

Les arbres fruitiers les plus communs sont le noyer, l’abricotier et le figuier ; les fleurs que l’on cultive surtout dans les jardins sont le pavot double . la maure, la pivoine, et la marguerite.

Le bois est rare dans presque tout le pays, et les habitants emploient comme combustible la fiente desséchée des bêtes à cornes.

Règne minèbai.. Il existe au Tibet un grand nombre de mines que l’on laisse sans les exploiter. • Cette contrée, dit Turner, est celle qui, autant que j’en puis juger du moins, répond le mieux à la curiosité des physiciens et aux recherches des minéralogistes. Le hasard a plus contribué , jusqu’à présent , que l’e.sprit de recherche et aentreprise, à faire découvrir dans le Tibet des mines très-riches. Et pour commencer par l’or, on y en trouve des quantités fort grandes et souvent d’une qualité très-pure. Ce métal se présente

sous la forme de poudre dans le lit des rivières. On le trouve Je pliissoiiventattaché à de petites pierres ; et il parait avoir fait partie d’une niasse plus considérable. l.es pierres auxquelles on le trouve le plus souvent attaché sont le quartz et le caillou. Je l’ai vu quelquefois à moitié formé, comme une masse encore impure. En suivant le procédé d’usage, la poudre d’or ne me donna que douze pour cent de rebut; et en examinant le résidu je vis que c’était du sable et de la limaille de fer. Je présumai que cette dernière substance pouvait bien n’avoir été réunie à l’or que pour en altérer le poids.

« A deux jours de distance de Teschou-Loumbou(l), il y a nne mine de plomb qui ressemble beaucoup a celle que j’ai vue dans le Derbyshire. Elle ist minéralisée par le soufre, et on en obtient le piétal par la simple fusion. Ce plomb contient souvent de l’argent, et dans une assez forte proportion pour engager les naturels à exploiter la mine.

• On trouve encore dans le pays du cinabre qui contient une partie assez considéranle de mercure. On pourrait l’employer avec avantage à l’extraction de l’argent. Le procédé parla distillation est très-simple; mais pour l’exécujer en grand il faudrait plus de bois que lacontrée n’en peut fournir. J’ai vu quelques minesde cuivre, et je nedoute pas que ce métal n’existe en très-grande abondance dans le pays. Le fer parait moins commun que dans le Boutan; mais quand même il le serait davantage, la difficulté de se procurer le bois nécessaire pour fondre la mine la moins riche empêcherait toujours l’exploitation. I>a fiente des animaux est le seul combustible dont les Tibétains se servent; et cette substance ne saurait produire le degré de chaleur nécessaire pour mettre le métal en fusion.

• Le tinkal (3), cette substance dont on ignorai t la nature, est maintena nt bi en connue. I,e Tibet, d’où nous le recevons , en contient des masses inépuisables. C’est un fossile que l’on apporte au marché dans l’état où on l'arrache

(Il Oq Dlachl-Loumbon.

(3) Daoi le Tibet , on donne cc nom au borax brut.

LTINIVERS.

(I un lac. Les PLuropéens lerafHnent ensuite, et en fojit du borax. On trouve aussi le sel gemme en grande quantité dans le pays.

. Le lac d’où l’on tire le tinkai et le sel gemme est situé à environ quinze jours de marche au nord de Tescliou* Loumbou; il est entouré de tous côtés par des hauteurs couvertes de rochers , sans qu'on aperçoive un seul ruisseau, une seule fontaine à l’entour. Les eaux sont alimentées par des sources salées, dont les naturels nefont aucun usage. On arrache le tinhal en gros blocs, que l’on brise ensuite en petits morceaux, pour la facilité du transport, et on l’expose à l’air pour le faire sécher. Qnorqu’on tire du tinkai de ce lac depuis fort longtemps , on ne s'aperçoit d’aucune diminution sensible de la masse, et comme les trous que l’on forme pour l’obtenir se remplissent et disparaissent aussitôt, c’est une opinion reçueparmi le peuple, que le tinkai se renouvelle continuellement. On le trouve dans les parties les moins profondes du lacet sur ses bords.

• C’est, au contraire, des endroits les plus profonds qu'on tire le sel gemme.

Ce lac est gelé pendant une grande partie de l’année. Dès le mois d'octobre, la neige force les gens employés à l’extraction de ces deux substances à abandonner leurs travaux. On se sert du tinkai pour faire des soudures, et pour accélérer la fusion de l’or et de l’argent. Le sel gemme est d’un usage général dans le Tibet, le Boutan et le Népal (1). »

Aspect du pays. • Le 'Tibet, ditTurner, semble au premier aspect , un des pays les moins favorisés du ciel et les moins susceptibles de culture. Il est rouvert de montagnes et de rochers, sur lesquels on n’aperçoit aucune trace de végétation. I..es plaines sont d’une aridité effrayante et toujours stériles pour la main qui tâche d’en défricher quelques parties. Le climat est excessivement froid, les habitants sont obligés d’aller chercher des abris dans les vallées les plus profouiles , dans les gorges des montagnes , et au milieu des rocliers où le

(I) Voyez ]’j4mb)iunde nu Tlàrt ni au Soutan, par M. Samuel Turner, traduil de PangUis par J, Coaléra; Paria, Buiaaou, an IX, 1800, tome II, pag. -2SI et suivantes.

vent pénètre le moins. Cependant, ajoute le même voyageur, la Providence, en distribuant ses dons aux differentes parties de la terre, n’a sans doute pas été injuste. .Si un pays peut .se vanter de la fertilité de son sol , de l'abondance de ses fruits et de la beauté de ses forêts, un autre [lossède d’immenses troupeaux et des mines d’une richesse iné-

fiuisable. Ici , la végétation est riche ; à les animaux se multiplient avec une prodigieuse fécondité. Le Tibet est couvert d’oiseaux, de gibier, de bêtes fauves, de bêtes feroces et de bétail. Au Boutan on ne voit guère d’antres animaux que ceux que Tliomme elève et entretient. I-es seuls quadrupèdes et les seuls oiseaux que j’y aie vus à Tetat sauvage sont les singes et les faisans (I).»

Climat. Il existe une régularité remarquabled.ins la temperaturede chaque saison : au printemps, depuis le mois de mars jusqu’au mois de mai, on y a toujours de la chaleur, du tonnerre, et des ondées rafraîchissantes ; du mois de juin au mois de septembre le temps estliuinide, les pluies abondantes et continuelles, les rivières coulent à pleins bords et avec une rapidité Incroyable; depuis le mois d’octobre jusqu’au mois de mars leé.iel est clair, Tair pur, et on ne voit presque jamais ni brouillards ni nuages ; durant trois mois le froid est extrêmement vif. Les sommets des montagnes sont couverts de neige pendant toute Tannée, et l’on éprouve des vents d’une grande violence et tres-secs.

La sécheresse est telle que les habitants ont contracté l’usage de couvr'ir les colonnes de„s édifices et les chapiteaux qui sont de bois, et même leurs portes, avec de grosses pièces de toile de coton, pour les em^cher de se fendre. Les coffres , les boites, et en général tous les meubles, éclatent souvent avec un bruit aussi violent qu’un coup de fusil. Du reste, le bois parait être exempt au Tibet de la pourriture et des vers.

Règne animal. Parmi les animaux utiles qu’on remarque dans le pays le mouton mérite assurément la première place. Il sert à la'nourriture et au vêlement des Tibétains. L’espèce semble

fl) Voyez Vydmbattadt an Tibtt et au Boutan, tome I, page 324.

il'

étreindiKène. Pr<^e tous ces moutons ont la tête et les jambes noires, et sont de petite taille; leur laine est douce et fine, et leur chair exquise. On les fait paître partout où l'on peut trouver de Fherbe. On préfère cependant le versant des collines et les vallées froides, où il ne pousse qu’une berbe excessivement courte, mais, à ce qu'il parait, fort nourrissante. On emploie ces moutons comme bétes de somme ; et l'on peut en voir de grands troupeaux charesde sel et de grains. Chaque béte porte e douze à vingt livres. La peau des montons que l’on tue est préparée avec la laine, et sert pour les vêtements d'hiver. Les peaux d’agneaux, également préparées avec la laine, sont l'objet d'un commerce considérable.

Le daim qui fournit le musc aime une température glaciale; et on le trouve dans les montagnes couvertes de neiges. Il est armé de deux dents longues et recourbées, qui sortent de '' sa mâchoire supérieure, et semblent lui avoir été donnas pour déterrer les racines dont il se nourrit. Ce daim ne vit jamais longtemps lorsqu'on l'éloigne de ses déserts et de son rigoureux climat. Il est d'ailleurs impossible de l’apprivoiser. Sa taille approche de celle d'un cochon ordinaire ; et il ressemble beaucoup à cet animal pour la forme du corps. Il a la tête petite , la croupe large et ronde , les jambes extrêmement fines, et point de queue. Son poil est très-touffu , long de deux ou trois pouces et toujours hérissé , excepté sur la tête, les oreilles et les jamhes, où il est uni et court. Turner compare les poils du daim à musc à des plumes ou plutôt aux piquants d'un porc-épic. Le musc se trouve dans un sachet ou vessie, semblable à une petite loupe, qui se forme à côté du nombril de l’animal.

Le mâle seul en produit. Les chasseurs vendent le musc au poids, et souvent ils l'altèrent avant de le porter au marché. Mais II est très-facile de reconnaître la falsification. Le musc purest noir, homogène, et séparé par de très-minces pellicules. Dans le Tibet, les daims à musc sont censés appartenir à l'empereur de ' la Chine, et nul ne peut aller à la chasse de ces animaux sans une permission expresse émanée de lui. il résulte de là

que la plus grande partie du musc passe par les mains dos agents du gouvernement. Tontes les vessies q^ui sont munies du sceau de l’Etat doivent être considérées comme pures.

Villages. Au Tibet, les villages n'ont point en général un aspect agréable. I..es maisons en sont foi t mal construites, et ressemblent, pour la forme et la grandeur, à des fours a briques On les bâtit avec des pierres placées les unes sur les autres sans mortier. Les vents, qui régnent pre.sque toujours dans le pays, engagent les habitants à n'y pratiquer que trois ou quatre petites ouvertures pour donner du jour. Le toit forme une terrasse entourée d'un parapet de deux ou trois pieds de haut. On V place quelques piles de pierres sur lesquelles on plante un petit drapeau , une branche d'arbre ou bien encore une corde à laquelle sont attachés des chiffons de toile blanche assez semblables à la queue d'un cerf-volant. Ce sont là, suivant les Tibétains, des charmes infaillibles contre le pouvoir des mauvais génies. Dans quelques parties de la contrée, les maisons des villageois sont régulières et fort propres.

Maladies. Les maladies syphilitiques sont très-fréquentes au Tibet; on les soigne par le mercure, que l'on prépare de la manière suivante ; On met une certaine quantité d'alun, de nitre, de vermillon et de vif-argent dans un pot de terre que l’on bouche avec un autre pot plus petit renversé dessus, et on lute. On met du feu dessus et dessous, ayant soin de l’entretenir pendant quarante minutes. On n'a d'autre règle pour juger du degré de chaleur que je poids du combustible consumé; car il n'est pas possible de voir la matière pendant l'opération. Quand l'appareil est refroidi , on le débouche , et on retire le médicament pour en faire usage.

Le vif-argent ainsi préparé perd sa forme métallique, et devient, si nous en croyons Turner, un remède aussi sûr qu'efficace. Cette préparation répond très-bien , dit ce voyageur , à l'usage que l'on veut en faire, et les médecins ne l'emploient qu'avec beaucoup de réserve. La poudre obtenue de cette manière forme la base de leurs bols, et ils l'appliquent aussi à l'extérieur. On

izeo oy VjOOgle

L’UNIVERS

la mêle avec des pruneaux ou des dattes pour en faire des pilules. Les malades en prennent deux fois par jour, et deux ou trois à la fois. Ordinairement la salivation commence le quatrième ou le cinquième jour. Quand elle est bien établie , on met un bâton dans la bouche du malade, et on l’assujettit parderrière. I.es médecins du pays prétendent que ce bâillon possède, entre autres vertus, celle d’empêcher les dents de tomber.

On entretient la salivation pendant dix ou douze jours. Durant tout ce temps, le malade ne prend pas d’autre nourriture que de la bouillie ou des liquides.

Souvent on emploie la poudre mercurielle à l’extérieur. On la fait alors dissoudre dans de l’eau chaude, avec laquelle on lave les plaies et les bubons. l.es médecins appliquent ordinairement pour faire disparaître ceux-ci des cataplasmes de feuilles de turneps, auxquels ils ajoutent du vermillon et quelquefois du musc. On emploie encore assez souvent du nitre à l’intérieur dans cette même affection comme rafraîchissant.

Les médecins recommandent de se tenir chaudement et de ne point prendre l’air tant qu’on fait usage du mercure. Lorsque les bubons sont prêts à percer , ils y pratiquent une lai^e incision que l’on ne ferme qu’après que la douleur et l’enflure ont entièrement disparu.

La toux, les rhumes et les rhumatismes sont fort communs au Tibet. Ces maladies tiennent moins encore au climat, qu’à la difficulté de se procurer du bois comme combustible et pour planchéier les appartements. Les fièvres sont rarement dangereuses dans ce pays. Il y existe quelques maladies du foie , et les douleurs d’entrailles y sont assez communes. Ce dernier mal tient , à ce u’il parait, à l’alimentation grossière es habitants. Leur malpropreté est la cause de gravesaffections. La plus dangereuse de toutes est l’hydropisie. Turner eut communication de soixante et dix remèdes en usage au Tibet. Les habitants emploient plusieurs espèces de pierres et de pétrifications savonneuses, spécialement dans les tumeurs et les douleurs des articulations. Ces maladies, ainsi que les maux de tête, cèdent souvent à des fumigations de fleurs et

de plantes aromatiques qu'ils font sur la partie affectée.

Les médecins ne prennent jamais aucune information sur l’état du malade, et se contentent de lui tâter le pouls. Us prétendent que ce moyen suffit pour permettre de juger du si^e du mal. La plupart des remèdes auxquels ils ont recours appartiennent au règne v^étal, et sont doux et peu actifs. Dans la toux, le rhume et les affections de poitrine , ils emploient les aromates et les carminatifs, tels que la centaurée, le carvi, la coriandre et la cannelle. Ils prennent aussi en décoction l’écorce, les feuilles, les grains et la tige de plusieurs autres arbres et arbrisseaux. Quelques-unes de ces décoctions ont l’amertume de nos remèdes les plus violents , et sont destinées à fortifier l’estomac et à purger. Leurs principaux médicaments sont apportés de la Chine à Lassa, ils ne connaissent guère l’usage des vomitif;.

Les Tibétains attaclieiit une grande importance à pratiquer la saignéeà telle ou telle partie du .corps, plutôt qu’à telle autre. Ils saignent au cou pour les maux de tête , à la veine céphalique pour les douleurs de bras ou d'epaule, à ta médiane pour les maux de poitrine ou des épaules, à la veine basilique pour les maux de ventre. La saignée du pied est bonne , suivant eux , pour les maux desextrémités inférieures. Us regardent comme dangereux de saigner par les temps froids , et les symptômes tes plus graves ne sauraient les engager à enfreindre cette règle qu’ils ont établie. Ils font un grand usage des ventouses : on applique sur la partie du corps où l’on veut les poser une corne large comme un verre à ventouser, et par un trou pratiqué à l’autre extrémité , on attire l’air avec la bouche ; on scarifie ensuite au moyen de la lancette ; souvent ou applique les ventouses sur le dos, principalement contre l'enflure du genou.

Les Tibétains sont extrêmement adroits à toutes ces opérations. Un chirurgien anglais ayant fait cadeau de quelques lancettes à des gens du pays , ils essayèrent aussitôt d'en fabriquer de semblables. Les médecins emploient dans les fièvres la noix de kuthullega, dont l'efficacité a été reconnue au Bengale. Us ont aussi plusieurs remèdes contre

l'hydropisie ; mais ils ne guérissent jamais ce mal. La gravelle et la pierre sont inconnues ou du moins extrêmement rares dans cette contrée.

De tous les maux qui affligent l'bumanité il n'en est aucun qui cause autant de terreur aux Tibétains que la petite vérole. La présence de cette maladie les frappe d’un si grand effroi, qu’ils perdent le jugement nécessaire pour la combattre, et ne songent qu’à fuir les malades. Toute communication avec ceux-ci est interrompue, au point qu’ils sont souvent ex posés à mourir d’inanition. On rase la maison, ou même on détruit tout un village infecté. Ces précautions sont cruelles ; mais elles empêchent la maladie d'exercer au loin ses ravages. On voit peu de Tibétains marqués de la petite vérole. Les personnes attaquées de cette maladie succombent ordinairement. L’inoculation est pratiquée à la Chine, où plusieurs Tibétains en ont fait l’essai ; ils n’ont cependant pas jugé à propos de l’introduire dans leur pays.

« Nous traversâmes, dit Turner, les ruines de plusieurs villages qui étaient restés déserts, à cause des ravages de la petite vérole, maladie que les Tibétains redoutent à l’^al de la peste , parce qu’ils ne connaissent et n’emploient aucun moyen pour en arrêter les effets.

Dès que cette maladie se déclare dans un village, ceux des habitants qui n’en sont pas encore attaqués fuient leurs maisons et abandonnent les malades. En même temps on ferme tous les chemins qui aboutissent à ce village ,. afin que les étrangers ne cherchent pas à y pénétrer, et que les malades ne puissent pas en sortir et propager le fléau. Il n’est pas donnant,' d’après cela, que les cas de guérison soient rares dans ce pays (I ). »

Les maux d’yeux et la cécité sonttrèscommuns au 'Tibet. On les attribue à la violence des vents, au sable qui entre dans les yeux , enfin à la réverbération du soleil et de la neige.

Les bains chauds sont en usage dans les douleurs d’entrailles et les irruptions cutanées. Il existe dans une montagne, près de Lassa , une source dont reau est excessivement chaude. Suivant un

(I) y4tnbauadt au Tibtt tl au Boulait, U>m. I, page 3X7

préjugé populaire répandu dans le pays, ces eaux n’on t de vertu que pou r les gens pieux et justes ; les profanes ne sauraient en supporter la clialeur. Turner explique cette opinion par l’habitude où sont les prêtres du lieu d’endurer une température qui serait intolérable pour les personnes qui n’y sont point accoutumées (t).

CABACTBBB DBS RABITABTS. Les Tibétains sont, en général, très-doux et très-humains. Turner cite plusieurs exemples de leur bonté. Un jour que, couché dans sa tente , il était en proie à un mal de tête des plus violents, son conducteur se glissa près de lui, et, prenant un manteau et une pièce de toile, il les étendit sur le corps du voy ageti r a vec le plus grand soin. Turner, qui souffrait extrêmement , fit semblant de ne pas s’apercevoir de ce qui se passait, afin de n'être pas obligéde parler. Cet homme sortit ensuite. • Peu d’instants après , dit-il , un autre Tartare entra , et souleva doucement ma tête avec sa main, pour remplacer par un coussin le banc sur lequel j’étais appuyé. Son attention m’était assez désa^éable, car je m’étais déjà installé sur le banc ; mais je ne lui adressai aucun reproche, car j’étais sûr que sa conduite était dictée par des sentiments d'humanité. Ces marques d’attention ont laissé dans mon âme une impression qui ne s’effacera jamais , et je me plais à les rappeler, pour montrer combien la conduite de oes hommes est loin de ce caractère de férocité que l’on attache communément au nom d’un Tartare (3). •

Divisions GBOGBAPHIQPES ET ADUI- NISTRATIVES.

LeTibetest partagé en quatre grandes

f>rovinces: l’Oui, le Zzang, leKham et e Ngari.

Pbovince d’Oüi. On y remarque Lassa ou fJ'lassa, Botala , Jigor gounggar.

Pboviivcb de Zzang. Jikadze; Djachi-Loumbo ( Tissou-Loumbou H Teschou-Loumbov); Guiandit ; Phari, petite forteresse près du mont Cha mou lari ; Tchakakole, ville assez commerçante,

(O-ZHiboMac/r , etc., t. I, p. 313.

Ibid., Ibid., pag. 313 et 313.

VjOOgle

L’UNIVERS

et composée d’uo millier de maisons; Baldlii.

Province de K.u\u. Bathang ; Tsiamdo; Sourmang ou Sourman; Souk. La partie orientale de cette province a été réunie à lu province chinoise de Sse-ïciiouan (1).

Province de Noari. Ce pays comprend plusieurs petits Ëlats, tributaires du dalaï-lama; les villes principales sont : Tckoumarte ; Bourang- Dakla ; Deba; Toling ; Ladak ou Lel , capitale du Ladak ou Petit-Tibet; Garlou ou Cotorpe, avec une garnison chinoise. La partie orientale de cette province est occupée par des tribus mogoles nommées Khor ou Charral-gol.

Lassa ou H'lassa, capitale, est située dans une grande vallée, sur un affluent du Zzangbo Tchou. Cette ville est la résidence du lazin, magistrat chinois , oui jouit des mêmes prérogatives et a la niême puissance qu un viceroi. Les maisons sontde pierre et à deux ou trois étages. Les édiflces, les rues et les marchés méritent l'attention des vovageurs.

La ville possède deux écoles d'enseignement supérieur, et plusieurs imprimeries. Le nombre des habitants s’élève à 80,000 ; et cette population augmente considérablement, a certaines é|K>ques de l’année, par le grand nombre de pèlerins qui arrivent de toutes les parties de l’Asie où l’on professe la religion de Bouddha. Parmi les habitants domiciliés on compte environ 160 naturels du Cachemire, 8,000 Chinois et 300 Indous. Les marchands se tiennent dans un immense bazar qui entoure un temple magnifique, situe au centre de la ville . et dont une des dépendances est la demeure d'hiver du dalaMama.

La résidence d'été de ce pontife est un vaste couvent bâti sur le mont Botala.

On prétend que les cascades bleues qui descendent de cette montagne, la pourpre éclatante du principal édifice et sa toiture dorée éblouissent les yeux des spectateurs. Ce palais est à un quart de lieue de Lassa, üny compte 10,000chambres. Il est orné, à l’extérieur, de tours ou d'obélisques revêtus d’or et d'argent.

(I) Voyez Balbl , .asWjS de géographie, l/olsième édiUoo, page 7SU.

On a placé dans l’intérieur des statues de Bouddha, dont plusieurs sont faites de métaux précieux.

On voit à une petite distance le temple de H'Iastéi-Uio-khang , resplendissant d’or et de pierreries, et desservi par plus de 6,000 lamas.

JiKAOZB, capitale de la province de Zzang, à 53 lieues au sud-ouest de Lassa , renferme une population de plu.s de 30,000 habitants.

Djachi-Loumbo ( Tissou-Loumbou , Teschou Loumbou ). Cette villeest la résidence du bogdo-lama, bandjiii-lama ou bantekandama , regardé comme une incarnation divine. Les habitants du Haut-Tibet professent pour le bandjinlama la même vénération que ceux du Bas-Tibet ont pour le dalaï-lama. A la mort de celui-ci, le bandjin explique la tradition sur sa renaissance, et le dalaïlama agit de même lorsque le bandjin change de demeure (1).

Constructions. Les maisons, dans les villes, sont en général construites de pierres brutes et ont plusieurs étages; on voit dans les hôtels des gens riches des salons ornés d’assez belles sculptures.

Gouvernement. Le dalaï-lama, le bandjin-lama et leurs ministres sont confirmés par lettres patentes de l’empereurde la Chine, etreçoivent des émoluments de ce souverain.

Les fonctionnaires publics moins considérables sont nommés par les généraux chinois résidant à Lassa et par le dalaï-lama; on les choisit toujours parmi les personnes les plus considérables par leurs talents, leurs richesses ou le crédit de leur famille. Chaque province est placée sous l'autorité d'un gouverneur. Il existe des employés spécialement chargés de la perception des impôts ; d’autres rendent la justice , conduisent l'administration ou vérifient les comptes. Les fonctions de quelquesuns de ces employés sont héréditaires.

Tributs. Tous les ans le dalaï-lama ou le bandjin-lama , chacun à leur tour, envoient à Pékin une ambassade avec un tribut déguisé sous le nom de présen t : ce sont des draps et d'autres tissus de

<0 Cest-A-gire lonqu'il meurt i, car lesaecUleurs de la melriupsycose ne regardent la mort que oomme un simple chaogemeot d’babiUUoo.

laine, des bâtons d’odeur, de petits obélisques d’argent, des chapelets d’ambre jaune, des idoles, et différents objets employés dans le culte lamaïque ; ces présents se montent à des sommes assez considérables.

Le peuple paye l’impôt en nature avec des productions du pays, telles que des bteufs, des moutons, de l’orcanette, de l’orge, du fromage, du beurre, des étoffes * de laine, de l’argent, du cuivre et du fer. Tous ces produits sont placés dans des depots publics; une partie de leur valeur est appliquée à radministration du pavs et à l’entretien des lamas. Les Tibétains sont encore soumis à différentes corvées et au service militaire.

Le gouvernement a le droit de mettre en réquisition les bétes de somme. Les hommes âgés de plus de soixante ans sont exemptés de toute espèce de charges.

Armée. Lestroupes forment un total de 64,000 hommes. La garnison de Lassa est forte de 3,000 cavaliers. On prend, suivant la nécessité, un homme sur cinq ouunhominesurdix. Les soldats envoyés en expédition portent, comme armes défensives, des casques et des espèces de cottes de mailles, faites avec de [letites plaques de fer, assez semblables pour la t^ornie à des feuilles de saule. Les cavaliers ornent leurs casques de boufiettes de couleur rouge ou de plumes de paon, ils portent l’épée au coté, un fusil en bandoulière sur le dos, et tiennent à la main une pique.

Les fantassins attachent à leurs casques des plumes de coq; ils ont l’épée au côté, et portent un poignard à la ceinture. Ils ont sur le dos un arc et des flèches, et tiennent à la main un bouclier de jonc ou de bois large d’un pied et demi , et haut de plus de trois pieds. Ces boucliers sont ornés de représentations de bétes féroces, de plumes de différentes couleurs, et garnis extérieurement de plaques de fer ; quelques fantassins ajoutent à leur armement une pique fort longue.

Les flèches dont ils se servent sont de bambou, garnies de plumes d’aigle, et le fer ressemble à un poinçon de trois ou quatre pouces de longueur. Les arcs, ordinairement de bois, avec des incrustations de corne, sont petits et très-durs

à tendre; on en fait aussi quelques-uns avec du jonc. On applique alors deux brins de jonc l’un contre l’autre , et on les lie ensemble. Ces arcs son t également très-durs. Les drapeaux sont tous d’étoffes de soie , mais de couleurs différentes; on en voit des jaunes, des rouges, des noirs, des blancs, et des biens.

Les troupes sont passées en revue le premier, le second et le troisième mois de chaque année. On exerce les soldats au tir de l’arc et du fusil, à la course à cheval, et à la lutte. Après les manœuvres, on distribue aux hommes qui se sont le plus distingués des écharpes d’honneur, de l'argent, du vin et des vivres.

Lois cbimi;«ei.lrs. Aujourd'hui les Tibétains sont régis par le code pénal de la Chine. Le soin de rendre la ju.stice est confié à deux généraux chinois. Toutes les affaires un peu importantes , après avoir été jugées en première instance, sont portées devant le dalaï-lama, qui les examine à son tour, et les deux généraux décident en dernier ressort. Mais il n'y a pas longtemps encore les Tibétains étaient régis par leur code particulier, partagé en quarante et un titres. Ces luis portent l’empreinte de la barbarie. Tous les coupables, quel que fdt leur crime, étaient détenus en prison, les pieds et les imiins liés, jusqu'au moment de l'exécution de la sentence. L'homme qui en tuait un autre dans une rixe était puni par une amende en argeutoii en bétail, dont une partie était versée dans le trésor, et l’autre remise à la famille de la personne qui avait été tuée. Si le meurtrier n'avait ni argentni bétail, on l'attachait dans l'eau, où on l’obligeait à rester un temps considérable , et l'on s’empar.ait de sa maison et de ses meubles pour le payement de l’amende.

Les brigands , les assassins et leurs complices étaient tous condamnes à mort. Quelquefois on attachait le criminel à une colonne, et on le tuait à coups de fusil, ou bien il était percé de flèches. Les hommes morts par suite d’ivrognerie avaient la tête coupée et exposée à la vue des passants, dans un lieu public. Quelquefois les condamnés étaient envoyés dans le pays d’un peuple féroce et anthropophage pour y être dévorés.

1,'USIVERS.

ou bien on les jetait vivanU dans la fotse des scorpions, où ils mouraient de la piqûre de ces insectes. Quand on arrêtait un voleur, on apposait les scellés sur tout ce qu’il possédait, et l’on exigeait de lui le pavement d’une valeur double de celle qu’il avait dérobée. Après cette restitution, on lui crevait les veux, et on lui coupait le nez ou les jambes.

, Tout homme accusé d un grand crime était d’abord fouetté avec des courroies, puis on le plongeait dans l’eau. Au bout de quelques heures on le fouettait de nouveau, et l’on recommençait ainsi jusqu’à trois fois avant de l’interroger. S’il ne s’avouait pas coupable , on lui versait du beurre bouillant sur la poitrine et sur le cou, et on lui faisait avec un couteau des incisions sur tout le corps. Si après cette torture il n avouait pas encore son crime, on le liait et on l’assevait dans l’eau. On faisait de ses cheveux deux tresses, au moyen desquelles on l’attachait à droite et a gauche , et on lui couvrait le visage d’une toile blanche sur laquelle on versait de l’eau. Quelquefois pour lui arracher l’aveu de son crime on lui enfonçait des éclats de roseau entre les ongles et la chair. S'il résistait à toutes ces épreuves et persistait à se dire innocent, on le mettait en liberté. Toutefois, quand on reconnaissait sa culpabilité, on le punissait beaucoup plus sévèrement.

IjCS gens coupables d’injures et de voies de fait payaient une amende. L« criminel qui n'avait pas d’argent a donner à ses bourreaux était chasse à coups de bâton après avoir subi sa peine. L adultère. entraînait une amende proportionnée à la fortune des coupables ;, quelquefois ceux-ci étaient mis en liberté, après avoir reçu un châtiment corporel.

Toutes les personnes punies de cette manière, tant hommes que femmes, étaient dépouillées et mises dans Un état de nudité complet, sur la place publiue où avait lieu l’exécution. La punition e la cangue existait également au Tibet ; mais elle datait d’une époque assez récente.

CoMMEBCB. Les principaux articles de commerce sont : la soie écrue, la laine fine , les tissus de laine, les bâtons d’odeur, les fruits, tels que les

raisins, les noix, les pèches, et nuelques autres denrées indigènes. Les nommes et les femmes se livrent au commerce ; mais les femmes s’en occupent davantage, tandis que les hommes exercent de prtférence les métiers de tailleur ou de cordonnier. Les marchandises ne sont pas exposées en vente dans des boutiues; mais on les étale sur des nattes oubles étendues à terre. On voit parmi les marchands étrangers un nombre considérable de mabométans de l’Inde et de Boukhares. Les premiers font le commerce de pierres précieuses, de perles et de toiles blanches ; les Boukhares vendent des étoffes et des châles du Cachemire. Les marchands qui débitent des objets de seconde main joignent à ce trafic le commerce du bézoar(l) et celui de l’assa-foetida. On remarque toujours dans les marchés un employé du gouvernement chargéde vérifier le prix des marchandises et d’arrêter |es querelles.

Monnaies. Il y a au Tibet fort peu de monnaie courante. l.,es pièces que l’on trouve le plus fréouemment sont Yinder-millié, monnaie d’argent frappée au Népal, et qui vaut environ seize sous de France. "Pour la facilité des transactions, on coupe les pièces en trois ou quatre morceaux. Cette monnaie sert à acheter les denrées nécessaires à la vie ; mais on ne l’emploie jamais dans les grandes transactions commerciales, pour lesnuelles on a recours à des lingoU d’or etoargent.

Artistes et ouvbibbs. Les tailleurs de pierre et les menuisiers sont très-habiles dans leur art. Les ouvriers qui travaillent les métaux n’ont pas moins de talent. La sculpture a atteint un degré de perfection remarquable chez un peuple asiatique.

SAUITS ET BÈGLES DE POLITESSE.

Depuis les personnages les plus importants jusqu’au bas peuple, tous les 1 ibétains ôtent leurs bonnets devant le dalaï-lama et le bandjin-lama ; ils croisent ensuite les bras sur la poitrine et tirent la langue roulée en pointe, action que l’on considère comme une marque de la plus grande politesse. Ils laissent ensuite retomber les bras, se redressent,

(I) Voyez ce que nom avons dit de crtU pierre, rfdevant, page 153.

TARXARIE.

plient les jambes, et s'approchent du trône. Le dalaï-lama et le bandjinlama bénissent alors la personne qui vient ainsi se prosterner devant eux.

Quiconque parait en présence de ces pontifes doit leur offrir une écharpe.

Entre gens d'égale condition , c'est une grande politesse d'échanger mutuellement ses écharpes. Si un homme d'un rang élevé en rencontre un autre qui lui soit inférieur, celui-ci ôte son bonnet , et , baissant les bras , il se range de côté. Les hauts fonctionnaires tibétains se conduisent h l'égard des officiers chinois comme le bas peuple le fait envers eux-mémes.

Noubbituhb et festins. Le peuple se nourrit généralement de farine d'orge grillée, que l'on appelle en chinois tsan-pa. On met un peu de cette farine dans une tasse , on verse du thé dessus, puis on remue le mélangejusu'à ce qu’il ait acquis du corps et soit evenu une pâte épaisse. On mange aussi beaucoup de boeuf, de mouton, de lait et de fromage. Les riches et les pauvres regardent le thé comme un objet de première nécessité, et ils en prennent desuuantités considérables. Ils font bouillir le tl)é et y ajoutent ensuite du beurre et du sel. Ils prennent cette boisson en mangeant de l'orge grillée ou du gruau mélé avec de la viande hachée et qu'ils appellent louba. Assez ordinairement ils ne cuisent ni le bœuf ni le mouton, et mangent ces viandes après les avoir fuit geler. Ils n'ont pas d'heures fixes pour leurs repas, et ne consultent que leur appétit. Ils mangent peu , mais souvent. Hommes, femmes, vieillards et enfants prennent en général les mets avec les doigts. Quand ils ont achevé de manger, ils lèchent la jatte et la placent dans leur sein.

Ils font de la bière avec l'orge, et tirent de l’eau-de-vie de ce même grain.

Dans leur ivresse, les hommes et les femmes s'embrassent, rient et chantent dans les rues. Le maître de maison qui donne un festin s'assied à la place la plus honorable. Si parmi les personnes invitées il s’en trouve d'un rang supérieur à celui de l’hôte, on lui offre levin avant toutes les autres personnes. Le plus grand honneur qu'on puisse faire à un convive est de lui oflrir du

beurre. Les riches donnent des festins deux ou trois fois, et les pauvres au moins une fois par mois. Les tables sont garnies de jujubes, d’abricots, de raisin, de viande de bœuf et de mouton. Le père Hyacinthe Bitchourine donne, dans sa Description duTibet, la relation d'un festin que des Tibétains arrivés en ambassade à Pékin en 1818 firent dans cette capitale. « Au milieu d’une chambre carrto, dit ce religieux, étaient placées des tables longues et peu élevées, sur chacune desquelles on avait placé un sac de peau contenant une quinzaine de livres d'orge grillée. On étendit à terre devant les tables des matelas et des tapis de feutre, sur lesquels les convives se placèrent suivant leur âge, et s’assirent les jambes croisées. Dès qu'une personne arrivait, Ion commen- ^it par lui offrir un plat de farine d’orge grillée accommodé avec beaucoup de beurre. Quand tous les convives furent réunis, on leur offrit du vin et ensuite du thé. Avant de se mettre à manger, ils ôtèrent leurs bonnets et récitèrent une courte prière; puis, s’étant recouverts, ils recommencèrent à boire du thé et à manger de la farine d’orge.

Après le thé, ils se remirent à boire du vin. On apporta ensuite à chaque convive une jatte de gruau et de riz accommodés avec du beurre et du sucre. On récita de nouveau une prière, et l'on recommença à manger du gruau avec les doigts, puis on retourna au vin.

« Après ce premier service, tout le monde alla se promener dans la cour.

Au liout d'un quart d'heure on se remit à table, et l’on apporta de la viande crue hachée et assaisonnée avec du sel , du poivre et de l’ail. Il y en avait une jatte pour chaque convive. On servit en même temps, sur toutes les tables, plusieurs plats avec de grands morceaux de viande de bœuf crue et gelée. Les convives, ayant récité encore une prière, prirent lès couteaux qu’ils portaient sur eux, coupèrent la viande par morceaux et la mangèrent, ayant soin de la recouvrir d’abord d’une couche épaisse de hachis ; puis on continua à boire.

• Ce service achevé, les convives allèrent encore se promener. De retourdans la salle, ils recommencèrent à boire du vin. Bientôt parut un baquet de totdja ;

ro

L'UNIVERS

on appelle ainsi du gruau niélé avec du vermicelle et de la viande de boeuf hachée. On en offrit i chacun une jatte.

I^s convives, après avoir récitéune prière, s’armèrent des petits bâtons qui leur tiennent lieu de fourchettes, et se mirent à manger. Enfin, on apporta des petits pâtés qu'on enveloppa dans des serviettes, pour les envoyer chea ies convives. Ainsi se termina ce repas, qui avait duré plus d'une demi-journée.

Après s’être promenés dans la cour, tous les convives rentrèrent dans la salle, et se mirent ^ boire de nouveau. Alors le mattre de la maison et les convives commencèrent à chanter et à danser.

Leur danse, comme celle de tous les Tibétains , consistait à sauter sans bouger de place.

« Bientdt on servit le souper, assez semblable au dîner, excepte qu'il dura moins longtemps. Les convives burent tous jusqu’à être complètement ivres.

I..es portes avaient été fermées, aOn que personne ne pût s’échapper avant la lin du banquet (I). *

Turner a consigné dans la relation de son voyage le menu d’un repas qu’il lit au Tibet, et oui achèvera de donner une idée exacte du goût des habitants pour la viande crue. « Nous fîmes, dit ce voyageur, un excellent repas , qui nous doiina l'occasion d’admirer combien est grande la force de l’habitude. La table était couverte de quartiers de mouton cru, et encore tout saignant, et de uartiers de mouton bouilli. Il va sans ire que nous préférâmes ces derniers, qui étaient frows, mais tendres et délicats. Les TibéUiiis firent tout autrement que nous ; et nous fûmes tous satislaits, sans porter envie aux morceaux des autres.

• Après cela tous les convives avec la même ardeur se mirent à boire du schong, espèce de liqueur spiritueuse et nn peu acide que l'on fait avec un mélange de riz, de froment, d'orge et d’autres grains fermentés. Voici comment on nrasse le schong. On met le grain dans un vase où l'on verse une quantité d'eau suffisante pour le couvrir. On lui fait subir ensuite une légère ébullition. Cette opération terminée,

|l) Voyez JSouvfau Journal -, asiatiqua, tome IV, pzg. M7 et sulvaotez.

on jette l’eau, et l’on étend le grain à l’air sur des nattes ou sur des toiles. Quand il est froid , on prend des boules faites avec les fleurs de la cacalia seracenica de Linué, qu’on émie et qu’on y mêle avec soin. Il faut une boule de la grosseurd'une muscade pour deux livres de grain. On met ensuite le grain dans des paniers garnis de feuilles d'arbre , et on le presselégèrement avec les mains , pour en faire sortir l'eau qui y reste. Puis on couvre bien les paniers avec des feuilles et de la toile, de manière que l’air ne puisse pas y pénétrer, et on les déposé pendant trois jours dans un endroit un peu chaud. On jette alors le grain dans des jarres, et l’on y ajoute une tasse d'eau froide pour quatre mesures de grain d'environ trente-six pouces cubes chacune. Les jarres sont ensuite bien bouchées et lutées. Au bout de dix jours on emploie le grain ainsi préparé. Si l'on attend davantage il est encore meilleur. Quand on vrut faire du schong un met une certaine quantité de ce grain dans un grand vase, et l’on verse dessus de l'eau bouillante, en ay.mt soin de remuer le grain Un instant après , on enfonce dans le vase un petit panier d’osier à travers lequel passe le schong, et on puise avec une calebasse garnie d'un manche de bois.

Chaque convive s’approche , et on lui verse de cette liqueur. Les étrangers s’accoutument bientôt au schong, qui a l’avantage de n’être presque pas enivrant.»

On obtient en distillant leschong une liqueur spiritueuse appelée arra, et qui est extrêmement capiteuse.

Pour conserver la viande onia fait geler. Voici le procédé qu’emploient les Tibétains. Apresavoir tué, écorché et vidé l’animal, ils le posent sur ses iamlies et le laissent exposeà un courant d'air froid, jusqu'à ce qu’il soit complètement desséché et durci. Alors on peut le transporter partout, et le conserver même pendant les plus grandes chaleurs. On n’emploie pas de sel pour cette préparation. La viande ainsi conservée est encore bonne au boutd’uii au ; seulement la graisse devient quelquefois un peu rance. On la mangeordinairemeiit crue; et comme elle est desséchée, l’aspect n’en est pas désagréable. Oo ne pourrait pas

TARTARTE.

en dire autant de la viande fraîche et tent une sorte de casaque avec un ^rand saifrnante qu’ils dévorent. collet. Ils se ceignent avec une courroie

VÊTEMENTS. Le dalaï-lama et le ou un mouchoir de colon , auquel ils atbandjin-lania portent peinant l'hiver tachent un coutelas, une petite tasse, un un bonnet d’une étoffe de raine brodée, briquet et quelques autres ustensiles, pointu par le haut, large par le bas, et En hiver, ils font usage de grandes ordinairement de couleur jaune. Leur bottes de maroquin grenu , doublées de chapeau, assez semblable à un parasol drap ou fourrées pour se garantir du chinois, est fait de peau et orné oe bro- froid. Ils portent ces bottes pour sortir deries d’or. Ces pontifes fout usage de comme pour resterchezeux. l.eursmaicaleçons et de justaucorps de laine, sons, étant pavées de carreaux de inar- Leur vêtement de dessus consiste en un bre, sont d'un froid excessif. C'est en manteau sans manches, d’un rouge parti à cette cause qu'on doit attribuer éclatant, et attaché par une bande de tes rhumatismes auxquels toute la jropusoie. Les bottes ou les souliers sont de lation est sujette, soie nu de cuir. La ceinture est de soie. Les Tibétains ne connaissent pas les En hiver comme en été ils ont toujours lits élevés de terre. Lorsqu’ils veulent se une épaule decouverte. coucher, ils étendent sur le carreau un

L’habillement desautres lamasdiffère épais matelas composé de deux p.irties peu de celui-ci. Ils lai.ssent tomber leur qui se tiennent par une toile, et qui cheveux sur les épaules, et sont coiffés pendant le jour se relèvent l’unesur l'aud’un bonnet plat, sans bords, avec une tre, de manière que le matelas |>eut bordure de peau de renard ou de satin servir de siège, et une houppe sur le haut du bonnet. Costume des femmes. Les femmes

S luelquefois lahouppeest remplacée par et les filles ont les cheveux partagés es morceaux de peau de loutre. Ils sur le sommet de la tête, séparés par de tiennent un chapelet à la main, et une petites tresses épaisses comme desQcelcourroie leur sert de ceinture. Dans les les , et deux grosses nattes. Les femmes fêtes ou dans les grandes cérémonies, qui ne sont pas mariées en portent trois, les prêtres relèvent les cheveux des deux Elles se couvrent ordinairement la tête côtés vers le sommet de la tête, les lient d'un petit bonnet de velours de laine , en touffe , et portent des robes de soie ou rouge ou vert, et pointu par le haut, d’étoffede lame. Quelquesautresprêtres Elles ont des bottines, des jupons d’é> secoiffentun peudifféremment; ils atta- tamine noire ou rouge, un tablier d’étaclient à leur oreille gauche une pendelo- mine rouge ou de soie de diverses conque de turquoise, montée en or, delà leursetgarnidedeursbrodèes. Un pourgrosseur d’une cerise, et assez sembla- pointa manches courtes fait desoie, de Die pour la forme à un bec d’oiseau. A toile ou d’etamine, forme une des parl’oreille droite ils portent un autre or- ties les plus importantes de leur ajustenement composé de deux morceaux de ment. Elles jettent un petit châle sur corail enchâssés dans une garniture leursépaules,etontauxdoigtsdrsand’or. Ils ont une large robe avec des man- neaux de corail montés en argent. Le ches étroites, garnies de peau de loutre, poignetgauche est enfermé dans un bra- Le bord des manches est orné d'un celet d’argent, et au poignet droit elles tissu de laine de différentes couleurs, en portent un fait avec des coquillages. Au lieu de pantalon ils portent un ta- Elles prennent ces bracelets dès l’eiiblier d'étamme noire à plis. Ils chaus- fancc, et ne les quittent plus que lorssent des bottes de peau avec des semel- qu’ils se brisent ou s’u.seiit d’eux-mêmes, les blanches et llexibles, et entourées Elles font usage de boucles d'oreilles de d’une bande d'étamine rouge. A leur turquoises montées en or ou en argent, ceinture, qui est de satin roüge, ils at- d’un pouce de long et de huit lignes de tachent un couteau. large ; derrière la pierre est un petitero-

Depuis les personnages les plus im- chet engagé dans l'oreille. Celles qui en portants de l’État jusqu’aux gens de la ont le moyen portent sur le sommet de la dernière classe, tous tiennent des cliapo- tête des perles et des morceaux de corail. letsàlamain.LeshommesdupeupIcpor- Des ornements semblables sont atta-

L'UNIVERS

cbés à leurs épaules. I^es femmes de toute condition portent toujours sur elles un ou deux cnapelets de corail , de lapis-lazuli ou de bois. Les riches en ont dont les grains sont faits avec de gros morceaux d'ambre jaune. Elles suspendent à leur cou une petite botte d’arent, où elles renferment l'idole de leur ieii protecteur. On voit briller sur la poitrine un anneau d'argent, monté avec des perles précieuses, d'environ uatre pouces de circonférence et garni e petites chaînes qui servent à attacher le châle. Les femmes riches ont de

Î grands chapeaux garnis de perles et dont e fond est de bois verni, enduit d’une couche de vermillon et surmonté d'une turquoise. Ces chapeaux coûtent fort cher. Les femmes âgées portent sur le front une plaque d’or garnie de turquoiseset assez semblableàun miroir. Leurs parents et leurs amis vont les complimenter lorsque le moment est venu pour elles de prendre cet ornement.

Toute femme ou Olle qui se présente devant un lama est tenue de se barbouiller le visage avec du rouge ou avec les feuilles de thé qui restent dans la théière. Si elle néglige cette mesure de prudence, on l’accuse de vouloir séduire un membre du clergé , et c’est là un crime qu’on ne lui patronne point.

Fûtes. Pendant les trois premiers jours de l’année les marchands cessent tout commerce ; on s’envoie des présents , qui consistent en thé , en vin et en provisions de bouche. Le second jour le dalaï-lama donne un dîner aux grands dignitaires chinois et tibétains, et l’on exécute une danse guerrière.

Dix jeunes gan^us, couverts de vêtements de difiérentes couleurs, et avec de petits grelots attaches à leurs pieds, tiennent dans leurs mains des haches et des hallebardes. Devant eux sont rangées sur une seule ligne dix timbales. Les timbaliers portent le même costume que les danseurs. Ceux-ci commencent leurs exercices au moment où l’on offre du vin aux convives. La vitesse ou la lenteur des mouvements se règle sur les timbales. Ces danses paraissent être un reste des pantomimes chinoises. Le jour suivant on donne le spectacle (/es esprits qui voltigent. Pour cela

on tend une corde de cuir, de plusieurs dizaines de toises de longueur, et qui descend du temple de llotala ju^u’au pied de la montagne sur laquelle il est situé. Les baladinAnontent et descendent sur cette corde, puis ils la saisissent et remontentavecuneagllitéaussigrandeque celle des singes. Arrivés au sommet de la montagne, tis se couvrent la poitrine d’une cuirasse de peau de cerf, ■ et , dit l’auteur chinois, ils tendent les bras et les jambes, et se laissent couler en bas delà corde avec la rapidité d’une Qècbe tirée avec force, ou comme une hirondelle qui, en volant, effleure de ses ailes la surface de l’eau. C’est un spectacle trèscurieux (11. •

Après cette fête on fixe le jour auquel les lamasdoivent se réunir au monastère de Iftasséi-tsio-khang. I.à le dalaï-lama se place sur une estrade élevée, et leur explique la loi. Les habitants des provinces les plus éloignées du Tibet ac. courent en foule à Lassa pour cette solennité ; en sorte que toutes les routes sont couvertes de voyageurs qui récitent des prières. Arrivés devant le dalaï-lama, ces gens placent sur leur tête de l’or, des perles et d’autres objets précieux, mettent un genou en terre, et les offrent au pontife. Si le grand lama daigne accepter ces dons, il passe un éventail sur la tête de celui qui les présente, ou lui impose trois fois les mains. Les personnes qui ont été accueillies de cette manière se retirent, et se félicitent auprès de leurs compagnons des faveurs dont les a comblées la divinité vivante.

Le 1 S de la première lune on illumine l’intérieur du temple de Wlasséi-tsiokhang. On y éleve plusieurs rangs d’échafaudages , sur lesquels on place une quantité innombrable de lanternes, ornées de figures coloriées d'hommes, de dragons, de serpents, d’oiseaux et de quadrupèdes , faites très-artistement avec une pâte de farine et d’huile. Cette illumination dure depuis le soir jusqu’au lever du soleil. Pendant la nuit on observe soigneusement si le ciel est pur ou couvert, s’il tombe de la pluie ou de la neige , si la lumière des lan-

(0 Vojrn le .VonvniH Journal asiatique , tome IV, page lil.

oogle

u>rne8 est brillante ou pâle, et, d'après ces indices, on pronostique si l’année sera féconde ou stérile.

Le 18* jour on fait la revue des troupes (1). Trois mille hommes tant fantassins que cavaliers, revêtus de leurs habits militaires et armés de toutes pièces, font trois fois letour du U'iasséitsio-khang , puis on commence à tirer des coups de canon pour chasser les démons. Sur la plus grande pièce d’artillerie se trouve une inscription en caractères chinois dont le sens est : Je menace Us traitres de la mort, les rebelles de la destruction. Après la revue on distribue aux soldats de l’or, de l’argent, des étoffes etdu thé, tirés du trésor public, et on donne aussi aux prêtres de l’argent pour subvenir aux frais de leur nourriture pendant l’année.

Quelques jours après , des petits garçons, montes sur de beaux chevaux, parcourent au grand galop une distance d’environ trois lieues. Celui dont le cheval atteint le premier le but obtient un prix. D'autres petits garçons tout nus parcourent en même temps une distance d’environ une lieue. Si par hasard un de ces enfants setrouveépuisé, on lui verse aussitôt de l’eau froide sur la tête.

Le 30* jour de la seconde lune, après l’ofQce , on célèbre la fête de l'expulsion du prince des démons. Un des lamas

ui assistent à la cérémonie fait le rôle

U dalaï-lama, et un homme du peuple, choisi à cet effet, remplit les fonctions du prince des démons. Il sortdu monastère avec la joue gauche barbouillée de blanc et la droite de noir ; il attache à sa tête de grandes oreilles vertes, se coiffe d’un chapeau surmonté d’un petit drapeau , de la main gauche il tient un DÔton court, et de la droite une queue de vache. Dans cet équipage , il se présente devant le dalaï-lama, en faisant des bonds et des sauts prodigieux , au son des tambours et des conques des lamas. Une discussion s’engage entre eux.

Le dalaï-lama proposes l*esprit de ténèbres de vider leur querelle par un coup de dés. Celui-ci accepte. Le dalaï-la-

(I) Chaque datal-taraa , ainsi que le fait remarquer .M. Klapruth, peut avancer celle cérémonie de deux Jours.

18* Livraison. (Tahtabib.)

ma l'emporte, et le prince des démons, effrayé, prend la fuite. Aussitôtdes esprits célestes se joignent aux prêtres et aux laïques, et on poursuit le niable en décochant contre lui des flèches, et en lui tirant des coups de fusil et de canon. On a disposé d'avance des tentes près desquelles des hommes placés en observation examinent dans quel ravin le roi des démons a été se cacher. A lors on ti re des coups de canon dans cette direction, et on le force à se retirer plus loin. C’est de cette manière que finit la cérémonie.

L’homme qui joue le rôle du diable reçoit un salaire; il trouve dans le lieu qui lui est assigné pour retraite des provisions de bouche, et ne doit se montrer que lorsqu’il les a complètement épuisées.

Au commencement de la troisième lune on suspend les images des grands Bouddhas à Botala. Ces images sont brodées de différentes couleurs sur des canevas de soie. On les tend jusqu’au cinquième étage du palais du dalaïlama, à une hauteur de trente toises environ. Les lamas se déguisent en bons et en mauvais génies , et le peuple en tigres, en léopards, en rhinocéros, en éléphants et autres animaux. Ils font le tour du fflasséi - tsio-khang , s’arrêtent devant les grandes images de Bouddha, dansent et chantent, et la fête .se prolonge ainsi pendant un mois.

Le 15* jour de la quatrième lune, on fait des illuminations qui durent toute la nuit.

Le 30 de la sixième lune, il y a une fête dans deux temples fameux. Les hommes et les femmes passent la journée h se réaler, à chanter et à danser. On étalit desjoûtes et des mâts.

Le 15* jour de la septième lune a lieu l’inspection des récoltes. Un magistrat, précédé des anciens du canton qu’il réit, tous munis d’arcs, de flèches et de rapeaux, traverseles champs, examine les blés , décoche une flèche et boit en demandant au ciel une bonne récolte.

On commence ensuite la moisson.

Pendant la septième et la huitième lune on élève sur le bord des rivières des huttes et des tentes où les hommes et les femmes se déshabillent pour aller ensuite se baigner, et par cette puriflcation

L'UNIVERS

détourner les malheurs qui peuvent les menacer.

La dernière nuit de l'année on représente dans un monastère, appelé Morou, au centre de la ville de Lassa, une pantomime religieuse et l'expulsion des démons. Des charlatans disent la bonne aventure et font des prédictions. Les hommes et les femmes , revêtus de leurs plus beaux habits, chaulent, boivent et rentrent chez eux complètement ivres.

C'est ainsi qu'ils finissent l'année.

Le Tibet est le chef-lieu de la branche du bouddhisme qu'on appelle lamaïque. Nous avons déjà eu occasion de taire connaître les principaux duf^nies de cette religion (I), et ile>l superfiu d'y revenir; mais nous croyons mdispensablede présenter Ici un résumé complet de la cosmogonie et delà cosmographie bouddhiques. Nous empruntons cette esaiiisse au travail remarquable de M. Abei Rérausat, inséré dans le Journal des Savants de 1831 (2).

COSMOOONIB ET COSUOGBAPHIE.

Suivant les bouddhistes, la terre habitable est partagée en quatre grandes lies ou continents placés aux quatre points cardinaux, relativement à la inoutagne céleste, ou mont Sou-Merou. A l'orient est le continent de la beauté, à l'occident le continent des bœufs; au nord le continent élevé ; le continent du midi , qui comprend l'Inde, est nommé en sanscrit DJambou- Dwlpa , ou aie de üjambou (3). Le nom du premier continent est dû à la beauté corporelle de ses habitants. Le nom du continent occidental donne à entendre que la principale richesse des peuples qui s’y trouvent consiste en troupeaux de ikeufs. On interprète le nom du continent du nord par pays élevé (4). Enfin la dénomination de njambou-Dwlpa vient de l’arbre Djatnbou, qm pousse dans la partie occidentale de cette contrée.

(I) Vojrei ci-devant pages isiet zio.

(ï) Pag!» 587-610 ; 68K-674; 718-731.

(31 Le nom de djamhou désigne une sorte d'arbre. Voyez Wllsoo, a DwUbnnry m Sanscrit and £riÿ/«A, paeea*g, colonne 9. L’..d»iorakocha , publié par feu M. Loiselenr-DealoiiRehamps , psee sS . ligne 8 ; el le Foc-Koue-Xi , de feu M. Afiel Rémusat, pnbiic par .ÂIM. Kiapmlh et Landresse. page hI.

(4) Voyez le Foiu-Xoue Xi, page si.

La taille des hommes et la durée de leur existence varient dans 1rs quatre continents. La stature des habitants du continent oriental est de 8 coudées, chacune de 18 pouces, et leur existence se prolonge jusqu’à 250 ans.

Dans le continent occidental , les hommes ont 16 coudées et vivent 500 ans.

Les habitants du continent du nord ont 32 coudées et vivent 1,000 ans; on ne voit jamais parmi eux de mort prématurée. Enfin , dans le Djambou- Dwipa, les hommes ont de 3 coudées et demie Jusqu’à 4 coudées. Leur vie devrait être de 100 ans; mais la plupart d'entre eux n’atteignent pas ce terme. Le visage des habitants de diaque continent est rond , carré ou ovale , suivant la forme du continent luimême.

Les quatre continents des Ixfuddhistes ne se rapportent pas, comme on voit, à une division naturelle du globe, et l'invention n'en repose que sur une hypothèse fabuleuse dont un ne peut pas trouver l'origine dans les traditions historiques ou géographiques des Indous.

Le Diambou-Dwipa représente cependant ['ancien continent tel que le connaissaient les Indiens. Lorsqu'il n'est pas régi par un monarque universel, il se partage en quatre empires appartenant à autant de princes. A l’orient est le roi des hommes, ainsi nommé à cause de la population nombreuse de ses États. On trouve dans cette contrée une civilisation avancée. La justice, l’humanité et les .sciences y sont en honneur; le climat y est doux et agréable.

Au midi est situé le royaume du souverain des éléphants, prince ainsi nommé parce que la contrée qui lui obéit est chaude et liiimide et convient à ces animaux. Les habitants sont féroces et violents; ils s’adonnent à la magie et aux autres sciences occultes ; mais ils savent aussi se dégager des liens du monde, et s’affrancliir des vicissitudes de la naissance et de la mort par l’anéantissement dans la divinité. A l’ouest est le roi des trésors. Ses États sont situés sur le bord de la mer, et l’on y trouve en abondance des perles et autres objets précieux. Les sujets de ce prince ne connaissent ni les rites de la religion , ni les devoirs de la société et

n'estiment que les richesses. Au nord habite le roi des cheraux , dont le pays froid et stérile produit des chevaux remarquables. Les habitants de cette contrée sont cruels mais braves. Ils savent affronter la mort et supporter les fatigues.

On retrouve aisément dans cette distribution, dit M. Abel Rémusat, les uatre grandes monarchies que les Inous peuvent avoir connues. Le roi des hommes est l’empereur de la Chine; le roi des iléphanU, le grand radja des ludes; le roi des trésors, le souverain de la Perse; et le roi des cheraux est le souverain des nomades du Nord, Scythes, Huns, Gètes , Turcs, Mogols, et autres nations vulgairement connues sous la dénomination de Tartares.

Quant aux autres pays, les Indiens les ont classés parmi les lies secondaires.

Les huit principales de ces Iles sont annexées deux par deux , à chacun des quatre continents. Celles qui appartiennent au Ujambou-Dwipa sont appelées (Mtr les Tibétains et les Mogols lies du grand et du petit chasse-mouche , et par les Mandchous Iles dublê et de forge.

Quatre fleuves arrosent le continent méridional ou Djambou-Dwipa : à l’orient le Gange, au midi le Sinde ou Indus, à l'ouest l’Osus, et au nord le Sillon ou Jaxartès. Ces quatre fleuves sortent d’un lac carré nommé Anamdata. Le Gauge coule de la bouche d’un bœuf d’argent; le Sinde, de la bouche d'un éléphant d’or; l’Oxus, de la bouche d’un cheval de saphir, et le Sihon de la gueule d’un lion de cristal de roche. Chacun de ces fleuves fait une ou plusieurs fois le tour du lac, et va ensuite se jeter dans la mer.

Le lac Anavadata a environ 80 lieues de circonférence. Ses rives sont ornées d’or , d’argent , de saphir, de cristal, de cuivre, de fer, et d’autres matières précieuses. Il est placé au nord de la Grande Montagne de Neige, c'est-à-dire de i’Himalaya, et au midi delà Montagne des Parfums, ainsi nommée parce qu’elle produit des substances odoriférantes.

La largeur du Djambou-Dwipa est de

7,000 yodjanas (1). Sa longueur du

;i) L’yodjaiia moyeu, dont il l'agU ici , e>t de «U lis chinois on environ a lieues. Voyez Abel Kéuiout, Journal des Savants, 1831, f». 6U'i.

sud au nord de 31, 000, et son épaisseur de 68,000. Sous la terre de ce continent se trouve de l’eau jusqu’à l’épaisseur de

84.000 pdjanas. Sous l’eau est un feu de la meme épaisseur ; sous le feu il y a de l’air ou du vent, dont l’épaisseur est de 68,000 yodjanas. Au-dessous de l’air est une roue de diamant dans laquelle sont renfermées les reliques corporelles des Bouddhas des Ages antérieurs.

Quelquefois il s’élève un srand vent qui agite le feu , le feu met l’eau en mouvement , l’eau ébranle la terre , et telle est la cause qui produit les tremblements de terre.

Au-dessous de l'extrémité méridionale du Djambou-Dwipa , à la profondeur de 500 yodjanas, sont les huit grands enfers brûlants , les huit grands enfers glacés , et les seize petits enfers situés aux portes des grands. • La description de ces enfers et les supplices que les Ames des pécheurs y endurent ressemblent beaucoup, dit M. Abel Rémusat , à celles que des imaginations bizarres se sont plu à fabriquer dans tous les pays (1). L’étendue de ces enfers est, suivant quelques auteurs, de

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