Tartesse
Ces détails transmis à travers les siècles par les annales puniques les plus anciennes, nous te les transmettons à notre tour.
Aviénus, v. 415.
ORA MARITIMA, le célèbre poème latin de Rufus Festus Aviénus, qui paraît inspiré d'un périple phénicien de la fin du Vie siècle ou du commencement du Ve avant J. G, a été le tourment de tous ceux qui ont voulu l'interpréter. De nombreuses publications n'ont guère éclairci le sujet et on attend encore une explication satisfaisante de cette description des côtes, remontant à l'expédition du navigateur carthaginois Himilcon.
Plusieurs interprètes de YOra maritima ont reconnu qu'à partir de l'em-
HISPANIC NOTES
bouchure du Guadiana vers l'est, les Instructions nautiques modernes confirmaient, parfois, d'une manière remarquable, les données du vieux périple. Il s'ensuivait qu'une reconnaissance du littoral actuel s'imposait; c'est ce que je me proposais de faire, malgré l'objection de ceux qui croient que ces côtes ont complètement changé depuis ces temps reculés. Je savais, cependant, par mon étude sur les villes antiques du détroit de Gibraltar,1 que depuis les Romains le littoral n'avait guère souffert de changement; nous verrons qu'il en est de même en ce qui concerne ces côtes, depuis plusieurs siècles avant notre ère. On comprendra que les golfes et les promontoires mentionnés par Strabon et avant lui par l'ancien périple phénicien sont toujours les mêmes quoique avec des noms différents. On pourra en dire autant des cours d'eau, des ruisseaux mêmes, qui se déversent dans l'océan ; la ville antique disparaît, mais le ruis-
1 G. Bonsor, Les villes antiques du détroit de Gibraltar, Bulletin Hispanique. Juillet-Septembre, 1918, p. 141.
HISPANIC NOTES
LE LITTORAL
seau, dont la source alimentait jadis ses fontaines, rendu à sa liberté primitive, s'écoule aujourd'hui a travers les ruines, dans la direction de la mer. Quant aux massifs montagneux de l'intérieur, qui de tous temps servirent de points de repère à la navigation, on comprendra que ceux-là n'ont pu changer.
On a observé, seulement, que des îles très rapprochées se sont unies au continent, que des estuaires ainsi que de grands lacs voisins de la plage, sont aujourd'hui à sec, mais encore faciles à reconnaître. Les plus grands changements survenus s'observent à l'embouchure des fleuves, du Guadalquivir surtout, dont l'altération est probablement due à ses nombreux débordements et aux tremblements de terre assez fréquents en Andalousie.2
Avant d'entrer en matière, je crois devoir déclarer que je dois l'idée de cette exploration archéologique des côtes à
2 J. Bonsor, El terremoto de 1504 en Carmona y en Los Alcores; Boletin de la Real Sociedad Espaiiola de Historia Natural, Tomo XVIII, 19 18, p. "5-
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mon ami l'académicien madrilène Don Antonio Blâzquez Aguilera qui étudie tout particulièrement la géographie historique de son pays. En 1909, il publia une nouvelle interprétation du poème dAviénus qui n'est généralement pas connue, malgré plus de dix ans écoulés.3 Selon lui, le fameux Périple d'Himilcon se réduirait, vers l'ouest, à la côte méridionale de la Péninsule (L'Andalousie et l'Aîgarve portugaise) et se terminerait au cap Saint-Vincent, cette Oestrymnis que d'autres placent en Galice, en France ou en Angleterre. Himilcon n'aurait jamais passé au nord du cap Saint-Vincent, le promontoire sacré.
Quant à l'occident du golfe Atlantique (Aviénus dit: le golfe ou Sinus Atlanticus, et non la mer Atlantique, c'est-àdire l'étendue de mer comprise entre les côtes de la Péninsule et celles de l'Afrique, du cap Saint-Vincent au cap Mazagan). Personne— dit le vieux pé-
3 Antonio Blâzquez, El Periplo de Himilco, Madrid, 1909. Antonio Blâzquez, Las Casitérides y el comercio del estano en la Antigûedad, Bol. de la Real Sociedad geogrâfica, Madrid, 191 5.
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LE LITTORAL
riple— n'a conduit ses vaisseaux dans cette direction. . . . C'est là que s'étend l'océan, la plus grande des mers. . . . Il est peuplé d'une foule de monstres qui remplissent d'effroi tous ces parages. Si au lieu de se diriger vers les Oestrymnides (sur la côte à l'est), on ose s'aventurer dans la mer vers le nord (c'est-àdire doubler le cap Saint-Vincent), on arrivera au pays qui fut occupé par les Ligures, aujourd'hui dépeuplé par l'invasion celtique.4 Si l'on reconnaît avec Blâzquez que ce passage nous désigne la côte S.-O. du Portugal, d'où les Celtes chassèrent les Ligures, ces derniers se réfugiant dans les montagnes, nous devrons naturellement rapporter la date de cette invasion à une époque antérieure à Himilcon, au Vie ou au Vile siècle.
On remarquera qu'Aviénus commence sa description par la fin de cette expédition maritime, allant de l'Occident vers l'orient; c'est le voyage de retour qu'il décrit. De la pointe sud-ouest du Portugal, le cap Sacré ou VOestrymnis, il
4 Aviénus, Ora maritima, v. 113-119.
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se dirige vers l'est où il reconnaît deux golfes, dans Tordre suivant: le Sinus Oestrymnicus et le Sinus Tartessius.5 Dans le premier, qui s'étend du cap Saint-Vincent au cap Sainte-Marie de Faro, il place les îles Oestrymnides où abondent l'étain et le plomb. Parmi celles-ci, il mentionne l'île sacrée en partie habitée par les Hibernes (on a proposé lire ici Hiberes, du fleuve Hiber ou Ibérus, le Rio Tinto) et l'île des Albiones. Les Tartessiens, les colons de Carthage et ceux qui habitent les environs des Colonnes d'Hercule, faisaient le commerce avec ces îles.6 La plupart des commentateurs de YOra maritima ont été portés à exagérer la rapidité de ces premières navigations. On comprendra que des bâtiments sans pont, à fond plus ou moins plat, pour permettre de les tirer sur la grève, ne s'éloignaient guère des côtes et devaient attendre parfois des mois entiers un vent favorable. Aussi
5 II ne donne d'abord pas de nom à ce second golfe; mais, plus loin, il est désigné sous le nom de golfe Tartessien. Ora maritima, v. 265.
6 Aviénus, Ora maritima, v. 113.
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le Carthaginois Himilcon raconte qu'il mit quatre mois pour arriver à ces parages (de Carthage au cap Saint-Vincent), à cause du calme de la mer et des difficultés d'une navigation lente et pénible, ce qui nous est confirmé aujourd'hui, au sujet de ces côtes de l'Algarve, par les Instructions nautiques françaises7 et les Derroteros de las Costas de Espana8 que Blâzquez cite à l'appui; et il ajoute qu'il n'est aucunement question ici des grandes îles du nord, la Bretagne et l'Irlande ; Himilcon n'aurait pas connu ces îles. Pythéas qui, quelque temps après l'expédition d'Himilcon, passa le cap Saint-Vincent se dirigeant vers le nord, côtoyant le Portugal, fut peut-être le premier des Grecs qui découvrit les îles Britanniques.
L'idée de placer ces îles sous la dépendance de l'Espagne fut défendue il y a plus d'un siècle par un professeur de latin de Huelva, un certain Pérez Quin-
7 Les Instructions nautiques des côtes d'Espagne et du Portugal, Paris, 1905.
8 Los Derroteros nâuticos de las Costas de Espana y de Portugal, Madrid, 1880.
AND MONOGRAPHS
tero, dans une brochure imprimée à Séville en 1790, dont je dois un exemplaire à mon ami, Arthur Engel. L'auteur, contre l'opinion de Flôrez, de Masdeu et du grand Camden, réclame pour l'Espagne l'île Hibernia qu'il corrige en Ibéria, l'île des Albions et le groupe des Cassitérides qu'il place, lui, sur les côtes de la Galice.9
Disertacion
critico-Topogrâfica
Las Casitcrides
restituidas a su verdadero sitio,
por haberlas dislocado
El Ingles Camdeno y otros sabios
extrangeros,
cuya sentencia ha sostenido nuevamente
El eruditisimo sefior abate
Don Juan Francisco de Masdeu.
Su autor
Don Miguel Ignacio Pérez Quintero
Profesor de Latinidad y Retôrica, con real
aprobacion, y Catedrâtico propio por oposicion
en la villa de Huelva.
Afio 1790
En Sevilla, En la Imprenta de Vâsquez e Hidalgo.
Dans une note finale, l'auteur déclare que par suite d'un retard inexplicable dans la publication de sa brochure, José Cornide a pu faire paraître auparavant un volume où il propose aussi de placer ces îles sur la côte N.-O. de la Péninsule.
Cependant, cet emplacement des îles Hibernie et Albion en Espagne, est
9 Le titre de la brochure est long et curieux.
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LE LITTORAL
contraire à la déclaration de Pline, qui n'a pas connu le poème Ora maritima, puisqu'il mourut plus de deux siècles et demi avant qu'Aviénus, son auteur, fût proconsul de l'Afrique, sous Valentinien (366 de J. C). Pline déclare que la Bretagne n'est éloignée que de 50 M. P. de la côte des Morins, de Gessoriacum, le point le plus rapproché et que cette île portait le nom d' Albion lorsque celui de Bretagne était appliqué au groupe entier. Il déclare cela trente ans après la conquête romaine ; quant à l'île voisine, THibernie (l'Irlande) elle a, dit-il, la même largeur que la Bretagne mais 200 M. P. de moins en longueur.10 Il s'ensuit, d'après ce passage, que la question, comme il a déjà été dit au commencement, nous semble encore loin d'être résolue.
Mais Blâzquez remarque que Pythéas, lors de son expédition vers le nord de l'Europe, ne mentionne pas l'île d'ALbion, ni I'Hibernie, ni même les Cassitérides et il donne seulement à la
10 Pline, H. N. Liv. IV, c. 30-1.
IO
grande île le nom de Britannia.11 11 n'y aurait donc aucune raison, nous dit Blâzquez, pour croire que Pythéas découvrit ces îles dans les mers du nord de l'Europe.12
Entre les auteurs consultés par Pline, dont la liste nous est donnée dans le premier livre de son Histoire naturelle, se trouvent Pythéas et Himilcon lui-même.
De ce dernier, Pline nous dit seulement qu'il fut envoyé pour explorer les parties extérieures de l'Europe, c'est-à-dire les pays au-delà des Colonnes d'Hercule13 tandis qu'Hannon navigua sur l'océan depuis Gadir jusqu'aux limites de l'Ara-
11 V. Callegari, Pythea di Massilia, Feltre, 1904; mentionné par Blâzquez, Periplo de Himilco, Madrid, 1909, p. 14.
12 Le professeur J. Rhys dans son édition populaire de Celtic Britain (Londres, 1904, p. 204) nous^ dit que le nom d'Albion figure dans un traité sur le monde qu'on croyait être d'Aristote mais qu'on a depuis reconnu comme l'œuvre d'un anonyme bien postérieur.
Reginald Smith, l'auteur de l'excellent guide du Musée Britannique sur le fer âge du fer, nous dit aussi que les noms d'Albion et d'Ierne (Erin) ne figurent pas dans les ouvrages authentiques d'Aristote. Pythéas, son contemporain, fut le premier à désigner ces îles sous le nom qu'elles portent encore: les Iles Britanniques.
13 Pline, H. N. Liv. II, 67.
LE LITTORAL
bie. Mais, d'après le texte même du Périple, dont il existe une version grecque, Hannon n'aurait guère été plus loin que le pays des Ethiopiens, le Sénégal actuel, quand il fut obligé de retourner sur ses pas, les provisions allant lui manquer.14
Revenons à YOra maritima. Le premier golfe (du cap Saint-Vincent au cap Sainte-Marie, 95 kilomètres) demande deux jours de navigation, selon Aviénus. Sur toute l'étendue de YOphiusa (autre nom pour YOestrymnis, considérée comme région) du cap Saint- Vincent aux bouches de YAnas, à part les îles habitées par les Hibernes et les Allions, Blâzquez arrive à localiser les îles Pélagie et Achalé aujourd'hui appelées Barreta et Caes, formant le groupe d'îles de la pointe de Faro, et une autre, l'île Pétania, la moderne Armazâo, située plus loin à l'Est, devant le port de Tavira.
Siret reconnaît qu'Aviénus lie de telle
14 Geo. Rawlinson, History of Phœnicia, London, 1889, p. 389.
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façon la mention des Colonnes d'Hercule et celle de YOestrymnis qu'on pourrait croire les deux régions tout à fait voisines et malgré cela il croit devoir localiser YOestrymnis et YOphiusa en Armorique;15 et quant aux Cassitérides, qu'il reconnaît être les îles Oestrymnides d'Aviénus, celles-ci sont, pour lui, les îles du Morbraz en Morbihan.16 Mais ni Siret, ni Déchelette ne tiennent compte de l'existence sur la côte méridionale de deux villes de Gadir: la Tartesse-Gadir du delta du Guadalquivir et la Gadir Carthaginoise, la Gades des Romains, la ville de Cadix actuelle.
De son côté, le professeur Schulten, d'après sa dernière publication: Hispania17 (1920) fait parcourir au vieux périple toute la côte ouest de la Pénin-
15 La Bretagne française.
10 Louis Siret, Les Cassitérides, L'Anthropologie, T. XIX, 1908, p. 136.
17 Adolf Schulten, Hispania (Gecgrafia, Etnologia, Historia) Traduction espagnole de Pedro Bosch Gimpera et Miguel Artigas Ferrando, Barcelona, 1920. A. Schulten, professeur de l'université de Gcettingue (Hanovre), explorateur en Espagne, de Numancia et des camps de Scipion. Il publia Numancia 1905-19 12 et en dernier lieu Hispania, 1920.
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LE LITTORAL
suie depuis le cap Saint-Vincent, le promontoire sacré=Jugurn Cyneticum, jusqu'au cap Ortegal= Aryii Jugum, au nord de la Galice, en passant par le cap Espiche\= Ce mpsicum jugum avec l'île Achalé= Arrabida et le cap Roca qui, selon lui, serait le promontoire Ophiussae.
Nous arrivons à l'embouchure de VAnas, le Guadiana. Ici, le récit d'Aviénus ne présente plus aucune difficulté quant au territoire décrit, ni même à la direction du périple, allant toujours de l'ouest vers l'est. C'est de ce point, le cours de VAnas, que j'ai été reconnaître sur le littoral les données géographiques de VOra maritima. Je citerai ici les principales parties du texte, en traduction française18 et je les ferai suivre, au fur et à mesure, de mes observations particulières.
Le fleuve Ana coule à travers le pays des Cynètes . . . plus loin s'étend un nouveau golfe; la côte décrit un arc
18 Aviénus, Ora maritima. Trad. de Depris. et Sariot (1843) avec quelques corrections.
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dont la partie creuse regarde le midi, (vers 205-207)
L'antique Anas, le Guadiana, qui baigne le pays des Cynètes ou Cunei, débouche dans le golfe Tartessien.
« L'Ana se divise alors en deux branches . . . Là, deux îles dressent leurs sommets élevés : la plus petite n'a pas de nom, l'autre s'appelle, d'après une tradition constante, Agonis, (v. 208- 214)
UAnas avait deux embouchures, la bouche orientale, qui a, pour ainsi dire, disparu, était formée par deux îles s'étendant devant la côte; la plus petite qui n'avait alors pas de nom, serait l'île Canela, l'autre, Agonis, est la Higuerita, aujourd'hui appelée Ile Christine.
Sur la rive gauche de Y Anas, sous les Romains, se trouvait la station des Itinéraires Ostium Anae, Ayamonte, et en face, sur la rive portugaise, l'antique Esuri ou Castro Marim.
Tout hérissé de rochers vient ensuite le mont Sacré; il est dédié à Saturne
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LE LITTORAL
iS
. . . De ce lieu au fleuve déjà cité, il n'y a qu'un jour de voyage. Là est la frontière des Cynètes, puis suit le territoire de Tartesse arrosé par le fleuve Tartessus. (v. 215-225)
Si, du Guadiana, on se dirige vers l'est, la côte nous offre une étendue considérable de dunes et de marécages.
Après avoir passé l'estuaire de la Redondela, on aperçoit, au loin, une haute falaise et sur la partie la plus élevée, se trouve une vieille tour des anciennes vigies maritimes, appelée La Torre del Catalan. Cette hauteur de 37 mètres, d'une terre sablonneuse rougeâtre,19 aujourd'hui couverte de pins, présente de loin l'apparence d'être, comme dit le texte, hérissée de rochers ; de tous temps elle devait indiquer aux navigateurs la proximité de l'embouchure du Rio Piedras avec ses estuaires. C'est sûrement ici qu'il faut placer le mont consacré à Saturne, à une journée de navigation de YAnas, selon Aviénus.
19 Arenisca ferruginosa diluvial, selon le géologue Joaquim Gonzalo y Tarin; Description fisica, géologie a y minera de la Provincia de Huelva, Madrid, 1886.
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Cette tour est à deux kilomètres environ à l'ouest du fleuve Piedras dont le cours déterminait la frontière des Cynètes à l'ouest et du territoire tartessien à l'est. Cette frontière s'étendait, à l'intérieur, vers les sources du Rio Piedras, où, à une trentaine de kilomètres de la mer, se trouve Cabezas-Rubias, l'antique station Ad Rubras, près de laquelle s'élève le cerro d'Andevalo, qui pourrait être, comme le déclare Rodrigo Caro, un pic consacré au vieux dieu indigène Endovellico, ce qu'il faudra vérifier un jour.20
Sur les estuaires du Rio Piedras se trouvaient deux villes antiques, une seconde Carteia dont le nom s'est conservé jusqu'aujourd'hui, Cartaya, et l'autre serait Lepe la Laepa de Pomponius Mêla.
La ville de Lepe est aujourd'hui loin de son estuaire, l'emplacement actuel remonte probablement à l'invasion musulmane. L'antique Lacpa était plus rapprochée de la mer, peut être était-elle
20 Rodrigo Caro, Convento Juridico de Sevilla (1634) Ad Rubras.
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LE LITTORAL
située sur les collines de la Torre del Terrôn, rive droite du fleuve, occupant les hauteurs appelées Cerro Tinajeros et Cabeza de la Bella. Précisément, au bas de cette dernière colline, dans les terres de l'ancien couvent de moines franciscains de N. D. de la Bella, aujourd'hui en ruines, j'ai remarqué, au fond d'un ruisseau qui se trouvait à sec au mois de juillet, de nombreux tessons de poteries, des débris de marbre et des tuiles plates se rapportant, probablement, à la Laepa romaine.
La propriété est ici très divisée, les terres sablonneuses, très productives, sont plantées, aujourd'hui, comme aux temps classiques, de vignes, d'oliviers et surtout d'amandiers et de figuiers ; les figues de Lepe sont très appréciées et s'exportent par toute la Péninsule. D'épais buissons séparent les plantations, où l'on voit encore comme jadis brouter de nombreuses chèvres et des boucs aux longs poils. De ces poils de chèvre, on ne fait plus, comme au passage d'Himil-
con, des tentes et des voiles,21 mais le chevrier, pendant qu'il surveille son troupeau, en tresse encore de fortes cordes noires qui, dans le pays, sont recherchées des portefaix pour attacher leurs fardeaux et des laveuses pour tendre leur linge.
De là on gagne le mont consacré au Zéphyr ... de hauts pics se dressent sur sa croupe élevée, sa masse énorme domine les airs et une vapeur qui a comme établi sur elle un siège éternel, dérobe sa tête nuageuse. Tout le pays aux environs est couvert d'herbes.
Des brouillards cachent aux habitants la voûte du ciel. ... La nuit donne ordinairement une abondante rosée . . . une lourde brume s'étend sur la terre, et le sol est plein de marécages. . . . (v. 225-237)
Il s'agit ici de la chaîne de collines formée par les cerros de la Media Luna et de Las Herrerias dont le sommet, éloigné de sept à huit kilomètres de la mer,
21 Aviénus v. 218, Schulten traduit le passage: "Castrorum in usum et nauticis velamina," "pour l'habillement des soldats et des marins," — Hispania Trad. espagnole, 1920, p. 65.
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LE LITTORAL
se détache contre le ciel, tandis que le premier plan est occupé par les marais salins et une série de dunes de peu d'élévation. On reconnaîtra cependant, qu'à la distance de la côte du navigateur qui passe, "les hauts pics qui se dressent sur sa croupe élevée, sa masse énorme qui domine les airs/' sont des exagérations poétiques ; tandis que l'abondance des brumes et brouillards maritimes, de la rosée nocturne et des marécages, est pleinement confirmée aujourd'hui par les Instructions nautiques mentionnées par Blâzquez. A la lecture de celles-ci, on se croirait transporté au milieu des brumes des pays du nord. "Dans le golfe compris entre la côte sud de la Péninsule et celle de V Afrique, les brumes sont très tenaces. Quelquefois la brume reste suspendue comme un immense voile et quand la nuit se fait elle s'avance sur la côte qu'elle couvre complètement. En été surtout lorsqu'il y a de faibles brises du sud, l'horizon est enveloppé d'un brouillard très épais qui produit une telle réfraction qu'elle donne
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lieu à des effets de mirage très remarqués.22
Schulten place le Jugum Zéphiri23 au Monte Gordo, une élévation de 51 mètres sur la rive portugaise du Guadiana, près de l'embouchure. Un autre Monte Gordo, de 160 mètres de hauteur, se trouve à 18 kilomètres de la mer et à deux kilomètres de la rive gauche du fleuve. Il faut repousser ces deux identifications, car il n'est guère probable qu'Aviénus, après avoir décrit plus de 20 kilomètres des côtes dans la même direction, revienne sur ses pas sans donner aucune raison ; la progression vers l'est est constante.
On voit plus loin s'élever sur une colline un temple magnifique consacré à la déesse des Enfers, sanctuaire creusé dans le roc, grotte d'une obscurité profonde, (v. 241-243)
Nous arrivons à la seule élévation que nous offre la côte vers l'est. Ce mont
22 Les Instructions nautiques des côtes d'Espagne et du Portugal, Paris, 1905.
23 Aviénus, v. 225, Schulten, Hispania, p. 40.
HISPANIC NOTES
LE LITTORAL
forme une espèce de promontoire, aujourd'hui très boisé, où au-dessus des arbres on voit s'élever l'ex monastère de La Râbida, où Christophe Colomb vint entretenir le père Marchena de son héroïque projet de traverser l'océan. Rappelons en passant que c'est de Palos, la petite ville voisine qu'il s'embarqua le 3 août 1492 et où il effectua son retour sept mois et onze jours après.
Le monastère de La Râbida restauré avec soin est aujourd'hui un monument national où se rendent en pèlerinage les représentants des nouveaux pays d'outremer. Himilcon, 2000 ans avant Colomb, reconnut sur cette élévation un temple magnifique consacré à la déesse des enfers; le jugum Proserpinae dont le sanctuaire se trouvait dans une grotte obscure creusée dans le roc et qui probablement existe sous le monastère.
Nous verrons que sous plusieurs temples du littoral se trouvaient des grottes ou des cavernes sacrées rappelant l'existence d'un culte indigène antérieur, ligure, peut-être. C'est ainsi que sous le
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temple de Vénus de l'île de Cadix (Gades), avant la fondation de cette ville, il y avait, selon YOra maritima, un sanctuaire creusé dans le roc et un oracle. Plus loin, au promontoire de Junon, sous un temple consacré à cette déesse, il est probable qu'il y avait aussi un sanctuaire souterrain; c'est du moins ce que semble nous indiquer le nom que les Arabes donnèrent au cap Trafalgar— Taraf-alghar, c'est-à-dire le cap de la Caverne.
A côté se trouve un vaste marais qu'on appelle Erèbe; on ajoute que la ville d'Herba se trouvait autrefois dans ces lieux ; emportée par les tempêtes de la guerre, elle a seulement laissé à la contrée son souvenir et son nom. (v. 243-247)
Ce lac Erèbe (selon la traduction) le Palus Etrephaea du texte, est représenté par la Ria de Huelva et les marais à l'ouest et au sud de cette ville, la Civitas Herbi d'Aviénus, plus tard l'antique Onoba, ville alors détruite et dont l'emplacement serait sur la hauteur des cabezos qui longent l'Odiel, autour de l'an-
HISPANIC NOTES
LE LITTORAL
cienne paroisse actuelle de Saint-Pierre où dût se trouver la ville ibérique et romaine. A environ un kilomètre au nord de cette église, au sommet de ces falaises, se trouve le sanctuaire de N. D. de la Cinta où la découverte de quelques grandes colonnes de marbre, plusieurs bases et d'autres vestiges nous confirment l'existence antérieure, à cet endroit, d'un temple romain.
Nous ferons observer en passant que sur ces côtes, la ville indigène, ibérique, se trouve généralement sur une élévation naturelle, falaise ou barranca, qu'on entourait de murailles et où ses habitants pouvaient se réfugier et se défendre contre les attaques continuelles des gens de mer étrangers; c'est le cas de Onoba (Huelva), de la Laepa antique, et surtout de Veger de la Frontera, la Lacca d'origine ibérique, la ville du Lac de la Janda. Les comptoirs phéniciens, Grecs et Carthaginois s'établirent de préférence dans les îles du littoral, comme Saltés, Tartessos, et Cadix; cette dernière, probablement de fondation cartha-
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ginoise, devint sous l'Empire romain un des principaux ports du monde.
De là coule le fleuve Ibérus. La plupart rapportent que les Ibères doivent leur nom à ce fleuve et non pas à celui qui naît au milieu des Vascons turbulents. Car toutes les terres de cette nation qui boivent le fleuve du côté de l'occident sont appelées Ibérie. La partie orientale renferme les Tartessiens et les Cilbicènes. (v. 248-255)
UHiber ou Ibérus, peut-être le Rio Tinto, aurait donné son nom au grand fleuve du nord, l'Ebre. Ce premier fleuve Iber, à l'extrémité méridionale de la Péninsule, semble confirmer l'origine africaine des Ibères, comme, avant eux, des Ligures. On appelait alors Iberia les nations à l'occident du Rio Tinto; vers l'orient se trouvaient les Tartessiens et, plus loin, sur la côte, les Cilbicènes.24
On trouve ensuite l'île de Cartaré qui, suivant une opinion assez répandue,
24 Ora maritima, v. 250-255.
HISPANIC NOTES
LE LITTORAL
fut occupée par les Cempses. (v. 255- 257)
Cette île serait la Sartaré de Pline, l'île de Saltés actuelle, au sud de Huelva et à l'ouest de La Râbida, où Ton trouva, à différentes occasions, des vestiges importants des Romains et des Arabes. Blâzquez reconnaît cet emplacement; Schulten croit qu'il s'agit de Tartesse elle-même dans le delta du Guadalquivir, sans considérer la mention du mont Cassais, un point intermédiaire, dans l'ordre que suit Aviénus.
Puis s'élève le mont Cassius qui dans la langue grecque donna le nom de Cassitéros à l'étain. (v. 259-261)
Ce mont correspondrait selon Blâzquez aux hauteurs entre Almonte et Moguer, mais celles-ci ne sont pas visibles de la mer, je crois plus probable de chercher ce mont sur la côte même, au Cerro del Asperillo, proposé par Schulten, sur la partie la plus élevée des dunes dArenas Gordas, à 113 mètres d'alti-
AND MONOGRAPHS
tude. Le nom à'Asperillo, asperôn, la pierre de sable, nous indique la formation des falaises abruptes de la côte.
Joaquin Costa dans ses Estudios Ibéricos25 nous donne une intéressante information au sujet . du mot Cassitéros.26 Aviénus parlant d'une montagne au nord du lac Ligurien, dont il sera question plus loin, nous dit que celle-ci s'appelait Argentarius à cause de l'étain qui resplendit sur ses flancs. Costa en déduit que les Ibères n'avaient qu'un mot pour désigner l'argent et l'étain. La racine Cast ... ou Cassi . . . dans plusieurs dénominations géographiques de cette région semble rappeler ces métaux. Le mont Argyrus ainsi nommé à cause de ses mines d'argent, selon Strabon, et d'où descendait le Bêtis, est aujourd'hui la Sierra de Cazorla.27 Castlon ou Castulo, aujourd'hui Cazlona, est le cen-
25 Joaquin Costa, Estudios Ibéricos, Madrid, 1891-1895, p. 91.
20 Sur ce mot, qu'on croit d'origine celtique, voir Salomon Reinach, Le Mirage oriental, l Anthropologie, 1893, p. 563, et un Nouveau texte sur V origine du commerce de l'étain, l'Anthropologie, 1899, P- 397-
27 Strabon, Geogr., L. III, II, 11.
HISPANIC NOTES
LE LITTORAL
tre d'un antique district minier de plomb argentifère. Blâzquez cite aussi Castuera en Extrémadure où il y avait des mines d'étain, et. selon lui, cette région a dû donner dans l'antiquité, ainsi qu'à une époque plus récente, beaucoup de cassitérite alluvionnaire ou même provenant de mines, d'après un texte de l'auteur arabe Al Maccari qui déclare qu'il existait de son temps une exploitation d'étain en face des îles du cap Sainte- Marie, en Algarve.28 Ces îles seraient précisément, d'après Blâzquez, les premières Cassitérides, les îles Oestrymniques où abondent l'étain et le plomb et où allaient les chercher les Tartessiens et les colons de Carthage.29
Bérard rappelle que c'est de Tartesse qu'au temps d'Hérodote vient encore l'étain des Cassitérides. La tradition au sujet du mont Cassios d'Aviénus peut contenir un noyau de vérité, dit-il; durant l'antiquité la transhumance dut
28 Al Maccari, Edit. de Leyde, T. I., p. 91, mentionné par Blâzquez.
29 Aviénus, v. 113.
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suivre les mêmes voies. Les bergers suivis par leur troupeau de moutons se dirigeaient par les vérédas d'une extrémité à l'autre de la Péninsule apportant avec eux l'or et l'étain de l'intérieur vers la côte méridionale, mais pas exactement au mont Cassius, qui n'était qu'un point élevé du littoral indiquant aux navigateurs la proximité de Tartesse.
Il y a encore des mines d'étain en Espagne. Lors d'une excursion que fit Sales y Ferré en Galice, il eut l'occasion de visiter une mine d'étain de plus de deux kilomètres d'étendue, à Maside, paroisse de Saint-Martin de Lugo. Il ajoute à ce sujet: Quand on passe* de l'embouchure du Mifio à Ferrol, sur cette côte de la Galice si capricieusement découpée, comme celle de la Grèce, par des baies profondes et des estuaires, on comprend que les Phéniciens durent occuper ces plages plusieurs siècles peut-être avant de songer à continuer leur marche vers le nord ... et cette idée, suggérée par la vue de la côte, nous est confirmée par les nombreuses exploita-
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tions stannifères abandonnées qu'on voit à l'intérieur des terres.30
Je fus l'hôte du lieutenant de carabiniers du poste de la Torre del Oro, près du Cerro del Asperillo, qui me communica l'existence d'une importante mine d'étain, exploitée par une compagnie française, à Vérin, sur la frontière du Portugal, où il commandait le poste peu de temps auparavant. Un de mes amis, ingénieur des mines de Biîbao, me signale dans une lettre la coutume du N.-O. de la Péninsule d'acheter aux paysans des lots plus ou moins importants de cassitérite réunis avec peine pendant qu'ils gardent leurs troupeaux. Il paraitrait qu'une grande quantité d'étain s'extrait ainsi tous les ans sans payer à l'Etat aucune redevance ; c'est une survivance du commerce des minerais par le berger des temps primitifs proposé par Bérard.31
30 Manuel Sales y Ferré, Note à la traduction de La Historia de Asiria, de Zenaide A. Ragozin; Cette exploitation antique des mines de Galice que Sales et Ferré rapporte aux Phéniciens est plus probablement des Carthaginois et des Romains.
31 Victor Bérard, Les Phéniciens et l'Odyssée, Revue archéologique, juillet-août 1901, T. XXXIX, p. 106.
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Le grand archéologue Siret, qui est aussi ingénieur des mines, nous apprend que les alluvions livrent la cassitérite toute préparée par la nature, débarrassée de ses gangues : pour l'extraire, il n'y a qu'à laver les graviers, ce qui est très simple. Grâce à la grande pureté du minerai, on le paie, à teneur égale, plus cher que celle des filons.32
On aperçoit ensuite un temple qui s'élève sur la mer et l'éminence de Géronte. . . . On la voit de loin . . . Là s'étendent les côtes du golfe Tartessien; du fleuve Tartessus à cet endroit le chemin pour les vaisseaux est d'une journée, (v. 261-267)
De la Torre de la Higuera, le navigateur qui passe près de là côte, portant au loin la vue vers le sud, aperçoit deux rochers séparés par la mer. Sur le premier, le promontoire ou pointe del Perro, près de Chipiona, se trouvait un temple dominant la mer; sur l'autre, à deux
32 L. Siret, Les Cassitcrides et l'empire colonial des Phéniciens, U Anthropologie, T. XIX, 1908, p. 141.
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kilomètres de la côte, il y avait, sur le récif ou Piedra de Salmedina, une tour, le tombeau légendaire de Gérion. Un profond courant maritime se rapproche de la côte, et sur le rocher de Salmedina s'élevait, sous les Romains, le phare de Servillius Caepion décrit par Strabon.33 Ici se terminait le golfe tartessien. Du bras occidental du Tartessus, qui a complètement disparu, au rocher de Salmedina, il y avait une journée de navigation.
Là est la place de Gadir, nom que les Carthaginois donnaient dans leur langue aux endroits entourés de murailles. Elle fut d'abord appelée Tartessus. C'était jadis une grande et riche cité; maintenant elle est pauvre, petite, dépouillée, ce n'est qu'un monceau de ruines. Pour nous, excepté le culte d'Hercule, nous n'avons rien vu de remarquable en ce lieu. C'est une île que le fleuve Tartessus, se répandant au large hors du marais Ligustique, embrasse de toutes parts dans son cours, (v. 268-285)
"3 Strabon, Gcogr., L. III, I, 9.
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Après avoir décrit le golfe ou Sinus Tartessius jusqu'à son extrémité orientale, à la pointe de Chipiona, le poète revient sur ses pas pour rappeler l'existence dans ces parages de l'antique Tartesse-Gadir, sur une île formée entre deux bras du Guadalquivir, Las Marismas (Le lac Ligurien) et la mer. Il semblerait qu'à l'époque du passage d'Himilcon la ville avait subi un siège et comme la Civitas Herbi ou Huelva, elle fut complètement détruite ; le temple d'Hercule seul aurait été respecté.
Ce fleuve ne roule pas un simple courant d'eau; il ne se creuse pas qu'un seul lit; mais du côté de l'aurore il s'élance à travers les terres par trois canaux et par quatre autres il baigne les cités du midi. (v. 286-290)
Si on remonte l'unique bras actuel du Guadalquivir, à environ 12 kilomètres le fleuve se divise en deux branches, une troisième branche se trouve à 25 kilomètres plus haut, à la pointe .de la Horcada. Par quatre autres canaux, qui se-
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LE LITTORAL
raient les estuaires décrits par Strabon, on arrivait aux villes de la rive gauche dont l'existence est certainement préromaine: Ebora, Asta, Nabrissa, Ugia.
A ces estuaires du Guadalquivir, Strabon donne le nom indigène de Combes ;34 c'est le mot gallois cwm d'origine celtique, pour désigner une vallée, un ravin, si fréquent dans les dénominations géographiques de l'Angleterre et des pays celtiques de France et d'Italie.
Au-dessus des marais s'allonge le mont Argentarius, ainsi nommé par les anciens à cause de son éclat; rétain resplendit sur ses flancs, il fait surtout jaillir la lumière dans les airs, quand le soleil de ses rayons frappe sa tête élevée. Le fleuve Tartesse roule des flots chargés de parcelles d'étain et apporte aux villes ce riche métal, (v. 291-298)
A certaine distance au nord du grand lac Ligurien, dont le nom nous rappelle l'occupation antérieure des Ligures, s'étendait le mont Argentarius, c'est-à-dire
34 Strabon, Gcogr., L. III, II, 4.
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la Sierra Morena, Mons Marianus des Romains, ainsi nommée du riche propriétaire des mines d'argent (des mines d'or, d'après Tacite35) Sextus Marius, qui. sous Tibère, fut précipité de la roche Tarpéienne. On comprendra que rétain qui resplandit sur les flancs du mont Argentarius . . . la lumière qui en jaillit sous les rayons du soleil et le fleuve roulant des parcelles d'étain, sont une pure licence poétique due à Aviénus qui ignorait peut-être que les minerais d'étain et d'argent ne brillent pas au soleil ! Nous en déduisons, cependant, que ces métaux arrivaient à Tartesse par voie du fleuve de la Sierra Morena où il y avait alors un peu d'étain d'alluvion et beaucoup d'argent, de cuivre et de plomb.
L'éminence de Géronte et le promontoire du temple sont, comme nous l'avons dit plus haut, séparés par la mer ; le golfe se glisse entre les deux rocs escarpés : près du second roule un grand courant d'eau, (v. 304-307)
35 Tacite, Annales, VI, 19.
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Après avoir parlé des montagnes au nord du lac Ligurien, des Etmanéens qui habitent les plaines à l'intérieur des terres, loin de la mer, des campagnes fertiles des Béates et des Cilbicènes, qui occupent les parties maritimes, le poète revient au promontoire de Géronte, aujourd'hui Chipiona, où se termine le golfe Tartessien, pour continuer vers l'est, en vue de la côte.
Plus loin s'élève le mont des Tartessiens, ombragé de forêts, (v. 308- 309)
Formant le massif montagneux oriental de la vallée du Guadalquivir, opposé au mont Argentarius de la Sierra Morena, le mont des Tartessiens, couvert de forêts, comprenait les territoires de Médina Sidonia, Arcos, Grazalema. Ces montagnes, comme la partie méridionale de la Sierra Morena, furent, dès le premier âge du fer, occupées par les Celtici, ou leur présence nous est encore indiquée sous les Romains par les coutumes des montagnards et les noms de
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villes semblables d'un côté et de l'autre du Guadalquivir.
Ensuite on trouve l'île Erythée avec ses vastes campagnes autrefois sous la domination punique car elle fut d'abord occupée par des colons de l'ancienne Carthage; un bras de mer de 5 stades la sépare du continent, (v. 309- 314)
Cette ville de l'île Erythée fut abandonnée de bonne heure, probablement à cause de l'étendue même de l'île, aux vastes campagnes, nous dit l'auteur et qui devait être par conséquent difficile à défendre contre les attaques des Ibères. UHéracleum, le célèbre temple d'Hercule, se rattachant à cette première ville, resta où il avait été primitivement construit, à l'extrémité S.-O. de l'île, sur la pointe rocheuse de Santi Pétri. Cet emplacement du temple nous est confirmé par les auteurs classiques; c'était une station des Itinéraires d'Antonin, sur la voie romaine de la côte et sur l'autre voie antique qui, partant de Rome aboutissait à ce temple, à l'extrémité méri-
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dionale de la Péninsule, à XII M. P. ou 18 kilomètres de Cadix. Ici, l'île de San Fernando ou de Léon, Erythée, est séparée de la terre ferme, vers l'est, par le canal de Santi Pétri dont la largeur moyenne n'est guère que de 200 mètres.
L'île du côté du couchant est consacrée à Vénus marine : elle renferme un temple de Vénus, avec un sanctuaire creusé dans le roc et 'un oracle, (v.
La Gadir carthaginoise— Gades, Cadix, n'existait pas alors, c'est probablement peu de temps après la date de ce périple que remonte sa fondation, à l'extrémité occidentale de l'île d'Erythée, ou se trouvait ce temple consacré à Vénus marine avec un sanctuaire et un oracle.
Depuis ces montagnes que j'ai décrites toutes hérissées de forêts jusqu'au promontoire de Vénus, le rivage étend en pente douce un lit de sable fin : les fleuves Bésilus et Cilbus y pressent leurs flots, (v. 317-321)
Après l'île Erythée, Aviénus, continuant vers l'est, nomme deux cours d'eau,
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le Bâsilus et le Cilbus, débouchant sur une plage en pente douce sur un lit de sable fin. Il fallait chercher ceux-ci entre le canal de Santi Pétri et le promontoire de Vénus ; ce dernier à notre avis ne serait pas le cap Trafalgar, le promontorium Junonis des Romains. Le Lirio et le Salado de Conil proposés par Schulten ne sont pas admissibles, le premier est un affluent du canal de San Pedro et le second, de peu d'importance, est souvent à sec en été. C'est plutôt à la pointe de Tarifa qu'il faudrait reporter ce promontoire de Vénus, le Bésilus serait alors le Barbate actuel et le Cilbus, le Rio de la Jara qui, avec le Rio de la Vega et le Salado, débouchent dans la mer près de Tarifa, par deux branches très rapprochées.
Blâzquez propose d'identifier le Bésilus avec le Barbate et le Cilbus avec le Guadarranque ; ce dernier fleuve, assez éloigné, de l'autre côté du promontoire, au pied, pour ainsi dire, du Penon de Gibraltar, n'est guère probable.
Au sujet du Bésilus, Blâzquez croit
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LE LITTORAL
reconnaître certaine analogie entre les premières syllabes de Bésilus et le nom de Veger, la ville du Barbate. Je crois que l'analogie serait plutôt à établir avec l'antique port de Baesippo, qui se trouvait près de l'embouchure du fleuve. J'ai indiqué ailleurs36 l'origine du nom de Veger, comme provenant de la Lacca romaine, un des ports de Bétique pour l'embarquement des amphores d'huile d'olive vers Rome (de 140 à 250). Ici, comme à Hispalis (Séville) Corduba (Cordoue), Astigi (Ecija), P or tus (El Portai de Jerez), se faisait la révision de cette exportation d'après les inscriptions peintes sur les tessons d'amphores recueillis au Monte Testaccio près de Rome.
Cette ville fut successivement appelée Lacca— Becca—Bejer— Veger. La première est une dénomination celtique appliquée à la ville du lac de la Janda. C'est ainsi que le Barbate à l'époque de l'invasion musulmane est connu des
36 Geo. Bonsor, Les villes antiques du détroit de Gibraltar, Bulletin Hispanique, 1918, p. 141.
chroniques arabes sous le nom de Guadilacca ou Guadibecca.
Puis le promontoire sacré dresse vers le couchant ses rochers superbes, (v. 321-322)
Ce n'est qu'après avoir doublé la pointe de Tarifa qu'on pouvait voir au loin les superbes rochers du promontoire sacré. Sacrum Jugum—Calpé, Gibraltar.
Ce lieu fut appelé Herma par l'ancienne Grèce. Or Herma est un rempart de rochers qui garnissent les deux côtés d'un lac situé au milieu d'eux.
C'est l'unique fois que ce lac célèbre de la région, le grand lac de la Janda, est mentionné par un auteur classique.
Cette description du Vie siècle est toujours correcte ; le lac, qui a actuellement deux lieues de longueur sur une lieu de largeur s'étendait anciennement plus de quatre lieues. Il est situé entre deux chaînes de montagnes rocheuses présen-
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tant sur chaque rivage un passage étroit. C'est probablement par ce chemin, cet Herma, que passèrent toutes les invasions africaines de la Péninsule, depuis les temps primitifs des Ligures et des Ibères jusqu'aux Berbères et aux Arabes.
On comprendra pourquoi ce chemin du lac n'est pas mentionné sous les Romains, ceux-ci ayant établi de bonne heure leur voie militaire de la côte, d'une ville à l'autre du littoral ; aux étapes suivantes: Portus Albus (Algeciras), Traducta (Tarifa), Cétraria (Lances de Tarifa), Mellaria (Valdevaqueros), Bêlon (Bolonia) et Baesippo (Castillo de Santiago del Barbate). D'après leur nom, deux seulement de ces villes seraient pré-romaines: Bêlon, la Bailo des médailles, et Baesippo. Un chemin, une trocha primitive se dirigeait des bords du lac, près de Façinas, à la plage de Bolonia, de Belone Claudia, où l'on s'embarquait, dit Pline, pour Tingis (Tanger) en Afrique.
Ce n'est qu'à la dernière invasion, la
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conquête musulmane (711) que le grand lac apparait de nouveau dans l'histoire. La bataille qui décida du sort de l'Espagne se livra sur les bords du Guadilacca, c'est-à-dire le fleuve du lac, le Barbate. Les Arabes donnèrent plus tard son nom à la province méridionale de Sidonia qui fut alors appelée province du Lac.
Sur le territoire de l'Europe ce mont que j'ai désigné comme ayant reçu des habitants le nom de sacré, s'élève en s'avançant dans les ondes. Entre ces deux points se glisse un bras de mer . . . Cet Herma appelé aussi voie d'Hercule. ... Là se trouvent les colonnes d'Hercule limite des deux continents. ... Ce sont deux promontoires rocheux semblables, Abyla et Calpé; Calpé est sur le sol espagnol et Abyla sur celui d'Afrique, (v. 333- 345)
Nous arrivons enfin au terme de cette étude de la côte, au mont Sacré, la Calpé romaine qu'on prend de loin pour une île, nous dit Strabon,37 qui, avec le
37 Strabon, Gcogr., L. III, I, 7-9.
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LE LITTORAL
mont Abyla sur le sol africain, en face, représentaient pour les anciens les colonnes d'Hercule, limite des deux continents, à l'entrée du détroit, cet autre Herma maritime.
De ces colonnes, en allant vers l'occident, on trouve un abîme sans fin, la mer s'étend au loin, les fronts se prolongent, ainsi le rapporte Himilcon. Nul n'a conduit ses vaisseaux vers cette mer. ... (v. 380-384)
Hannon avait côtoyé l'Afrique, Himilcon reconnut une partie des côtes de la Péninsule, plus tard Pythéas de Massalia s'aventura jusqu'au nord de l'Europe, mais au couchant des Colonnes d'Hercule, personne n'avait navigué vers l'océan mystérieux dont le secret ne devait être dévoilé à l'humanité que 2000 ans plus tard.
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LE FLEUVE, L'ILE ET LA VILLE
Tus pueblos destruidos Sin dellos quedar nombre Y de otros el renombre Apenas con los sitios conocidos.
(Argot e de Molina.)
Les premiers navigateurs grecs connurent le Guadalquivir sous le nom de Tartessos, le Bétis des Romains, que les indigènes appelaient Certis, selon Tite Live;38 ou Perkes nous dit Schulten, ajoutant que c'était probablement son nom ligure.39 On donna successivement à la région baignée par le fleuve les noms de Tartesside, de Turdétanie et de Bétique, cette dernière correspondant à l'Andalousie actuelle.
38 Tite Live, L. XXVIII, 22.
39 Schulten, Hispania, Barcelona, 1920, p. 49; Mais, selon Costa, cette dénomination Perkes, mentionnée par Etienne de Byzance, s'appliquait à un autre Bétis, le fleuve Palancia actuel qui baignait les murs de l'antique Sagonte (Murviedro), J. Costa, Estudios Ibéricos, p. 159.
FLEUVE, ÎLE ET VILLE
Les premiers Phéniciens qui visitèrent ces côtes construisirent sur une île du delta l'antique emporium de Tarshish, la Tartesse-Gadir, qui, d'après YOra tnaritima, se trouvait sur une île que le fleuve, se répandant au large hors des marais ligustiques, embrasse de toutes parts dans son cours. Elle se trouvait donc entre deux bras du fleuve ayant au nord-est le lac Ligure, représenté par les marais actuels du Guadalquivir, qui s'étendent à l'intérieur des terres plus de six lieux, et à l'ouest l'océan Atlantique.
Le bras oriental ou plus exactement du S.-E. est le seul existant aujourd'hui, l'autre, vers le couchant, celui qui devait donner accès à la ville, semble avoir disparu complètement, aussi pouvait-on difficilement déterminer l'endroit probable de son embouchure. C'est à cette fin que j'ai entrepris de parcourir toute la côte appelée "Plage de Castille" entre Huelva et Sanlucar de Barrameda. C'est ce qu'a fait le professeur Schulten, à ce que j'apprends, et ce que j'ai dû faire moi-
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même l'été dernier, 1920. Je ne crois pas qu'aucun autre archéologue se soit donné la peine de parcourir cette côte inhospitalière de sables mouvants, ni les marais de l'intérieur où règne la malaria. Sauf les casernes de carabiniers, distribuées tout le long de la côte, quelques-unes construites au milieu des dunes, assez éloignées de la mer, la région est pour ainsi dire inhabitée. J'étais muni d'une bonne recommandation des chefs des carabiniers de Huelva, aussi les deux lieutenants de section et les cabos des postes intermédiaires s'empressèrent de mettre à ma disposition tous les moyens d'information. Des carabiniers ayant habité ces parages près de 20 ans, m'accompagnèrent dans mes excursions, me donnant sur le terrain toutes les explications que je pouvais désirer; c'est ainsi que j'appris ce que je n'aurais jamais su autrement. On comprendra que je tiens à exprimer ici toute ma gratitude aux chefs comme aux subalternes.
Voici la liste des points principaux de
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ce littoral de Huelva a Sanlucar de Barrameda, de 81 kilomètres.
PLAGE DE CASTILLE (Play a de Castilla) Huelva
6 k. 500. La Râbida. Ancien monastère franciscain restauré— monument national.
1 k. Torre de la Arenilla. Vieille
tour de vigie du littoral.
8 k. Los Canos. Poste de carabiniers—ruisseau provenant des lagunes d'eau douce de l'intérieur.
5 k. El Picacho. Sur la hauteur se trouve le phare de la barre de Huelva.
3 k. 500. Julianejo. Ici commencent les falaises ou "barrancas/' s'élevant à une vingtaine de mètres et d'où descend un ruisseau abondant.
2 k. Mazagon. Ruisseau descen-
dant des falaises, poste de carabiniers ou gardes-côtes.
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4 k. 500. Torre del Oro. Tour de vigie et de refuge de l'ancienne défense des côtes. Caserne de carabiniers. Un étroit chemin gravissant la falaise se dirige vers Moguer et un autre vers Almonte. Un ruisseau abondant, dont le cours n'est que d'un kilomètre environ, la source se trouvant à peu de distance de la caserne, est bien indiqué sur la carte Mapa militar Itinerario de Espana, tandis que l'ancienne carte de Coello de la province de Huelva (1870) m'avait d'abord induit en erreur, permettant de supposer que ce ruisseau procédait de l'Abalario et de la grande lagune d'El Invierno, assez lointaine.
2 k. Atarazanas. Chemin a El Aba-
lario et à Moguer. Lieu de pêche— groupe de huttes de pêcheurs pendant l'été.
3 k. 500. Torre del Asperillo. Tour de
vigie en ruine. Poste de carabiniers formé de plusieurs chaumières sur la hauteur. A l'Atarazana commence la partie la plus élevée des dunes
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FLEUVE, ÎLE ET VILLE
dénommées Arenas Gordas— Arenei Montes des Romains (Pline H. N. III. 7). A quelque distance à l'intérieur s'élève, au milieu d'un désert de sables mouvants, le Cerro del Asperillo de 113 mètres d'altitude, aujourd'hui couvert de sable jusqu'au sommet.
6 k. Mata del Difunto. Poste de carabiniers. C'est ici la partie la plus dangereuse de la plage d'Arenas Gordas, ou il est très imprudent de s'aven- .turer à marée montante; les vagues battent le bas des falaises sur une grande étendue n'offrant aucun refuge.
Picacho dorado, Barranco Colorado. Deux points successifs des falaises de sable rougeâtre qui figurent sur la carte du territoire d'Almonte, de YInstituto Geogrâfico Estadistico.
1 k. 800. Almadraba de la Higuera. Poste de pêcheurs de thons.
0 k. 600. Torre de la Higuera. Tour de vigie en ruine, aujourd'hui éloignée de la falaise d'une soixantaine de mètres. Poste
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de carabiniers et de pêcheurs.
Le ruisseau de la Higuera est complètement à sec en été.
7 k. Matalascanas. Caserne de carabiniers. En été colonie de bains de mer composée d'un millier de huttes construites de joncs et de roseaux. A l'intérieur des terres se trouve la grande lagune de Santa Olalla, à environ trois kilomètres. Un chemin à travers les dunes et les marais se dirige vers le palais de Doua Ana, le Sanctuaire d'El Rocio et la ville dAlmonte.
5 k. Torre Carbonera. Caserne des carabiniers. Un chemin des dunes conduit au Palacio de Dofîa Ana, passant par la lagune d'El Sopetôn.
7 k. 500. Torre Zalabar. Caserne de carabiniers. Vieille tour de vigie abandonnée. Le cerro del Trigo se trouve à trois kilomètres à l'intérieur.
3 k. 600. El Inglesillo. Poste de carabiniers. A trois kilomètres à l'intérieur se trouve le nouveau Palacio de Las Marismillas, où le Roi et sa suite
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FLEUVE, ÎLE ET VILLE
sont reçus à l'occasion des grandes chasses du coto de Dona Ana.
5 k. Torre de San Jacinto.
2 k. 800. Pointe de Malandar. Caserne de carabiniers sur la rive droite à l'embouchure du Guadalquivir, en face de Sanlucar de Barrameda.
2 k. Sanlucar de Barrameda.
Revenons sur nos pas : au nord-ouest, les barrancas ou falaises commencent au ruisseau de Julianejo. Passé la Torre del Oro, ces falaises ont en moyenne 30 mètres de hauteur et davantage plus loin, à la Torre del Asperillo et à la Mata del Difunto. Celles-ci ne présentent nulle part aucune ouverture; il était donc inutile de chercher dans ces parages le bras du fleuve disparu.
De la Torre de la Higuera, à mesure qu'on avance vers le S.-E., les falaises diminuent de hauteur. On passe deux barrancas à un demi kilomètre d'intervalle; celles-ci n'ont qu'une dizaine de mètres de hauteur; plus loin les falaises disparaissent complètement et sont sui-
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vies d'une série de dunes de peu d'élévation.
A moitié chemin, c'est-à-dire à trois kilomètres et demi, entre les postes des gardés-côtes : Torre de la Higuerâ et Matalascanas, se trouve l'endroit où les carabiniers font l'échange journalier de leurs valises postales et qu'ils appellent pour cela, La Entrevista; c'est là le seul point de toute la côte, où, à l'époque des grandes marées, la mer pénètre dans les terres et forme plusieurs mares entre les cerros d'une terre sablonneuse rougeâtre. Ayant examiné ces bas-fonds, qui étaient à sec au mois d'août, j'ai relevé à la surface du sol de nombreux tessons, malheureusement sans importance ; tels qu'un col d'amphore romaine (qui ne prouve rien) et d'autres débris d'une poterie d'apparence primitive, dont la cassure noire me trompa d'abord, croyant pouvoir la rapporter aux indigènes du premier âge de fer. J'ai bien reconnu plus tard que ces débris étaient relativement modernes, ayant trouvé une demie marmite comme celles dont se servent
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encore les pêcheurs ; l'action de la mer et du sable avait tellement transformé ces tessons qu'on pouvait facilement s'y tromper.
Montant sur un des cerros dominant la campagne, j'ai remarqué près de là un endroit où la zone des dunes, parallèle à la plage, n'avait qu'une centaine de mètres de largeur, quand ailleurs cet espace de sable varie de deux à trois kilomètres. Il y a vingt ans, ces sables n'existaient probablement pas ici, de manière que les sapins et la végétation de l'intérieur devaient s'étendre alors jusqu'à la plage même; ce que me confirma le carabinier qui m'accompagnait.
Si nous reconnaissons que ce point de la côte: La Entrevista des carabiniers, que, de leur côté, les pêcheurs appellent: El vapor perdido est bien l'embouchure du bras disparu, il ne s'agissait plus que de relier ce point à la série des lagunes qui, à l'intérieur des terres, semble encore nous indiquer l'ancien cours du fleuve. A deux kilomètres à l'est (magn.) de La Entrevista, se trouve la
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mare ou charco del Toro, de peu d'étendue, mais très profonde, dit-on. De cette mare, à 3 kilomètres E.S.E. (magn.) se trouve la grande lagune de Santa Olalla, qui, d'après la carte qui nous sert de guide,40 plus correcte que celle de Coello, aurait plus de deux kilomètres de longueur de l'est à l'ouest et un demi kilomètre de largeur. Le fleuve se dirigeait ensuite vers le S.E.-S. (magn.), où, deux kilomètres plus loin, il pénétrait dans les marais passant par deux autres lacs appelés La Dulce et El Sopetôn. Entre ces lagunes se trouvent d'autres mares moins importantes qui sont à sec en été et ne figurent pas sur les cartes. Pour mieux se rendre compte de l'ancien lit du Tartesse tel qu'il nous est indiqué par cette série de lagunes, il faudra attendre la publication des cartes officielles détaillées de YInstituto Geogrâfico y Estadistico. La lagune La Dulce est indiquée sur la carte de Coello, celle d'El
40 Mapa de la direccion gênerai del Instituto Geogrâfico y Estadistico — Término de Almonte. Escala 1:25.000 — Copia al ferroprusiato.
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Sopetôn ne figure que sur la carte de Y Itinéraire militaire.41
De ce dernier point, El Sopetôn, en remontant le fleuve, ce bras longeait la côte de l'île à main droite sur une distance de cinq kilomètres environ, puis tournait brusquement vers l'est ou il recevait sur sa rive droite les eaux du Rocio, du Guadiamar et du Cafio Tra- .vieso,42 puis continuait dans la direction N.-E. vers le bras de la Torre, par lequel les embarcations pouvaient remonter le fleuve se réunissant à l'autre bras— de tous temps le principal— à l'extrémité nord de l'Isla Menor.
Le Guadiamar, l'antique Maenoba,43 alimentait ce bras de la Torre qui existait du temps du vieux périple, puisque
41 Déjà depuis 1894, Blâzquez sans avoir^ été sur le terrain et s'en rapportant seulement à l'étude de ces cartes avec toutes leurs imperfections, arrive à localiser l'ancienne embouchure du fleuve entre La Torre de la Higuera et celle de Carbonera. Ce bras passait dans le voisinage du grand lac de Santa Olalla, Boletin de la Real Academia de la Historia, T. XXIV, p. 413.
42 Xous supposons que le Cafio de Brenes, sur la rive opposée, n'existait pas alors.
43 Pline, H. N., III, 3, 7.
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Aviénus nous dit que du côté de l'aurore, c'est-à-dire par le bras actuel du Guadalquivir, le fleuve s'élance à travers les terres par trois branches qui sont : ce bras de la Torre, le bras principal appelé de Tarfia et l'embranchement vers l'est de la pointe de la Horcada. Par quatre autre canaux, ajoute Aviénus, que nous croyons être les estuaires à l'est des Marismas, il arrose les cités du midi, les quatre villes dont il a déjà été fait mention : Ebora, Asta, Nabrissa et Ugia.
Sur le rivage opposé à la mer de la partie du Coto de Dona Ana44 qui fut l'ancienne île de Tartesse, on remarque, en vue des marais, trois hauteurs à deux kilomètres et demi d'intervalle, qui, dès les premiers temps, servirent probablement de vigie. Ces hauteurs, plus ou moins artificielles, sont désignées sur la carte de Coello sous les noms de Mouton de Trigo, Altos de la Cebada et de
44 Cette superbe propriété du duc de Tarifa et de Dénia est souvent dénommée Oiiana ou Donana; j'ai cru devoir rétablir l'ancien nom, comme provenant de Dona Ana de Silva, la femme d'un duc de Médina Sidonia.
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Carrinchal. Du sommet du Cerro de Trigo, qui se trouve à la limite de la Sapinière de la Marismilla, on pouvait observer l'approche des bâtiments qui descendaient le fleuve par l'un et l'autre bras. On comprendra que la vigilance de ces premiers colons de Tarshish se portait plutôt du côté des terres peuplées par les Ibères, que de l'océan où ils étaient alors les maîtres. Comme on pourra s'en rendre compte par ma carte du delta du Tartesse, ces trois points de vigie commandent la partie vulnérable de l'île qui n'était pas baignée par le fleuve, étendue de 6 à 8 kilomètres donnant directement sur les marais et où on pouvait craindre, en été surtout, une attaque des Ibères.
Cette île de Tartesse ainsi limitée au N.-O. par le, cours de l'ancien bras, mesurait entre les deux embouchures, une longueur de 26 kilomètres, sur une largeur moyenne de 4 kilomètres. Du côté de la mer, l'érosion des côtes depuis ces temps primitifs doit être considérable, peut-être plus de deux kilomètres.
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Strabon nous dit que l'île comprise entre les deux branches du fleuve intercepte sur la côte une étendue de ioo stades (19 kilomètres) suivant les uns et plus grande encore suivant les autres. Mais Strabon ignorait le véritable emplacement de cette île qu'il croyait être entre le bras actuel du Guadalquivir et la baie de Cadix. C'est ainsi qu'induit en erreur par ce passage de Strabon, je déclarais en 1899 l'existence de l'embouchure orientale du Bétis dans la baie de Cadix entre Puerto Sta Maria et Rota et j'allais faire des recherches, inutiles d'ailleurs, sur ce que je croyais alors être l'île de Tartesse, entre Rota et Chipiona.45 Strabon nous dit que c'est là quelque part que se trouvent l'Oracle de Menesthée et la Tour de Caepion. Il faut croire que l'Oracle ne devait guère être éloigné du Port de Menesthée, le port actuel de Sainte-Marie, en face de Cadix; cet oracle se trouvait peut-être à Rota où l'on a relevé des vestiges an-
4^ G. Bonsor, Les Colonies agricoles pré-romaines, p. 9.
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tiques d'un temple.46 Quant à la Tour ou phare de Caepion, celle-ci s'élevait, comme il a déjà été dit, sur le récif de Salmédina, près de Chipiona.
Pomponius Mêla, qui naquit à Tin g entera ou Julia Traducta, aujourd'hui Tarifa, est de tous nos auteurs celui qui a le mieux décrit cette partie de la côte méridionale. Mêla nous dit qu'après le phare qu'il appelle le tombeau de Gérion, vient l'embouchure du Bétis, qui, descendant de la Tarraconnaise, forme un grand lac avant de se jeter dans la mer, par ses deux bras, avec la même force de courant que s'il ne déversait que par un seul bras.
Mais, à cette époque, sous Claude (42- 50 de J. C.) la ville qui se trouvait sur l'île avait disparu. Du temps du pseudo- Scymnus de Chio, vers 90 av. J. C. les deux villes existaient alors, la Tartesse du delta et la Gadir carthaginoise (Gades). Dans le golfe, le Sinus Tartessius, entre les bouches du Guadalquivir et du Guadiana, Mêla mentionne aussi
46 E. Hiibner, Arqveologia de Espaîia, p. 249.
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trois petites villes dans Tordre suivant venant de l'Est: Olontigi, Onoba et Laepa.47 La situation d'Onoba et de Laepa a déjà été reconnue sur les estuaires de l'Odiel et du Rio de las Piedras; Olontigi devait donc se trouver à Test de TOdiel sur Testuaire du Rio Tinto, à Moguer même ou dans les environs, comme Ta déclaré d'ailleurs depuis 1630 le sagace archéologue et humaniste Rodrigue Caro.48 Je dois à un ami de Moguer l'information d'un site de ville antique dans la direction de Palos, à l'endroit appelé Buenos Aires, près de Las Brujas qui, à juger par l'importance des antiquités qu'on y découvre, pourrait être l'emplacement d'Olintigi. Il était de toute manière inutile d'aller chercher cette ville sur la côte d'Arenas Gordas aux Tours de La Higuera ou d'El Oro, ou les hautes falaises suivies de trois zones parallèles de sables mouvants qui
47 Pomponius Mêla, III, I.
48 Rodrigo Caro, Antigiiedades y principado de Sevilla y Corografia de su convento juridico, Cap. LXXVII; Este ano de 1630 en que yo escribo esta corografia, Cap. XL VII.
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ne protègent aucunement des prairies à l'intérieur des terres, comme le suppose Blâzquez; ces terrains productifs n'existent pas ici.49 Du sommet del Asperillo, aussi loin que la vue peut porter, vers le nord, vers l'est ou l'ouest, on ne voit partout qu'une immense plaine pour ainsi dire inculte, car la végétation, dite de monte bajo, dont elle est couverte, n'est guère utile au bétail. Cette plaine est parsemée de nombreuses mares et lagunes; la carte de Y Itinéraire militaire en donne une soixantaine; celles-ci nous rappellent qu'à une époque, très éloignée, sans doute, ces terrains, comme les marais, auraient été couverts par les eaux. Ces marismas anciennes et actuelles, mesurent depuis Los Palacios à l'est, jusqu'à Palos à l'ouest, 90 kilomètres et de Villamanrique au nord à l'embouchure du Guadalquivir au sud, 50 kilomètres, couvrant une superficie de plus de 3000 kilomètres carrés, où l'on ne voit aujourd'hui aucune ville, aucun village
49 Ant. Blâzquez, Las Costas de Espana en la Epoca romana — Boletin de la Real Academia de la Historia, T. XXIV, p. 414.
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même, mais seulement quelques rares groupes de huttes qui servent de refuge au bétail.
Cependant, ce fut sur cette côte, sur une île, entre deux bras du fleuve, que les premiers navigateurs qui visitèrent cette partie de la péninsule, en plein âge du bronze, fondèrent vers noo av. J. C. l'antique cité qui devint l'emporium occidental du commerce de Tétain, de l'or et du cuivre.
D'après le fameux chapitre XXVII d'Ezéchiel, vers 600 av. J. C. c'est de ce port de Tarshish que les Tyriens envoyèrent à la métropole : de l'argent, du fer, de l'étain et du plomb, les métaux les plus utiles, que l'Espagne produisait en abondance. Ezéchiel, prophétisant la fin de l'hégémonie maritime des Phéniciens, s'écrit : "Les navires de Tarshish ont été les principaux de ton commerce. . . . Quelle ville fut jamais comme Tyr qui a été détruite au milieu de la mer? . . . Ton commerce et toute la multitude sont tombés avec toi. . . . Tu ne seras jamais rétablie. ... La chute de Tyr
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devait nécessairement amener la perte des comptoirs phéniciens les plus éloignés : Tarshish fut conquise par les Ibères — Tartessiens—Tur détans, on sait que ceux-ci dans la suite durent se soumettre aux Carthaginois qui dominèrent l'Espagne militairement.
Sur la plage de cette île qui fut Tartesse, a peu de distance de l'endroit que dût occuper le bras du fleuve disparu, on voit s'élever tous les ans, comme par enchantement, une station balnéaire unique en Espagne, se composant d'un millier de huttes vertes construites avec la végétation sauvage des marais voisins ; des joncs, des genêts, des myrtes et des lentisques, couvrant une charpente légère de roseaux et de pins. Cette ville, qui ne dure que les mois de juillet et d'août est appelée Mata de las Canas ou, le plus souvent, en un seul mot, Matalascanas ; elle s'étend sur plus de deux kilomètres de la plage et forme parfois derrière cette première ligne deux allées parallèles.
Ici se réunissent pour se baigner et
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jouir de la brise de l'Atlantique, sous le soleil presque tropical de l'Andalousie, de trois à cinq mille personnes, les habitants des petites villes de l'ancien condado ou territoire de Niebla et de l'Algarafe de Séville, au nord de l'immense plaine de Las Marismas.
Ces gens, pour se rendre au bord de la mer, traversent la pleine de nuit dans des charrettes tirées par cinq ou huit mulets à la file, apportant ainsi avec eux tout leur bagage : lits, paillasses, meubles, ustensiles de cuisine et provisions.
Quoique faisant partie du territoire d'Almonte, cette colonie éphémère ne connaît aucune autorité ; seul en cas de querelles entre les colons,— ce qui arrive rarement,— le commandant du poste voisin des carabiniers ou gardes-côtes est appelé à intervenir. A part cela, il n'y a à Matalascanas ni alcade, ni juge, ni curé et quelquefois même cette agglomération de baigneurs, composée de familles avec de nombreux enfants, s'est vue sans médecin, ce qui est plus grave ! On reconnaît ici l'insouciance de l'An-
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daloux en général; aussi les enfants délicats allant à Matalascanas meurent-ils souvent en route; tandis que ceux qui ont pu passer les marais se guérissent vite, grâce à l'eau excellente filtrée par le sable et l'air bienfaisant de la mer.
Lors de mon arrivée à Matalascanas, je fus logé dans une hutte plus spacieuse que les autres, située vers le centre et sur laquelle on voyait de loin flotter le drapeau national; c'était le Casino et la fonda de la colonie. Dans la partie réservée aux touristes comme moi, il y avait une vaste salle à manger avec table d'hôte assez bien organisée. Quant à la chambre à coucher, je dus partager celleci avec deux autres hôtes de passage : un croupier et un jeune fermier dont le cheval était attaché la nuit à un poteau à l'entrée de la fonda. Sur une couche rustique de verdure, je dormis à merveille après les fatigues de la journée. Mes compagnons de chambre et de table étaient gens d'aimable société, comme le sont, en général, les Andaloux; je passai là-bas pour ingénieur et on crut que j'é-
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tais venu étudier un projet d'installation électrique à Matalascanas.
Tous les matins, je partais accompagné d'un carabinier pour reconnaître les environs, la plage d'abord, puis les dunes et les marais de l'intérieur. C'est ainsi que le 18 août 1920, date pour moi mémorable, j'eus la satisfaction de découvrir La Entrevista, l'endroit où devait déboucher l'ancien bras du fleuve et dont je suivis ensuite le cours probable, passant comme il a déjà été dit par les quatre lacs qui figurent sur la plupart des cartes appelés : Charco del Toro, Santa Olalla ou La Pajarera, La Dulce et El Sopetôn. C'est tout ce que j'ai pu faire ici, indiquer la direction, pour ainsi dire certaine, que prenait le fleuve baignant la côte nord de l'île, du côté des marais et où il faudra chercher les preuves de l'existence à cet endroit des anciens quais de la ville, entre la lagune El Sopetôn et la hauteur de Carrinchal. J'étais venu à Matalascanas tout disposé à entreprendre ces travaux pour lesquels je disposais alors des fonds nécessaires.
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Mais hélas, ces vénérables ruines ne seront pas de longtemps troublées dans leur sommeil, les propriétaires du terrain m'ayant refusé la permission que je sollicitai d'y pratiquer les fouilles et, comme d'un autre côté j'appris que les gardes du "Coto" avaient été prévenus contre l'intrusion des archéologues, je compris qu'il n'y avait plus rien à faire. C'est ainsi que je revins fort désappointé à mon logis de Matalascanas. J'y tâchai de me consoler de ma déception au milieu de cette riante jeunesse et de ces baigneurs insouciants, qui passent leur temps à jouer étendus sur le sable comme les picaros de Zahara de los Atunes que décrit Cervantes,50 ou à converser avec d'autres, agréablement attablés à l'ombre, devant le casino, tout en dégustant de cet excellent vin d'El Condado.
Mais rien ne pouvait me distraire de la pensée qui me préoccupait et c'est toujours à cette mystérieuse Tartesse que
50 Cervantes, La ilustre Fregona, Novelas ejemplares.
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je songeais, à l'importance de son port depuis les premiers temps de l'histoire, à son temple d'Hercule qui, d'après le vieux périple, restait encore debout après la destruction de la ville.51 Je passais en revue les objets de son commerce que j'ai retrouvés aux Alcores,52 sous des tumulus du premier âge de fer, toute cette pacotille orientale distribuée à l'intérieur du pays entre les tribus ibères de la vallée, en échange des nombreux produits indigènes tels que : l'or, l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, l'étain des alluvions, les peaux d'animaux, la laine des moutons et le poil des chèvres, le miel, la cire, le vin, l'huile, le sparte, le lin et le coton, ce dernier qu'ils avaient appris à cultiver et dont on fabriquait, au premier âge de fer ici, comme en Egypte, de fines étoffes plissées.53
J'évoquais par la pensée les coutumes
51 Aviénus, v. 273.
52 Geo. Bonsor, Les Colonies agricoles pré-romaines de la vallée du Bétis, Revue archéologique, T. XXXV, 1899.
53 Geo. Bonsor, Les Colonies ^ agricoles. . . Tumulus de l'Alcantarilla, Tirage à part p. 52.
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ibéro-phéniciennes de ces premiers marchands et celles des Tartessiens ou Turdétans de la vallée, d'une civilisation fortement influencée par les envahisseurs celtes et carthaginois.
C'est alors que mon attention fut attirée vers la plage où je vis s'avancer une troupe de gens conduisant trois jeunes veaux: qui furent aussitôt attachés à de grands poteaux plantés sur la grève ; c'était l'abattoir de la colonie. Des bouchers, les bras nus, immolèrent cérémonieusement ces victimes, sous les yeux du public, devant l'immense océan, au moment où le soleil descendait sur l'horizon et illuminait la pseudo-Tartesse de ses derniers rayons.
Le lendemain, avant l'aurore, je quittai Matalascafias, me dirigeant vers Sanlucar de Barrameda et Bonanza où je devais m'embarquer pour remonter le Guadalquivir jusqu'à Séville.
George Bonsor.
Castillo de Mairena del Alcor, 15 Novembre 1920.
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