SCENE III
ELMIRE1. TARTLFFE.
Que le Ciel à jamais par sa toute bonté 2
Et de l'âme et du corps vous donne la santé,
Et bénisse vos jours autant que le désire
Le plus humble de ceux que son amour inspire.
ELMIRE
Je suis fort obligée à ce souhait pieux.
Mais prenons une chaise, afin d'être un peu mieux.
1. Boccace (Nouvelle 63, Frère Revend) : « La belle se voyant pressée et trouvant peut-être frère Renaut plus beau garçon qu'à l'ordinaire, répondit comme ont coutume de faire celles qui veulent tout accorder. Comment, frère Renaut, lui dit-elle, est-ce que les religieux font ces sortes de choses? — Quand j'aurai quitté, madame, l'habit que vous me voyez, répondit le moine, je vous livre un cavalier comme les autres ».
Boccace (Féronde) : « Le moine répondit qu'elle devait être bien plutôt surprise de l'effet qu'avait produit sa beauté, qui avait fait envie à un homme qui n'a coutume de voir que des beautés célestes. Qu'encore qu'il fut religieux, il était fait comme les autres hommes. Il lui remontra de plus que l'àme étant le siège de la sainteté, les actions qui ne regardent que le corps ne donnaient aucune atteinte à sa sainteté, et qu'elle pouvait avoir d'autant moins de répugnance à faire ce qu'il lui demandait, qu'elle était assurée du secret.
Machiavel (Frère Alberigo, acte 2, se. 1 : Margharita parle à Catterina) : « Et avec qui voulez-vous vous empêtrer? Avec quelque blondin qui Tira conter à tout le monde? Ne savez- vous pas que c'est leur coutume et que vous risquez de devenir la fable de toute la ville... Ils sont tous de la même pâte et vous en serez la dupe... Avec les moines, au contraire, vous êtes en sûreté, car plus qu'à vous-même le secret leur est utile. »