MUSE HISTORIQUE DE LORET
l" janvier 1661.
Ces jours passés, fête ou non fête,
Lequel des deux, je ne m'inquiète,
Un certain évêque ou mortel
Oui faisait semblant d'être tel,
Paraissant grave, vénérable,
Officieux et secourable,
Servait en grande humilité
Les pauvres de la Charité,
Leur tenant un fort beau langage,
Leur faisant prendre leur potage,
Bref jouant si bien son rollet
Avec son habit violet,
Ou'on disait en le vovant faire :
— j fi
0 que ce prélat débonnaire Nous apprend a bien vivre à tous !
Qu'il est bienfaisant, qu'il est doux'.
Qu'il fait bien ce saint exercice!
Dieu le garde, Dieu le bénisse !
Si tous les prélats d'aujourd'hui Agissaient aussi bien que lui,
Sils se donnaient semblable peine
Trois ou quatre fois la semaine,
S'ils étaient si bons, si pieux.
Le monde n'en vaudrait que mieux.
Ainsi parlait la populace
Qu'abuse souvent la grimace,
De ce pathelin de malheur
Oui n'était qu'un fin franc voleur,
Car il mettait dans ses pochettes
Ecuelles, cueillers et fourchettes
Desquelles on trouva saisi
Cet hypocrite en cramoisi,
Dont la mine était assez bonne,
Mais qui n'avait en sa personne
Caractère ni dignité
Et qui n'était qu'un effronté^
Autrefois repris de justice,
Lequel pour punir sa malice,
Détestable inclination,
Délit et profanation,
On conduisit en chambre obscure.
Un garçon m'a dit l'aventure,
Lequel, interrogé par moi :
Mais est-il vrai par votre foi
Ce que vous venez de me dire?
N'est-ce pas un conte pour rire?
Non, dit-il, faites en état,
Aco Bertad, aco Bertad,
Foi dun normand de Normandiel
J'ai peur toutefois, quoi qu'on die.
Que ce récit, un peu follet, N'est qu'un franc conte violet.