‹ Tartuffe annoté, ou, La muse de MolièreChapitre 215 sur 224 · MUSE HISTORIQUE DE LORET · texte numérisé non relu

MUSE HISTORIQUE DE LORET

l" janvier 1661.

Ces jours passés, fête ou non fête,

Lequel des deux, je ne m'inquiète,

Un certain évêque ou mortel

Oui faisait semblant d'être tel,

Paraissant grave, vénérable,

Officieux et secourable,

Servait en grande humilité

Les pauvres de la Charité,

Leur tenant un fort beau langage,

Leur faisant prendre leur potage,

Bref jouant si bien son rollet

Avec son habit violet,

Ou'on disait en le vovant faire :

— j fi

0 que ce prélat débonnaire Nous apprend a bien vivre à tous !

Qu'il est bienfaisant, qu'il est doux'.

Qu'il fait bien ce saint exercice!

Dieu le garde, Dieu le bénisse !

Si tous les prélats d'aujourd'hui Agissaient aussi bien que lui,

Sils se donnaient semblable peine

Trois ou quatre fois la semaine,

S'ils étaient si bons, si pieux.

Le monde n'en vaudrait que mieux.

Ainsi parlait la populace

Qu'abuse souvent la grimace,

De ce pathelin de malheur

Oui n'était qu'un fin franc voleur,

Car il mettait dans ses pochettes

Ecuelles, cueillers et fourchettes

Desquelles on trouva saisi

Cet hypocrite en cramoisi,

Dont la mine était assez bonne,

Mais qui n'avait en sa personne

Caractère ni dignité

Et qui n'était qu'un effronté^

Autrefois repris de justice,

Lequel pour punir sa malice,

Détestable inclination,

Délit et profanation,

On conduisit en chambre obscure.

Un garçon m'a dit l'aventure,

Lequel, interrogé par moi :

Mais est-il vrai par votre foi

Ce que vous venez de me dire?

N'est-ce pas un conte pour rire?

Non, dit-il, faites en état,

Aco Bertad, aco Bertad,

Foi dun normand de Normandiel

J'ai peur toutefois, quoi qu'on die.

Que ce récit, un peu follet, N'est qu'un franc conte violet.

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