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Tarzan Edgar Rice Burroughs

Balançant sa trompe de droite et de gauche, suivant le rythme de sa marche, Tantor l’éléphant flânait dans l’ombre de la forêt immense. Il se savait tout puissant dans le royaume des bêtes. Dango, la hyène, Sheeta, la panthère, et même Numa, le puissant lion, s’esquivaient devant le pachyderme. Depuis cent ans, il régnait sur ce pays dont la terre avait toujours résonné sous les pas de ses ancêtres.

En paix, il vivait avec Dango la hyène, Sheeta la panthère et Numa le lion ! Seuls les hommes osaient lui faire la guerre, les hommes, ces créatures qui sont les ennemis de toutes les autres et même de leur propre espèce, les hommes, ces machines à haïr, les plus perfectionnées que la Nature ait créées.

Pendant les cent longues années de son existence, Tantor avait appris à connaître les hommes. Il y en avait de noirs, avec de longues lances et des flèches, et de blancs, avec des armes terribles qui portaient la mort à distance.

Les hommes blancs étaient les derniers venus et sans doute les pires de tous. Pourtant, Tantor ne haïssait pas les hommes, pas même les blancs. La haine, de même que l’envie et l’avarice, sont des passions exclusivement humaines. Les animaux les ignorent, de même qu’ils ignorent la peur, qui prend plutôt chez eux la forme d’une certaine circonspection prudente, comme celle dont fait preuve l’antilope lorsque, prête à s’enfuir à la moindre alerte, elle vient s’abreuver auprès du lion.

Tantor pratiquait cette circonspection à l’égard des hommes et les évitait soigneusement. Aussi, un témoin qui au-

rait aperçu l’énorme bête se promenant paresseusement sous le couvert des grands arbres, aurait refusé d’en croire le témoignage de ses yeux, car sur le dos rugueux de l’éléphant se prélassait une créature humaine !

Mais nul n’était là pour s’étonner de cet extraordinaire spectacle, et Tantor continuait à s’avancer, dans l’écrasante chaleur, tandis que Tarzan, Seigneur de la Jungle, sommeillait sur le dos de son monstrueux ami.

Une brise légère venait du Nord, n’apportant nul avertissement inquiétant à l’odorat de Tarzan. La paix régnait sur la jungle !

Dans la forêt, Fahd et Motlog, de la tribu des El-Hard, venaient de quitter le camp du cheik Ibn Jad, pour chasser. Ils s’étaient fait accompagner par des esclaves noirs. En silence, ils avançaient sur la trace fraîche de l’éléphant, les Arabes convoitant l’ivoire de la bête, les esclaves sa viande abondante et saine.

C’était Fejjuan, le grand esclave Galla, puissant guerrier d’ébène, chasseur fameux, qui servait de guide à la petite troupe.

Fejjuan, lui aussi, pensait avec appétit à la viande fraîche, mais il pensait aussi à El-Habash, l’oasis d’on il avait été enlevé alors qu’il était tout enfant. Il rêvait de revenir un jour dans son pays Galla. Peut-être El-Habash n’était-il plus très éloigné maintenant ? Pendant des mois, Ibn Jad s’était enfoncé vers le Sud et, maintenant, il obliquait vers l’Est depuis quelques jours. El-Habash devait être proche ! Si Fejjuan en avait été sûr, il n’aurait pas tardé davantage à secouer les chaînes de l’esclavage, et Ibn Jad aurait perdu incontinent son plus bel esclave Galla.

À deux étapes vers le Nord, à l’extrémité méridionale de l’Abyssinie, se trouvait le village de Fejjuan, tout près de la route tracée sur le plan que Ibn Jad étudiait depuis presque un an,

c’est-à-dire depuis le jour où il s’était lancé dans une folle aventure, hypnotisé par les prédictions et les révélations d’un savant Sahar, magicien réputé. Malheureusement, Fejjuan ignorait à la fois l’emplacement exact du village de son père et les plans d’Ibn Jad.

Les feuilles des arbres se desséchaient de chaleur, audessus de la tête des chasseurs. Pendant ce temps, Tarzan et Tantor, assoupis, s’abandonnaient à cette fausse impression de sécurité qui est l’un des plus grands dangers de la jungle.

Fejjuan, le Galla, s’arrêta brusquement, et leva la main pour enjoindre le silence à ceux qui le suivaient. Devant lui, visible à travers le feuillage, s’érigeait la gigantesque silhouette de l’éléphant !

Alors, Fahd leva lentement son fusil. Il y eut un éclair, une bouffée de fumée, un barrissement surpris et l’éléphant disparut dans la forêt sans avoir été atteint.

Au moment où Tantor s’ébranlait pour fuir, Tarzan, brusquement réveillé par la détonation, venait de se dresser, sur le dos de l’animal, si bien que, Tantor passant précipitamment sous des branches basses, l’une d’elles atteignit au front Tarzan, qui roula à terre, évanoui sous la violence du coup.

Tantor, terrifié, ne songeait qu’à fuir et fonçait droit devant lui, renversant tout sur son passage, arbres et buissons, aussi aisément que s’il se fût agi de simples brins d’herbe. Il ne s’aperçut même pas qu’il avait perdu son ami, qui gisait maintenant, blessé et sans défense, à la merci de leur ennemi commun, l’homme. Tantor d’ailleurs ne pensait jamais à Tarzan comme à une créature humaine, à un Targani, c’est-à-dire un blanc, car l’approche des hommes blancs était synonyme de violence, de douleur, de trahison et de mort, tandis que Tarzan était escorté par l’amitié, la confiance et la paix. Aussi, parmi toutes les bêtes de la jungle, ce n’était qu’avec Tarzan que Tantor consentait à fraterniser.

« Là ! Tu l’as manqué ! s’exclama Fejjuan, désolé.

- Cheïtan (le Diable) a détourné la balle ! fit Fahd avec dépit. Mais allons voir. Peut-être la bête est-elle blessée ?

- Non ! Tu l’as manquée ! »

Les deux hommes s’avancèrent, suivis par le reste des chasseurs, à la recherche d’une trace sanglante. Soudain, Fahd s’immobilisa.

« Par Allah ! qu’est-ce que cela ! fit-il. J’ai tiré sur un éléphant et j’ai tué un homme ! »

Ses compagnons s’approchèrent.

« C’est un Infidèle et il est blanc de peau ! fit Motlog avec mépris.

- Probablement quelque païen sauvage de la forêt, dit un autre. Où donc ta balle l’a-t-elle atteint, Fahd ? »

Ils retournèrent le corps inerte de Tarzan.

« Je ne trouve pas trace de blessure ! fit Fejjuan, intrigué.

- Est-il mort ? Peut-être chassait-il l’éléphant, lui aussi, et a-t-il été foulé aux pieds par la bête ?

- Il vit ! annonça Fejjuan, qui avait posé son oreille sur la poitrine du géant. Il vit et je pense qu’il est simplement étourdi par un coup que l’éléphant lui aura sans doute assené sur la tête.

- Je vais l’achever ! déclara Fahd, tirant son poignard.

- Par Allah ! n’en fais rien, Fahd ! s’écria Motlog. Le cheik décidera ce qu’il faut faire du roumi. Tu es toujours trop pressé de répandre le sang !

- Ce n’est qu’un Infidèle, insista Fahd. Veux-tu donc que nous nous embarrassions de son corps pour revenir au camp ?

- Il remue ! annonça Fejjuan. Tout à l’heure, il sera suffisamment rétabli pour nous accompagner sans aide... à condition qu’il le veuille ! Par Allah ! c’est un géant ! Quel homme !

- Attachons-le », dit Fahd.

Avec de solides courroies, les Arabes se hâtèrent de lier les poignets et les chevilles de l’homme évanoui. Ils avaient à peine terminé, lorsque Tarzan ouvrit les yeux et les dévisagea silencieusement. Il secoua la tête et sentit ses idées s’éclaircir. En même temps, il comprit en quelles mains il était tombé.

« Pourquoi m’avez-vous ligoté ? dit-il en arabe. Ôtez ces liens ! »

Fahd se mit à rire.

« Te prends-tu donc pour un grand cheik, Infidèle, pour donner des ordres à des Bédouins comme à des chiens ?

- Je suis Tarzan, répondit le fils de la jungle avec un tranquille orgueil.

- Tarzan ! » s’exclama Motlog.

Il entraîna Fahd à part.

« Allah a voulu, lui dit-il à voix basse, que nous offensions le plus puissant de tous les habitants de cette région ! Dans tous les villages où nous sommes allés en expédition, nous avons entendu invoquer son nom : « Lorsque Tarzan, le Seigneur de la Jungle, sera de retour, il vous punira d’avoir égorgé nos troupeaux et emmené nos hommes en esclavage ! » glapissaient les vieillards et les femmes !

- En ce cas, lorsque j’ai levé mon poignard sur lui, tu n’aurais pas dû retenir mon bras, Motlog, fit Fahd avec aigreur. Heureusement, il n’est pas trop tard ! »

Et il porta la main à sa ceinture.

« Arrête, s’exclama son compagnon. Suppose que l’un de ces esclaves réussisse à s’échapper ? Il ne manquerait pas d’aller répandre dans le pays le bruit que nous avons tué ce grand cheik ! Les tribus se soulèveraient toutes et nous ne reverrions jamais notre douar natal !

- Alors, conduisons-le à Ibn Jad et qu’il prenne lui-même cette responsabilité, proposa Fahd, soucieux.

- Par Allah ! tu parles sagement, répliqua Motlog. Le cheik fera ce qu’il voudra. Allons ! »

Et ils retournèrent auprès de Tarzan.

« Eh bien, qu’avez-vous décidé ? leur dit celui-ci avec impatience. Si vous avez quelque sagesse, vous allez couper ces liens et me conduire à votre cheik. Je désire lui parler.

- Nous ne sommes que de pauvres gens, répondit doucereusement Motlog. Ce n’est pas à nous de prendre une décision, et nous allons te conduire auprès de notre sage cheik. »

Le cheik Ibn Jad était accroupi sur des coussins, à l’entrée de sa tente ; à ses côtés se trouvaient Tollog, son frère, et un jeune Bédouin nommé Zeyd, qui semblait trouver moins d’intérêt à la compagnie du cheik qu’à la proximité d’une tente dans laquelle, de temps à autre, il pouvait apercevoir la silhouette d’Ateja, la fille d’Ibn Jad.

Auprès de sa mère, Hirfa, qui confectionnait une sorte de délectable « méchoui » dans une marmite, la jeune fille était

très affairée à coudre des sandales, mais parfois elle levait les yeux et lançait alors un regard sur Zeyd, puis en rougissant elle reprenait son travail.

« Nous avons fait un long détour, exposait le cheik, afin d’éviter les peuplades les plus belliqueuses de cette contrée. Maintenant, nous allons remonter vers le Nord et passer par le pays de El-Habash, pour atteindre l’endroit où le magicien nous a indiqué que nous pourrions trouver la ville de Nimmr où se trouve le trésor.

- Et crois-tu que nous trouverons facilement cette cité fabuleuse une fois que nous serons à El-Habash ? demanda Tollog, frère du cheik.

- Par Allah, oui. Tous les habitants du pays en ont entendu parler. Fejjuan lui-même, que nous avons enlevé alors qu’il n’était qu’un enfant, se souvient d’avoir entendu rapporter cette légende. Nous ferons des prisonniers parmi les Habashis et, avec l’aide d’Allah, nous trouverons bien le moyen de leur délier la langue et de leur arracher la vérité.

- Par Allah ! j’espère qu’il n’en sera pas comme pour le trésor qui gît sous le grand rocher d’El-Hovara, dans la plaine de Medaine Salih, dit Zeyd. Il est gardé par un effrit, et le téméraire qui oserait essayer de s’en emparer perdrait immédiatement la mémoire et deviendrait fou !

- Zeyd dit vrai, fit Tollog. J’ai entendu conter ce récit par un sage Magrebin.

- Par Allah ! s’exclama Ibn Jad, que nous importe ? Aucun génie ne garde les trésors de Nimmr ! Nous n’aurons affaire qu’aux Habashis, et nous en aurons raison avec quelques coups de fusil. Le trésor nous attend !

- Allah veuille que nous puissions nous en emparer aussi facilement que l’on peut se saisir du trésor de Geryeh ! fit Zeyd. On m’a dit que celui qui, le vendredi, priait dans les ruines du

lever du soleil jusqu’à son coucher recevait une pluie de pièces d’or à minuit !

- Une fois que nous serons à Nimmr, toutes les difficultés seront surmontées, affirma Ibn Jad. Le magicien me l’a certifié.

- Il y a des magiciens qui mentent pour moins d’argent que tu n’en as donné à celui-là ! murmura Tollog.

- Qui vient là ? s’écria Ibn Jad à ce moment, en regardant du côté de la forêt à la lisière de laquelle était établi le camp.

- Ce sont Fahd et Motlog qui reviennent de la chasse, dit Tollog. Allah veuille qu’ils ramènent de l’ivoire et de la viande !

- Ils sont de retour trop tôt pour cela, marmotta Ibn Jad.

- En tout cas, ils ne reviennent pas les mains vides ! » s’écria Zeyd en désignant du doigt le géant blanc qui accompagnait les deux chasseurs.

Le petit groupe s’approcha de la tente du cheik et s’arrêta devant l’Arabe.

Ibn Jad avait caché son visage de son burnous déchiré et il n’exposait aux regards de Tarzan que deux petits yeux avides et rusés. Le fils de la jungle jeta un bref regard sur la figure de Tollog, bestiale et marquée de petite vérole, puis sur celle, plus plaisante, du jeune Zeyd.

« Lequel de vous est le cheik ? » fit Tarzan, d’un ton impérieux qui contrastait avec les liens qui lui enserraient toujours les poignets.

Ibn Jad laissa retomber le pan de son burnous.

« Par Allah, c’est moi ! dit-il. Et quel est ton nom, Infidèle ?

- On m’appelle Tarzan.

- Tarzan ? répéta Ibn Jad en réfléchissant. J’ai déjà entendu ce nom.

- Sans doute ! Il n’est inconnu d’aucun des marchands d’esclaves ! Pourquoi as-tu pénétré dans mon domaine, alors que tu sais que j’y interdis la traite des noirs ?

- Je ne suis pas venu pour faire la chasse aux esclaves ! protesta Ibn Jad en essayant de donner une expression de franchise à son ingrat visage. Nous sommes d’honnêtes commerçants et faisons seulement le négoce de l’ivoire !

- Tu mens par ta barbe, Musulman ! répliqua Tarzan. J’ai reconnu des esclaves Manuyema et Galla parmi tes gens, et, certes, ils ne sont pas ici de leur plein gré. D’ailleurs, n’ai-je pas vu tes hommes tirer sur un éléphant ? Est-ce là ce que tu appelles un pacifique commerce de l’ivoire ? Non ! c’est du braconnage, et Tarzan interdit ces pratiques sur ses domaines. Vous êtes des négriers et des braconniers !

- Par Allah ! c’est faux, nous sommes d’honnêtes marchands ! s’écria Ibn Jad effrayé par cette violence. Fahd et Motlog sont allés à la chasse, pour le repas du soir. S’ils ont tiré sur un éléphant, c’est certainement par erreur.

- Silence ! dit Tarzan. Qu’on m’enlève ces liens et préparez-vous à reprendre le chemin par lequel vous êtes venus. Je vous accorde des porteurs et des guides jusqu’à la frontière du Soudan, c’est tout ce que vous obtiendrez de moi !

- Nous avons fait un long et pénible voyage pour nous livrer en paix au commerce dans ce pays, larmoya Ibn Jad. Nous nous proposons de payer largement les porteurs que tu as pris pour des esclaves, et nous prendrons garde de ne tirer sur aucun éléphant. Laisse-nous poursuivre notre chemin et nous te récompenserons comme il convient. »

Tarzan secoua la tête.

« Non ! Vous partirez, j’ai dit ! Allons, coupez ces liens ! »

Ibn Jad fronça les sourcils :

« Nous t’avons offert la paix, Infidèle, dit-il, mais, si tu la refuses, ce sera la guerre ! Tu es en notre pouvoir et tu dois savoir qu’un ennemi mort est impuissant. Réfléchis-y ! »

Puis il se tourna vers Fahd :

« Entrave-lui les chevilles et place-le sous bonne garde.

- Réfléchis aussi, Musulman ! avertit Tarzan. Ma puissance est grande et ma vengeance pourrait bien t’atteindre, même pardelà la mort !

- Tu as jusqu’à la nuit pour te décider, Infidèle. Sache que Ibn Jad ne revient jamais sur ce qu’il a décidé une fois ! »

Tarzan fut aussitôt entouré et conduit, à distance, dans une hutte étroite. Il fallut quatre hommes robustes pour lui lier les jambes, car il se défendait avec acharnement, bien que ses mains fussent ligotées.

Sous la tente du cheik, les Bédouins buvaient le café et croquaient des amandes ou des pistaches, tout en discutant sur les suites qu’il convenait de donner au fâcheux événement qui venait de se produire. Malgré ses bravades, Ibn Jad se rendait parfaitement compte du danger qu’il courait en provoquant la colère d’un si redoutable ennemi.

« Sans Motlog, dit Fahd, rancunier, nous n’aurions plus à nous préoccuper de l’Infidèle, car j’étais prêt à l’égorger lorsque Motlog s’est interposé !

- Et nous aurions maintenant toute la population du pays contre nous ! dit Motlog en lançant un regard venimeux à son compagnon.

- Par Allah ! Je regrette que Fahd n’ait pas mis sa première intention à exécution, s’exclama Tollog. À quoi cela nous sert-il de laisser l’Infidèle en vie ? Si nous lui rendons la liberté, il ameutera tout le pays, et, si nous le gardons captif, toutes ces hordes, qui lui sont dévouées, viendront le délivrer. Le plus sûr serait encore de le mettre à mort !

- Tollog, la sagesse parle par ta bouche, approuva le cheik.

- Écoute ! fit Tollog, les paroles que je vais prononcer maintenant sont plus sages encore ! »

Et il reprit à mi-voix, après s’être assuré que nulle oreille indiscrète n’écoutait :

« Si nous laissions l’Infidèle s’échapper, nul de nos esclaves ne pourrait plus tard dire à ces frères que nous nous sommes attiré l’inimitié de Tarzan !

- Par Allah ! s’exclama Fahd avec mépris. Que nous dis-tu là, Tollog ! Si tu veux le libérer, l’Infidèle se chargera lui-même de soulever les gens contre nous ! Tu n’as pas plus de cervelle qu’un chameau, ô Tollog !

- Et toi, pas plus de patience qu’un enfant, ô Fahd ! répliqua Tollog, sans se fâcher. Attends la suite ! Nos esclaves croiront que l’Infidèle s’est enfui, car demain matin il aura disparu et nous entrerons dans une grande colère... ou, plutôt non, nous dirons : « Grâces soient rendues à Allah, car notre sage cheik a fait la paix avec l’Infidèle, qui est retourné dans la jungle après avoir conclu une alliance avec nous ! »

- Je ne comprends pas, frère ! dit Ibn Jad.

- Le roumi est sans défense, sous une tente que j’ai choisie un peu à l’écart des autres. La nuit sera sombre, et un coup de poignard sera vite donné. Quelques hommes de confiance suffiront à creuser une fosse profonde dans laquelle nous enterre-

rons ce Tarzan, dont nous n’entendrons plus parler jamais ensuite !

- Par Allah ! le sang des cheiks ne coule pas en vain dans tes veines, ô Tollog ! s’écria Ibn Jad. Ton plan est sage et, en récompense, tu l’exécuteras toi-même. Que la bénédiction d’Allah soit sur toi ! »

Et le cheik leva la séance, satisfait de la solution qu’avait fournie son frère à cet embarrassant problème. Quant à Tollog, il s’éloigna de son côté, pour se livrer à ses sinistres préparatifs.

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