‹ Tarzan Edgar Rice BurroughsChapitre 24 sur 24 · LES PISTES SE CROISENT · texte numérisé non relu

LES PISTES SE CROISENT

À travers la forêt, Blake poursuivait son chemin, continuant inlassablement ses recherches pour retrouver la piste des Arabes, se lançant successivement sur différents sentiers, et les abandonnant les uns après les autres, dès qu’il s’apercevait que ce n’était pas encore là la bonne route.

Certain jour, tard dans l’après-midi, il déboucha dans une clairière assez vaste, où s’élevaient les restes d’un village indigène abandonné. La jungle n’en avait pas encore englouti les vestiges, et Blake contemplait ces ruines avec curiosité lorsqu’il aperçut un léopard tapi dans un coin, tout près d’un corps étendu. Tout d’abord l’Américain prit ce corps pour un cadavre, mais il fut détrompé en voyant l’homme remuer et tenter de s’éloigner.

Le félin eut un grondement d’avertissement et se rapprocha. Blake voulut attirer son attention en poussant des cris, mais le léopard ne daigna même pas tourner la tête et ne quitta pas sa proie des yeux. Alors Blake courut sus au léopard, et celui-ci, enfin, le regarda, en lançant un farouche grognement.

L’Américain s’était demandé si son cheval accepterait sans renâcler de s’approcher si près du fauve ; c’est avec soulagement qu’il constata que son coursier ne montrait pas la moindre crainte devant la redoutable bête. Blake ignorait que le sport favori des chevaliers du Sépulcre consistait à faire la chasse à ces fauves, dans le fameux bois des Léopards, et que leurs montures étaient parfaitement entraînées à supporter le voisinage de ces félins.

Le cheval de Blake avait donc affronté plus d’une fois des léopards, et de plus gros que celui qui s’offrait à sa vue en ce moment. Aussi se lança-t-il au galop à la charge, sans montrer la moindre nervosité ; cheval et cavalier se trouvèrent tout près du fauve avant que celui-ci ait eu le temps de bondir sur la proie qu’il convoitait.

Le léopard poussa un rauque cri de rage et se dressa vivement, pour faire face à l’adversaire. Mais, prompt comme la foudre, Blake avait foncé, la lance en avant, et celle-ci traversa de part en part le corps du monstre. Blake avait agi avec une telle force qu’il eut quelque difficulté à retirer sa lance, enfoncée jusqu’à la garde, et, lorsqu’il l’eut dégagée enfin, il se tourna vers l’homme qu’il venait de sauver et qui gisait, inerte, sur le sol.

« Grand Dieu ! s’écria Blake tout surpris. Est-ce bien vous, Stimbol ?

- Blake ! » répondit l’autre d’une voix faible.

L’Américain s’approcha vivement :

« Je vais mourir, Blake, murmura Stimbol. Avant de passer, je voudrais vous dire que je regrette sincèrement d’avoir si mal agi envers vous. Je me suis conduit comme un rustre, je m’en rends compte, croyez-le bien, et j’en ai été indirectement puni d’une façon cruelle. Pardonnez-moi, voulez-vous ?

- Allons, allons, Stimbol, il n’est pas question de cela, fit cordialement Blake. Vous n’êtes pas encore mourant ! Mais, évidemment, vous auriez grand besoin d’un peu de nourriture et d’eau. »

Il se pencha et saisit entre ses bras, sans effort, la fragile forme humaine qu’était devenu Stimbol.

« Je suis passé près d’un village indigène, à quelques kilomètres d’ici. Les noirs se sont tous enfuis à ma vue, mais nous

essayerons de les rappeler pour obtenir d’eux quelques provisions.

- Mais au fait, que faites-vous ici ? demanda Stimbol, à qui un peu de sang-froid et de confiance revenait. Et aussi expliquez-moi comment il se fait que vous soyez accoutré comme du temps où la reine Berthe filait ?

- Je vous conterai tout cela lorsque nous serons arrivés au village, dit Blake. C’est une longue histoire. Actuellement, je suis à la recherche d’une jeune fille qui a été enlevée par les Arabes, il y a quelques jours.

- Grand Dieu ! s’exclama Stimbol.

- Sauriez-vous quelque chose à son sujet ? demanda vivement Blake.

- À vrai dire j’étais moi-même prisonnier de cette tribu, dit Stimbol, mais l’un des Bédouins s’est enfui en ma compagnie et en emportant cette jeune fille.

- Où est-elle, maintenant.

- Elle est... morte, Blake !

- Morte ?

- Ou du moins, ce serait un miracle si elle avait échappé à ce destin : une horde de grands anthropoïdes s’est jetée sur elle..., la pauvre enfant a dû être massacrée immédiatement !

Effondré, Blake resta longuement silencieux, la tête basse comme si le coup que venait de lui assener la terrible nouvelle lui enlevait la force de porter droit son heaume.

« Les Arabes l’ont-ils maltraitée ? dit-il enfin.

- Non, répondit Stimbol. Le cheik s’était emparé d’elle pour obtenir une belle rançon, ou bien pour la vendre comme esclave, dans le Nord. Fahd l’a enlevée pour la même raison. Il

m’emmena aussi parce que je lui avais promis une fortune s’il réussissait à me faire recouvrir ma liberté, et je pus l’empêcher de faire le moindre mal à cette jeune fille en lui disant que je ne lui verserais pas un centime s’il la maltraitait. Elle m’inspirait beaucoup de pitié, et j’avais décidé de la secourir dans la mesure de mes possibilités. »

Lorsque Blake et Stimbol arrivèrent au village, les habitants déguerpirent de nouveau à la vue du chevalier enfermé dans son armure et abandonnèrent la place aux deux blancs. Blake, surmontant son chagrin, déposa doucement Stimbol à terre et se mit en devoir de lui chercher de la nourriture. Il trouva bientôt quelques écuelles pleines de bouillie de millet et même un peu de venaison, qu’il apporta triomphalement à son ex-ennemi.

Stimbol se précipita sur les plats, et Blake fut obligé de le rationner pour l’empêcher de s’étouffer en mangeant voracement tous les mets étalés devant lui. Lorsque Stimbol se fut un peu rassasié, Blake se mit à lui conter ses aventures. Il arrivait à la fin de son récit, lorsqu’il eut l’impression qu’une troupe d’hommes approchait. Il entendit même des voix et des bruits de pas. Sans doute les indigènes, rassurés, réintégraient-ils leur village.

Blake préparait une formule de bienvenue, destinée à lui assurer leur bienveillance, mais à la vue des nouveaux arrivants, il tressaillit et changea de couleur : ces noirs n’étaient pas les paisibles villageois qu’il avait entrevus quelques heures auparavant : c’étaient des géants, au nombre de plus d’une centaine, coiffés de plumes bariolées, protégés par des boucliers étincelants, armés de lances acérées.

« Sapristi ! murmura Blake, nous voilà dans de beaux draps ! Les habitants du village sont allés chercher la gendarmerie pour nous déloger, je suppose ? Ma foi, s’ils sont par trop belliqueux, je ne vois pas comment nous pourrons triompher d’eux ! »

Les guerriers avaient pénétré dans le village.

En apercevant Blake, ils s’arrêtèrent, manifestement surpris. Enfin, l’un d’eux s’approcha de lui et, à la grande stupeur de l’Américain, lui adressa la parole en assez bon anglais :

« Nous sommes les guerriers Waziris de Tarzan, dit-il. Nous sommes à la recherche de notre maître. Pouvez-vous nous renseigner à son sujet ? »

Les Waziris de Tarzan ! Blake était si charmé de cette rencontre qu’il les aurait volontiers pressés sur son cœur. En effet, il commençait à se demander ce qu’il allait faire de Stimbol. Celui-ci était trop exténué pour galoper auprès de lui, quelle que fût sa bonne volonté actuelle, et il avait le plus grand besoin d’être ramené à la civilisation. La venue des Waziris fournissait la solution cherchée par Blake.

Les Waziris passèrent la nuit dans le village. Seuls, Zeyd et Blake, sombres et pensifs, se tenaient à l’écart, tous deux absorbés dans leur chagrin. Quant aux guerriers, ils étaient d’excellente humeur, et leurs chants se prolongèrent fort tard dans la nuit. Ils n’avaient pas la moindre inquiétude quant au sort de leur maître.

« Il ne peut rien arriver à Tarzan, seigneur de la jungle », répliqua le chef de la troupe à Blake lorsque celui-ci demanda s’il était sûr que Tarzan ne courût aucun risque. Et cette conviction naïve était exprimée sur un tel ton de certitude, que la foi du Waziri se communiqua aussitôt à Blake.

Sur la piste, une longue colonne d’Arabes hâves et las s’étirait. Depuis qu’ils avaient dû libérer les esclaves Gallas, ils étaient contraints de porter eux-mêmes tout le matériel de campement, et ces guerriers du désert, peu habitués à faire office de bêtes de somme, ressentaient vivement cette humilia-

tion. Les femmes, d’ailleurs, étaient plus lourdement chargées encore.

Ibn Jad seul, jouissant de son privilège de chef, ne portait rien, mais il ne quittait pas des yeux les cinq hommes chargés de transporter le butin provenant de la Vallée du Sépulcre.

Soudain, une flèche siffla et frappa l’un des porteurs du trésor, effleurant Ibn Jad au passage. Puis une voix, dans la jungle, lança une fois encore l’affolante menace :

« Pour chaque joyau, une goutte de sang ! »

Terrifiés et courbant encore plus bas la tête, les Bédouins hâtèrent leur marche. Qui serait frappé, la prochaine fois ? Pour porter le trésor, les volontaires se faisaient de plus en plus rares, et le cheik était obligé d’employer les menaces pour obliger ses hommes à accepter ce poste dangereux.

Pour comble d’angoisse, ils s’aperçurent qu’ils étaient suivis à distance par un lion au pelage doré et qui leur parut d’une taille extraordinaire. La terreur superstitieuse des Arabes fut encore augmentée du fait que le fauve restait à leurs trousses en gardant ses distances, sans se rapprocher ni s’éloigner, mais sans non plus les quitter des yeux.

Plusieurs heures s’écoulèrent. Le lion n’était visible que pour ceux qui se trouvaient en queue de la colonne. Jamais encore les Bédouins n’avaient été aussi empressés à se mettre en tête ! Ils souhaitaient tous être envoyés en éclaireurs !

Un grand cri jaillit des lèvres d’un des porteurs de trésor. Une flèche venait de le frapper au cou :

« Pour chaque joyau, une goutte de sang ! » fit, au loin, la voix surnaturelle.

Alors, d’un même geste, les porteurs se débarrassèrent tous de leur fardeau :

« Nous refusons de porter le trésor ! » dirent-ils tous en même temps.

Alors, la voix lointaine s’éleva de nouveau : « Charge-toi du trésor, Ibn Jad ! dit-elle. Charge-t’en ! C’est toi qui as tué et pillé pour t’en emparer. Charge-t’en donc, pillard et assassin ! Charge-t’en, au lieu d’exposer la vie de tes guerriers à ma vengeance ! »

Alors les Arabes, s’étant consultés du regard, réunirent le trésor en un seul sac et le fixèrent sur le dos d’Ibn Jad. Le cheik chancela sous le poids :

« Je ne peux pas porter tout cela ! gémit-il. C’est trop lourd ! Je ne suis plus jeune et je succombe sous ce fardeau !

- Tu le porteras, pourtant, ou bien tu mourras ! » fit la voix, menaçante, au loin, tandis que, profitant de la halte, le lion s’asseyait au milieu du sentier, en bâillant, mais sans perdre de vue les Arabes.

Ibn Jad trébuchait, suait et soufflait sous le poids du trésor. Peu à peu, il fut distancé par le reste de la caravane, qui continuait son chemin en hâte, et se trouva enfin seul sur la piste, avec le lion pour toute compagnie. Mais il ne resta qu’un court instant en cette situation critique, car Ateja accourut bientôt à ses côtés, un fusil à la main.

« Ne craignez rien, mon père, dit-elle. Puisque notre ennemi invisible exige que vous portiez vous-même ce fardeau, je ne m’en chargerai pas, mais, du moins, je vous protégerai jusqu’à mon dernier souffle. »

Le crépuscule était tombé lorsque les Bédouins, fourbus, arrivèrent à un village. Ils se trouvèrent entourés par une centaine de guerriers menaçants et armés, avant d’avoir réalisé qu’ils étaient entre les mains de ceux qu’ils redoutaient le plus : les guerriers Waziris de Tarzan !

Le chef de ceux-ci ordonna à ses hommes de désarmer les Bédouins.

« Où est Ibn Jad ? demanda Zeyd, en s’approchant.

- Il va venir », répondit maussadement l’un des Arabes.

En effet, plus tard, Zeyd vit deux silhouettes qui s’approchaient, indistinctes dans la lumière faiblissante du jour.

Il reconnut pourtant un homme, courbé sous un fardeau écrasant et suivi par une jeune fille. Mais il n’aperçut pas l’ombre d’un grand lion, qui escortait les deux personnages.

Zeyd retint son souffle et sentit s’arrêter les battements de son cœur.

« Ateja ! » s’écria-t-il enfin, d’une voix délirante, en accourant vers celle qu’il avait cru perdue à jamais.

Ibn Jad s’était immobilisé au seuil du village. D’un seul coup d’œil, il avait compris la situation, en voyant ses hommes sombres et accablés, entourés par les Waziris. Découragé, il se laissa glisser à terre, presque écrasé par le poids du fruit de ses rapines.

À ce moment, Hirfa lança un grand cri et désigna du doigt la piste. Tous les yeux se tournèrent vers cette direction, et l’on aperçut un grand lion doré, qui venait de se coucher majestueusement aux pieds d’un géant, dont la silhouette se découpait en clair sous les derniers reflets du soleil couchant.

C’était Tarzan, seigneur de la jungle.

Le fils de la forêt pénétra dans le village, et Blake accourut vers lui, en lui saisissant fiévreusement la main :

« Nous sommes venus trop tard ! dit-il amèrement.

- Pourquoi ? fit Tarzan, surpris.

- La princesse Guinalda est morte !

- Que me dites-vous là ? fit Tarzan. Je l’ai quittée hier matin, à l’entrée du tunnel qui conduit à la cité de Nimmr ! »

Tarzan fut obligé de répéter au moins une douzaine de fois la bonne nouvelle au pauvre garçon, avant que celui-ci osât croire à ce bonheur inespéré.

Une douzaine de fois, il dut aussi lui rapporter les paroles de Guinalda :

« Lorsque vous aurez retrouvé sire James, dites-lui que les portes de la cité de Nimmr s’ouvriront toutes grandes devant lui, et que la princesse Guinalda attend impatiemment son retour ! »

Dans la soirée, Stimbol, dont les forces n’étaient pas encore revenues, demanda à Blake d’insister auprès de Tarzan pour que celui-ci consente à lui rendre visite dans la hutte où il était étendu.

« Dieu merci ! dit Stimbol avec ferveur, en voyant paraître le géant de la forêt. J’ai cru vous avoir tué, et cette pensée ne m’a plus quittée, augmentant toutes mes souffrances d’un remords intolérable. Maintenant, je sais que du moins ce n’est pas dans votre sang que j’ai trempé mes mains, et j’espère pouvoir échapper aux affreux cauchemars qui me hantent.

- Sachez, dit Tarzan, que j’avais mis Tollog à ma place, et c’est lui, instigateur de tant de crimes, que vous avez frappé en croyant me tuer. Dès que vous aurez retrouvé vos forces, vous serez conduit à la côte, par les soins de mes guerriers. »

Ayant dit ces mots, Tarzan se détourna et s’en fut. Il était prêt à accomplir son devoir envers cet homme qui lui avait désobéi et qui avait voulu le tuer, mais il était au-dessus de ses

forces de feindre envers Stimbol une sympathie qu’il n’éprouvait pas.

Le lendemain matin, les guerriers s’apprêtèrent à quitter le village. Ibn Jad et ses Bédouins allaient être conduits au prochain village, sous l’escorte d’une douzaine de Waziris. Là, ils seraient confiés à Batando, et il était à prévoir que celui-ci les vendraient comme esclaves.

Zeyd et Ateja avaient demandé à Tarzan la faveur de l’accompagner dans son domaine et de le servir. Le géant avait accepté en souriant, ému par le bonheur du jeune couple enfin uni.

Quant à Stimbol, il fut placé dans une litière portée par quatre robustes Waziris, qui avaient reçu mission de le laisser au prochain poste européen. Blake serra la main de son ancien ennemi, mais Tarzan lui tourna le dos lorsque ce dernier voulut lui renouveler ses remerciements.

Le long cortège s’ébranla enfin dans la direction du Sud. Blake portait toujours sa lourde cuirasse, il tenait son cheval par la bride, et à ses côtés marchaient le seigneur de la jungle et son fidèle Jad-bal-ja.

Seulement, à la croisée des chemins, Blake s’arrêta et tendit la main à Tarzan :

« Adieu ! dit-il.

- Comment, adieu, fit Tarzan en souriant. Ne poursuivezvous pas la route avec nous, pour regagner l’Europe en même temps que Stimbol ?

- Ma foi non ! fit Blake, en souriant lui aussi. Tant pis pour l’Europe moderne, j’aime mieux retourner en plein moyen âge avec la femme que j’aime !

- Fort bien ! approuva Tarzan, mais en ce cas, vous voudrez bien emporter avec vous le trésor de la Vallée du Sépulcre. Ce sera votre dot ! »

C’est ainsi qu’un chevalier bardé de fer, monté sur un coursier caparaçonné et tenant par la bride un cheval chargé d’un sac pesant, se présenta devant la grande croix de pierre, qui marque la frontière de la Vallée du Sépulcre.

Les sentinelles le reconnurent et lui firent fête, puis il fut conduit à la cité de Nimmr.

Le prince Gobred accueillit avec enthousiasme le jeune chevalier qui avait fait tant de prouesses pendant le tournoi. Sire James apprit qu’une trêve momentanée avait été conclue avec les Partants, après une échauffourée dans laquelle sire Malud avait trouvé la mort.

Quant à Bohun, ses sujets, las de ses cruels caprices, s’étaient révoltés contre lui et avaient élu roi à sa place sire Wildred, neveu du souverain précédent.

Quel que fût l’intérêt de ces nouvelles, Blake ne les écouta que distraitement, surveillant la porte du coin de l’œil et guettant l’apparition de sa bien-aimée.

Mais, avec un sourire bienveillant, Gobred fit signe au chevalier que l’audience était achevée, sans que Blake eût seulement aperçu la jeune fille.

En soupirant, il s’en alla se promener dans le jardin où, pour la première fois il avait avoué son amour à Guinalda qui l’avait rabroué de si verte façon. Qui sait ? peut-être la fière jeune fille, une fois de retour parmi les siens, s’était-elle repentie d’avoir laissé parler son cœur et avait-elle décidé de ne plus jamais revoir le hardi chevalier ?

En proie à de tristes pensées, Blake se laissa glisser sur un banc et se plongea dans ses méditations.

Il fut tiré de ses moroses réflexions par le crissement du gravier sous un pas léger. Il se tourna et tressaillit : Guinalda se dressait devant lui.

« Vous voici de retour, messire, dit la jeune fille en souriant, mais d’une voix oppressée.

- Oui ! » dit seulement Blake.

Et, tombant aux pieds de la princesse, il appuya passionnément ses lèvres sur une petite main blanche qui ne se déroba pas.

« Le seigneur Tarzan vous a-t-il transmis mon message ? dit encore Guinalda d’une voix tremblante.

- Oui ! murmura encore Blake. Et soyez bénie pour me permettre de vous adorer tous les jours, pendant le reste de ma vie ! »

Guinalda hésita et reprit :

« Mais savez-vous bien, messire, que jamais je ne consentirai à quitter la Vallée du Sépulcre, et que, si... vous restez ici, il faudra que vous renonciez à jamais au monde que vous avez connu jusqu’ici ?

- Croyez-moi, ma bien-aimée, dit Blake en souriant, ce n’est même pas un sacrifice ! »

Et les deux jeunes gens échangèrent enfin le baiser de leurs fiançailles.

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Septembre 2014

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