CHAPITRE I
Quoique, depuis la révolution de 1789, ÏÈM ait aliténé un grand nombre de forêts nationales, il est encore aujourd'hui possesseur d*un vaste domaine forestier; et il est du plus haut intérêt pour lui de connaître le taux de la rente que lui rapportent ces biens-fonds, relativement aux valeurs qu'il en tirerait s'il les vendait* Car on conçoit que, si ce taux était trésabaîssé, et si, en outre, il n'était pas possible d'en élever le chiffre au moyen d'améliorations apportées aux aménagements de ces forêts, l'État pourrait faire une excellente opération financière en aliénant des propriétés aussi peu productives et en employant les capitaux retirés de la vente à diminuer les charges de la dette publique, c'est-à-dire en plaçant les valeurs à 5 pour 0(0.
L'administration des forêts, étant placée dans les attributions du département des finances, on ne doit pas s'étonner que les hauts fonctionnaires de ce ministère aient souvent envisagé la question forestière au point de vue financier. Car, en
rétudiant ainsi et en s'appuyant sur les chififres fournis par les forestiers eux-mêmes, on ne fait que placer TÉtat dans la position de tout autre propriétaire qui exploite ses biens-fonds, ou d'un spéculateur qui dirige une entreprise industrielle ou commerciale^ une usine, par exemple, et en effet :
Le but que tout spéculateur doit se proposer, c'est de retirer le taux le plus élevé possible du capital engagé dans sa spéculation, et, pour cela, il doit d'abord chercher les moyens de calculer ce taux avec toute l'exactitude désirable. Malheureusement, c'est ce que négligent fréquemment de faire, 6a du moins c'est ce que font généralement d'une manière incompléte un très- grand nombre de spéculateurs^ qui se livrent à des entreprises quelconques et notamment aux exploitations agricoles. Privés ainsi de la connaissance exacte de ce taux, qui doit être considéré comme Vindice de la qualité de leur spéculation, ils commettent de graves erreurs, et c'est sans contredit une des causes principales qui les conduisent si souvent à des pertes imprévues et à de cruels mécomptes.
La question générale qu'il s'agit donc d'abord de résoudre est celle-ci :
Déterminer le taux du placement du capital engagé dans une entreprise quelconque.
Or, ce taux plus ou moins élevé dépend de trois autres quantités dont il est impossible de l'isoler, savoir :
V La valeur du capital engagé. Car, toutes choses égales d'ailleurs, on ne saurait mettre en doute que, plus ce capital sera faible ou eoifôidérable, et plus ou moins la spéculation sera avantageuse.
2® La durée de l'entreprise ; car si, pour recueillir les mêmes produits, il faut plus ou moins de temps, avec le même capital engagé, l'entreprise sera moins bonne ou meilleure.
5^ Le produit net total obtenu pendant toute la durée de la spéculation; ce produit se composant de tous les produits partiels touchés pendant l'entreprise et placés à in-
térèt composé jusqu'à la fin delà spéculation; on comprend, en effet, qu'on commettrait une erreur énorme, si Ton ne tenait pas compte des époques où ces diverses rentrées sont acquises aux spéculateurs, qui, les employant à leur tour, leur font ainsi porter intérêt.
Toutes les fois donc qu'on négligera une seule de ces trois quantités (et fréquemment on en agit pour le moins ainsi), on pourra être certain d'arriver à des résultats entachés d'erreur.
Cela posé, puisque le capital engagé, la durée de l'entreprise, le produit total et enfin le taux du placement du capital engagé sont solidaires les uns des autres, on comprend qu'il doit exister entre eux une relation qull est possible de calculer exactement, et du genre de celles que le langage de l'analyse algébrique sait exprimer facilement; de sorte que, si cette relation générale était une fois trouvée , on pourrait, étant données trois de ces quatre quantités, déterminer la quatrième et par conséquent, entre autres, le taux cherché.
Pour éviter aux personnes, auxquelles les calculs algébriques ne sont pas familiers la fatigue de suivre ceux qui sont indispensables pour arriver à la formule générale du taux du placement du capital engagé , nous rejetterons ceux-ci dans la note ci-dessous , et nous suivrons la marche analogue dans toutes les discussions qui vont suivre (1).
(1) Appelons d'abord a le capital engagé dans une spéculation quelconque , soit ensuite n le nombre d'années que celle-ci doit durer, et P le produit total, enfin^t d la différence entre le capital engagé au commencement de la spéculation et ce capital à la fin de cette même spéculation ; car on conçoit qu'il peut avoir diminué ou augmenté pendant toute la durée de l'entreprise.
Il est facile d'établir, d'après la règle des intérêts composés, que si T, représentant le taux du placement du capital engagé, était connu, ce capital, au bout de n années, aurait dû produire :
a(l-l-0,OT)n. .
D'autre part, nous venons de supposer qu'à la fin de la spéculation on retirait a "Hd^ et qu'on touchait en outre le produit total P des valeurs
Cest cette formale (Â) que doit consulter tout spéculateur qui veut fonder une entreprise quelconque, ou améliorer celle dans laquelle il est engagé.
Toutefois, les valeurs du taux du plaeçs^^nt du capital engagé, calculées ainsi, ne seront véritablefl^t sérieuses qu'autant que la durée de l'entreprise , le capital engagé et le produit total à la fin de la spéculation , auront été fournis par des résultats d'expérience suffisamment exacts.
Or, malheureusement, ces données fondamentales sont étabUes trop fréquemment avec une déplorable légèreté, et si alors on se fie à la valeur du taux qu'on en déduit , on est inévitablement entraîné dans de graves erreurs. C'est ainsi que bien souvent on accuse à tort les formules qui ne sauraient être responsables des données plus ou moins fausses qu'on y introduit. On ne doit s'en prendre qu'à ceux qui ont fourni ces dernières.