‹ Taux du placement du capital engagé dans les forêts de l'étatChapitre 3 sur 8 · PREMIÈRE QUESTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE QUESTION

Etant donné un terrain et une contenance et d'une valeur connues f et que Von veut cultiver en bois , en chêne par exemple, indiquer, pour VEtat qu'on suppose propriétaire de ee terrain, le mode et la durée de l'exploitation en bois qui fourniront le taux du placement le plus élevé du capital engagé dans cette spéculation forestière.

Pour résoudre cette question, la marche la plus rationnelle est facile à comprendre ; car, si nous supposons successivement que les bois restent sur pied 20, 40, 60, 80, 400, etc., années; et si, dans chacun de ces cas, après avoir déterminé d'une manière suffisamment exacte le capital engagé et le produit total, nous en déduisons le taux du placement, il est évident que la durée de Texploitation la plus avantageuse (c'està-dire le temps le plus convenable qu'on devra laisser croître les bois) sera celle qui correspondra au plus haut taux du placement du capital engagé.

Il est nécessaire, dans ces sortes d'appréciations, de supposer que les choses se passent constamment dans une même localité donnée où toutes les conditions de la question sont solidaires les unes des autres, telles que les prix des terrains et des bois, les frais d'administration, etc. Nous raisonnerons, en conséquence, comme s'il s'agissait d'un hectare de terrains situés daiis l'inspection de Nancy.

Cela posé, cherchons avant tout de quoi se conjposera le capital engagé dans les divers cas que nous aurons à examiner.

Ce capital comprendra :

1® La valeur du fonds de Theclare à l'origine de la spéculation. Or, d'après les ventes diverses qui ont eu lieu après des défrichements, on peut estimer ainsi les terrains dans cette lo-

calité : i^Thectare de fertilité moyenne, de 500 fr. à i,000 fr., moyenne 750 fr. ; 2** l'hectare de bonne qualité de 1 ,000 fr. à 2,000 fr., moyenne 1,500 fr.

2® La somme nécessaire pour ensemencer ou planter un hectare en bois, et que l'expérience a prouvé ne pas dépasser 80 fr. dans Tàrrondissement de Nancy.

S"" Enfin, dans la conservation de la Meurthe, la dépense totale annuelle de l'administration de 69,965 hectares s'élève environ à 300,000 fr., soit à peu près 4^20 par hectare. M faut donc, pour chaque terme de 20, 40, 60, 80 etc., années, trouver le capital qui, engagé dès la première année, fournira 4^20 pendant la durée de chaque exploitation correspond dante ; ce calcul d'ailleurs est fort simple (i).

Tels sont les éléments du capital engagé.

Cherchons, à présent, le produit total à 20, 40, 60 etc.... 200 années.

Cette question soulève à elle seule toutes celles des améliorations successives qu'a pu subir la sylviculture depuis environ un siècle et même auparavant.

Les expurgades, en effet (Produit du sol forestier, l*"* partie, page 79), ont été en usage de temps immémorial, en France^ pour l'enlèvement des morts bois et des bois défectueux.

En 1657 , c est-à-dire il y a tout près de 200 ans. Le Roi , lieutenant des chasses du parc de Versailles, proposait < pour » l'accroissement des maitres-brins dans les taillis, une éclair-

(i) Soit 0} capital, n la durée de Texploitation ; au bout de n années, on aura engagé x (i, OS)*". Celte somme devra être égale à celle qu'aura engagée TElat, qui retire 5 p. 0/0 de son argent, en moyenne ; au bout de ces mêmes n années, on aura :

d'où a; -^^•^^^°""^X>i^20 0,05(1.05)»

» de de dix en dix années pour faire disparaître tous ceux » qui, trop faibles, étaient disposés à périr ».

Duhamel, Buffbn, Yarennes de Feuilles et Deperthuis se sont elTorcés de préconiser les avantages de ces éclaireies, et après les premiers des auteurs que nous venons de citer, les Allemands ont seulement introduit cette pratique dans leurs forêts ; enfin, c'est d'Allemagne qu'elle nous est revenue, à la suite des heureux résultats qu'elle avait produits.

Aujourd'hui, cette méthode étant adoptée . dans un grand nombre de nos forêts, on doit donc admettre que,, pendant tout le temps que le bois, dont l'hectare en question aura été peuplé, restera sur pied, on touchera de temps en temps les produits des éclaireies, soit, par exemple, à 20 ans, à 40 ans, & 60 ans^ etc.

Pour tenir compte régulièrement des avantages dus aux époques plus ou moins éloignées de la fin de l'exploitation où Ton touche ces produits, on devra en placer les valeurs à intérêts composés, jusqu'au moment où on abattra la coupe principale. Toutes ces valeurs, quiauront été considérablement augmentées ainsi, jointes au produit de cette coupe, constitueront le produit total ; et puisqu'il s'agit de l'État propriétaire^ il faudra calculer les intérêts des intérêts à 5 pour cent.

Quant aux valeurs en mètres cubes de ces éclaireies, nous

les supposerons égales à celles qui sont indiquées dans le Cours

élémentaire de la culture des bois de MM. Lorentz et Parade

(page 565).

l"^' éclaircie, Bois de 20 ans, fournira lO^-^OO 2<Je — __ 40 —

Nous ajouterons à ces produits le suivant :

7* L'éclaircie des bois de 140 ans fournira 12'"%00

Et nous ne tiendrons pas compte des éclaircies qui pourront se faire au delà de 140 ans.

Nous avons dit tout à Theure que les produits des éclaircies devaient être placés à intérêts composés à 5 pour cent. Cela est facile à concevoir. Car, nous avons supposé ici que TÉtat était lui-même le propriétaire de Thectare» Or, on sait que toutes les fois que l'État, grevé de sa dette, touche une somme quelconque, elle est employée immédiatement par lui à amortir cette dette ou à en servir les intérêts, c'est-a-dire qu'elle est à l'instant placée à intérêts composés à 5 pour cent , en moyenne. Aussi quand l'État vend une propriété, une forêt, par exemple, on a bien soin de faire entrer en ligne décompte, comme un des avantages de cette aliénation, le placement à 5 pour cent qu'il fait du prix de la vente.

Il sera donc facile, d'après la formule des intérêts composés, de calculer ce que les produits de l'éclaircie auront fourni au moment de l'abattage des bois, c'est-à-dire au bout de âO, de 30, de 40. . . et de 200 ans (1).

(1) Si une éclaircie, dont la valeur serait rcprésenlée par E, est placée pendant 20 ans avant la coupe principale, elle sera devenue , au bout de ces 30 ans, E (i,05)20; au bout de 40 ans, E (i,05)«0; oifin, au bout de n années, sa valeur sera exprimée par £ ((1,0S) °.

Nous avons calculé les valeurs de (1,05)'^, depuis n == 20 jusqu'à n=z 220, et nous avons trouvé :

Au bout de 20 ans (1,05) «> = 2,65

100 — (l,05)'oo =z 102,77

220— (1,05)220 — 57772;tK)

Quand donc ou aura la valeur d'une éclaircie , il suffira de la multiplier par un des chiffres ci-dessus.

Il s*agit, après cela, d'apprécier la valeur de la coupe principale, selon les différents âges qu'elle pourra avoir atleints; et de plus il faut décider quel est le mode de culture qui, dans le même temps donné, produira les plus grands bénéfices, c'est-à-dire le taux le plus élevé du placement du capital engagé.

L'introduction de la méthode des éclaircies dans les forêts, depuis environ quatre-vingts ans, a donné la certitude que , malgré leur prélèvement, les produits des coupes principales, au lieu de diminuer, ont été augmentéSé Ce résultat a été sou}>çonné par Yarennes de Feuilles, mais il avait besoin d'être démontré par l'activité même que cette pratique a imprimée à la végétation, entre les éclaircies successives. Un autre fait qui résulte de l'introduction de la méthode du réensemencement naturel , et qui n'est pas moins intéressant , prouve que déjeunes repeuplements, protégés par des réserves qu'on rend incessamment moins nombreuses jusqu'à ce qu'elles aient disparu complètement, supportent , dans les lieux à température variable , beaucoup mieux les excès de froid et de chaleur que lorsqu'ils sont abandonnés à eux-mêmes et à toutes les rigueurs de l'atmosphère.

C'est ici le lieu d'observer que cette méthode du réensemencement naturel dont l'École allemande s'attribue l'inven-^ tion est due encore à un de nos plus célèbres auteurs français, à Bufibn , pour les travaux forestiers duquel un auteur allemand moderne, M. Pfeil, a manifesté peu d'estime, sans expliquer ses motifs. Pour restituer à notre illustre naturaliste la part qui lui est due incontestablement au sujet de sa découvert du réensemencement naturel, il nous suffira de renvoyer le lecteur aux mémoires de l'Académie des sciences (Année 4775, tome II, page 292.) (i).

(1) M .... Dans un bois de pins , dit BiiOoii, lexploitAtion doit se faire tool autrement. Comme cette espèce d'arbres ne repousse p^ sur touche ni

— iO —

Toujours est-il que cette méthode conseillée par Buffon et essayée par lui, dès Tannée 1755, n*a été introduite que beaucoup plus tard en Allemagne, c'est-à-dire depuis environ soîxante-et-quin2e ans et que son emploi, qui y a été régularisé, étendu aux autres essences et prolongé jusqu'à présent , a prouvé que les produits des forêts éclaircies et venues ainsi de semence étaient supérieurs à 20, 40, 60, 80, etc., ans, à ceux des bois qui s'étaient reproduits sur souches. Cela résulte incontestablement de la publication des expériences officielles ordonnées par le grand-duc de Bade, et exécutées dans ses états par les forestiers du pays. Leurs tables ont été traduites en France par M. Eugène Chevandier, qui a rendu ainsi un service signalé à la sylviculture française.

Pour se convaincre de la supériorité des produits venus de semence, il suffit de jeter les yeux sur ces tables et de comparer.

Ainsi, par exemple, dans les bons terrains^calcaires cultivés en chêne, on a trouvé jusqu'à i!28 mètres cubes par hectare, à 50 ans, ou environ 192 stères; et dans les très- bons terrains de gneiss^ au même âge, on a compté jusqu'à 251 mètres cubes ou environ 520 stères. Aucun autre bois venu de souches n'aurait pu produire autant.

^ Cela posé, il semblé tout naturel de dire que, pour apprécier la valeur des coupes principales à un âge quelconque, il suffit de chercher, pour un terrain donné, les produits des futaies

sur rejetons au loin, et qu'il ne se propage et multiplie que par des graines qu'il produit tous les ans, et qui tombent au pied ou sont transportées par lès vents aux environs de chaque arbre, ce serait détruire ce bois que^'en faire la coupe nette. Il faut y laisser 50 ou 60 arbres par arpent (120 par hectare) ou, pour mieux faire encore, ne couper que la moitié ou le quart des arbres alternativement, c'est-à-dire éclaircir seulement ce bois d'un tiers ou de moitié, en ayant soin de laisser les arbres qui pointent le plus de graines. L'épreuve que je viens de rapporter a été faite en Bourgogne, dans ma terre de Buffon. n On ne saurait mieux indiquer les 5 coupes sombres, claires et définitives.

badoises à cet âge, d*eii prendre le pjus faible et d'en substituer le chiffire dans la formule (A) du taux du placement du capitai engagé; c'est ce que nous ayons fait pour un grand nombre de cas.

Cette marche est, selon nous, rationnelle, et les résultais qu'on en tire doivent être généralement vrais à fortiori ; car le climat de Bàde est incontestablement moins favorable à la végétation que celui de la majeure partie de la France. Cependant il faut convenir qu'avec toutes les apparences d'une similitude parfaite des conditions de végétation, on pourrait encore commettre quelquefois des erreurs exceptionnelles. Ainsi, par exemple^ si, toutes choses égales d'ailleurs, on comparait un terrain à couches horizontales à un autre terrain chimiquement composé delà même manière, mais à couches verticales, il est évident que le chêne, qui pivote, prospérerait dans ce dernier., tandis qu'il végéterait d'une manière anormale dans le premier.

II. serait assez difficile, jusqu'à ce que les tables d'expérience renferment des indications précises sur la disposition du soussol, de sortir d'une manière complètement satisfaisante de cette difficulté, si l'on ne possédait pas sur le rendement des forêts du centre de la France des renseignements qui ont éié donnés par Deperthuis , l'un de nos forestiers les plu^ expérimentés. Cet auteur, en effet, qui a passé soixante années de sa vie à iftdministrer un grand nombre des forêts françaises, a publié un tableau de leurs produits divisé en trois colonnes. Dans la première sont inscrits les produits des futaies qui ont crû sur les meilleures terrains; dans la seconde, ceux des terrains de fertilité moyenne, et enfin dans la troisième se trouvent ceux des terrains forestiers de qualité inférieure. Ces valeurs ont été exprimées en cordes et en arpents. Nous avons transformé ces mesures en mètres cubes et en hectares.

Or, si l'on compare ces produits à ceux des futaies badoises,

on sera frappé des rappcocbemenls marqués entre les valeurs indiquées dans les uns et dans les autres pour les terrains du même degré de fertilité, d'où on arrive à conclure que, dans les futaies françaises non éclaircies, les produits sont à peu près aussi considérables qoe ceux des forêts badoises qui ont été soumises à cette pratique; ce qui s'explique parla douceur dé la température moyenne en France. Il faut cependant excepter les produits des hautes révolutions qui, dans Deperthuis, sont un peu inférieurs à ceux des forêts badoises, et cela tient au meilleur traitement que celles-ci ont subi pendant un long espace de temps.

Les produits fournis par Deperthuis étant donc des moyennes prises dans les observations que, dans sa longue carrière forestière, il avait recueillies sur les futaies françaises, nous n'avons vu aucun motif pour ne pas les accepter, attendu qu'ils doivent peu différer de ceux des futaies françaises d'aujourd'hui, qui ne sont soumises aux éclaircies que depuis peu d'années.

Au surplus, soit que, comme l'ont fait plusieurs auteurs modernes, on se base sur les tables de Cotta , soit que l'on s*appuie sur celles des forestiers badois ou de Deperthuis , ou sur les chiffres recueillis, sur le rendement des futaies françaises , par les ex~commissions d'aménagement , nous avons reconnu, par le calcul^ qu'on arrive toujours aux mêmes conclusions, pourvu qu'on suive le même mode d'argumentation que celui qu'on va lire, et que nous croyons complètement rationnel.

Yoici d'abord les valeurs des produits en matières données par Deperthuis pour les bons terrains et pour ceux de fertilité moyenne :

1° TËRRALNS BONS ET TRÈS-BOJXS.

Moyenne par hectare:

à iO ans i7"-%232

25 — iOO, 775

iOO — ;. 517, 426

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