ACTION DE L'ELECTRICITE SUR LES TISSUS
36. Divers modes d'emploi. — Il faut considérer l'action sur l'organisme de l'électricilé snil ;ï l'état statique, soit à l'état dynamique, mais le premier de ces deux cas a été si peu étudié qu'il est tirs difficile aujourd'hui de tirer quelques «(inclusions des expériences faites; aussi nous bornerons-nous à l'étude des effets de l'éleclricilé eu mouvement. La première des choses est de déterminer pour chaque cas les
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conditions précises dans lesquelles on s'est trouvé placé.
Les effets obtenus dépendent de trois conditions :
i° Du mode de préparation des organes en expérience ;
2° De l'emplacement des électrodes ;
3° Du flux électrique employé.
37. Du mode de préparation des organes en expérience. — Le premier paragraphe devrait traiter de toute la physiologie des nerfs et des muscles, mais pour les renseignements généraux nous renvoyons aux traités de physiologie et n'indiquons que quelques dispositifs expérimentaux les plus usités pour la grenouille.
Avant tout on ne saurait trop recommander de prendre les observations et de classer les tracés avec le plus grand soin, en indiquant exactement les conditions dans lesquelles on se trouvait, faute de quoi on risque de perdre des documents amassés avec peine ; plus peut-être que dans toute autre partie de la physiologie, toutes les circonstances doivent être notées avec précision. Deux tracés, l'un pris en hiver, l'autre en été, ne sont pas comparables, de même il est évident qu'à excitation égale une grenouille grande donnera une autre contraction qu'une petite, etc.
NUTAItATlON DES ORGANES KN EXl-Klill V;i M'I
38. — Si l'on \riii opérer sur les muscles seulement, on m nui sr la grenouille. Il faui avoir soin de ne pas forcer la dose; chaque expérimentateur doil essayer avec soin le curare qu'il <inploie, car les divers échantillons ne sont pas pareils. En général, une solution à ri* est très convenable et on l'injecte à l'aide d'une seringue de Pravas, par exemple, dans le sac lymphatique dorsal. Lorsque l'on veut prendre des tracés, on fixe le gastrocnémien au myographe en le détachant à son insertion inférieure et en levant en même temps le nodule sésamoïde, très commode pour y fixer solidement un petit crochet en platine.
39. — Si l'on veut opérer sur le sciatique on 6xe la grenouille de mémo, après lui avoir détruit le cerveau et la moelle épinière à l'aide d'une forte aiguille que l'on introduit derrière la li le. On met le nerf à découvert, et suivant le cas, on le laisse en place, on l'isole en passant dessous un petit papier paraffiné, ou on le coupe à sa partie supérieure. Dans certains cas, après avm'r bien isole le nerf, on l'écarté, et d'un coup de ci8eaux On enlève le plus possible du fémur et des muscles qui l'entourent : on a ce qui s'appelle la patte galvanosoopique.
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40. Préparation de Ritter. — On coupe une grenouille en deux, on enlève les intestins et tout ce qui se trouve au-dessus de la racine des cuisses, en ne conservant que Fi?. 24 le tronçon de colonne verté-
brale et les nerfs lombaires, puis on coupe la colonne vertébrale en deux longitudinalement et on met les deux morceaux en communication avec les deux électrodes. On voit que le flux électrique descendra dans un groupe de nerfs et montera dans l'autre en traversant le pont de chair qui réunit encore les cuisses.
Fier. 25
41. Préparation de Marianini. — On emploie ce procédé lorsqu'on ne veut pas léser la portion inférieure de la moelle épinière ; il diffère du précédent en ce que l'on coupe le pont de chair réunissant les cuisses au lieu de couper la colonne vertébrale, et on met les électrodes au haut des cuisses. Ici le flux électrique est ascendant du côté de l'électrode H- et descendant de l'autre.
BMPLACBJ4BNT DES BLECTRODBS 101
42. Emplacement des électrodes. — Les électrodes Bervant à L'excitation n'exigeront pas
un choix aussi minutieux que les élecl rodes exploratrice» ; dans beaucoup de cas la polarisation aura une influence extrêmement faible ou même nulle; cependant, si on est dans le doute, on peul employer des électrodes inipolarisables. 11 faut néanmoins avoir soin que les corps en conta* t. avec les nerfs ou les muscles ne puissent pas les détérioreret, par suite, employer toujours l'eau salée à - pour i <mo pour ce contact. Quant à la manière de placer les électrodes, on se trouve en présence de deux procédés. L'un consiste à mettre les deux électrodes, au contact des tissus, chacune d'elles ayant la même importance comme dimension et comme situation, c'est la méthode bipolaire. L'autre n'utilise qu'une électrode placée sur le nerf ou le muscle à exciter; la seconde électrode est la plus vaste possible, de façon à répartir sur la plus grande surface l'action qui sera ainsi disséminée et Ires faible en chaque point; cette électrode esl par exemple an bain sale dans lequel on rail plonger plus ou moins l'animal en expérience, ('.die vaste électrode est dite électrode indifférente et la méthode est la méthode unipolaire de Chauveau.
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La méthode bipolaire suppose que le flux électrique agisse sur tout son parcours, il faut, dans ce cas, isoler avec soin l'organe sur lequel on veut agir dans la portion soumise à l'électricité ; il est bien évident qu'on devra distinguer le flux ascendant du flux descendant.
La méthode unipolaire suppose au contraire que ce sont les contacts des électrodes qui sont actifs, elle a pour but de ne pas superposer l'effet des deux pôles ; dans ce cas on distinguera l'excitation positive et l'excitation négative; l'organe sur lequel on agit ne devra pas être isolé.
Lorsqu'on opère sur un nerf non isolé par la méthode unipolaire (1) ou par la méthode bi-
Fig. 26
Fie-. 27
polaire (2), par exemple quand on opère sur
I Mil. \< I MIN 1 ltKS Él.ECTHODKS 103
l'homme à travers la peau, il y a des entrées et des sorties du flux alectnqu&en divers points du nerf, donnant lieu a ce queErb appelle des électrodes virtuelles, qui compliquent beaucoup l'élude de certains phénomènes, comme nous le verrons plus loin.
Parfois on désire employer la méthode bipolaire sans sectionner le nerf; on s'expose alors à une erreur signalée pour la première fois par M. Rousseau et qui peut complètement fausser les observations; voici en quoi elle consiste. Supposons que l'on veuille exciter le nerf à l'aide d'un courant descendant, on appliquera une électrode positive en A et une électrode négative en B, en ayant soin de soulever le nerf comme l'indique la fi g. ?.8. On aura elîectivoment le courant désiré entre A et B, mais il y a un second parcours du courant remontant le nerf à partir de A, traversant le muscle de haut en bas et remontant le nerf jusqu'en B. On voit que dans la portion de nerf la plus périphérique le courant sera ascendant et l'on conçoit aisément que ce fait puisse influer immédiatement sur les contractions musculaires obte-
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nues ; M. Rousseau a imaginé, pour remédier à cet inconvénient, un excitateur à trois pôles, pensant supprimer ainsi totalement les courants dérivés ; il mettait par exemple le pôle
positif au milieu en F's' 29 B et un pôle négatif
de chaque côté A et G. L'effet obtenu ainsi est encore très complexe, d'ailleurs les courants traversant le muscle M ne sont supprimés que si A et G sont au même potentiel, c'est-à-dire si l'appareil est complètement symétrique et si la résistance AB est la même que BC. La seule méthode vraiment bonne consiste à couper le pont de muscle M, ou bien si l'on désire absolument le conserver, à n'isoler le nerf du muscle qu'entre les électrodes A, B ; les portions de nerf extrapolaire seront alors parcourues par des courants infimes par suite de la diffusion du flux dans les masses musculaires.
43. — Une question des plus importantes dans le cas où l'on excite un muscle par l'intermédiaire de son nerf moteur, est de savoir si les di-
KMI'I.ACKMKNT l»KS KLKC I HHDKS III.»
verses parties de ce nerf Bont également excitables. Budge, le premier opérant sur le nerf sciatique de la grenouille, observa (jue la partie supérieure était plus excitable que la partie inférieure. Plliigcr, après une série considérable d'expériences, arriva à cette conclusion que la contraction provoquée par une même excitation était d'autant plus forte que le point excité était plus loin du muscle. 11 en déduisit la théorie dite de L'avalanche, d'après laquelle une excitation se renforcerait dans son parcours à travers un nerf. Il y avait lieu de se demander si cette influence prédominante des parties supérieures ne provenait pas d'une différence de structure ou d'une altération due à la préparation. D'après les recherches d'un grand nombre d'expérimentateurs, l'effet d'une section est d'augmenter l'irritabilité d'un nerf, surtout au voisinage de la section ; peu à peu cette augmentation disparait et le nerf dépérit du centre à la périphérie, or, les expériences de Pfluger avaient été faites sur des nerfs sectionnés. D'après Rosenthal cette augmentation d'excitabilité au voisinage de la section ne serait que la phase initiale du dépérissement ; il fit voir qu'elle se produit tout le long du nerf et que chaque point commence par être plus irritable avant de voir diminuer cette
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propriété. Enfin Heidenhain démontra que ce n'était pas seulement l'apanage d'une première section ; mais que chaque fois que l'excitabilité d'un nerf avait diminué d'une certaine quantité, il suffisait pour la relever de pratiquer une nouvelle section, et cela plusieurs fois de suite.
44. — Pour vérifier la théorie de l'avalanche, il fallait absolument opérer sur des nerfs non lésés. Pflûger le premier, d'autres après lui reprirent l'étude sur des nerfs intacts et au début la théorie de l'avalanche parut se vérifier. Cependant d'après Fleischl le courant descendant serait plus excitant à la partie supérieure, le courant ascendant à la partie inférieure. Pour d'autres, comme Hermann, il faut tout mettre sur le compte de la section. Tiegerstedt employant des excitations mécaniques arriva au même résultat. M. Charbonnel- Salle a repris cette question et en a fait une étude très sérieuse, d'où il résulterait que les nerfs moteurs intacts et maintenus en place, présentent en certaines régions circonscrites une irritabilité supérieure à celle des autres points; par exemple, pour le sciatique de la grenouille, il y a deux maxima, l'un au niveau de l'émergence des rameaux fémoraux, l'autre au niveau de la bifurcation du nerf. Si
KMl'l.ACKMKM DIS ÉLBCTRODBfl lll"
l'on vient à pratiquer une section» toute la |»< n-— lion périphérique subit an accroissemenl d'excitabilité, mais cet effet est le plus considérable au point coupé. La section de la moelle n'exerce aucune influence immédiate.
45. — Supposons maintenant que l'on opère sur un nerf également excitable en tous ses points. Dans l'emploi de la méthode bipolaire il y a lieu de se demander si la longueur de la région interpolaire a une influence. Cette longueur peut d'abord être nulle, c'est-à-dire que les électrodes peuvent être placées à la même hauteur, le courant est alors transversal ; les divers observateurs sont loin d'être d'accord sur l'action du courant transversal. Ceux qui n'admettent pas qu'il puisse avoir un effet utile objectent aux expériences contraires que le trajet du flux dans le nerf n'est pas rectiligne et perpendiculaire aux blets nerveux, mais qu'il suit des courbes, d'où provient l'action. Un seul procédé est à l'abri de celte objection, c'est celui consistant à plonger le nerf dans un liquide traversé par un courant; il a été employé par llermann. Cette question est encore à l'étude. Si maintenant on place les électrodes l'une au-dessus de l'autre en employant toujours un flux de même intensité à eba-
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que instant, il semble démontré que l'action croît avec la longueur du segment interpolaire. Dubois-Reymondafait voir que l'oscillation négative est plus grande quand on éloigne davantage les électrodes. M. Gharbonnel-Salle a démontré qu'il en était de même pour la contraction provoquée ; il en résulte ce point important que le nerf moteur n'est pas excité seulement aux contacts des électrodes.
-Cfb
46. — Quant à la forme des électrodes, nous n'avons que peu de choses à dire ; chaque expérimentateur trouvera rapidement le dispositif
qui lui convient
Fig. 30 ,
le mieux, en modifiant à son —, gré celui que -\, nous allons in- -^ diquer. On se trouve ici en présence d'une petite complication que l'on n'avait pas lors de l'exploration électrique. En général, on voudra prendre des tracés graphiques, par conséquent, la grenouille, le myographe et les électrodes devront
PORME DBS KI.ECTRODF.S
Fie. 31
être entraînés par le chariot. La plaque de liège sur laquelle est fixée la grenouille est facile à monter sur le support; le mieux est alors de la percer de trous dans lesquels les électrodes s'engageront de bas en haut, le dessus de la lame de liège sera ainsi tout à fait libre, ce qui est précieux ; il faut seulement avoir soin d'isoler la branche montante pour n'avoir pas de dérivations qui troubleraient les résultats. Le seul inconvénient de ce procédé est la nécessité d'avoir plusieurs planchettes pour les divers dispositifs, mais il est largement compensé par la facilité avec laquelle se font les expériences.
Dans bien des cas on ne peut faire le contact par le bas; il faut alors prendre une électrode /f\
comme celles qui nous ont servi pour l'exploration et la fixer dans un support particulier.
Nous verrons plus loin que l'on a très souvent intérêt à introduire dans le circuit une résistance très considérable s;ms self induction ; dans ce cas on fait d'excellentes électrodes avec des tubes de thermomètre à alcool du commerce,
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dont on coupe le réservoir, la tige est taillée en pointe sur la meule et le bâton d'argent est placé dans l'entonnoir servant ordinairement à remplir le tube du thermomètre.