III. — Preuves radiographiques
Il suffit d'ailleurs de jeter les yeux sur les radiographies reproduites ici', montrant des luxations congénitales avant et après le traitement, pour se convaincre que la réduction du déboîtement a été obtenue et se maintient.
Il ne s'agit pas ici d'un fait accidentel, observé une fois par hasard, ou même d'un petit nombre de faits exceptionnels et habilement groupés. La réduction de la luxation congénitale de la hanche s'obtient régulièrement chez un malade jeune, avec un certain traitement. Les spécialistes l'obtiennent tous les jours dans ces conditions. C'est un fait constant, au même titre par exemple que la guérison de la luxation traumatique de l'épaule, lorsqu'elle est soignée sans retard.
La curabilité de la luxation congénitale est donc devenue un dogme intangible auquel nul médecin renseigné ne peut plus s'empêcher d'ajouter foi.
Mais, en fait, le traitement qui assure la guérison de cette infirmité est demeuré jusqu'à ce jour entre les mains de quelques rares chirurgiens spécialistes!...
On comprend qu'une très petite minorité seulement de privilégiés, parmi les enfants affligés de ce mal, puisse arriver à eux.
Est-ce à dire que pour tous les autres malades, les 9/10 peut-
■ l. Voir les cinq planches qui Icrmincnl le livre.
INTRODUCTION 3
être, la découverte de la curabilité de la luxation congénitale restera lettre morte?
Nous'pensons qu'il peut et qu'il doit en être autrement.
En eflet le traitement si difficile et si délicat, proposé autrefois pour guérir la luxation congénitale, a été tellement simplifié de nos jours et si bien réglé dans sa technique, d'ailleurs facile, qu'il est maintenant accessible à tous les médecins de bonne volonté, de même que le traitement d'une fracture ou d'une déviation de la hanche ou du genou....
En effet, le traitement de la luxation congénitale se ramène à deux points :
1" La réduction du déboîtement;
2° Le maintien de cette réduction.
Or, la réduction sur un enfant de deux, trois, quatre ans, est au moins aussi aisée que celle d'une luxation traumatique de l'épaule, que tous les médecins font couramment.
Et pour le maintien de cette réduction, il siiffit de donner une certaine position à la cuisse et de maintenir cette position par un bon appareil plâtré.
Or, cette position spéciale est aujourd'hui bien déterminée, et tout médecin doit savoir faire un appareil plâtré, ne fût-ce que pour soigner ses fractures.
Mais, malgré tout, je le crains, des médecins pusillanimes se refuseront encore à aborder ce traitement en objectant qu'ils n'ont pas l'expérience et le tour de main du spécialiste : ce à quoi je réponds qu'en retour, et par compensation si je puis dire, ils auront affaire à des cas de luxations congénitales cent fois plus faciles à guérir que ceux qui vont au spécialiste.
Je m'explique :
Tandis que le spécialiste ne voit trop souvent ces enfants qu'à buit, dix, douze ou quinze ans, c'est-à-dire très tard, ou même trop tard, lorsque la luxation est devenue irréductible, vous, les médecins de la famille, vous avez toujours, ou presque toujours, l'immense avantage de voir ces enfants dès qu'ils font leurs premiers pas.
Et l'on peut dire en toute vérité que, prise à deux, trois, ou quatre ans, uneboîterie de naissance aura bien autant de chances de guérir entre des mains novices obéissant à un guide sûr et précis qu'elle en peut avoir lorsqu'elle n'est prise qu'à douze ou quinze ans entre nos mains de spécialistes exercés.
INTUODUCTION
Tout en estimant donc à leur juste prix le tour de main et la dextérité opératoire, je ne crains pas de proclamer après Pravaz que, dans ces sortes de traitement, la patience et la persévérance sont encore plus nécessaires qu'une habileté transcendante.
Or, tous les praticiens de bonne volonté conviendront, je pense, qu'ils peuvent acquérir la seule qualité vraiment indispensable ici pour réussir : l'attention.
Vous avez donc un atout capital dans votre jeu, si j'ose ainsi parler, et grâce à lui vous pouvez aborder avec confiance ce traitement.
Mais, pour mettre dans votre jeu cet atout, facteur si important de succès, il faut évidemment que vous sachiez reconnaître la maladie dès le premier jour où l'enfant vous sera présenté, c'est-àdire que vous sachiez faire un diagnostic précoce.
La deuxième condition du succès sera de suivre avec la plus scrupuleuse exactitude tous les détails de la technique que nous allons exposer.
Notre rôle à nous — et notre but — c'est de vous exposer cette technique avec une précision et une clarté telles qu'il vous soit impossible de vous égarer du commencement à la fin de ce traitement.
Comme dans notre livre de la coxalgie, chaque détail de ce traitement est indiqué par une ou plusieurs figures longuement étudiées par nous avec notre interne Joseph Fouchou, dont le talent de dessinateur est bien connu : — Qu'avec lui, noire distingué collègue et ami Edmond Arnould, qui a bien voulu revoir les épreuves du livre, reçoive ici tous nos remercîments...
Avons-nous besoin de dire que cette fois encore nous nous sommes efforcé surtout d'être clair afin d'être vraiment utile.
C'est à vous, c'est à ceux d'entre vous qui nous avaient demandé ce guide, qu'il appartient de dire si nous n'avons pas été audessous de la tâche difficile que vous nous aviez imposée; à vous de dire, après l'avoir lu, si nous avons su justifier la confiance et le crédit que vous nous aviez faits dès la première page du livre.
INTRODUCTION