‹ Technique microscopique appliquâee áa l'anatomie pathologique et áa la bactâeriologie. Manuel pratiqueChapitre 4 sur 96 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dissociation. — L'examen des tissus à l'état frais empruntés au cadavre ou à l'organisme en vie, est en général pratiqué par dissociation. On excise avec la pince ou avec de petits ciseaux courbés sur le plat des parcelles aussi petites que possible, et on les dissocie le plus finement possible avec deux aiguilles montées sur le porte-objet, dans une goutte cVeau ou de solution de sel marin «0,6% . L'une des aiguilles lixe la pièce par une extrémité, tandis que l'autre dissèque les éléments, opère dans un sens parallèle à leur direction. Dans beaucoup de cas, il faudra recourir à une autre méthode, à la confection de'r^ roiqies soit avec le rasoir ordinaire, soit avec le microtome à congélation.

La solution saline a sur l'eau l'avantage de ne pas faire gonfler autant les tissus et de conserver beaucoup mieux les détails de leur structure. Les liquides séreux, le sérum du sang, le liquide de l'hydrocèle, offrent des avantages identiques.

SÉRUM ARTIFICIEL. — On le prépare en remplaçant neuf parties de la solution saline par une partie d'albumine de l'œuf de poule. Les cellules s'y maintiennent plus longtemps en vie.

S'il s'agit de rechercher des microbes dans les préparations fraîches, il ne faut pas perdre de vue qu'ils se développent dans l'eau, et plus rapidement encore dans la solution salée ; ceux que l'on rencontre pourraient être attribués au liquide ajouté, surtout s'il n'est pas frais.

En règle générale, on ne placera sur le porte-objet qu'une goutte du liquide à examiner ou à ajouter ; si l'on en prélève trop, le couvre-objet devient mobile, glisse et gêne l'examen par son instabilité, et les réactifs que l'on fait alors intervenir agissent lentement ou pas du tout.

Cette méthode est principalement applicable aux muscles, au cerveau, à la moelle épinière et aux tumeurs à stroma abondant. Pour examiner les nerfs et les muscles, on excise de fines parcelles contenant de courts

segments de faisceaux; plus ils sont longs, plus les manipulations sont difficiles. Cette méthode trouve aussi son application dans les cas où il s'agit d'abord de déterminer, d'une façon générale, la localisation de certaines lésions telles que les infiltrations de tumeurs au début.

Macération. — La dissociation des pièces fraîches en parcelles suffisamment fines pour l'examen microscopique étant très laborieuse, on place les fragments pendant vingt-c[uatre heures dans des liquides de macération ou d'isolement. Au bout de ce temps, la division devient très facile.

Pour examiner des morceaux d'organes d'animaux par la méthode d'isolement, on les porte, en général, immédiatement après la mort, dans le liquide préparé; les pièces anatomiques humaines doivent être soumises à l'action du liquide aussi rapidement que possible.

La dissociation se pratique dans des verres de montre : on y met une petite quantité de liquide ; une quantité trop grande déterminerait plutôt un durcissement qu'une dissociation.

Liquides d'isolement. — Voici les plus recommandables :

1. Alcool à 33° ; c'est l'alcool au tiers de Ranvier. On mélange une partie d'alcool à 96° avec deux parties d'eau distillée.

2. Solution très diluée d'acide ciiromique, à 0,01-0,03 % . — Elle est d'un emploi répandu.

3. Acide osmique à 0,1 % . — La dissociation est très facile au bout de douze à vingt-quatre heures. Ce liquide est surtout indiqué pour les tissus graisseux.

4. MÉTHODE d'Arnold. — Placer le fragment pendant cinq à dix minutes dans l'acide acétique à 0,1 % , puis vingt-quatre à quarante-huit heures dans l'acide chromic[ue à 0,01 % . On peut employer consécutivement le picrocarmin.

5. Lessive de soude à 33 % . — Les fragments s'y dissocient au bout d'une heure. Elle est surtout recommandable pour les faisceaux musculaires lisses, par exemple pour les tumeurs utérines. L'examen doit en tout cas être fait dans la lessive à 33°, sa dilution dans l'eau altérant les cellules.

6. Le liquide de Muller est aussi un bon isolant, surtout pour le système nerveux. Les préparations y doivent séjourner deux à trois jours.

En ce qui concerne fexamen, on peut le faire dans une goutte d'un liquide de dissociation ou bien dans de F eau ou dans la solution de sel marin.

Parfois, on prélève le suc de l'organe à l'état frais par un grattage au mogen d'une lame de couteau^ et on le répartit dans une goutte d'eau ou de solution salée. ^Mais il faut, au préalable, enlever le sang de la surface

de section, soit en frottant doucement, soit par lavage, les globules blancs pouvant masquer les autres parties. Il faut que la goutte d'eau ainsi ])rè]parèe soit à peine trouble. Ce procédé est surtout applicable ailx organes glandulaires, par exemple au foie et aux reins, lorsqu'il s'agit de déterminer si les cellules sont troubles et granuleuses ou graisseuses ; aux tumeurs, surtout au cancer; aux sarcomes mous et aux infiltrations cellulaires, telles que celles des poumons.

Liquides à examiner. — En général, il suffit d'en porter une goutte sur le porte-objet. S'ils contiennent beaucoup de cellules et autres parties solides, s'il s'agit d'un kyste, du contenu intestinal par exemple, il sera bon de diluer dans l'eau ou dans la solution salée la goutte que l'on prélève avec une pipette fine ou à la pointe d'un fil de platine.

Par contre, il faut souvent laisser reposer pendant quelque temps les liquides pauvres en éléments solides, avant de procéder à l'examen. Une méthode qui, à cet égard, donne de bons résultats, c'est celle de la centrifurjation^ recommandée par Litten.

L'examen des liquides peut aussi être pratiqué par la méthode des préparations colorées à sec sur lamelles.

Réactifs des préparations fraîches. — L'examen des préparations à l'état frais sera toujours facilité par l'addition de réactifs qui les rendent plus transparentes ou qui font mieux ressortir certains détails, alors qu'ils en font disparaître d'autres ou leur restent indifférents. Du reste, à l'état frais, de nombreux détails ne peuvent être perçus, les éléments protoplasmatiques réfractant la lumière d'une manière relativement uniforme.

Voici les réactifs les plus employés :

1. Glycérine. — Elle présente l'avantage à'èclaircir la préparation, de ne pas s'évaporer et de ne pas se modifier chimiquement; aussi, les préparations qui y sont incluses peuvent-elles, à l'abri de l'air, être conservées. On l'emploie surtout sans être diluée, rarement mélangée à l'eau. Lorsqu'il n'y a pas de pigment, les préparations fraîches s'y éclaircissent tellement que l'examen ne peut en être prolongé. Par contre, elle est très souvent employée pour les coupes non colorées provenant de fragments durcis.

2. Acétate de potasse. — En solution aqueuse saturée (50 % ), il possède aussi des propriétés éclaircissantes, mais moindres que la glycérine, et permet l'examen des coupes fraîches. Les préparations peuvent également être conservées dans cette solution.

3. Acide acétique. — 11 a le double avantage de ratatiner les noyaux, de rendre leurs contours plus nets et de faire gonfler le tissu conjonctif,

qui devient ainsi plus transparent. Les granulations graisseuses résistent à son action, mais il dissout les granulations albumineuses qui se forment dans le protoplasma cellulaire en état de tuméfaction trouble. Aussi est-il un excellent réactif pour le diagnostic différentiel de la dégénérescence graisseuse et de la tuméfaction trouble. Les microcoques ne sont pas non plus modifiés par l'acide acétique. De même les libres élastiques : elles deviennent d'autant plus nettes au milieu du tissu conjonctif rendu transparent.

On emploie l'acide acétique, surtout en solution concentrée de 1 à 2 % ; la préparation en est des plus simples. En général, on porte une goutte d'acide avec une tige de verre sur un côté du couvre-objet, après qu'on a déjà examiné la préparation ; il pénètre lentement et on peut en suivre l'action sous le microscope. On accélère la pénétration de l'acide en plaçant au bord opposé du couvre-objet un morceau de papier buvard qui absorbe le liquide.

La fuchsine acétique a la propriété de faire ressortir les noyaux à un plus haut degré encore ; elle met bien en évidence leurs contours, tout en les colorant Pour la préparer, on ajoute à la solution d'acide acétique à 2 % une quantité suffisante de fuchsine qui lui donne une coloration rouge vif.

L'acide acétique est aussi employé pour décalcifier les tissus.

4. Solution aqueuse faible d'iode. — Pratique pour mettre en évidence les noyaux et la structure des tissus. Préparation : on dilue la solution ordinciire de Lugol (iode, 1 ; iodure de potassium, 2 ; eau, 100) dans l'eau jusqu'à ce que celle-ci prenne une coloration légèrement jaune.

5. Lessives de potasse et de soude. — L'action et le mode d'emploi en varient avec le degré de concentration.

La solution faible de i à 3 % a la propriété de dissoudre les tissus, excepté : a) le tissu élastique, l) la graisse, c)le pigment, 6^) les microbes.

Dans ces conditions, on peut faire usage de cette solution, surtout au point de vue du diagnostic diiBFérentiel. La matière amyloïde résiste aussi à la solution faible, mais cette propriété est rarement utilisée, parce qu'on dispose de réactifs spécifiques.

La lessive de potasse ou de soude à 33" ne détruit pas les éléments cellulaires, mais dissout la substance conjonctive qui les réunit; on s'en sert pour dissocier les cellules des tumeurs, les faisceaux musculaires lisses, les pelotons glandulaires, etc. Elle exerce son action au bout de quelques minutes, mais il ne faut pas que les parties soient mises en contact avec l'eau : celle-ci diluerait la solution et lui donnerait les propriétés de la solution faible. Il faut donc faire de préférence l'examen dans la solution forte.

6. Acide osmique. — On l'emploie en solution aqueuse à i 0/0; on peut l'ajouter, comme l'acide acétique, à la préparation par un coté du couvreobjet. Il colore les particules graisseuses en brun et en noir. C'est donc un excellent réactif de la graisse et de la dégénérescence graisseuse.

7. Acide culoriiydrique à 3 ou à 5 % . — Il sert à reconnaître les parties calcifiées, les concrétions calcaires, etc. Il dissout simplement le phosphate de chaux et éclaircit les régions antérieurement sombres. La dissolution du carbonate de chaux s'accompagne de la formation de vésicules gazeuses (acide carbonique).

Coloration des préparations fraîches. — Quand on n'emploie pas la méthode des préparations sur lamelles, on dépose sur le bord du couvre-objet une goutte de la solution aqueuse colorante, de préférence de vert de méthyle, de bleu de méthyle de Lœfïler ou de fuchsine acide. L'hématoxyline n'est pas applicable.

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