‹ Teigne faveuseChapitre 1 sur 6 · LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR

Chevalier de la Légion d’honneur , Chirurgien en chef de l'Hôpital civil et militaire de Carcassonne.

Oscar FIGUIER.

Dans le courant de l’année 1837, M. le docteur Moulinié, chirurgien en chef de l’hôpital S-André de Bordeaux, nous pria de lui faire f analyse de deux paquets de poudres portant les Nos 1 et 2. C’était, nous écrivait ce praticien, de la poudre épilatoire employée par M. Mahon jeune , à l’hôpital SVLouis de Paris, où il est chargé, par le gouvernement, du traitement des teigneux.

Comme collaborateur du Bulletin Médical du Midi (dont M. Moulinié était le rédacteur principal), et voulant d’ail leurs répondre à la confiance dont nous honorait un médecin aussi distingué , nous nous occupâmes de X analyse de ces poudres, et la même année elle fut insérée dans son recueil. Le Bulletin général de thérapeutique en donna bientôt après connaissance à ses nombreux lecteurs;

et depuis, nous avons eu la satisfaction de voir notre analyse trouver place dans deux excellents formulaires publiés tout récemment, b un par le pharmacien en chef de l’Hôtel-Dieu de Paris , l’autre par M. le docteur Foy.

Cependant, malgré cette publicité, ces poudres , à notre connaissance , ont été peu employées (1), non pas, nous aimons à le croire, que l’on ait douté de l’ authenticité de notre travail, mais nous pensons qu’au premier abord la complication de la formule analytique en a peut-être arrêté les

(1) Nous devons dire toutefois qu’à cette époque ( 1838) M. Justin Benoît, élève interne à l’Hôpital-Général de Montpellier, nous présenta un militaire atteint de la teigne faveuse qu’avec le secours de la pommade Mahon, préparée par nos soins , il avait guéri , même en très-peu de temps. Nous ne pouvons encore exprimer toute la satisfaction que nous fit éprouver cette première cure.

En 1839 , M. le docteur Nozeran nous demanda de la même pommade , désirant l’employer chez deux teigneux : l’un , âgé de 15 ans , était atteint du favus depuis peu de temps après sa naissance ; l’autre , âgé de 10 ans , portant les traces de cette maladie depuis trois ans. Ces deux teigneux , nous fit savoir ce médecin , avaient été guéris complètement. <

essais. Toutefois , convaincu des avantages de cette méthode , et désirant au tant qu’il est en nous de pouvoir remplir la lacune désolante que M. Malion a laissée dans la thérapeutique du favus , par le silence qu’il a cru convenable de s’imposer sur la composition d’une pommade dont ses poudres sont la base (Faxonge leur servant d'excipient); encouragé surtout par le travail récent de M. le docteur Rayer, sur le traitement des teigneux d’après la méthode Malion , consigné dans son grand ouvrage des maladies de la peau , nous avons cru , à notre tour, rendre un service à l’humanité en donnant toute publicité à notre opuscule , et contribuer ainsi à propager les avantages de cette méthode.

Mais avant de donner la description de ce traitement rationnel ( et nous nous faisons un plaisir de dire que nous n’avons pu mieux faire , en notre qualité de pharmacien , que d’en prendre copie

presque littérale dans l’ouvrage de M.

Rayer (1)), nous avons cru convenable , dans l’introduction ( que nous devons à la plume d’un de nos amis , M. le docteur Nozeran, qui a eu l’occasion, dans sa pratique , d’observer et de traiter bon nombre de maladies cutanées ), d’entrer dans quelques détails relatifs à l’origine du favus , aux symptômes qui le personnifient et peuvent le faire facilement reconnaître , terminant par la nomenclature des diverses espèces de teigne et autres maladies cutanées que l’on a long-temps confondues avec le favus .

Nous communiquerons ensuite à nos lecteurs la lettre que M. le docteur Moulinié écrivait de l’hôpital S^Louis , à M. Dauzat, l’un des rédacteurs du

(1) M. Rayer, médecin attaché à l’hôpital S^Louis de Paris, a passé plusieurs années auprès des MM. Mahon pour les voir opérer journellement sur plusieurs centaines de teigneux , et il a pu se convaincre par lui-même ( comme il le dit) de l’innocuité de cette méthode, de son efficacité et de son avantage sur toutes les autres connues jusqu’à ce jour.

Bulletin Médical du xMidi ( véritable leçon de clinique sur la teigne ) ; enfin , nous donnerons la formule analytique des poudres des MM. Malion frères, base de nos deux différentes pommades , l’une dite épilàtoire N° 1 , l’autre essentiellement curative N° 2.

Nous serions bien récompensé de nos labeurs, si cette publication, réalisant nos plus chères espérances , pouvait , en quelque manière, contribuer à abolir l’application de la calotte , traitement souvent inefficace et dangereux dans les teignes récentes , dit M. Malion, et seulement applicable, ajoute-t-il, avec quelque succès aux teignes faveuses anciennes ; mais toujours si cruel, que ses partisans eux-mêmes ont exhorté à attendre que les enfants eussent acquis assez de force pour y résister !

La première fois, dit M. Mahon, que nous nous sommes présenté à l’hôpital de Rouen , les enfants ont cru qu’on allait les torturer comme autrefois ; ils pous-

saient des cris de désespoir , et l’instinct qui les éloignait de ce traitement était si fort , qu’ils se cramponnaient contre les murs, et semblaient ne pas désespérer de les franchir.

De semblables scènes, capables de faire saigner les cœurs les plus endurcis, se renouvelaient journellement à l’hôpital SVLouis de Paris, avant que les bienfaits de la méthode Mahon y eussent pénétré (1).

Nous -même fumes témoin, l’année dernière, à notre Hôpital-Général, de l’arrachement de la calotte , tableau bien déchirant qui sera toujours présent à notre esprit ; aussi nous n’hésitons pas à le dire : ce procédé atroce réussiraitil toujours , qu’il faudrait y renoncer par l’horreur invincible qu’il doit inspirer à ceux qui en ont fait l’épreuve ; et nous

(1) Au sujet des dangers de l’application de la calotte, M. Mahon rapporte qu’un jeune enfant mourut des suites de cette sanglante opération. Deux jeunes soldats , traités à l’hôpital de Lille par la même méthode , succombèrent également.

sommes naturellement à nous demander comment il est possible que des religieuses puissent le mettre en pratique ? Nous faisons, au contraire, dans l’intérêt de l’humanité, les vœux les plus ardents pour que le traitement Malion , qui ne fait éprouver dans son application aucune douleur , et a rendu depuis trente années , à l’hôpital S-Louis seul , le bien si précieux de la santé à quarante mille individus , soit exclusivement employé dans tous les établissements consacrés aux teigneux, ainsi que dans la pratique civile, comme il lest avec un succès marqué et une économie énorme ( vu le séjour peu prolongé des malades dans les hôpitaux ) à Rouen , Bordeaux , Dieppe, Louviers , etc.

Mais pour que cette méthode ait un plein succès, il serait convenable que le traitement des teigneux passât des mains de sœurs de la Charité à celles des médecins. Nous en appelons, pour étayer notre proposition , au simple raisonne-

ment médical et au passage suivant, consigné dans l’ouvrage remarquable de l’auteur de la méthode elle-même (1):

« Il ne faut pas croire que notre méthode » puisse être employée aveuglément, et » que nulle combinaison rationnelle ne » doive la diriger. Il est une foule d’ob- » servations qu’il est important de faire » et de prendre pour guide. Le traite- » ment des diverses espèces de teignes » exigera toujours la distinction certaine » de chacune d’elles. La surveillance des » médecins ne cessera jamais d’être in- » dispensable. »

Espérons , enfin , qu’une importante délibération des membres du conseil d’administration des hôpitaux de France s’opposera à ce qu’à l’avenir de jeunes et intéressantes créatures ne viennent plus incliner leur tête devant le préjugé, subir le supplice , et recevoir le stygmate .

Montpellier, le 1er Mai 1841,

(1) Recherches sur la nature et le siège des teignes, 1 vol. avec fig., par Mahon jeune. ( Paris, chez Baillière» libraire ; Montpellier, Castel. )

orsqu’on veut étudier dans les anciens cette mala(^e h^euse du cuir chevelu , à laquelle !§§§§§ üs attribuaient une espèce de honte (1) et d’infamie , désignée , à ce qu’il paraît , pour la première

(1) C’est du favus qu’on parle incontestablement dans les livres de Moïse : à son troisième chapitre du Lévitique , on lit que les malheureux atteints de cette espèce de teigne , que les Juifs appelaient lèpre de la tête et de la barbe , étaient considérés comme impurs , victimes de la colère de Dieu, et , sous ce rapport, exclus de la société des autres hommes. De nos jours encore , moins par l’effet de la honte que par celui de la contagion propre à cette maladie , la teigne faveuse est devenue un motif d’exemption pour le service militaire.

fois en 1127 par Antoine d’Antioche , dn mot tyria, tinea , teigne , on ne tarde pas à se convaincre que , sous cette vague dénomination , les Grecs et les auteurs Arabico-Latins , tout en voulant parler du favus , entendaient désigner aussi non-seulement les diverses espèces de teignes , reconnues telles de nos jours par tous les bons observateurs , mais bien encore d’autres affections de la peau , invétérées , réfractaires ou tout au moins tenaces ( de là , sans doute , ce mot tinea , du verbe tenere , je tiens , donné à ces différentes affections des environs du cuir chevelu ) , comme , par exemple , certaines croûtes et ulcérations syphilitiques , dartreuses , la lèpre même , etc.

D’une pareille confusion dans la nomenclature de ces diverses affections , dont les unes , bénignes , doivent être considérées , moins comme une maladie que comme un moyen de curation , d’élimination d’un vice ou d’un superflu , et qui , par cela même , trouvent assez ordinairement leur solution heureuse dans les forces médicatrices de la nature , aidée seulement de quelques soins de propreté , d’autres , au contraire , graves sous certains rapports , réfractaires ordinairement aux. efforts curatifs naturels , comme le favus et ses variétés, la teigne tondante de Mahon, annulaire de Biett, etc., méritent, de la part du médecin , beaucoup d’attention et de soins pour être amenées à une entière guérison ; d’un tel amalgame , disons-nous , aussi inconsidéré , ainsi que du

peu de soin apporté dans l'étude de ces maladies , dut nécessairement résulter un mal réel et pour la théorie et surtout pour la pratique ; et c’est , en effet, ce qui ne manqua pas d’arriver : ainsi , pendant plusieurs siècles , et à la honte des gens de l’art, la cure de la teigne faveuse a été abandonnée à l’empirisme routinier et trop souvent brutal.

Mais les temps sont heureusement changés , et l’on peut dire avec satisfaction qu’une révolution toute à l’avantage de la science et de l’humanité s’est opérée en France , surtout depuis les beaux travaux des Alibert , des Biett , des Bayer sur les maladies de l’enveloppe cutanée , et particulièrement du cuir chevelu , auxquels nous nous plaisons de joindre les recherches lumineuses aussi importantes de MM. Mabon frères , sur le siège et la nature des teignes , leurs nobles et infatigables efforts pour la méthode de traitement convenable à chacune d’elles , méthode aussi douce qu’efficace pour le favus spécialement et ses variétés, et , nous n’hésitons pas à le dire , d’une supériorité incontestable sur toutes ses aînées , et dans la description de laquelle nous entrerons avec tous les détails convenables, après avoir exposé succinctement les caractères de la maladie. Honneur donc et gloire à ces hommes philanthropes, à ces bienfaiteurs de l’humanité ! Désormais et depuis eux , la teigne est tirée de cet état d’abjection où l’avait laissée tomber l’ignorance ; et , grâce à

l'instruction que tout médecin a eu loisir de puiser dans leurs ouvrages , on est parvenu à détruire complètement cet alliage impur , non-seulement des différentes espèces de teignes, mais meme des autres affections cutanées qui n’avaient avec ces dernières que quelques points de contact , et jamais de similitude exacte sous le rapport de leur nature intime , leur causalité , et , par suite , exigeant une méthode différente de traitement. Grâce encore au noble exemple donné par tant de praticiens recommandables , le médecin ayant toujours présent à sa mémoire cette sentence si connue : nil humani à me alienumputo , sait remplir dignement son devoir, et , dès lors , ne considérant plus d’un orgueilleux dédain la cure du favus , prodigue ses soins aux infortunés qui en sont atteints , avec d’autant plus de zèle , qu’il éprouve de la résistance à triompher de ses désordres.

Maintenant que le flambeau de l’anatomie pathologique est enfin parvenu à éclairer le médecin observateur , et l’a contraint à reconnaître dans le genre tinea une réunion de plusieurs affections attaquant les divers tissus organiques du cuir chevelu , il ne sera pas , ce nous semble , hors de propos, avant de personnifier le favus , de voir en combien d’espèces bien tranchées ce genre est divisé.

Sans entrer dans des détails fastidieux relatifs aux diverses divisions admises par nombreux auteurs, toutes basées selon les idées systématiques de l’époque , tel

ou tel symptôme dominant, etc. , nous reconnaîtrons , avec M. Alibert , cinq espèces de teignes bien tranchées ; savoir : 1° la teigne faveuse ou alvéolée ; c’est le favus des anciens pris d’une manière trop exclusive; 2° la teigne rugueuse ou granulée ( tinea granulata d’Alibert ) , porrigo scutulata de Bateman ; 3° la teigne furfuracée ou porrigineuse ( tinea furfuracea d’Alibert ) , porrigo furfurans de Bateman ; c’était encore le genre porrigo des anciens ; 4° la teigne muqueuse que M. Mahon a démontrée tout-à-fait indépendante du lactamen, du crusta lactea des anciens, et qu’il a rangée avec raison dans la crasse laiteuse ( porrigo lactuminosa du même auteur ) ; enfin , 5° la teigne amiantacée ( tinea asbestina ) qui se présente rarement à l’observation , décrite et découverte pour la première fois par M. Alibert. Quant à la teigne tondante , squarus tondens de M. Mahon , et la teigne annulaire de M. Biett , elles nous paraissent être des variétés de l’aspect des croûtes constituant le favus , et ne peuvent nullement être admises comme deux espèces différentes.

Après les quelques notions que nous venons de donner sur l’historique du genre tinea , le nombre d’affections diverses réunies à tort et confondues par les anciens avec ce genre , sa division moderne et toute rationnelle en cinq espèces bien caractérisées , voyons, avant d’exposer la méthode Mahon, à quels symptômes on peut reconnaître le favus.

Le favus (1) (teigne faveuse ou alvéolée d’Àlibert , à cause de la ressemblance des croûtes aux rayons de ruches à miel ) ( porrigo lupinosa de Villan , par la même ressemblance aux semences du lupin ) , se reconnaît, dit M. Mahon (2) , « à la manifestation de » petits tubercules arrondis, de couleur jaune paille , » déprimés dans le centre en forme de godet , en- » châssés dans l’épiderme , souvent isolés , mais quel- » quefois rapprochés et unis ensemble , de manière » à présenter une surface continue d’une étendue » plus ou moins considérable, où l’on peut distinguer » encore assez facilement et la forme circulaire et » la dépression centrale qui les distingue des autres » espèces de teignes. » ( Voir la planche à la fin de l’ouvrage ).

Un autre caractère qui peut aider à bien distinguer la teigne faveuse des autres espèces , est son odeur toute particulière qui est analogue à celle de souris ou de Y urine de chat. Il est bon toutefois d’observer , pour prévenir toute erreur de diagnostic , que cette odeur change de nature lorsqu’on a ramolli les croûtes avec des cataplasmes émollients ; alors elle devient fade, nauséabonde , analogue, ditM. Galot, à celle des os qu’on a fait bouillir avec leurs ligaments. Tels sont les caractères du favus dans son état de bénignité.

(1) Dans certains pays méridionaux, cette maladie a reçu plus particulièrement le nom vulgaire de rache.

(2) Ouvrage cité , page 1.

Mais lorsque , par l’incurie ou l’insouciance des parents, on néglige quelque temps d’attaquer un ennemi aussi redoutable , on ne tarde pas d’observer alors sur la tête et d’autres parties du corps, une scène aussi hideuse à voir que douloureuse et affligeante pour le malade : en effet, les tubercules faveux du cuir chevelu ne tardant pas à se remplir d’une matière purulente , se rapprochent bientôt les uns des autres, et forment sur le crâne une espèce de calotte croûteuse d’un aspect vraiment rebutant. Plus tard , de petits abcès épars çà et là se développent dans l’épaisseur du derme ; dans quelques cas encore , rares à la vérité , par suite des progrès de l’inflammation , la peau se putréfie (1) , se détache , tombe par lambeaux; par suite, le péricrâne et la substance osseuse ont présenté aussi quelquefois des altérations notables ( Galot , recherches sur la teigne ). Dans tous les cas , par l’effet d’une pareille négligence, les poux pullulent sous les croûtes , et donnent lieu à des démangeaisons insupportables. En même temps quelques tubercules faveux peuvent apparaître au front, aux tempes, aux épaules , aux coudes , aux bras , etc. ; alors aussi engorgement consécutif des ganglions lymphatiques

(1) Pendant le mois de Mars 1837 , j’ai vu à Côme , dit Joseph Frank , un enfant âgé de neuf ans dont le cuir chevelu avait été tellement rongé par la teigne, qu’il tombait de tous côtés par lambeaux, et avait laissé à nu la plus grande partie du crâne. ( Pathologie interne, traduction de M. Bayle. )

du cou et de l’occiput, tantôt comme conséquence de l’irritation du cuir chevelu , tantôt comme corn-* plication scrophuleuse , ce qui doit , sans aucun doute, modifier le traitement, et démontre évidemment V inconvénient quil \j a de confier à des mains étrangères à la médecine la cure du favus , comme de toutes les maladies les plus simples. Enfin , chez quelques malades , on a encore observé une difformité notable dans les ongles , une faiblesse radicale dans les facultés morales et physiques; et lorsque la mort ne vient pas mettre un terme à tous ces désordres, et qu’une guérison inattendue a lieu spontanément ( ce qui est très-rare ) , ce ne peut être qu’au prix d’une alopécie éternelle , complète ou partielle , ou tout au moins de la décoloration des cheveux.

En terminant ce tableau hideux , il est bon de faire connaître encore aux parents que la durée de cet exanthème est indéfinie ; que , quoique plus particulier à l’enfance , il peut se déclarer à tout âge par voie de la contagion admise généralement aujourd’hui; que, lorsqu’il a duré plusieurs années, et qu’il a dépassé l’époque de la puberté , il est susceptible de devenir constitutionnel, et se transmettre ainsi aux enfants par voie de la génération; enfin, négligé et abandonné ainsi à lui-même , il peut se terminer par une fièvre lente , l’inflammation d’un organe important à la vie ( par métastase) , et, par suite, par la mort.

On pourra nous opposer peut-être quelques cas rares de guérison de teigne faveuse sans danger futur pour le malade , dus aux seuls efforts médicateurs de la nature à l’époque orageuse de la puberté ; nous croyons encore ici rendre un service à l’humanité, ne voulant tenir nul compte de ces cas exceptionnels , en engageant les parents à ne pas trop compter sur les bienfaits de la nature pour amener la solution heureuse de cette maladie , et à se défier toujours , au contraire , d’une telle guérison , lorsqu’elle paraît avoir lieu. En effet, l’expérience a souvent démontré, dans ces cas , que , quoique les croûtes faveuses eussent complètement disparu , que la peau fût devenue saine , on ne devait pas trop tôt se réjouir, mais craindre , au contraire , des accidents graves consécutifs (1). Malheureusement cette crainte n’est que trop fondée, puisqu’on a eu lieu de se convaincre qu’une pareille guérison n’était le plus souvent qu’apparente , temporaire et de mauvais augure , l’ennemi n’ayant quitté le théâtre oü il exerçait ses ravages que pour se cramponner avec plus de fureur sur les organes internes les plus essentiels à la vie, et amener une mort inévitable. Gomme le dit fort

(1) Pierre Frank, Joseph Frank son fils, Alibert et plusieurs autres praticiens recommandables , ont observé , à la suite de la guérison spontanée de la teigne, plusieurs exemples d’hydrothorax, d’inflammation du cerveau , de folie , de diarrhée , d’ophthalmies rebelles , etc.

élégamment M. Mahon : « naguère on célébrait la » délivrance de l'exanthème qui déparait la tête d’un » enfant chéri, et déjà des larmes coulent sur son » tombeau. »

Il nous resterait à parler maintenant de la symptomatologie des autres espèces de teigne , de leur marche, de leur étiologie, du siège respectif de chacune d’elles, de leur diagnostic , de leur pronostic , etc.; mais un tel travail nous mènerait trop loin, et ne doit point , au reste , trouver place dans un opuscule de cette nature.

Nous n’avons seulement , pour terminer notre tâche, qu’à nous entretenir avec quelques détails du traitement du favus en particulier , selon la méthode de Mahon.

Page 1