‹ Teigne faveuseChapitre 5 sur 6 · DES MM, MAHON FRÈRES, RAPPORTÉ PAR M, LE DOCTEUR RAYEE · texte numérisé non relu

DES MM, MAHON FRÈRES, RAPPORTÉ PAR M, LE DOCTEUR RAYEE

De toutes les méthodes ëpilatoires (1) , celle de MM. Mahon frères, chargés du traitement des teigneux dans les hôpitaux de Paris , est sans contredit la plus avantageuse. Elle a évidemment pour résultat de nettoyer la surface du cuir chevelu et de l’entretenir dans la plus grande propreté; de modifier d’une manière très-avantageuse la peau malade; d’opérer sans douleur la chute des cheveux dont les follicules sont enflammés , et d’être suivie d’une guérison constante,

« MM. Mahon commencent par couper les cheveux à deux pouces du cuir chevelu , afin de pouvoir les faire tomber plus facilement avec le peigne; ils détachent ensuite les croûtes avec du saindoux ou à l’aide de cataplasmes de farine de lin ; puis ils lavent la tête avec de l’eau de savon. Ces onctions et ces lotions sont répétées avec soin pendant quatre ou cinq jours , jusqu’à ce que la surface du cuir chevelu soit nettoyée. C’est alors que commence le second temps du traitement, qui a pour but d’obtenir lentement et sans douleur l’avulsion des cheveux sur tous les points où la teigne faveuse s’est développée.

(1) Extrait du grand ouvrage de M. le docteur Rayer, sur les maladies de la peau.

On fait tous les deux jours des onctions avec une pommade épilatoire ( nous y substituons notre pommade èpilatoire n° 1 à la dose de 12 à 10 grammes ) ; ces onctions doivent être continuées plus ou moins longtemps , selon que la maladie est plus ou moins invétérée. Les jours où l’on ne met pas de pommade , on passe à plusieurs reprises un peigne fin dans les cheveux, qui se détachent sans douleur; après quinze jours de ces panse mens , on sème dans les cheveux , une fois par semaine , quelques pincées d’une poudre épilatoire (cette poudre épilatoire n’est autre que notre poudre épilatoire base de la pommade n° 1 ) ; le lendemain , on passe le peigne dans les cheveux sur les points malades , et on y pratique une nouvelle onction avec la pommade ëpilatoire. On continue ainsi pendant un mois ou un mois et demi. On remplace alors la première pommade épilatoire par une seconde faite avec du saindoux et une poudre plus active ( frictions avec notre pommade dite

essentiellement curative n 6 2 , avec laquelle on pratique également tous les jours des onctions sur les points affectés , à la dose de 12 à 16 grammes ) , pendant quinze jours ou un mois , suivant la gravité de la maladie. Après ce terme , on ne fait plus ces onctions que deux fois par semaine, jusqu’à ce que les rougeurs de la peau soient entièrement disparues. Les jours où on ne fait point usage de la pommade , on peigne le malade une ou deux fois , ayant

soin de ne pas trop appuyer le peigne qu’on imprègne de saindoux ou d’huile. »

Dans l’espace de sept ans ( ajoute M . Rayer ) , depuis 1 807 j usqu’à 1813 . il s’est présenté au Bureau central des hôpitaux , à Paris , 908 individus dont 469 du sexe masculin , et 439 du sexe féminin ; toutes ces personnes furent guéries complètement par la méthode Mahon. La durée moyenne du traitement fut , chez les garçons , de cinquante-trois pansements ; chez les filles ou femmes, de cinquante-six. Il a été constaté que , chez tous les teigneux , les cheveux repoussaient constamment sur les points où l’on avait ainsi opéré une alopécie artificielle , lorsque le favus n’avait pas encore détruit les follicules pilifères ; que les poudres

et pommades épiîatoires n altéraient ni le cuir chevelu >

ni aucun autre organe , et les heureux résultats obtenus par cette méthode ont été depuis confirmés par de nombreux et semblables succès.

La méthode de MM. Mahon frères a été encore suivie d’un plein succès chez nombreux malades qui , antérieurement et pendant plus ou moins de temps , avaient été fatigués par d’autres traitements préconisés. C’est ainsi qu’en 1808 ont été guéris complètement huit teigneux qui avaient été traités inutilement par la calotte , dix-huit enfants qui avaient été traités infructueusement à l’hôpital Saint-Louis

par F oxide de manganèse pendant plusieurs années; neuf autres enfants , traités de même à l’Hôpital des Enfants, par le charbon , pendant deux ans; en 1809, deux enfants qui avaient été traités sans succès par la calotte ; en 1811 , huit enfants déjà traités par la calotte ; en 1813, trois individus traités par la poudre de charbon pendant plusieurs mois, et cinq déjà traités à Paris, à Boulogne , à Meaux et à Arvilliers ; en 1824 , un enfant qui avait été traité à l’Hôpital des Enfants , par l’oxide de manganèse , pendant deux mois , et un autre traité par la calotte pendant trois mois ; en 1826 , un individu traité par la calotte aux Dames Saint-Thomas, pendant six ans ; et trois autres traités par le même procédé pendant un an ; un autre, traité à Versailles pendant deux ans ; en 1817 , un teigneux traité au Val-de-Grâce par différentes pommades pendant deux ans , et un second qui avait subi l’opération de la calotte pendant neuf mois. ( Voir, pour plus de précision , les tableaux à la fin du mémoire. )

Nous terminons ici l’exposé des observations relatives aux brillantes cures dues au traitement Mahon , rapportées par le docteur Rayer.

Bien que sûre et efficace dans tous les cas , cette méthode, dont notre objet principal jusqu’à ce moment a été d’en montrer l’excellence sur toutes les autres connues , exige toutefois ( on a dû sans doute le remarquer ) beaucoup de soins minutieux dans le manuel d’opération , et , malgré ce , un temps bien long pour être couronnée d’un plein succès.

Désireux , autant qu’il était au pouvoir de l’art , de contribuer à parer à un tel inconvénient ( durée du traitement) , nous avons dû chercher parmi les nombreux moyens préconisés contre le favus , s’il ne se trouvait pas une substance qui , mariée avec la pommade Mahon , pût triompher aussi sûrement, mais avec plus de rapidité, de cette cruelle maladie.

La suie , dont M. Blaud , dans ces dernières années, et 50 ans avant lui plusieurs médecins recommandables , ont préconisé les avantages incontestables dans les diverses maladies cutanées , et en particulier dans la teigne faveuse, nous a paru remplir l’indication désirée , et depuis quelques années nous avons eu l’idée de l’adjoindre au traitement Mahon , en l’incorporant en des proportions convenables dans la pommade n° 2 de Fauteur , celle que nous nommons volontiers essentiellement curative.

De la combinaison de ces deux traitements, Mahon et Blaud (1) , a résulté une méthode mixte d’une efficacité aussi grande , mais plus prompte dans ses effets, et toujours sans le moindre danger.

(1) Nous préparons également la pommade Mahon n° 2 sans l’addition que nous venons de conseiller.

Plusieurs praticiens recommandables de notre École , après avoir employé d’abord la pommade épilaloire n° 1 de Mahon , ont, d’après nos conseils, fait usage de la pommade curative n° 2 , modifiée par l’addition de la suie, ajoutant par intervalles les lotions sur la tête de cette même substance (1), d’après la méthode de M. le docteur Blaud, de Beaucaire. Ils nous ont assuré que le succès le plus complet et le plus rapide avait , dans tous les cas , couronné leurs essais.

Deux de nos amis , MM. les docteurs Gazel et Rosières, tout en employant les lotions de suie et les deux pommades précitées , préconisent surtout comme auxiliaire très-puissant la décoction de suie à V intérieur , à la dose de quatre cuillerées à soupe le matin dans une tasse de lait sucré. Comme nous avons vu obtenir de ce dernier moyen, et même sans le concours d’autres médicaments , des cures satisfaisantes de diverses maladies cutanées , et du favus en particulier , nous croyons devoir le conseiller comme adjuvant dans le traitement de cette dernière maladie.

En résumé , le véritable traitement Mahon se composera de deux pots pommade et d’un flacon de poudre ; nous avons exposé en son lieu et place leur mode d’application. Maintenant , si , pour abréger la durée du traitement , ce qui n’est pas , sans doute , à dédaigner , lorsque surtout du nouveau moyen préconisé , il ne peut résulter , dans aucun cas, le moindre inconvénient pour le malade, on juge convenable de modifier la méthode Mahon par l’addition de suie , se fondant sur l’heureuse expérience du docteur Blaud et de plusieurs autres praticiens recom-

(1) Suie tamisée 96 grammes ou 3 onces.

Eau 500 grammes ou une livre ; faites bouillir demi-heure :

passez.

mandables, relativement aux avantages de cette substance dans la cure de la teigne , on devra alors l’incorporer à la pommade n° 2 des MM. Mahon , dans les proportions suivantes :

Pommada de Malion ( n° 2 ) 500 grammes, suie tamisée 100 grammes . Aromatisez avec quelques gouttes d’essence de lavande. On devra ajouter , dans le même but , les lotions de suie sur la tête , et la décoction de cette même substance à l’intérieur. ( Suie 96 gram. , eau 500 gram. )

Enfin, si la maladie était devenue constitutionnelle, il sera nécessaire d’y joindre quelques sirops dépurants.

Nous recevrons avec la plus vive reconnaissance les remarques critiques et les observations que les Médecins auront été à même de faire sur le traitement Malion , et qu’ils voudront bien nous communiquer. Nous les remercions d’avance, et nous nous bâterons de les tourner au profit des malades , en les insérant dans une autre édition.

Le prix de chaque pot contenant 500 grammes de pommade est de 3 fr. , la poudre 1 fr.

Les établissements de bienfaisance , les personnes peu fortunées qui nous seront recommandées par MM. les Médecins, Maires, Curés ou Pasteurs , jouiront d’une diminution notable sur le prix. M. Figuier, ne voulant point établir des dépôts , accordera la remise d'usage à MM. les Médecins et Pharmaciens qui lui adresseront des demandes.

Nombre de Teigneux guéris chaque année par la méthode Mahon , depuis 1807 jusqu'à la fin de 1828 , dans les hôpitaux civils de Paris.

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