MATIN
Matin. Pluie d'une aurore mclée.
Je regarde cette pluie rapide. C'est toute ma peau qui la voit.
Par le moyen des nues, le caprice du vent change en deux ou trois minutes la face du champ de la mer. La couleur du soleil et celle de la nuit se mêlent et se succèdent. Une partie de la côte est nette et sombre ; l'autre toute fondue et vaguement écrasée dans l'humide substance de la vue. Douces formes roses indistinctes.
Les mutations rapides font penser à celles d'une âme très impressionnable ; elle sourit encore à une idée, que la dure volonté et la tristesse instantanée sont déjà maîtresses de presque toute elle-même.
Tout ce regard me peint les fluctuations, les invasions et désertions de l'âme par les lumières et les ombres des idées.
La vitesse de ces changements visibles est de l'ordre de grandeur de celle de l'âme. Le mouvement d'un développement musical pourrait suivre celle-ci très exactement.