‹ Télégraphie sans filChapitre 18 sur 47 · LE POINT DE VUE JURIDIQUE · texte numérisé non relu

LE POINT DE VUE JURIDIQUE

» sans fildestinés à l'échange de la correspondance » officielle ou privée... » Tel est l’article 1x du décret des 7-9 l'évrier 4903, qui ne fait qu'appliquer à la nouvelle télégraphie le décret de 1851. L’article 2 ajoute que « des postes destinés à l'échange » des correspondances d'intérêt privé pourront être » établis et exploités par des particuliers après » autorisation donnée pat le ministre... » Les conditions d'établissement et d'exploitation de ces postes, et notamment la redevance à payer, sont fixées par les arrêtés d'autorisation.

» Ces textes sont clairs. Le droit qui est réservé à l'Etat, le droit sur lequel les particuliers ne peuvent pas entreprendre, le droit qu'ils ne peuvent exercer qu'en vertu d’une autorisation et dans les conditions fixées par l'administration, c’est le droit de transmettre des signaux, c’est le droit d'échanger des correspondances. Mais autre chose est transmettre, aulre chose est recevoir. C'est mème toutle contraire. Qu'il me soit interdit d'établir chez moi, à mon usage personnel, un mât de sémaphore pour correspondre avec un voisin de campagne, c’est la loi. Mais cela n'implique pa que je sois déchu du droit d'appliquer mon œil à une lunette pour percevoir les avis que transmet aux navires le sémaphore officiel.

» Ainsi donc, je peux établir chez moi, dans un immeuble dont j'ai la propriété ou la jouissance, des appareils de réception: antennes verticales ou horizontales, cohéreurs Branly, détecteurs électrolytiques ou autres, dispositifs de synlonisation, elc.; je puis régler ma montre sur les signaux de la tour Eiffel, profiter des averlissements d'orages,

intercepter les dépèches diplomatiques ou commerciales (qu’il me sera d’ailleurs impossible de traduire si elles sont rédigées en un langage conventionnel dont je n’ai pes la clé); le tout, sans avoir à demander aucune autorisation administrative, sans avoir: à payer aucune redevance, sans être exposé à recevoir la visite des agents mentionnés par l’article 40 du décret de 4851, sans être passible de prison ni d'amende, sans courir le risque de voir confisquer et détruire mes appareils.

» Cela n’est pas douteux en l’état des textes. Que l'administration fasse voter une loi si elle veut qu'il en soit autrement. Remarquons qu'une loi serait nécessaire, un ‘simple décret ne suffirait pas: le décret de 1851 est un décret-loi, et un décret-loi ne peut être modifié que par une loi. »

Nous avons soumis-à M. Lescœur la copie d’une lettre adressée à des constructeurs parisiens d’appareils de télégraphie sans fil par le directeur de l'exploitation télégraphique, au nom du sous-secrétaire d'Etat des Postes et des Télégraphes, et dont voici le texte : À

MEssIEURS, .

J'ai l'honneur de vous informer, à toutes fins utiles, que, conformément à l'avis exprimé parla Commission interministérielle de la télégraphie sans fil, j'ai décidé que les Compagnies de chemins de fer, les Observatoires, les Instituts météorologiques et, en général, les Compagnies ou établissements assurant un service publie, pourront seuls être autorisés à installer des postes de télégraphie sans fil destinés à recevoir les signaux horaires émis par la station de la tour Eiffel. Agréez, Messieurs, etc.

AE

LE POINT DE VUE JURIDIQUE hi

Cette lettre, nous a répondu M. Lescœur, « n’a absolument aucune valeur. Il n’y a aucun:compte à en tenir. Contre un décret-loi, celui du 27. décembre 1854, qu'est-ce que peut la décision du sous-secrétaire d'Etat? Le monopole de l'Etat n'existe que dans les termes rigoureux de la loi qui l'établit. Le texte fondamental, le seul important, est le décret-loi de 1851. Les décrets subséquents

ne peuvent ni l’abroger ni le moditier. Ils ne

peuvent que l'interpréter eten assurer l'exécution. [ls ne font qu'appliquer à la T. S. F.les règles posées en 1854. En sorte que l’admixistration est sûre de perdre le procès qu’elle intenterait pour installation d'antennes et d'appareils récepteurs. Et:c’est pourquoi élle se contente de menaces et d’intimidation.» Ainsi donc, si l’administration ne poursuit pas ceux qui étâblissent des antennes et des postes de réception, c’ést parce qu’elle n’est pas armée pour les poursuivre. Il lui faudrait une loi interdisant la réception comme la fransmission, et cette loi, qui jusqu'ici n'existe pas, semble bien difficile à établir. Ne serait-il pas d'abord indispensable d’interdire l'accès du Champ de Mars, vù l'intensité du bruit de la transmission permet de lire facilement tous les télégrammes? Et puis, la loi établie, il faudrait pouvoir en assurer l'exécution! Or, rien n’est plus facile que de recevoir les télégrammes de la tour Eiffel sens antenne extérieure. Même loin de Paris, à 250 ou 300 kilomètres, on peut y arriver avec un fil d’un mètre seulement à l’intérieur d’un appartement. Quant au détecteur, il suffit, pour en établir un, de mettre une pointe. métallique au contact d’un morceau de papier

la T. 8. F,

buvard imbibé d'eau salée, de piquer à des profondeurs très inégales deux aiguilles dans une pomme de terre, ou mème, tout simplement, de poser un doigt sur une arêle métallique avec une pression convenable (1).

Mieux vaut donc peut-être laisser faire ce qu'on ne pourrait empêcher...

Bobine d'accord,

L'idéal, avons-nous dit, serait d'établir une antenne équivalente à celle du poste d'émission. Pour la tour Eiffel, dont l’antenne est formée de six fils de 428 mètres et dont la longueur d'onde est de 2200 mètres environ, il faudrait un fil de 330 mètres (le quart de la longueur d’onde) ou plusieurs fils de moindre longueur.

Outre l'avantage de présenter une très grande surface collectrice, une pareille antenne aurait surtout celui de posséder la même période propre d'oscillation que celle de la Tour, de se trouver « en résonance » avec elle, et d’entrer par suite elle-même en vibration avec le maximum d’intensité sous l'influence des ondes reçues.

Cet idéal ne sera en pratique presque jamais alteint, les dispositions locales obligeant à peu près toujours à se contenter d’une antenne de dimensions beaucoup moindres. À défaut de la grande surface collectrice que nous ne pourrons réaliser,

({) On a pu, par ce procédé, entendre à la tour Eiffel les télégrammes de Clifden et de Norddeich, à plus de 1 000 kilomètres (J. BouranGer el G. Fernié, {4 Télégraphie sans fil el les ondes électriques, p. 214.)

BOBINE D'AGCORD 13

il nous sera cependant possible de mettre notre petite antenne exactement en résonance avec celle de la tour Eiffel, de l’ «accorder» avec elle, comme on accorde ensemble deux instruments de musique.

FiG. 10. — BOBINES DE FIL POUR SONNERIES ÉLECTRIQUES UTILISÉES COMME BOBINES D’ACCORD,

Puisqu’elle se trouvera presque sûrement beaucoup trop courte pour vibrer à l'unisson de celle du poste d'émission, nous devrons tout simplement lui « mettre une rallonge ». À notre antenne trop peu développée nous ajouterons, à l’intérieur

T. Fe

Se

même du poste de réception, une longueur de fil suffisante pour obtenir l'accord.

Ce fil, qui pourrait être disposé d’une façon quelconque (en zigzags, par exemple, à distance suffisante des murs), recevra le plus souvent la forme d'une bobine, forme sous laquelle la longueur nécessaire sera beaucoup réduite, à cause de la self-induction beaucoup plus grande dans une bobine que dans un fil rectiligne (la longueur d'onde propre d’une antenne étant proportionnelle au produit de sa capacité par sa self-induction).

On pourra utiliser, par exemple, des bobines de fil de 0,9 mm pour sonneries électriques, telles qu’on les trouve dans le commerce (fig. 10). Avec une antenne à deux fils de 12 à 45 mètres, on se trouvera à peu près à l'accord: en intercalant dans l'antenne deux bobines de 500 grammes (140 mètres environ). L'intensité de la réception augmente très rapidement à mesure qu'on approche de la résonance; elle ne diminue ensuite que plus lentement lorsqu'on ajoute une plus grande longueur de fil. [1 vaut donc mieux en employer un peu trop que

pas assez. On essayera donc si l’adjonction d’une

troisième bobine ou seulement d’une demi-bobine n’améliorerait pas les résultats.

La recherche de l’accord exact sera grandement facilitée en faisant usage d’une bobine à une seule couche de fil dont les spires seront dénudées suivant une génératrice sur laquelle glissera un curseur. Outre qu'on pourra ainsi faire varier progressivement la self-induction et s'arrêter exactement au point convenable, la réception sera un peu meilleure avec une bobine à une seule

BOBINE D'ACCORD 45 Re

couche qu'avec des bobines de fil pour sonneltes-

On trouve dans le commerce des bobines d’accord à des prix variables suivant le soin apporté à leur fabrication, mais il est assez facile d'en construire une soi-même. Il suffit, en effet, d’enrouler une couche de fil isolé sur une petite caisse d'emballage ou mieux sur un tube de carton de 8 à 10 centimètres de diamètre (fig. 11).

Ne pas prendre un cylindre de bois dont le diamètre pourrait varier légèrement sous l'influence

ns

F1G. 11. — BOBINE D’ACCORD A UNE SEULE COUCHE AVEC CURSEUR (COUPE LONGITUDINALE).

de l'humidité ou de la sécheresse. Au bout d'un certain temps, les spires arriveraient à chevaucher les unes sur les autres et le bobinage serait à refaire. Si l'on veut employer du bois, il faudra le choisir de section carrée ou rectangulaire (comme la caisse d'emballage) pour que le jeu minime que chaque spire pourra prendre ne puisse se transmettre à ses voisines.

Le tube de carton sera renforcé à ses extrémités, et au besoin en son milieu, par des disques de bois. On enroulera sur lui 400 à 150 mètres de fil

ans tsemeet

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