Témoignage d'un royaliste
On a vu se développer les mallieurs de la France ; et depuis les premiers jours de ce qu'on appelle la Révolution, les pères de famille sages, de toutes les conditions, en ont toujours détesté les excès. Pour calmer l'horreur que causoient, aux yeux des hommes modérés , les crimes qu'ils voyoient commettre , les chefs du mouvement avoient recours à des espèces de spectres de vertu, à des perspectives de hiens chimériques dont le sentiment réside dans des cœurs honnêtes; ces chefs cherchoient sans cesse a persuader que le désordre tendoit à sa fm. ((Tout est tranquille )), écrivoit-on de Paris en province. De temps en temps le Monarcpie étoit produit en scène, afin de faire croire
que son autorité se niaintenoit, et le vœu du royaliste, le cri de : J^ive le Roi ! se niéloit à celui de : J^i\>e la Nation ! dont l'expression d'ailleurs, quand elle n'appelle pas la sédition , est si digne de respect. Il seroit impossible de citer une seule de ces convulsions, produites par les factieux, sans que l'indignation du peuple se soit manifestée. Qui ne se souvient pas de l'effroi de toute la contrée, à l'époque des forfaits des 5 et 6 octobre 4 789? Qui de nous a oublié la pétition signée par vingt mille liabitans de Paris , dans les journées qui suivirent celle du 20 juin 1792? Qui n'a pas partagé la stupeur que causa l'attentat du 1 0 août , et le deuil que le 24 janvier répandit? La population entière de la Vendée se précipitant sur la moit, n'exprime-t-elle pas assez l'attacbement des Français à leur Roi? Mais, des l'origine des troubles.
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les pères de lamille dispersés s'iiidignoieut isolément des progrès de la perversité. Ils portoient les yeux vers le Prince dont ils attendoient un heureux acte d'autorité qui fît cesser le fléau; ils élevoient même leurs vœux jusqu'au ciel, et sembloient demander un prodige. Rien ne put décider le Roi à tirer l'épée de vengeance :
l'horreur de la guerre civile le détermina a tous les sacrifices, et les fauteurs du désordre, marchant audacieusement à leur but, s'emparèrent des moyens du pouvoir, portèrent la dissolution dans l'armée, exterminèrent ce qui s'opposoit à leur triomphe, et frappèrent de terreur les hommes loibles. C'est ainsi qu'une minorité qui eût été effrayée de son petit nombre, si elle s'étoit reconnue a cœur découvert au milieu du peuple Français , parvint a exercer sa tyrannie sanglante.
Je puis donc le proclamer avec vérité : Oui Français, bons Français, vous tous qui chérissez un père, une mère; vous qui vous réjouissez de voir l'attrait pour la vertu se développer en vos enfans ; vous qui aimez la France, sa gloire, la religion pure qui a lait la consolation de vos aïeux, vous n'avez jamais cessé d'être royalistes. Depuis les premières années de la terrible épreuve à laquelle il a fallu vous soumettre, vous avez toujours espéré des jours meilleurs , et votre allégresse a été éclatante, lorsque les petits-fds de saint Louis vous ont été rendus. Ainsi nous ne sommes pas d'une caste étrangère, nous qui survivons, et que des circonstances particulières ont pu rendre plus actifs dans l'opposition à des faits qui vous ont causé autant d'horreur qu'à nous-mêmes. Mais en nous réconciliant loyalemeul avec ceux de nos
adversaires qui ont redressé leurs voies, notre résistance est demeurée forte comme la mort, contre les principes pernicieux, sources des actions coupables ; et pour cela nous ne sommes pas , je le dis encore , une caste séparée de vous , nous ne sommes pas la portion la moins pure de votre
sang.
Je vais écrire sincèrement ce dont j'ai été témoin, d'après les impressions que j'en ai reçues.
Une fatale expérience m'apprend, tous les jours, que les compagnons dont j'ai partagé les fatigues dans les guerres déplorables amenées par la Révolution , n'existent plus qu'en très-petit nombre. Si j'avois trouvé dans mon plan , l'occasion de parler des glorieuses entreprises de la guerre précédente , où les Français n'avoient qu'un drapeau et qu'un seul esprit, j'aurois pu rappeler mes ser-
vices de ces temps de concorde et de vraie nationalité, sans dissensions et sans querelles : j'aurois pu dire que, volontaire d'honneur à bord du vaisseau du Roi, le Diadème, sous les ordres du commandeur de Dampierre, en novembre \ 778, j'ai assisté d'abord à la prise de la Grenade, et au combat naval devant cette île, contre Byron , où le Diadème a été un des vaisseaux les plus engagés, puisqu'il a perdu trente-deux hommes et qu'il a eu quatre-vingt-deux blessés. Il ne m'appartient pas de publier quels témoignages j'ai reçus de la satisfaction de mes chefs, qui, bien que je n'eusse alors que seize ans, et que je ne fusse que volontaire d'honneur, me firent comprendre comme lieutenant de flûte , dans un échange après l'occupation de Charlestown, où j'avois été fait prisonnier par le général Clinton : tous les camarades.