BEADON. UNE FRANÇAISE, URSULE AMIEL, ÉPOUSE
l'auteur et ASSURE LE BONHEUR DE SA VIE.
MORT DE m"« CAZOTTE , DEVENUE M™' DE PLAS.
CONCLUSIONS DE l'aUTEUR, QUI EST ENTRÉ DANS SON .SEIZIÈME LUSTRE.
Ma jeunesse est restée près des tombeaux de mes amis ; elle se dérobe à ma vue, comme la terre échappe à l'horizon , aux yeux du
matelot qu'Hun léger navire emporte : avec ma jeunesse se sont séparées de moi les illusions, les perspectives de gloire, tous ces désirs qui ne nous donnent pas la chose réelle que nous recherchons. Mais une confiance céleste, unie à Fespérance, s^est trouvée sur ma route ; et à mesure que j''avance, au lieu d"'effleurer la terre de leur vol comme les séduisantes compagnes de mes jeunes années, ces guides infaillibles m^élèvent dans la moyenne région, et me laissent découvrir le sommet des montagnes où toutes les pertes de rhomme sont réparées, et où il cesse de verser des larmes.
Que devenoient, pendant les cruelles exécutions de Vannes et d^Auray, les fugitifs que les barques anglaises avoient sauvés de la côte ? Ils éloient sur les vaisseaux de ofuerre et sur les navires de la rade, ou sur les deux petites îles sablonneuses de Houat et de Hédic , entassés, privés de toutes les douceurs de la vie , plongés dans la tris-
tesse. Mais la main qui m'a soutenu ne m'abandonnoitpas; elle avoit placé le cousingermain de mon ami Beadon , John Buller, premier lieutenant à bord du vaisseau de soixante-quatre, le Standard, mouillé entre Quiberon et Belle-Isle. Buller vint me chercher dans le rassemblement confus dont je faisois partie , m'établit à son bord, et me procura ce qui m^étoit nécessaire après la nouvelle perte de tout équipement. Près de lui, je cherchai naturellement à me distraire par ce qui étoit digne de mon attention , et j'admirai et la discipline qui fait la force de la marine anglaise, et la propreté qui, en maintenant la santé des équipages, permet de s'habituer à passer sa vie sur les flots. Le Standard jeta successivement l'ancre dans les rades de Houat et de Hédic, ces deux petites îles où l'on aperçoit à peine un arbuste, et où se trouve cependant une peu- ])lade de pêcheurs qui vivent du |)n)duit de leurs filets. De là nous allâmes à la baie de
Noirmoutier , et nous mouillâmes enfin à nie-Dieu.
Peu de jours après le désastre de Quiberon , une nouvelle flotte étoit arrivée dans cette baie , portant le comte d"* Artois à la tête d^une réunion d'émigrés et de quatre régimens anglais sous les ordres du général Doyle. Comment un tel moment avoit-il été choisi pour faire paroître un Bourbon sur cette côte ? Notre malheureuse entreprise n'avoit-elle pas mis en mouvement tous les ressorts de la puissance républicaine ? En vain fit-on reconnoître les difterens points où Ton avoit pu se promettre des chances de succès pour un débarquement : dans tous ces lieux le rivage étoit hérissé de défenseurs, et Tentreprise se réduisit à la prise de possession de Tlle-Dieu , où Son Altesse Royale mit pied à terre. Je dus y joindre les officiers du génie qui avoientété assez heureux pour sortir de Quiberon , et dont le plus ancien étoit le chevalier d'Ivory,
Pendant mon séjour dans cette île , j'eus deux fois l'honneur de dîner chez le général Doyle, avec le frère du monarque infortuné dont j'*avois connu les vertus et le malheur. Qui a vu le comte d"'Artois, et n'a pas admiré la noblesse , la bonté , Tamabilité de ce Prince, idole de ceux qui Fapprochoient, seigneur des fleurs de lis, dans toute la beauté de leur caractère. (Mes enfans devront se souvenir que c'est de sa propre main que j'ai reçu l'accolade de chevalier.) La première fois que je l'ai rencontré , le comte d'Escars me nomma, et Monseigneur me parla , avec la plus grande bonté, de mon père, et de la barbarie avec laquelle il avoil été traité : il s'informa de ma situation , et parut satisfait de ce que j'avois obtenu un grade. Dans les circonstances où l'on se trouvoità nie-Dieu, il n'y avoit aucune entreprise à former : les coups de vent de l'hiver fjitiûuoient l'escadre mouillée dans la rade ouverte de cette île, et, vers la fin de novem-
bre , Texpédition retourna en Angleterre. L^hospitalité de la famille Beadon m""}^ attendoit : mais, je dois le dire, je n^étois pas hem-eux, ou, pour parler plus exactement, mon ame n'étoit plus en paix. Le bonheur est Fapanage du ciel : la paix de Famé est Tombre qui en a été détachée pour les passagers de la terre. <( Je vous donne » ma paix , je vous laisse ma paix » , a-t-il été dit. Cette paix , indépendante de toute condition, de toute situation, jeTavois perdue; on verra plus tard comment. Je cherchois de temps en temps, à Stoneliam , des adoucissemens à ma peine indéfinissable; j'en cherchois près de Lalandelle, seul représentant pour moi, comme je Fétois pour lui , du cercle entier de nos valeureux amis de Furnes. Lalandelle avoit peine à me reconnoître. Enhn, si le retour de ma tranquillité avoit pu venir du dehors , c'eût été dans une famille dont j^ivois fait connoissance à Southampton, que j'aurois retrouvé
la paix. Jamais, en aucun pays, il n'y eut homme qui inspirât plus de respect, plus d'affection que le docteur Mackie : c'étoit la vertu vivante j aussi , comme il étoit aimé chez, lui ! A son foyer, je rencontrois les soins de Famitié, les attentions les plus délicates, les caresses ingénues des enfans, des enfans les plus aimables : les consolations sortoient pour moi du cœur et de Fesprit de madame Mackie, à qui j'avois confié mes peines.
Quittons pour le moment ce sujet dont nous reparlerons, et tachons de nous reporter au mouvement du monde.
Avant d'entrer dans les détails que j'ai développés, j'avois laissé, à la fin de 1793, les armées françaises hères de la gloire que donne la victoire. Le duc d'York et le prince de Cobourg redoublèrent vainement d'efforts à l'entrée de la campagne de 1 794 ; ils s'emparèrent d'abord du Quesnoy et de Landrecies : la route de Paris leur étoit ouverte une seconde fois ; une seconde fois ils
s'en détournèrent, et laissèrent au Comité de salut public le temps dWmer et de pousser sur eux toute la population . Pendant plusieurs mois, les courriers du duc ne cessoient d'annoncer des avantages, mais, peu de jours après, l'affaire vantée comme un succès, on avoit une nouvelle armée devant soi. Enfin la victoire parut se plaire à la cause qu'elle avoit embrassée ; la ligne anglaise fut forcée près de Courtrai, la ligne autrichienne à Fleurus, et les Pays-Bas se trouvèrent de nouveau envahis, Landrecies, le Quesnoy, Valenciennes et Condé retombèrent, comme des châteaux de cartes, au pouvoir des Français : le climat même se mit à leur service : Picliegru conquit la Hollande, en courant sur les bras de mer glacés, sans rencontrer d'opposition de la part des habitans ; et Ton eut le spectacle que l'on auroit pu croire impossible , d'une escadre de vaisseaux de guerre amarinée pardes troupes de cavalerie légère. Le roi de Prusse voyant les armées
françaises près des frontières de la Westphalie, se décida à la paix. ( 5 avril 1795.) Du côté de FEspagne, Don Ricardos étoit mort de maladie. Le duc de la Union, qui Favoit remplacé , fut tué dans la sanglante bataille de Figuières^ qui coûta également la vie au général républicain Dugommier, écrasé par un obus, au moment où la victoire se déclaroit pour lui. Le succès le plus éclatant demeura au général Pérignon ; et les places frontières lui ayant ouvert leurs portes, dans la terreur panique qui frappa les garnisons, le roi d^Espagne, tremblant sur son trône, suivit l'exemple du Roi de Prusse. On accorda au roi Charles, avec la paix, quelques avantages, mais à condition qu'il uniroit ses forces à celles de la république contre la Grande-Bretagne. (22 juillet 1795.) Ce fut à peu près dans ces temps que Bonaparte se levant en Italie, commença la carrière qui a jeté dans Fombre tous les hauts faits militaires de Fhistoire moderne.
Devenu entreprenant par d'*aussi imposans résultats, le gouvernement Français résolut de détacher le Portugal de son alliance avec TAngleterre : il fit agir à cet effet le cabinet Espagnol; les menaces succédèrent aux tentatives infructueuses, et le prince du Brésil réclama du gouvernement Britannique les troupes auxiliaires que les traités lui garantissoient. Loyal-Emigrant, les régimens de Castries et de Morlemart, le corps dVirtillerie de Rotalier, celui du génie, furent compris dans les forces que TAngleterre destinoit à remplir cet engagement. Il s'étoit fait une promotion où j\ivois été nommé capitaine. Une flotte nous eut bientôt transportés à rentrée du Tage , et nous jetâmes Tancre dans ce beau fleuve d^où sortirent Vasco de Gama et Albuquerque, pour frayer aux Européens la route des découvertes, et donner le premier mouvement au commerce général du monde. Ces glorieux souvenirs, le lit majestueux du fleuve, f amphithéâtre étendu
et entrecoupé de collines, qui embellit le site de la ville, Tidée du tremblement de terre qui Fa renversée, firent sur nos âmes, aux approches de Lisbonne , une impression solennelle. INotre armée y débarqua, sans qvC'û fût pour elle question de combats ; les corps furent distribués dans des casernes commodes et spacieuses , et coopérant par notre seule présence à la sûreté du pays, nous nVûmes à nous occuper qu'à le visiter, à observer les moeurs des habitans, et à remplir, chacun suivant nos goûts , les différentes heures de nos journées.
Je me revoyois avec le régiment Loyal- Emigrant : mais , des soixante-neuf personnes qui formoient en Belgique la compagnie de chasseurs, trois seulement s'y trouvoient encore, Lalandelle et Fa vas, officiers, et Dumesnil-Adelet, sergent. Vingtcinq étoient dispersés ; la maladie en a voit dévoré trois, et la guerre, les vingt-sept autres. Ces jeunes gens si bons et si braves,
une heure cruelle les avoit enlevés , un peu de terre les couvre. Avec Lalandelle vivoit, pour ainsi dire du même souffle, le chevalier de Valon d^Ambrugeac, comme lui, lieutenant de chasseurs, venu au régiment depuis sa formation , et sur qui mon jeune ami avoit reporté les sentimens dont les objets avoient disparu. J"'embrassai Valon de la même amitié que Lalandelle. Mais afin quMl ne nous manquât aucune espèce de douleur, ne Favons-nous pas vu tomber aussi sous le ciel de Lisbonne : lui , si digne d'immortaliser un autre dixième régiment de ligne ! (Il étoit frère de Tancien colonel de ce régiment.) Et nous Pavons vu tomber sous les coups les plus affreux , frappé en duel par un homme malheureux. Le dernier éclair de la vie a fui de sa paupière glacée, dans les bras mêmes de Lalandelle. Lavaur nous étoit revenu, Lavaur que nous avions laissé à Furnes, portant, avçc cinq autres grenadiers, son camarade Bigno-
pré, mortellement blessé. Lavaiirétoit blond et très-grand , comme un naturel de Tantique Germanie : les Hessois renfermés avec lui le couvrirent d'un de leurs équipemens, et il passa pour un d"'eux : il resta deux ans prisonnier en France sans être trahi , fut échangé à la paix prussienne, et rejoignit, en qualité d"'officier, le régiment Loyal- Emigrant, au moment du départ pour le Portugal : ses belles manières lui avoient valu dans ce pays Fhonneur d'hêtre le chevalier de mademoiselle Pinto, la fille si spirituelle du ministre en pouvoir.
Un pas en arrière en faveur de Lavaur,
m'entraîne à une digression, et la sympathie que j"'ai toujours éprouvée, comme un enfant de la France (titre que je n^ù jamais oublié), pour toutes les gloires que les Français ont recueillies dans tous les camps, me permet d'espérer que ceux qui me liront sentiront battre leur cœur au récit d'une action lovalement suscitée par le noble vieillard lia-
novrien à qui appnrtenoitle commandement.
En mai 1794? Pichegiuet Jourdan exéculoient les manœuvres qui se terminèrent par la bataille de Fleurus : la petite ville de Menin avoitété fortifiée, comme un des boulevarts de la Flandre occidentale, et le duc dTork en avoit confié la défense au général Hammerstein , avec douze cents Hanovriens et les quatre compagnies de Loyal-Emigrant que nous avons vues à Furnes. Lorsque Clairfayt eut foibli près de Courtrai, Menin fut enveloppé par les troupes républicaines, et la place étant réduite à Textrémité, une capitulation dut être proposée. H y étoit naturellement question d^émigrés , et la présence de Saint-Just à Tarmée , la toutepuissance de Robespierre, alors à son zénith, ne permettoient aux généraux Français aucune concession . Hammerstein, vieux militaire à cheveux blancs, sans peur et sans reproche, ordonna au major émigré de Bonnevin de se préparer à conduire la tête de la
sortie générale pendant robscuritc de la nui t . Le secret fut gardé : à minuit les troupes étoient prêtes ; on se mit en marche en silence. Les premiers postes français furent surpris, et Ton avança avec courage : le bruit des bataillons qui cherchoient à se former dans les ténèbres, servoit de direction au major Bonnevin : il est au milieu des ennemis ; la nécessité du salut a doublé les forces, les volontaires frappent avant d'avoir été vus. D'Espagne est encore là, devant moi , m'exprimant fhorreur d'un tel moment. La ligne républicaine fut culbutée , Hammerstein suivit la route sans perdre de temps ; les postes ennemis étoient entraînés par les fuyards. Enfin , à la pointe du jour, on arriva à un canal dont le passage étoit défendu par un petit corps de troupes : c'étoit là le point difficile ; c'est là que Bonnevin et beaucoup de volontaires succombèrent : mais le poste républicain fut vaincu, et Hammerstein et sa garnison se trouvèrent
libres et sauves , ramenant leurs pièces de campagne, trois canonsennemis, un général et nombre de prisonniers.
Avant de reprendre mon récit, tandis que je suis encore avec vous, chers amis, au milieu desquels je vivois à Lisbonne, je m\arrêterai une dernière fois pour finir de vous offrir une guirlande, et que ne puis-je la tresser d'*immortelles ! A vous Lenequesaing, Suasse, Fulaines, du génie ; à vous La Tullaye , Labothelière , Maigret , Gaudrion , d^Aimerique, de Rotalier; à vous, excellens frères Desmazis, modèles d"*union et de sagesse, les meilleurs camarades qui aient jamais existé; à toi Duvaiseau, qui fus, comme les Desmazis, camarade de Tempereur Napoléon , à toi , qui , comme un Ange, ne penses qu''à Dieu , toi qui , des dangers de farmée de Condé , accourus à Quiberon , qui dédaignas le pain de Portugal, pour rechercher les travaux de finfortune près de Frotté et de Bourmont, et qui passas si sage-
ment tes derniers jours dans la retraite , lorsqu'*il n^ avoit plus que des honneurs autour du trône.
A vous, comte de Chastenet-Puységur, qui m^aviez accordé un attachement fraternel , partagé par la compagne de votre vie , par votre frère , si parfaitement votre frère , le comte Maxime , et par la comtesse Adélaïde de Forget qui n'avoit plus d\iutre foyer que le vôtre ; à vous qu'une mort prématurée a ravi, qu'un esprit juste, un cœur droit et une profonde instruction avoient si solidement établi dans la seconde ignorance de Socrate et de Pascal. Les momens heureux dont votre amitié m'a fait jouir se sont écoulés dans une délicieuse paix au milieu de la perturbation de l'Europe ; peu de paroles les expriment ici , mais le sentiment en est puisé dans votre ame et doit être précieux comme elle !
A vous enfin, vénérable abbesse de Wimpfen ( nom de famille) et vous sa nièce vive
et gentilie, Henriette de Dieffentluiler, auionrd''hui baronne de Vogelsang, dont le père, lieutenant-colonel du régiment de RoU, avoitpéri dans un naufrage, et qui suiviez la fortune d'un régiment comme la jeune fille , votre amie , que Ton verra paroître dans ce récit. Ma guirlande est tressée, offerte par la plus sincère affection, et de même que la bergère qui n^a pu faire entrer dans celle dont elle pare son autel toutes les fleurs qui sourient à ses yeux , de même je n"'ai pu y placer tous les noms chers à mon cœur.
Il est bien temps , je crois , de revenir à Lisbonne. Cette ville célèbre, à notre arrivée, n'offroit presque plus de traces du tremblement de terre qui Ta bouleversée. Une nouvelle ville s'est élevée sur les ruines de Tancienne ; on y voit de très-belles églises , ses principales rues sont magnifiques , mais la propreté n'en est rien moins que remarquable. De notre temps l'usage des ré-
verbères niwoit pas été encore introduit, et la police de nuit étoit faite p.ir des chiens nombreux , n\ippartenant à personne , affectés à chaque quartier et ne passant pas de fun dans fautre , et qui poursuivoient en aboyant tout étranger circulant dans les ténèbres. Les habitans du pays étoient alors peu accessibles aux étrangers, et presque isolés eux-mêmes les uns des autres ; chaque famille y vivoit à part , à la manière des Maures, qui ont été long- temps maîtres du pays. Les nobles et les riches y avoient une nombreuse domesticité de Fun et de fautre sexe , et c^est au milieu d'elle qu"*ils végétoient sans émulation , sans lecture ; ils perdoient ainsi ce que la nature et le climat ont fait en leur faveur, car on ne rencontre nulle part dVnfans à physionomie plus vive et plus spirituelle. Mais la jeunesse n''a pas plutôt éveillé leurs sens sous le beau ciel qui les couvre, qu^ils s^abandonnent à leurs jouissances, et laissent les facultés de Tesprit
sVngourdir. Il y avoit sans doute nombre d'exceptions , je Pai moi-même reconnu , et les Portugais ont montré dans les siècles passés de quelle énergie ils étoient susceptibles : Le comte Henri de Bourgoone , fondateur de la monarchie , eut plusieurs grands hommes parmi ses successeurs; le bâtard Jean , grand maître d'*Avis , qui mérita de régner, fut un héros , et sa postérité lui ressembla ; Famour du Prince , sentiment qui lie entr'eux les sujets du Portugal , s'éleva sous ces grands rois jusqu'à l'héroïsme ; et dans le cours d'un siècle, l'empire de ce peuple peu nombreux, s'étendit du cap Espichel aux mers du Japon. Nulle part l'histoire moderne n'offre alors d'aussi énergiques caractères que ceux des chefs portugais. Qui peut-on mettre au-dessus de Vasco de Gama, d'Albuquerque et de Jean de Castro? Camoëns, Barros et Freire de Andrada étoient aussi les meilleurs écrivains de l'Europe; mais l'héroïsme porté à l'excès
par le roi dom Sébastien a fini par causer la chute du peuple quMl avoit élevé si haut : soumis pour ainsi-dire à Tesclavage pendant soixante ans sous la domination espagnole depuis la fin tragique de ce prince, gouverné ensuite par la foible famille de Bragance après la plus honorable révolution, espèce de résurrection momentanée de son ancien esprit, le Portugal , dont la jîopulation s''est fondue dans Timmense territoire du Brésil ne nous offroit plus que des souvenirs.
Un aqueduc , ouvrage digne des anciens Romains , porte à Lisbonne en abondance une eau salubre et limpide. Elle sVlance au-dessus de plusieurs vallées , à Taide des arches qui le supportent : une de ces arches s'élève à deux cent vingt pieds. Mais ce qu(^ j'ai trouvé de plus remarquable dans les environs, c'est la féerie de Cintra. Vers l'extrémité occidentale de l'Europe, et d'un cap connu des navigateurs sous l(> nom de cap
da lloca, s'étendent, à plusieurs lieues dans les terres, des rochers entassés en hautes montagnes, où il semble que le Créateur ait laissé la terre imparfaite. Tout à coup, sur la pente nord de ces montagnes , au sommet de mamelons fertiles, au sein de ravines adoucies, parmi les sources , les orangers et les arbres de toute espèce , dans un air pur et embaumé, on voit surgir les habitations de Cintra, avec un palais royal à leur centre. L'œil découvre en même temps sur deux pitons escarpés , les ruines d'un fort qui fut le dernier refuge des Maures en ce pays. La curiosité donne des ailes pour y parvenir, et Ton trouve Tintervalle , qui sépare les deux sommets, enfermé dans une enceinte qui subsiste encore presque en entier.
Là, sont des restes de bàtimens et une vaste citerne remplie de Teau la plus limpide , et qui n'auroit presque pas besoin de réparation : là, le vent siffle et agite la tige de la fleur sauvage : rarement quelques brebis se-
parées du troupeau, plus rarement encore un voyageur, troublent la solitude de ces lieux, qui retracent le règne des Arabes conquérans de TEspagne, quand leur race entière alloit disparoître. «Les villes meurent, les » royaumes meurent , le sable et Therbe en M couvrent les pompes et les fastes. »
De Tun des tombeaux de Tempire d^Abdalrahman, passons à celui de Jean de Castro , Tun des premiers vice-rois de Plnde, Quel sentiment on éprouve à s'égarer dans les jardins dont il a lui-même planté les arbres ! Ces pins magnifiques semblent participer de la grandeur de Thomme qui les a soianés : ils élèvent aux nues leurs cimes majestueuses. Arbres plantés par domjuan, vous passerez comme lui , quoique plus lentement. N'en vois-je point que la hache a frappés? Qui que vous soyez qui possédez (;e jardin , vous devriez laisser au temps seul la lâche de les détruire : jusque là leur ombre rappelle à vos compatriotes les grands
hoiiimes que le Portugal a produits. Le laurier se plaît dans ce lieu qui réunit les beautés d^une forêt sauvage aux perspectives que Tart a ménagées : mais nous arrivons au tombeau du héros. Situé sur une élévation , le coup d'œil en est étendu, magnifique, et se perd dans TOcéan : en portant de là sa pensée sur la mort, on la voit dominer toutes les richesses de la nature. D^ailleurs la tombe de dom Juan n^i d\'iutres ornemens qu^une chapelle qu^il avoit dédiée à la sainte Vierge au retour d'un de ses voyages, un liège dont la tête couronnée porte Tempreinte de la plus grande vieillesse, quelques rochers bizarres du pays, et un banc taillé dans la pierre, où la réflexion vous attache. Plus loin que Tantique demeure du célèbre vice-roi de Tlnde, se trouve un monastère où résident quelques Religieux dont les cellules sont des cavernes rendues habitables par beaucoup de soins. On y a sans doute renoncé aux vanités du inonde, et la
prière doit être Thabitude de ces solitaires. Le reste des habitations de Cintra u\\ de remarquable que Tabondance et la limpidité des eaux , la diversité du feuillage et des fleurs, et celle des vues lointaines. On y rencontre à Tombre, dVspace en espace, des jeunes filles , une jeune et jolie femme aux yeux noirs et pleins de vivacité, avec ses enfans autour d^elle. En ces lieux, celui qui trace ce témoignage jetoit alors un regard j laissoit échapper un soupir, et sentoit chanceler ses pas , non sans souhaiter au groupe dont il s'éloignoit , la vertu et le bonheur , car son cœur, vivement blessé par de grandes infortunes, a voit un instant trouvé des charmes à la vie, sous le tableau qu''il venoit d''entrevoir, et, aux jours où il parcouroit ce site favorisé du ciel, le fantôme de félicité que ce monde peut donner avoit fui devant lui , après Ta voir presque enivré. En entrant dans la petite ville, il est naturel dédier au palais, édifice antique où
les princes actuels ne résident jamais, il renferme une chambre qui servit de prison , pendant de longues années, au malheureux Alphonse VI , fils du fortuné duc de Bragance, qu'une révolution fit roi de Portugal. Cette chambre ne reçoit le jour que d'une fenêtre placée dans un de ses angles : et le long du mur le plus éloigné de la lumière , le pavé est profondément usé par les pas multipliés de ce prince, qui fut taxé d'impuissance et d'imbécillité, et dont le frère s'appropria l'épouse et la couronne. Que les trônes ont vu de douleurs I
C'étoit sir Charles Stuart, très-noble Ecossais, frère de lord Bute, qui commandoit à Lisbonne l'armée auxiliaire : digne de son nom par la distinction de sa personne et de ses manières, sir Charles donna le plus grand soin à son armée ; il lui procura une ration abondante pour une retenue modique, et il réussit à établir la plus
exacte discipline : mais, vivant en famille au milieu de son état-major, il n''y invitoit que rarement les émigrés. Ses compatriotes Vimitèrent, et les officiers Anglais et Français vécurent séparés ; ce qui n^est que trop naturel. Humeurs, goûts, esprit et coutumes, tout entr'*eux est d'un si grand contraste! Les uns et les autres sont instruits, polis par Téducation , mais d^une politesse opposée. Le Français est tout empressement, prévenances ; PAngiais se glorifie de sa retenue, de son peu de démonstrations : le premier, vif, et gai par nature, se plait à rire au milieu des sujets les plus graves; le second, ilegmatique et porté à la mélancolie , mêle la réflexion aux occupations les plus légères : rien ne plaît tant à Tun que le changement, il lui faut une variété continuelle ; cVst un tourment pour Tautre que de voir rompre funiformité de sa vie : à la ville, à la campagne, partout il porte les mêmes usages. Le sujet de la Grande-Bretagne, lier de la
prospérité de sa patrie, jouissoit de Topulence qui en est la suite ; Témigré , arraché de la France , gémissant du fléau qui la bouleversoit , avoit vu ravir ses richesses. Etoit-il une jouissance qu''ils pussent partager, à moins que la céleste amitié et les douces sympathies qui la font naître n^eussent fait disparoître ces discordances morales produites par le climat , les coutumes et la situation ? L*'union se resserre alors par les contrastes mêmes , comme je Pai éprouvé avec John et Frédéric Beadon , avec leur respectable père, avec le docteur Mackie, avec MM. Barnard, Norman, et les deux Wilder ( devenus doublement beaux-frères des Beadon , par le mariage de Faîne avec Harriet Beadon , et d^une de leurs sœurs avec Frédéric), avec tous ces hommes de Tàge d^or, à la constante amitié desquels je regrette de ne pas témoigner ma reconnoissance par plus de détails.
Le corps du génie fut employé à recon-
noître le pays jusqu'aux frontières d'Espagne, et à lever la carte des rives du Tage et des contrées adjacentes. Mais dans le mois de juillet 1797, le général Stuart se décida à faire des économies; il réforma des officiers de différens corps, et je fus du nombre de ceux du génie que cette réduction atteignit. Sir Charles découvrit quelque temps après que je n'avois pas usurpé la qualité d'ingénieur, et que mon grade étoit le prix d'une action devant l'ennemi : une place vint à vaquer dans le régiment d'artillerie de Rotalier, et il eut la bonté de m'y nommer.
Notre destinée se développe d'une manière incompréhensible; mais, en la considérant en esprit , nous en pouvons presque entrevoir l'ineffable direction. Bien peu de coeurs se sont portés d'un seul bond vers l'Eternel: on a pu me voir, dans ces feuilles, en quelque sorte voué à le servir ; cependant je n'avoispas renoncé à tout attrait pour ce
inonde , j'y voyois des objets que je croyois susceptibles de donner des satisfactions pures : j''étois destiné à laisser une postérité sur la terre, et Tinstinct de cette destination entretenoit dans mon ame Tidée d^un bonheur possible avec une femme qui réunît les qualités du cœur aux formes auxquelles notre nature est sensible. Ce côté foible de mon être m^avoit exposé à une vive épreuve, et, comme je Pai fait entrevoir, j''avois perdu , dans les douceurs de Fhospitalité, cette paix qui ne m"*avoit pas abandonné dans les rigueurs de la guerre. ACarisbrook, je voyois souvent une jeune et jolie femme, dont les deux enfans en bas âge se plaisoient à jouer sur mes genoux : mon coeur sVtoit amolli à ridée du bonheur du père de ces enfans. AStoneham, je rencontrai parmi les amis des sœurs de John Beadon , la plus séduisante des mortelles. Sa demeure étoit située à un mille du presbytère, sur une pelouse couverte de gazon où de beaux arbres je-
toient çà et là leur ombrage : un ruisseau serpentoit autour de ce site charmant. Souvent le père de Marie mMnvitoit , et elle me prioit de lui parler des vertus de Louis XV^I et de sa famille, de ses malheurs, des vertus et des malheurs de mes parens. Elle me demandoit comment jWois fait pour mériter Tattention de mes augustes maîtres , comment j^avois plusieurs fois échappé à la plus cruelle des morts ; elle me demandoit déjà rhistoire que je viens d'écrire. Son œil se remplissoit de terreur, lorsque j'exprimois mes dangers, une larme y brilloit lorsque je peignois mes joies.
Marie étoit la rose en bouton , mais en bouton qui s'ouvre ; sa taille avoit ce léger embonpoint qui donne la grâce, et les délices de la nature sembloient jouer autour de sa ceinture : Tazur de ses yeux étoit un peu plus foncé que celui du ciel , et dans leur beauté on découvroit le germe des profondes pensées : sa bouche «aux lèvres de
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corail respiroit un souffle d^unour; et ses cheveux d^un brun-clair laissoient apercevoir le reflet que Ton admire au printemps sur la feuille nouvelle, lorsque le soleil dore sa surface, en s^élevant sur Thorizon. Les filles du patriarche , le patriarche lui-même me parloient de Tintérêt que j"'avois inspiré à la jolie voisine. Je répondois que je n''étois plus assez jeune, j^ndiquois d\m geste ma surdité, qui n'^étoit pas ce qu^elle est devenue : (on sait que cette infirmité augmente progressivement) : j*'objectois Tabsence de toute fortune , ma situation d^étranger. Ces paroles étoient redites, et Marie se plut à faire renaître en moi Tespérance. Quel cœur eût échappé ?
Dirai-je comment , bouillant du désir de me livrer , et cherchant d^un autre côté à résister, un jour que je me promenois rêveur dans le salon , où Harriet Beadon touchoit du piano, Marie sVvança vivement à ma rencontre , et m'arrêta en me
disant : « Ecoutez quatre vers d^un de vos poètes ; vous leur donnerez le sens que vous voudrez :
Il est des nœuds secrets, il est des sympathies, Dont par un doux accord les anies assorties S'unissent Tune à l'autre et se laissent toucher Par ce je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer.
Après une pause de silence, sans perdre de vue la jeune fille, je répondis :
L'Amour est un enfant, mon maître.
Il l'est aussi du berger et du roi ; Il est fait comme vous, il pense comme moi. Mais il est plus hardi , peut-être.
( Bernis. )
« A merveille, repartit-elle avec un bond de satisfaction . » L'idole m'étoit offerte : je la plaçai dans mon cœur; ce fut une infidélité: iln"'yeutplusqu\in sentiment pour moi dans le monde. Mais la fausse joie qui m''enivra fut de courte durée, et je ne tardai pas à éprouver la vérité de ces paioles d'un saint Père : « Malheur à Pâme audacieuse qui, en s'éloi-
(( gnant de vous, ô mon Dieu , espère trouw ver quelque chose de meilleur. » J^ai connu toute ma misère , toute ma pauvreté personnelle. Vingt ans s'étoient écoulés , et Y ai revu Marie, toujours intéressante à mon cœur, quoique devenue étrangère à ma destinée. Elle étoit mariée sans enfans; aujourd'hui elle n'est plus.
Vous allez découvrir avec quelle bonté celui qui a doué la cicogne de Tinstinct par lequel elle est dirigée vers un abri favorable, prenant pitié de ma folle douleur, m'a conduit sur les traces de la compagne nécessaire au repos de ma vie. Je trouvai dans le régiment de Rotalier, chez le lieutenant Montillet, qui étoit marié, une jeune Française de quinze ans que tous les officiers chérissoient comme une sœur, et je partageai ce sentiment. Elle avoit le regard désigné par Lavater, «( regard naturellement u ouvert , sans qu'il soit besoin de le forcer » ou de le gêner; regard assuré qui jamais
» ne se détourne ou ne s^égare. » Comme elle vivoit chez madame Montillet , sur des appointemens de lieutenant , je disois quelquefois : « Un de nous ne sera-t-il pas as- )• sez courageux pour compléter son propre » bonheur, en assurant le sort de cette ai- )) niable jeune fille ! » Je la vis gagner seize ans dans sa sagesse, dans sa douceur et dans son innocence : une circonstance s''ofFrit , et je me décidai à faire ce que je désirois qu'on fit pour elle. J'épousai Ursule Amiel, celle qui m'a rendu père d'une famille nombreuse, qui a versé le bonheur sur toutes mes journées, qui a calmé l'impétuosité de mon caractère ; et je n'ai pas connu un seul instant où j'aie pu regretter d'avoir suivi l'impulsion qui semble m'avoir été donnée par une main invisible. « Celle que je te » donne te plaira, sois-en sûr : c'est l'aide » qui te convient , l'autre moitié de toi- )i même , ton désir exactement et d'après le M vœu de ton cœur. »
Quelque temps ijprès notre niarii»g€ , M. de Boisliainon , qui cojDinandoit en Angleterre le dépôt du régiment de Rotalier, donna sa démission de cet emploi, et le colonel eut la bonté de m y nommer. Semblable alors à Foiseau du ciel , qui, sVtant choisi une compagne, se sépare de la troupe au milieu de laquelle on le voyoit fendre Fair, et se retire avec elle dans une solitude éloignée, poursY livrer aux mêjnes soins, aux mêmes goûts et à la tendresse , je traversai les mers acco?npagiié de ma femme, poui"me lendre à Fîle de Wigbt , où étoit le dépôt du régiment. Le général Frazer, qui avoit remplacé sir Charles Stuart dans le commandement de Farmée , me ht alors Fhonneur de mettre sous mes ordres les trois compagnies de chasseurs-nobles des régimens de Loyal- Émigrant , Castries et Mortemart , qui repassoient en Angleterre. Là ma fennne fut accueillie par mes amis : mon excellent cousin Bernard Cazotte se mit à la chérir de
— 29^ — tout son cœur, et les siècles de Texil lui devinrent moins pesans. Cette mère tendre a nourri quatre de nos enfans, consolé ma pauvreté, relevé mon courage, et Dieu, qui bénit les intentions pures, a daigné accorder à nos Prières le bien-être dont nous jouissons aujourd''hui.
Mais il ne peut pas y avoir, pour les passagers de cette terre, de longues séries de jours, sans que la coupe d'amertume approche de leurs lèvres, et je touche à une des cruelles pertes de ma vie, à la perte de ma sœur : plus jeune que moi de plusieurs années, je croyois qu'elle me fermeroit les yeux, et elle a été enlevée dans sa jeunesse. Le chevalier Robinet de Plas,otHcier du régiment de Poitou , favoit demandée en iuariage, en 1791 : Témigration devoit toul suspendre. De Plas rentra en France en 1800, il r<'lrouva ma sœur: ils s'épousèrent, el l>lis;d)('(h portji l)i('iil<)l djins son sein le liiul (le («ilc union : -< Que j";mi;ii (ie bon-
« heur, m^écrivoit-elle, à nourrir moi-même « un être à qui j'aurai donné la vie ! » Elle ne devoit pas jouir de ce bonheur. Au moment de la délivrance, après quatre jours de douleurs, les médecins jugèrent une cruelle opération indispensable; et comme on hésitoit à le lui annoncer : « Croyez-\ ous que j'aie » peur, dit mon héroïque sœur, aussi prête » à se sacrifier à son enfant qu'à son père : » faites ce que vous voudrez , mais sauvez. » mon enfant I » Sa fermeté fut d'accord avec ces paroles : Fenfant ne vécut que peu de minutes, et, vingt-huit heures après, Elisabeth étoit retournée dans le sein de Dieu. Elle m'adressa, de sa propre main, une lettre dont elle avoit aussi écrit l'adresse : le cachet étoit en noir. Voici ce que je lus : «( Je t'écris, mon cher frère, je vous écris, » ma chère sœur, au commencement des » douleurs avant-coureurs de ma délivrance. » Maman se charge de vous mander le ré- » sultat , j'espère qu'il sera heureux. Je
r> VOUS embrasse riin etTautie, en vous sou- )> haitanl bonheur et prospérité . » Et plus bas éloil écrit de la main de ma mère : « Voilà » les derniers mots que tu recevras de cet » objet angélique ! — »
Entraîné par le cours de ma destinée loin du théâtre des grands événemens qui boule versoient les Etats, je les ai dû perdre de vue. Que de batailles et de destructions ! Cesl le plus vaste champ qui puisse être offert à Tesprit d'un historien consciencieux et ami de la vérité : j'ai déjà dit que je n'avois pas eu le loisir ni Taudace de me livrer à mie aussi difficile entreprise. D'ailleurs, prêt à monter les degrés de mon seizième lustre, je n'en ai plus aujourd'hui les forces, mais j'ai cru ne pas devoir fermer les yeux, sans produire ce simple témoignage , qui
jetera peut-être quelque lumière sur les faits que rapportera Fhistoire. Je n^ii rien expliqué , rien discuté , narrai^ i.