REPONSE DE L'ETENDARD
Les phrases qui suivent ne sont pas une réponse ; mais je me reprocherais d’en priver le lecteur.
Note EpbiTortALEe.—M. l'abbé Verreau ne voit dans nos articles que ce qui n’y est bas.
Lui prouver qu'il a tort, c'est une insulte !
Le lui prouver d'une manière évidente, tangible, irréfutable, c'est une triple injure !
Il n’y a que lui qui ait vu de ces choses-là dans nos colonnes d'hier, il n’y a que lui.
Il veut évidemment se poser en victime—pour s'attirer par ce moyen des sympathies qui font défaut à la cause qu'il défend. Mais te public saisit le subterfuge et ne goûte pas ce genre d'arguments.
Renoncez-y, monsieur l'abbé.
Notre contradicteur a une autre prétention qui manque tout autant de fondement. Il vient dire publiquement dans un journal, sur la question des droits du pères de famille dans l'éducation,—car qu'on le remarque bien, les droits de l'église ne sont pas du tout en cause, —il vient dire : “ Voici mes arguments ; mais n’y répondez pas, car je suis prêtre;ce que je dis, ce sont des oracles ”.
M. l'abbé veut rire. Lui qui aime tant les distinctions doit trouver ici matière à en faire une qui n’est pas du tout subtile. Et il restera dans le vrai, ce qui ne lui arrive pas toujours. La distinction saute aux yeux.
Ses nroverbes comme : “la colère est mauvaise conseillère ” ne sont pas ce qu'il y a de moins plaisant. Ils nous font penser involontaireaux grandes vérités qui sortent intempestivementet à tout propos de la bouche de M. Prud’homme. Inesont d'aucune appl cetion. Nous discutons avec le plus grand calme. Si nos ar-
guments arrivent tranchants sur la tête de M. l'abbé, il ne doit s'en prendre |
qu'à leur force intrinsèque et non à “ notre colère ”. 11 y a des maximes que M. l'abbé aime à émettre, mais qu'il ne parait méditer qu'en tant qu'elles peuvent s'appliquer aux autres.
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Il a commencé par employer le sarcasme et le persiflage. Nous lui avons rendu son point avec, au moins, autant de courtoisie qu'il en a mis lui-même.
Il semble demander qu'on ne parle pas de choses personnelles. Je crois n'avoir rien dit de personnel ; rien qui sente
tant soit peu le sarcasme et le persiflage, le lecteur peut s'en assurer en relisant les lettres précédentes ; mais, d’un
Mautre côté, je n’ai demandé aucune grâce.
Nous sommes prêt. Mais quel est celui qui, malgré nos déclarations, continue à s'en prendre personnellement à notre directeur qui est à Ottawa, à notre directeur qui n'a pas écrit une seule ligne de ces articles ?
Nous ne nous en plaignons pas, remarquons-le bien, Nous voulons
simplement montrer combien peu M. l'abbé Verreau a droit et a raison
de se plaindre (1).
Nos propositions sont inexactes, dit-il. Qu'il le prouve. Nous avons bien
Miprouvé, nous, que les siennes l'étaient. Son affirmation ne convainc per- | ) ; P
sonne.
Dans un article de journal les vérités exprimées au courant de la plume ne sont pas des définitions dans le sens absolu. M. l'abbé connaît bien cela. On n'écrit pas un article avec des définitions. Les propositions s'interprètent les unes par les autres.
Les vérités ne sont pas des définitions ; soit ; mais elles doivent être vraies.
Quand on insiste tant sur la nécessité des principes, on doit au moins en connaître la valeur ; pour admettre ou nier un droit, il faut savoir en quoi il consiste, surtout quand on prétend que «ans la discussion d'un droit, il faut aller jusqu'aux dernières conséquences (p. 44).
[ n’y a qu'un adversaire dél oyal qui puisse séparer une proposition de ses voisines, et la critiquer en lui prétant un sens que son auteur
Mina pas voulu lui donner.
Nous attendons les arguments de M. l'abhé Verreau.
(1) Ces deux alinéas ont déjà été cités, p. 38. Je les reproduis à leur place pour ne pas couper arbitrairement la réponse de l’'Etendard.
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Sn 54 us TROISIÈME LETTRE.
Monsieur le Directeur,
Vous avez reconnu que les droits de l'Eglise sont sauvegardés dans la question qui nous occupe.
Comme ces droits sont les plus augustes et les plus importants ; comme ils renferment les conséquences morales qui découlent des autres, nos consciences peuvent se rassurer.
C’est là un très grand point d'acquis.
‘Il ne reste plus, ” dites-vous, ‘“ qu’à déterminer et à ‘* appliquer les droits respectifs du père de famille et de ‘* V'Etat ”.
Je cherche comment vous déterminez les droits du père, je ne trouve que ceci :
10 ‘ Laïssez-nous choisir, par nous-mêmes ou par nos * délégués, les instituteurs qui seront chargés de nos en- * fants ; 20 laissez-nous la liberté de déterminer le genre ‘* d'éducation que nous voulons donner à nos fils et à nos ‘‘ filles. ”
J’ai dit et je répète:
1o Que les pères ont la plus grande liberté dans le choix des instituteurs privés. .
20 Que dans le choix des écoles publiques, ils ont une très grande liberté, puisqu'ils peuvent choisir parmi celles
qui sont dirigées par les Religieux et les Religieuses, et
parmi celles qui sont dirigées par des laïques.
Accorder une plus grande liberté est une chose impossible : le choix fait par un père, ou par son député, viendra nécessairement en conflit avec le choix fait par un autre père. Si leur droit de choisir est absolu, comme vous le prétendez, ils ne peuvent céder ni l’un ni l’autre.
C'est-à-dire, que vous tombez nécessairement dans l’enseignement privé.
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“ [me semble que le droit d’un parent ne loir contre les droits des autres parents. Il { chacun cède ou abandonne une partie de ses prétentions quant au choix des méthodes et des matières qui forment le programme de l’enseignement d’une école,
peut prévaaut alors que
‘ Dans ce cas, c'e:t à l'autorité légitimeme de déterminer ce qui peut convenir grand nombre.
nt constitute aux besoins du plus
“ D'ailleurs, le droit des parents je crois, comprend principalement l’enseignement religieux et l'éducation morale. Or, sous ce rapport, les droits des parents sont aussi respectés à Montréal dans les pays catholiques où la liberté ] été accordée À la religion, aux parents et gieuse,
auquel on fait allusion,
que a plus grande a à l’autorité reli-
‘ Par exemple, d’après le code d'enseignement que le Pape Léon XII avait donné aux Etats-Pontificaux en 1826 où 182/, c'était le conseil municipal, le magistrat, là où il n’y avait que le magistrat, qui choisissait les instituteurs. On les choisissait, sans doute. avec certaines conditions qui donnaient des garanties de capacité et de morale. Je pourrais ajouter, pour répondre entendu dire, que sous les yeux de l’évêque, quand il ne réclame pas, qu'il ne trouve pas les droits des parents lésés, on doit être bien difficile pour se plaindre,
à bien des choses que j'ai
Il me semble impossible de sortir de là. Léon XII, d'après vous, aurait violé les droits des sant reposer le choix des instituteurs tions, la moralité et la capacité.
Si la loi civile abandonnait le choix comme le choix de votre curé, à l’é avait lieu en France, au moins d
parents en ne faique sur deux condi-
de l’instituteur, vêque diocésain,—cela ans plusieurs diocèses,
avant la Révolution, —cette loi violerait-elle les droits des parents ?
Vous ajoutez :
“ Comment ne voyez-vous pas que les facultés de re- * courir à l'enseignement privé et aux écoles indépen- + dantes sont des facultés tout à fait illusoires pour les * parents pauvres, comme sont les trois-quarts des pères * de familles dans les villes. ”
J'admets, pour les besoins de votre cause, que ce dernier fait, celui de la pauvreté, soit exact.
Supposez la pauvreté des parents encore plus grande qw’elle n’est.
Si elle empêche les parents d’avoir recours à l’enseignement privé, les empéehera-t-elle de choisir entre les écoles publiques reconnues bonnes par l'autorité légitime ? de choisir, par exemple, parmi toutes les écoles des Frères, celle qui leur convient le mieux ?
Je trouve ‘ que c’est suftisant ; ” suflisant pour la conscience, suffisant pour les besoins raisonnables d’un père.
Léon XIII, parlant naguères des écoles des pauvres (1), dit que c’est le droit et le devoir des évêques d’y pourvoir.
Croyez-vous que si l’évêque y a pourvu, mêmie sans consulter les parents, il ne puisse contraindre ceux-ci à accepter l’école et le maître établis par lui ?
Il ne suffit pas que le père ne veuille plus d’une école pour qu’il soit justifiable de lui faire de l'opposition : il faut que sa volonté soit éclairée, dirigée au moins par des motifs légitimes.
Or, quand des écoles offrent des garanties certaines pour la religion et pour les mœurs, quand l’enseignement est bon, utile au plus grand nombre, adapté aux besoins de la classe à laquelle le père appartient, l'opposition de celui-ci cesse d’être raisonnable, ou elle ne repose que sur
@) Constitution : ÆFomanos Pontifices.
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des motifs tout à fait personnels, qu'aucun législateur n’est tenu de prévoir.
Enfin, pour ces parents pauvres, que prétendez-vous ?
Que leur droit de choisir l’instituteur implique pour l'Etat, l'obligation de payer la personne désignée par eux ?
Qu'ils pourront faire ce choix dans de meilleures conditions, avec plus de discernement que les commissaires ?
Qu'ils sont plus intéressés que ceux-ci à obtenir des garanties de science et de moralité ?
Croyez-vous que ces pauvres, si vous obtenez de suivre la loi commune des paroisses, croyez-vous qu'ils pourront exercer une influence bien grande dans le choix des insti-
tuteurs, quand ils n’en exerceront aucune dans l'élection des commissaires ?
IT
‘Comment ne voyez-vous pas, d'ailleurs, que vous ‘“ portez atteinte à ma liberté en me forçant à payer, pour ‘* des écoles dont je ne veux pas, tout l'argent que je puis ‘ dépenser pour l'éducation de mes enfants ? Ne me privez- “vous pas virtuellement, par là, du droit de faire instruire ‘mes enfants comme je l’entends ? Ainsi, le droit du “ père de famille pauvre se réduirait qu droit de payer ! ”
Précisons un peu.
Qu'est-ce qui porte atteinte à votre liberté ? a) Est-ce de payer pour une école dont vous ne voulez pas ? b) Est-ce de payer tout l'argent que vous pouvez dépenser pour l’éducation de vos enfants ?
a) Dans le premier cas, je distingue. S'il s’agit d’une école dont vous ne pouvez et ne devez pas vouloir parce que l’autorité religieuse la condamne, je réponds sans hésiter : Oui, on porte atteinte à votre liberté ; mais tel n’est pas le cas pour les écoles des commissaires,
Sil s’agit d’une école qui ne vous plaît pas, mais que l'autorité religieuse approuve et qui répond aux be-
Fée
ee
soins du plus grand nombre. je nie formellement votre proposition, et je dis qu'on ne porte pas atteinte À votre liberté.
b) S'il arrive que les taxes scolaires absorbent tellement vos ressources pécuniaires, que vous ne pouvez plus faire aucune dépense pour l'éducation de vos enfants, le cas est tellement rare qu'il doit étre cansidéré comme une exception. Le législateur n'a pas à s'en vecuper.
Mais je puis répondre d'une manière plus générale,
Votre liberté, M. le Directeur. on Y porte atteinte, hélas ! chaque fois qu'on vous force à payer des impôts pour une entreprise dont vous ne voulez pas, et qui pourra même vous être nuisible : ouverture de rue. construction de chetuin de fer, etc.
C'est un principe largement mis à contribution—QuEe
INTÉRÈT GÉNÉRAL PRIME LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE. Ce principe est la base de toute société ; c'est celui que le socialisme moderne cherche à saper. en proclamant que la liberté individuelle doit être inviolable.
Craignons, M. le Directeur. de nous associer, mème de loin, à une œuvre aussi dangereuse.
* Quand on diseute sur un droit ‘ lites-vous, * il faut
aller jusqu'aux dernières cons juences ”.
Eh bien ! ailons-v. et voyons où mène la liberté. que vous relamez, de ne pas payer nour les ecoles dont vous ne voulez pas.
Uette liberte devra s'étendre né Sairement à ceux qui
préfèrent les établissements prives, où les collèges, où les rooles situces à la “ampagne : à ceux dont les enfants sont trop jeunes où tn eux pour fr ter l'école : à ceux qui n'ont pas d'er sux institutions publiques. telles que les ba S 2 Congrigations religieuses d'hommes et de femmes. les évêchés, ete. Ces instit ions payent. ou
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ont payé à une certaine époque, les sonimes les plus élevées pour les écoles.
Ne dites pas que j ’exagère : les dernières conséquences du principe ne sont pas épuisées : ‘ Quand on discute un “ droit, il faut aller jusqu'aux dernières conséquences, On ” ne peut s'arrêter à demi chemin au
Le dernier terme ici, c'est la de
écoles communes et publiques.
X moyens termes ”, Struction complète des
J'ai l'honneur d’étre.
Monsieur le Directeur,
Votre serviteur,
H, A. VERREAU, Ptre.
Montréal, 18 avril 1883 ().
Rien dans ma lettre d’hier ne co:
“Voici mes arguments ; mais ‘suis prêtre ”,
J'ai écrit: ‘ Dans votre réponse, il y a... des injures... c’est mon droit de vous les pardonner... ”
Et j'ajoute aujourd’hui : Ne m'insultez pas, car je suis prêtre.
J'accepte vos arguments, et je les discute.
Vous dites : ‘ Il a commencé par employer le sarcasme et le persiflage… ”
Veuillez m'indiquer les endroits qui méritent cette cen-
sure. Je vous proteste | ue je ne veux ni insulter ni persifler,
rte le sens suivant :
‘y répondez pas, car je
ns
(1) Publiée le 20.
A ee
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