ACTE II, SCÈNE V
voyais grandissante et belle, et plus je tremblais d'avance aux nouvelles douleurs qu'amènerait notre séparation.
AMÉLIE
Notre séparation!... nous séparer! nous, mon père?... jamais!
DELAOAY.
Enfant!... El Arthur?... et ton mariage?...
AMÉLIE
Oh ! si je l'épouse, c'est à la condition qu'il me laissera toujours près de vous.
DELALNAY.
Tu ne sais pas, pauvre enfant, ce que te coulerait un jour, à remplir toi-même, cette condition que tu lui imposes aujourd'hui ! Tu connaîtras plus tard combien prennent tout le cœur ces affections d'épouse et de mère!... La nature regarde devant elle, Amélie, et ne s'occupe pas de ceux qu'elle laisse vieux et fatigués en arrière. Supposons donc que la carrière qu'a embrassée Arthur l'eut forcé à s'éloigner de Paris, tu l'aurais accompagné ; moi, alors, et sans que j'eusse eu le droit de me plaindre , comme autrefois j'avais quitté mes parents malgré leurs larmes, tu me quittais à mon tour
malgré les miennes Je restais alors vieux et
seul Je n'ai pas eu le courage d'envisager ce
sort. — A Kaples, où m'avait entraîné, comme tu le sais , la nécessité de régler quelques affaires de fortune, je rencontrai un ange d'amour et de pureté , que je ne puis comparer qu'à toi , mon
enfant... — Elle me promit, non son amour... je n'osais le lui demander, mais ces soins affectueux qui tiennent à la fois de la fille et de l'épouse. — Je me dis : Amélie appréciera son esprit distingué, ses qualités excellentes, et elle l'aimera; Teresa verra mon Amélie : sa candeur et sa naïveté la toucheront. Tant qu'elles se chériront, qu'elles resteront toutes deux près de moi, je serai complètement heureux; si l'une des deux me quitte, eh hien ! je ne serai malheureux qu'à moitié.
AMÉLIE
Oh ! ce ne sera jamais moi !
DELAI :>"AY
Voilà ce que je me suis dit, ma fille; et si , arrangeant tout pour mon bonheur, j'ai dérangé quelque chose au tien, pardonne-le-moi, pardonne à ton père : il n'avait pas pu le prévoir.
AMÉLIE
Moi, vous pardonner, mon père!... C'est moi qui suis à vos genoux, c'est moi qui vous demande pardon de vous avoir affligé.... Mais la faute n'en est peut-être pas à moi toute seule : madame la baronne...
DELAIXAVc
Encore!
AMELIE.
Maman ! maman !... Je me trompe.
DELAI VVÏ .
Amélie, tu es injuste : Teresa est aussi bonne que belle.