ACTE II, SCÈNE VI. G
teresa , vivement.
Pas davantage?
AMÉLIE
Non.
Et vous appelez cela de l'amour?...
AMÉLIE
Ecoutez, maman. — {Teresa se rapproche.) En pension j'ai beaucoup entendu parler de l'amour : on m'en faisait mille peintures diverses; d'avance on me disait quelles émotions il amenait avec lui... Quand Dulau me présenta monsieur Arthur en me confiant les projets de mon père sur lui, je me suis dit: Enfin je vais connaître l'amour!... J'ai alors, chaque fois qu'il me quittait, interrogé mon cœur et cherché les sensations nouvelles que l'amour devait y produire... Eh bien! cela a été vainement: rien ne m'a annoncé la présence de cet amour. Je me suis habituée à voir Arthur; j'ai du plaisir à le savoir près de moi ; je crois qu'il me rendra heureuse et que je le rendrai heureux : je l'épouserai avec joie , car je sais que ce mariage est depuis longtemps le songe doré de mon père. — Voilà tout ce que j'éprouve , maman.... Est-ce cela ce qu'on appelle aimer?
teresa, à part, avec joie.
Grand Dieu!... {Haut, en lui prenant la niain.) Oui, mon enfant.
AMÉLIE
Oh! tant mieux! Je tremblais de n'avoir pour Arthur que de l'amitié.
Amélie , si demain vous appreniez qu'Arthur est votre frère, cela vous rendrait-il bien malheureuse?
AMÉLIE
Oh! non... Au contraire, car alors vous concevez, maman, mon père ne me marierait peut-être point, et je ne tremblerais plus de le quitter. teresa, à part.
Elle ne l'aime pas !... — (Respirant.) Ah !...
AMÉLIE
Mon Dieu ! comme je vous jugeais mal !... Oh ! si je vous avais su tout de suite bonne comme vous l'êtes, mon père n'aurait pas eu besoin de me gronder pour que je vous appelasse maman.
teresa, rembrassant.
Ma fille ! ma chère fille ! . . .
AMÉLIE
Mais voyez donc, que j'étais folle de vous craindre et de m'inquiéter !
Et vous ne me craignez plus, et vous n'êtes plus inquiète?
AMÉLIE
Tenez, maintenant si je croyais m'apercevoir que papa m'aime moins, c'est à vous que j'irais me