ACTE IV, SCÈNE IV
ARTHUR
Avais-tu donc véritablement oublié qu'il dût revenir?
Oh! non, non... Seulement j'étais moins égoïste que toi : je ne voulais pas l'affliger de ma peine... Je voulais te faire oublier, si je n'oubliais pas... Oublier!... oh! non pas... Mais il n'y aurait pas de Dieu si l'on oubliait... Arthur, sois content: depuis mon crime je n'ai pas eu une heure, une minute de repos... Le vieillard, il a toujours été là : dans ma veille, dans mon sommeil, dans mes plaisirs, je le voyais... Etquand je cachais ma tète échevelée dans les bras, Arthur, tu croyaisque c'était de l'amour... C'était de la terreur!
ARTHUR
Oh ! mon Dieu!...
N'est-ce pas que j'étais digne d'envie?
ARTHUR
Oh ! non, non !...
Eh bien ! maintenant, qui de nous deux aimait le mieux, de toi qui tâchais de m'épouvanter de tes craintes , ou de moi, qui voulais te rassurer avec mon amour?
ARTHUR
Oh ! je t'aime pourtant bien, ïeresa !
Prends-y garde ! ces paroles, à cette heure, sont
156 TEKESA.
ua engagement... Oscrais-tu les répéter! m'aimestu toujours autant, Arthur ?
arthir, hésitant.
Oui... oui...
Tu sais que je te disais qu'une pensée m'était
venue...
ARTHUR
Eh bien?...
Que je la réservais pour des temps malheureux...
ARTHUR
Laquelle, laquelle, voyons?...
Tu n'oseras pas!...
ARTHUR
Qu'est-ce donc?...
Écoute!.... Comprends-tu qu'une femme qui a manqué au plus saint de tous les devoirs, qui a manqué sans rien de cequi fait excuser une faute... car ne crois pas que rien m'excuse à mes propres yeux, moi... Non, le baron était bon et m'aimait : tout ce que je pouvais désirer était accompli à l'instant.... et je suis bien criminelle! va, je le sais !... Eh bien! dis-je, crois-tu qu'une femme qui, comme moi, n'avait aucune excuse pour trahir, puisse revoir en face celui qu'elle a trahi, embrasser ses
cheveux blancs, dormir sur sa poitrine? Oh !
dis, dis... le crois-tu?...