AMÉLIE, ARTHUR
AMÉLIE
Vous vous en allez , Arthur?
ARTHUR
Oui : je rentrais pour travailler Aviez-vous
quelque chose à me dire?
AMÉLIE
Un mot seulement, et je vous laisse.
ARTHUR
Dites, Amélie.
AMÉLIE
Mon père m'a trouvée pâle et changée.
ARTHUR
C'est vrai; et je m'en suis aperçu moi-même.
AMÉLIE
Ah! tant mieux!... Croyez-vous que ce soit sans cause, Arthur?
ARTHUR
Du moins , je ne la connais pas.
AMÉLIE
Je vais vous la dire... Je suis malheureuse!
Vous!... et pourquoi?
AMÉLIE
Parce que vous ne m'aimez plus.
ARTHUR
Oh! Amélie!...
AMÉLIE
Vous ne m'aimez plus, Arthur, et il faut que ce soit ma faute... et j'ai cherché en moi tout ce qui pouvait avoir refroidi votre amour : il me semble que je suis toujours la même; seulement, moi, je vous aime davantage.
ARTHUR
Et qui peut vous faire penser?...
AMÉLIE
Tout. D'ailleurs, prissiez-vous la peine de dissimuler votre froideur, il y a dans le cœur qui aime un instinct qui la ferait deviner, Arthur; mais vous ne vous imposez même pas cette obligation.
ARTHUR
Comment!...
AMÉLIE
C'est votre faute : pourquoi m'avez -vous habituée à être chérie, entourée de soins, d'amour? Je m'y suis faite ; et maintenant , maintenant que vous êtes distrait, préoccupé toujours...
Moi?...
AMÉLIE
Tenez, dans ce moment même.... Eh bien! je vous impatiente, je vous fatigue... Ecoutez, écoutez une prière. . . une prière que je vous fais à genoux. . .
ARTHUR
Oh! Amélie...