QUATRIÈME ÉTUDE
(Tab. K. f. 66—84.)
NüoMmuLINA ANTIQUIOR nob. (*) #
(Fig. 66—78.)
Description. Nummuline lenticulaire, ovale, aux angles obronds, faiblement accusés et irréguliers. Dos comprimé , sub-aigu. Face supérieure obrondoconique, beaucoup plus convexé que la face inférieure, qui est presque plane à son milieu. Par-
(‘) Présentée à la Société le 16 Décembre 1848. Bull. 1848, N° IL. p. 365.
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faitement lisse, sans traces de mamellon ombilical ni de tubercules rapprochés vers l’ombilic ou parsémés sur les faces. Tours de spire parfaitement embrassants à tous les âges. Feuilleis du test très épaissis, surtout vers les deux faces de l’ombilic, sur le dos près du pourtour amincis, laissant entre deux feuillets un espace vide. Geite structure des feuillets est certainement la cause de ce que la Nummulime se fend irès aisement, sans aucune précaution , en deux moitiés inégalemment convexes, dans la directon du plan horizontal (*). Alors on peut séparer plusieurs feuillets ayant la forme d’un verre de montre (surtout le feuillet inférieur ) et posés l’un dans l’autre.
Coupe horizontale passant par le milieu du dos comprimé , présentant le pourtour divisé en loges parfaites, inégales, irrégulières, à cloisons extérieurement convexes. Loges d’un pourtour ne faisant pas ligne continue avec une des cloisons du tour juxtaposé. Deux cloisons appartenant à deux iours superposées, n’observant dans leur position mi alternance, ni concordance.
Première loge beaucoup plus grande que les autres ;\ ronde , lou à) peu prés telle ME que donne à la coquille du jeune âge une forme très différente, les applatissements périphériques ne com-
() Le Comte Keyserling explique ce fendillement des nummulines par le mode de communication des loges. Verhandlungen der Kaiserl. Mineral. Gesells. zu St. Petersb. 1847 p. 18.
mençant à apparaîlre qu'avec l'acroissement du second tour.
Le feuillet supérieur présente des caractères différents de ceux de l’inférieur. La face extérieure des deux feuillets est, comme nous l’avons déja remarqué, parfaitement lisse, et cependant si lon enlève un feuillet supérieur ( c. à. d. un de ceux qui sont les plus convexes et tournés du côté de l'ombilic supérieur )}, on le voit récouvert de lignes régulières, continues, élevées, rayonnantes de l’ombilic vers le pourtour et passant immédiatement, sans interruption ni déviation, aux cloisons des loges, ce qui se laisse facilement expliquer par le mode d’accroissement. À mesure que les feuillets supérieurs s’enroulent , il apparait vers le pourtour extérieur une cloison , qui traversant l’espace vide périphérique entre deux tours, vient s’appliquer sur le dos du tour antécédent, et laissant vers la face inférieure du test ou les feuillets inférieurs un espace vide, se dirige en entier vers l’ombilic supérieur , entre les deux faces opposées de deux feuillets supérieurs. Ces cloisons naissent de la face intérieure du dos, et il arrive quelquefois qu’elles ne touchent pas dans toute leur continuité le feuillet sus-posé, comme ceci est général pour le genre Fusulina. Il est évident que les loges communiquent réciproquemment par le vide des cloisons, qui reste au pieds de leur application au dos du tour précédent. De plus, les cloisons disparaissent assez brusquement sur l’intérieur du feuillet inférieur, près de sa périphérie , ce qui donne aux deux faces opposées de la Nummuline, lorsque
dis . fut
les deux feuillets ont été enlevés, un aspect différent.
Nous n’avons pu découvrir d'ouvertures sur les cloisons, comme il est permis de le voir quelquefois sur les vraies Nummulines ; néanmoins les loges communiquent par le vide restant au pied des cloisons , comme l'a signalé récemment M°. G. A. Mantell dans des exemplaires fossiles de Nummulines conservées dans de la craie et des pyromaches (*).
Variations. 1. La principale est, comme nous l’avons déjà rémarqué , le changement de forme de la première loge et du test en général , apporté par l’âge. La coquille à une cellule est presque ronde, les plus jeunes sont respectivement plus couvexes sur leur face supérieure que les plus développées.
2. Une variété accidentelle est produite par le dérangement de régularité, par un rétrécissement de tours en général très rapprochés.
3. Nous avons devant les yeux un échantillon qui parait appartenir , si non à une espèce différente, du moins à une variété assez bien marquée par
(*) On the Fossil Remains of the soht parts of Foraminifera discovered in the Chal: and Flint of the Southeast of England (Amerec. Journ. of Sc. andarts, by Sillimann and Dana. Sec. Ser. N° 13. February 1848 p. 70 — 74). Mantell appele ce fossile Rotalia (Mantell 1. c. p. 72 f. 2); à juger d'après la coupe donné, le foraminifère appartient plutôt au genre Rotalia Montf. c. à. d’ à Nummulina d'Oxrb., qu'à Rotalia Lam, ou Rotalina el Gyroidina d'Orb.
un plus petit nombre de grandes loges, des cloisons plus régulières et largement espacées.
Rapports et différences. Ge n’est pas sans hésiter que nous avons rangé notre fossile dans le genre Nummuline. À la vérité notre coquille présente les caractères assignés à ce genre par d'Orbigny dans son dernier ouvrage (*}: «Coquille libre, équilatérale, orbiculaire ou discoïdale, épaisse, encroûtée, sans appendices à son pourtour , formée d’une spire embrassante , à tours très rapprochés et nombreux ; le dernier, toujours marqué dans le jeune âge, est souvent impossible à retrouver dans l'age adulte. Loges petites, courtes, rapprochées, très nombreuses, la dernière faisant saillie dans le jeune âge , mais peu distincte dans les vieux individus , percée d'une ouverture transversale linéaire contre le retour de la spire, souvent masquée dans l’âge adulte. »
Quant aux traits différentiels entre les Nummulines et les Nonionines, d'Orbigny signale surtout comme apanage du premier genre une forme plus lenticulaire, plus anguleuse , le test plus épaissi, et le dernier tour si étroit chez les adultes , qu'il cesse d’être visible. Pour le second genre, d’Orbigny relève surtout la forme moins comprimée , à dos arrondi, quelquefois bulloïide , d’une contexture quelquefois vitreuse , composée de loges arquées, se rejoignant toujours aux retours de la spire et au centre ombilical.
(‘) Foraminifères fossiles du bassin de Vienne etc. Paris 1846. p. 413 — 114.
Il parait donc, qu’il faudra ranger notre fossile , comme espèce ou même comme sous-genre, entre les Nonionines et les Nummulines , plus rapproché de ces dernières , desquelles du reste il diffère: par la première loge parfaitement ronde, les cloisons extérieurement arquées , ce qui est contraire aux meilleures figures que nous avons pu consulter.
Notre Nummuline présente clairement la spirale, que Schafhäutl (*) avait niée dans ce genre, et sur laquelle le Comte Keyserling a tout récemment dirigé l'attention (**). D’après ce même savant, le nombre assez grand d'espèces de ce genre, que d’Orbigny trouvait fort confus en 1826 (***) et que Bronn avouait ne pouvoir encore distinguer en 1835 (°°), compose deux grouppes assez distincts :
a. Spire simple, comme dans la Nummulina lœvigata.
b. Spire multiple, comme dans une espèce provenant de Mokattam près de Kahiro, dont la spire présente plusieurs lignes involvées sur le même plan, de manière que si l’on en poursuit une, jusquà la fin du tour, on se verra éloigné du pomt de départ par plusieurs lignes intercalées de loges. Notre espèce en conséquence appartient au groupe à spire simple Keys.
(*} Bronn und Leonch. Jahrb. 1846 p. 406. sq. (Me. p.48:
(**) Ann. d. Sc. Nat. 1826.
(“***) Leth. geog. IL. p. 1131.
Le Comte Keyserling d’après une étude faite au musée de Vienne sur les Nummulines de son bass, pense (*), que les cloisons de ce genre ne sont que périphériques , que le plus souvent elles ne continuent pas sur la convexité des feuillets concentriques sur lesquels on ne voit que des tubercules ( des pores remplis, disposés en rayon ), et que d’Orbigny en représentant sur les Nummulines des cloisons entières , comme à peu près dans les Nautiles, suppléait théoréthiquement à la nature. Si toutefois notre espèce est une Nummuline , on ne pourrait pas lui appliquer l'opinion de Mr. Keyserling : notre fossile lasse voir des lignes rayonnantes, élevées, régulières , passant insensiblement aux cloisons périphériques. Il se pourrait donc que, sous le rapport des cloisons comme sous celui de la spirale, on doit diviser les Nummulmes en deux grouppes. En y ajoutant la forme , la grandeur et le nombre de loges, la direcüon respective des cloisons, la forme de la première loge, les caractères extérieurs du fossile etc. on aura un nombre suflisant de caractères pour distinguer au moins les principales espèces de Nummulines, et l’on conviendra avec d’Orbigny et de Keyserling, que les espèces de ce genre se laissent clairement préciser : les foraminifères d’après le premier savant peuvent dans tout les cas servir à détermmer l’âge d’un terram géologique.
Dimensions. Hauteur 3 mm., largeur 5 mm., pour de jeunes exemplaires. Cependant le fossile pou-
PbLAc ip. 19.
vait attemdre une taille assez forte qui est un caracière assez exclusif des Nummulines. Un fragment périphérique des feuillets inférieurs (fig. 73 ) a 9 mm. de largeur et 12 mm. de longueur.
Gisement. Nos exemplaires (une quinzaine } sont empatés dans du calcaire de montagne exploité à Miatschkovo. D’Orbigny donne l’apercu suivant de la répartition géologique des foraminifères , d’après les données positives qui lui ont été connues, lors de la publication de son dernier ouvrage (*):
Terrain carbonifère 1 genre 1 espèce — jurassique > genres 20 espèces — crétacé 34 genres 280 espèces — tertiaire 56 genres 450 espèces
Epoque actuelle : 68 genres 1000 espèces.
L'auteur d’une analyse de cet ouvrage classique, insérée dans un journal américain (**), rapporte exactement les mêmes chiffres, d’où l’on pourrait conclure que les terrains du Nouveau Monde n’ont pas donné d’autres résultats. D'Orbigny insiste surtout sur le fait très important, que les Nummulimes n’ont été trouvées que dans les terrains tertiaires, et qu’elles manquent même dans la craie supérieure, comme sur la montagne de St. Pierre à Mäestrich.
Depuis la publication des Foraminifères de Vienne,
(Lee. p. AAXIIL.
(*) Americ. Journ. of Sc. and arts, by Sillimann and Dana, 1847
Sec. Ser. N° 12. Novemb. p. 453.
la question de leur répartition géologique à un peu changé. Relevons les faits suivants :
1. L’un de nous avait signalé en 1845, dans un discours prononcé à l’Université (p. 23 nota 30), que la Fusulina depressa Fisch. n’est que la coupe transversale de la Fusulina cylindrica, et qu’ainsi les deux espèces de ce genre devaient être réduites à une seule, ce que depuis d’'Orbigny a confirmé (*).
2. Il est à remarquer, que d’Orbigny, qui en traitant de la Fusulina , cite les pages 126 — 127 de l’Oryctographie, ne Uent pas compte de deux espèces de foramimifères du genre Spirolina, décrites et figurées sur la même page (Sp. sulcata p. 127 pl. XIL 5 a, b, c.; Sp. denticulata p. 127 pl. XL. f. 4) par Mr. de Fischer, comme provenant du calcaire de Miatschkovo. Mr. d’Orbigny n’en parle nulle part, que nous sachions. 11 faudra donc porter le nombre des foraminifères reparüs dans le calcaire de montagne à deux genres déjà connus, et y ajouter un iroisième, la Nummuline que nous venons de décrire. Ces trois genres comptent trois espèces bien précises avec deux formes de moins marquées.
Ces genres appartiennent à l’ordre des Hélicostè- gues, à la famille des Nautiloides, qui est donc la plus ancienne sur le globe.