‹ Terrain jurassique de MoscouChapitre 184 sur 211 · ETC · texte numérisé non relu

ETC

Certainement l'idée de discuter cette question, dont la solution négative est depuis longtemps regardée comme un fait incontestable acquis à la science, ne me serait jamais venue, Si une opinion contraire n'avait été émise par Mr. le Prof. Rouillier et si, en citant, pour la prouver «à lévidence,» un fait rapporté par moi, il ne m’eut forcé de faire tout ce qui dépend de moi pour contribuer à l’éclaircissement d’une question aussi importante et pour éloigner en même temps de moi toute responsabilité d’une hypothèse qui, pour le moms, devra paraître extrèmement hasardée. :

Citons d’abord le passage en question (Bullet. 1846, N° IV, pag. 403 ): «Le sable blanc de Voro- «wbievo semble avoir été le moins changé et être le

plus près de l’état normal de déposition. Il ne con- «tenait en fait de corps organisés que des plantes «wherbacées, qui n’ont pu être conservées dans une

«masse désagrégée , et n'ont laissé leurs traces que « dans le grès de Tatarowa qui a subi l'effet d'un «feu pénétrant, ce qui est prouvé à l'évidence par les «nids de charbon mentionnés par Mr. Auerbach dañs «le grès provenant de Kline. »

Sans doute Mr. Rouillier, en parlant du feu pénétrant qui aurait agi sur le grès de Tatarowa, n'entend pas par là un feu accidentel, produit par quelque incendie de forêt, par de la tourbe ou du charbon brülant, car ceux-là n’auraient jamais pu étendre leur action ni à des profondeurs considérables, ni sur un aréal aussi étendu que semble le leur accorder l’auteur distingué, en déduisant d’une même cause les qualités analogues des grès de Kline et de Tatarowa (localités distanies de 70 werstes l’une de l’autre ); c’est donc probablement d’un contact avec des roches d’origine ignée qu'il est question dans le passage cité; mais un tel contact est-il imaginable sans altération sensible de la straüficaton des roches, sans soulevement ? Et cependant jamais rien de semblable n’a été observé dans notre Gouvernement. — D'ailleurs nous croyons que, sans vouloir approfondir l’origme de ce feu hypothétique, il ne serait pas difficile de prouver «à l'évidence» que jamais nos grès n’ont pu avoir subi l’acüon d’un feu quelconque. En voici les raisons :

1. Le seul fait cité par Mr. Rouillier à l'appui de son opinion est, que 1@ grès de Kline contient souvent des nids de charbon; mais c’est justement ce fait-là qui pourrait le mieux servir à prouver le contraire, parce que, à côté des fragmens de charbon et

mélangés avec eux , on trouve des debris de végétaux, qui n’ont subi d’autre altération que d’avoir été imprégnés d’une matière siliceuse, donc, le feu devant agir uniformément sur toutes les substances contenues dans le grès, il est évident , que ce charbon ou bien a été empâté comme tel par la masse du grès pendant son dépôt (ce qui est le plus probable ), ou bien que son origine est düe à une cause toute autre que l’action du feu, car sans doute Mr. le Professeur lui-même ne pense pas, quoique l’on soit tenté de le croire d’après sa conclusion citée, que toute carbonisation doive être attribuée au feu.

2. Comment parviendrait-on à expliquer la présence de couches de sable désagrégé entre les bancs de grès, en admettant que tous les deux, chimiquement identiques, aient été également exposés au feu ? Pourquoi les uns n’auraïent-ils pas subi les mêmes changements que les autres ? Et cependant dans presque toutes les carrières de notre Gouvernement où le grès est exploité, on voit se répéter cette alternance de couches de grès et de sable.

3. Enfin rien que la coloration de nos grès sufhrait peut être pour éloigner toute idée d’une altération par le feu, parce que c'est toujours l’oxide de fer hydraté qui produit leurs teintes jaunes et brunes, et jamais l’oxide de fer anhydre, qui cependant aurait dû se former par une calcination et leur communiquer sa couleur d’un rouge de cerise plus ou moins foncé.

On serait presque tenté de faire ses excuses pour avoir sérieusement combattu une hypothèse si peu

vraisemblable , aussi ne suis-je entré dans quelques détails que pour engager Mr. Rouillier à soutenir son opinion par quelques preuves plus valables, persuadé qu'il n’aurait pas manifesié son opinion, contraire à celle des Géologues les plus célèbres, s'il n’avait en réserve des faits plus convaincanis que ceux qu'il a fournis jusqu’à ce jour.

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