SECONDE ÉPOQUE
(M. Fischer de Waldheim.}
M. Fischer, appelé en 1804 à occuper une chaire de zoologie à l’Université de Moscou, porte son attention sur les productions de notre vaste empire, et particulièrement sur les fossiles de notre gouvernement. C’est pour réaliser ses vues scientifiques que Son Excellence fonda la Société des’ Naturalistes de Moscou en 1805. De cette époque commence une nouvelle ère poux la géologie de notre gouvernement. C’est alors que parurent dans le Bulletin de la Société ces notices nombreuses
où éclatent une sagacité hors de ligne et une persévérance infatigable. Les fruits des recherches innombrables de Son Excellence furent publiés dans le grand ouvrage de l'Oryctographie, qui remplit à lui seul cette seconde époque.
Le fondateur de notre Société devint aussi le fondateur de la géologie rationnelle de notre gouvernement. Il ne se borne pas à la description, à la classification des fossiles, mais il les répartit en groupes, et tire de cette répartition des conclusions pour établir l’âge géologique des roches où ces groupes se présentent. Après une analyse laborieuse la science arrive avec lui à une synthèse puissante, à une généralisation riche d’idées et de faits Nous ne nous étendrons pas sur le mérite de ce grand ouvrage: nous nous bornerons à reproduire ce qu’en dit un des plus grands géologues, un des plus savants paléontologues de notre temps, Léopold de Buch (*) « Le grand ouvrage de M. Fischer nous donne une idée très claïre des formations dénudées aux environs de Moscou. »
Pour apprécier comme il convient le mérite de cet ouvrage, n'oublions pas que M. de Fischer avait à défricher un sol que personne n'avait touché avant lui (il nous semble en effet que l’ouvrage du Docteur Macquart lui était alors incon-
(*) Beitræge sur Bestimmung der Gebirgsformationen in Russland. 1840. p. 67.
nu ); il ne trouvait rien de fait, nuls précédents, aucune collaboration, et pas de collections. C'était donc pour lui une voie qu'il fallait se frayer seul, un édifice qu'il avait à élever sans trouver aucune aide autour de lui, et dont il devait rassembler les matériaux avec des moyens pécuniaires très insuflisans. Aussi son ouvrage fut-il extrêmement goûté: on en publia plusieurs extraits dans differentes feuilles périodiques, le Journal des Mines, le Journal des Ingénieurs, la Gazette de notre capitale et celle de notre gouvernement. L’impulsion que cet ouvrage imprima aux progrès de l'Histoire Naturelle fut éminente. Des officiers du corps des mines furent envoyés pour étudier notre gouvernement d’après les indications de l’Oryctographie. L’attention de savants illustres fut attirée sur le sol de notre pays. L'effet de l’ouvrage fut tel, qu'il se forma une société de savants voyageurs qui vinrent étudier notre sol. C’est donc encore à M. de Fischer que se rattache la troisième époque.