PARODIE
Ninon, les gars sont en fête, Le chasseur est à l'affût ; Plus d’un mari met sa tête A l'ombre d’un bois touffu ; Puisque le froid scandalise Les oiseaux, les moucherons, Devant le feu qu'on attise,
Eh bien nous nous chaufferons.
J'ai souvent trempé ma mie
Et ma croûte dans ton lait,
Et toi, tu t'es endormie
La tête sur mon gilet.
Dans les bois, parmi les roses, Nous avons fait bien des ronds ; Nous avons dit bien des choses
Eh bien, nous les redirons,
Ma lyre était monotone
Quand je chantais mon printemps.
Je veux chanter mon automne
Avec tous ses contretemps.
J'écouterai les murmures, Les sacres des bûcherons.
Les vieilles filles sont mûres
Mais point ne les cueillerons.
De ma pipe la fumée
Monte en cercle nuageux, Comme la prose rimée
Que j'étale en vers pompeux.
Dans ma cabane logée,
Tu feras, à pleins chaudrons, Cuire la vache enragée,
Ninon, que nous mangerons.
Montréal, novembre 1883.
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