LE THÉÂTRE PAÏEN
est dans l'usage auquel nous les appliquons, Conséquemment ne dites pas que les spectacles sont licites parce que tout ce qui les constitue est sorti de la main de Dieu ; voyez plutôt si ce qui s'y passe est bon ou mauvais, et jugez par là s'il esl permis de les fréquenter ou non *.
Assurément la réponse était péremptoire. Pour la compléter, Tertullien émet un principe qui est d'une haute importance, lorsqu'on veut décider un cas de morale. Dans l'ignorance où ils étaient du fait de la déchéance originelle, les païens trouvaient licites une foule de choses qui sont devenues dangereuses par la corruption de notre nature. Si, au lieu de perdre son innocence primitive, l'homme était resté tel qu'il est sorti des mains de Dieu, il n'y aurait pas ombre de péril dans ce qui depuis lors peut devenir pour lui une occasion de chute. La concupiscence, suite du péché, a donné un tout autre caractère à des objets qui sans elle n'otfriraient aucun danger moral. C'est à ce point de vue, nettement indiqué par Tertullien, qu'il convient de se placer, quand on veut tracer d'une main sûre la ligne du devoir : autrement on néglige la chose essentielle, la condition même du sujet, de laquelle doit dépendre nécessairement toute règle de conduite. Étant donné l'homme tel qu'il est, incliné au mal dès son enfance, aA-ec sa faiblesse morale et ses passions, la fréquentation du théâtre est-elle licite ou non? C'est dans ces termes qu'il faut poser la question, lorsqu'au lieu de se perdre dans une théorie purement idéale, on veut arriver à quelque solution pratique. Mais laissons de côté pour le moment ces considérations générales, pour suivre jusqu'au