‹ Tertullien (volume 2)Chapitre 53 sur 234 · Ad Nationes, i, 3, 7, 10 : ii · texte numérisé non relu

Ad Nationes, i, 3, 7, 10 : ii

2. Tandis que tous les chapitres du premier discours aux natious, à rexception du cinquième, ont passé dans l'Apologétique sous une nouvelle forme, le deuxième discours ne s'en rapproche que dans deux de ses chapitres, le xu« et le xvn». 11 va sans dire que toute cette division par chapitres ne provient pas de Tertullien lui-même, mais des premiers «éditeurs de se» œuvres. Du reste, cette remarque est applicable à la plupart des monuments littéraires de cette époque primitive.

08 i;apoi.ogétiqlk.

demande point de grâce, parce qu'elle n'est pas même étonné de son so-U. Étrangère ici-bas, elle sait que parmi des étrangers on trouve facilement des ennemis. Son origine, sa demeure, son espérance, son crédit, sa gloire, tout est dans le ciel. Pour le présent, elle ne réclame, qu'une chose, c'est qu'on no la condamne point sans la connaître. Qu'ont à redouter vos lois, au sein de leur empire, si vous l'écoutez? Leur pouvoir ne sora-t-il pas plus respecté quand elles ne condamneront la vérité qu'après l'avoir entendue? Que si vous la condamnez sans l'écouter, outre l'odieux qui s'attache à une pareille iniquité, vous donnez lieu de croire que vous refusez de l'entendre parce que vous ne pourriez plus la condamner après l'avoir entendue ^ ? »

Supposez Démosthène devenu chrétien et plaidant la cause de ses frères opprimés au deuxième siècle, c'est ainsi qu'il eût parlé, avec cette indignation contenue qui, malgré elle, éclate sous chaciue mot, et avec cette mâle sévérité qui dévoile dans le cœur des juges les motifs secrets de leur injustice. Toutefois, ce n'est là que le début d'un ouvrage qui peut soutenir la comparaison avec ce que l'éloquence a produit de plus remarquable dans tous les temps et dans tous les lieux. La grande difificulté qu'on éprouve dans l'analyse d'un pareil chef-d'œuvre, c'est de savoir se borner; car il faudrait le citer d'un bout à l'autre pour en épuiser les beautés. Ce né sont pas quelques passages seulement qui étincellent au milieu d'une argumentation victorieuse! le discours entier est écrit de main de maître. C'est pourquoi nous glisserons i-apidement sur la première partie de V Apologétique, parce

1; Apulog.. i.

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qu'elle reproduit au fond le premier discours aux nations. Mais, comme nous l'avons dit, il y a de l'un à l'autre un progrès de style et de méthode qu'on ne saurait trop relever. Tertullien commence donc par reprendre les arguments qu'il avait fait valoir ailleurs. Il montre ce qu'il y a d'inique dans la condamnation d'une cause qu'on ne se donne pas la peine d'instruire. Puis il examine successivement les chefs d'accusation qu'on articulait contre les chrétiens : le mépris pour l'autorité des ancêtres, et les crimes contre nature qu'une multitude prévenue supposait dans des cérémonies religieuses dont elle ignorait le sens. « J'en appelle à la nature, s'écrie-t-il, contre ceux qui jugent de tels bruits dignes de foi * » : comme cette reine de France qui, sous le poids d'une accusation non moins infâme, en appelait à toutes les mères devant un autre tribunal, auquel ce serait faire trop d'honneur que de le comparer même aux sanglantes assises du paganisme persécuteur. Après ce cri éloquent que lui arrache le dégoût qu'il éprouve pour de pareilles imputations, l'apologiste s'attache à démontrer ([ue le refus d'adorer les idoles ne saurait constituer un crime. « Nous cessons, dit-il, d'adorer vos dieux depuis que nous avons reconnu leur néant. Vous êtes donc en droit d'exiger de nous la preuve qu'ils ne sont pas des dieux, partant qu'ils ne méritent aucun culte, puisqu'il faudrait les adorer s'ils étaient réellement ce ((ue vous dites. Et les chrétiens seraient justement punissables, si ceux qu'ils refusent d'adorer, par la raison qu'ils sont convaincus de leur néant, étaient en effet des dieux *. »

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