Panégyrique de Trajan, xi
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pereur. Ce n'est qu'à la plus honteuse comme à la plus funeste flatterie qu'il appartient de le lui décerner. Tandis que vous avez un empereur, irez-vous saluer de ce titre quelqu'un de ses sujets ? Par ce sanglant et impardonnable outrage, n'attireriez-vous pas la vengeance de Tempereur sur votre tête, peut-être même sur la tête de celui (pie vous auriez honoré de ce nom? Commencez par respecter la divinité, si vous voulez qu'elle protège l'enqîereur. Si cette basse et sacrilège adulation ne rougit pas du mensonge, qu'elle redoute du moins de sinistres présages : c'est conspirer contre la vie de César que de l'appeler Dieu avant son apothéose \ »
En rappelant que le sénat avait coutume de n'élever au rang des dieux que les princes déjà morts, Tertullien défendait avec beaucoup d'habileté les chrétiens qui refusaient de jurer par le génie des empereurs vivants. Il est vrai que la plupart des Césars ne s'étaient pas fait faute de se décerner l'apothéose eux-mêmes. Ainsi, Domitien avait exigé que les lettres olïicielles de ses procurateurs commençassent par cette formule: Dominus ac Dens noster hœc fieri jubet ; et nul ne pouvait lui écrire ni lui parler sans lui donner ces titres". En disant que les littérateurs et les hommes d'État nourrissaient dans l'esprit des empereurs romains ce monstrueux orgueil (|ui les portait à se déifier, je ne prétends nullement que plusieurs d'entre eux n'eussent souscrit bien volontiers, du moins au fond de leur àme, à la critique qu'on faisait de ces étranges apothéoses. Ce que les apologistes chrétiens déclaraient ouvertement et à la face du monde entier, plus d'un païen honnête et éclairé dut le murmurer tout bas. Pour s'en