Apolog., xLii et passim
le glaive, qu'il est le ministre de Dieu et l'exécuteur de sa vengeance à l'égard de celui qui fait le mal*? Tertullieu cherche à établir entre la charité et la justice une antithèse qui n'existe point : à force d'insister sur le devoir qu'ont les particuliers d'étouffer toute idée de vengeance, il méconnaît le droit que possède la société de placer ses membres sous la sauvegarde de la force armée. Bref, il n'a pas une notion exacte de l'État, de son caractère et de son rôle providentiel. "Voilà pourquoi le service militaire lui semble une anomalie dans la loi nouvelle, un véritable renversement des préceptes de l'Évangile. Il sent bien lui-même qu'il est engagé sur un terrain peu sûr. Car enfin, on pouvait opposer que saint Jean-Baptiste, traçant le devoir aux soldats qui venaient à lui, ne leur avait pas enjoint de quitter leur profession ; que le Sauveur n'avait rien exigé de semblable du centurion dont il admirait la foi, ni saint Pierre du centenier Corneille, qu'il admettait dans l'Église. Aussi le rigide moraliste éprouve-t-il le besoin de mitiger ce que son opinion a de dur et d'exclusif. Il distingue alors entre les chrétiens qui se font soldats et les soldats qui deviennent chrétiens : tout en maintenant sa défense à l'égard des premiers, il permet aux seconds de persévérer dans leur état, pourvu qu'ils soient disposés à souffrir la mort plutôt que d'enfreindre la loi divine ^. Il est évident qu'une pareille restriction détruisait la thèse elle-même; car ce qui était possible à ceux-ci le devenait également pour ceux-là, et par conséquent on n'était pas en droit d'exiger des uns plus que des autres.