‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 24 sur 211 · Ad Martyres, m · texte numérisé non relu

Ad Martyres, m

80 PRËMIEU ESSAI DE ÎERTULLIEN.

pied de l'autel jusqu'à effusion de sang; quelquefois même, à ce qu'on m'a dit sur les lieux, il y en a qui expirent sous les coups, et cela, sans qu'aucun d'eux ait laissé échapper, je ne dirai pas un cri, mais un simple gémissement. Voilà ce que peuvent des enfants, et des hommes ne le pourront pas ! Voilà ce que fait la coutume, et la raison n'en aura pas la force!... Parlerai- je des armées? Eh bien! \e nom d'exercitus qu'elles portent ne vient-il pas, dites-moi, des exercices pénibles auxquels on les soumet? Quelle fatigue pour un soldat, lorsqu'il marche, d'être chargé de vivres pour plus de quinze jours, et de porter, outre cela, son bagage et un pieu! A l'égard du casque, du bouclier et de l'épée, il ne les compte pas plus pour un fardeau que ses épaules, ses bras, ses mains. Un langage usité parmi les soldats, c'est que leurs armes sont leurs membres ; et en effet, si l'occasion se présente, ils mettent bas le reste de leur fardeau et se servent aussi lestement de leurs armes que si elles faisaient partie de leur corps. Quel travail que celui de nos légions dans leurs divers exercices, course, mêlée, cris de guerre!... Mais les gladiateurs, des scélérats, des barbares, jusqu'où ne poussent-ils pas la constance? Pour peu qu'ils sachent leur métier, n'aiment-ils pas mieux recevoir un coup que de l'esquiver contre les règles ? On voit que ce qui les occupe le plus, c'est le soin de plaire à leur maître et aux spectateurs. Tout couverts de blessures, ils envoient demander à leur maître s'il est content : s'il l'est, ils sont prêts à tendre la gorge. Jamais le moindre d'entre eux a-t-il ou gémi, ou changé de visage? Quel art dans leur chute même, pour en dérober la honte aux yeux du public ! Renversés enfin aux pieds de leur adversaire, s'il leur présente le glaive, tournent-ils la tête? Voilà ce que l'exer-

cice, la réflexion et l'habitude ont de pouvoir. Quoi donc ? Un Samnite, un coquin, le dernier des mortels, pourra s'élever à ce degré de courage, et il y aura dans le cœur d'un homme né pour la gloire un endroit si faible que ni raison» ni réflexion ne puissent le fortifier* ? »

Je doute, Messieurs, que les exemples cités par Cicéron aient beaucoup de force pour soutenir l'àme humaine au milieu des souffrances, lorsqu'on les propose ainsi sans les relever par un motif supérieur. Dire à un homme, en présence d'un grand sacrifice, qu'on fouettait les enfants à Sparte, que les gladiateurs savaient mourir avec grâce, que les soldats supportent avec courage les fatigues de leur métier, c'est faire sur son esprit une médiocre impression. Tout cela prête admirablement à des exercices de rhétorique, et Cicéron s'y entendait à merveille ; mais, dans la pratique de la vie, les considérations de ce genre n'ont guère d'efficacité. L'auteur des Tmculanes l'a bien senti : aussi, pour prémunir le sage contre l'aiguillon de la douleur, éprouve-t-il le besoin d'appeler à son secours un grand mot, celui d'honneur. « La gloire, dit-il, a des attraits si forts qu'à la première lueur au travers de laquelle on croit l'entrevoir l'homme trouve doux et léger tout ce qui peut l'y conduire. Point de souffrance qui ne soit adoucie par de telles consolations et de tels lénitifs. » Cicéron rappelle à ce propos la mort d'Épam inondas, le dévouement des Déciùs, etc. Nul doute que le sentiment de l'honneur et l'amour de la gloire n'aient produit de grandes choses dans le monde ; mais il y a des souffrances ignorées, des sacrifices obscurs pour lesquels le mobile de l'honneur n'a pas la moindre force. Parler à un homme dont le nom, à

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