Hist, 1. VII, c
peurs. De Iraude? Ils sont voleurs. De cupidité? Ils sont avides de gain. De perfidie? Il n\ a pas d'hommes moins sincères qu'eux... Qui ne sait que l'Afrique entière a toujours brûlé du feu des passions obscèiîes? Vous diriez non pas une terre ou un séjour habité par des hommes, mais un Etna qui vomit des flammes impures... Qui ne sait que Timpudicité règne généralement parmi les Africains, à moins qu'ils ne se convertissent à Dieu, ou qu'ils ne changent de foi et de religion *? »
Peut-être y a-t-il quelque teinte d'exagération dans ces invectivas de Salvien dont la censure est souvent un peu outrée; mais il faut évidemment que des désordres trop réels aient donné lieu à un tel blâme. Ce dérèglement de mœurs que les auteurs païens eux-mêmes reprochent à l'Afrique explique bien des choses dans les monuments de l'éloquence chrétienne. Quand nous entendrons Tertullien tonner avec tant de véhémence contre les vices dont il est témoin, et déployer dans la règle du devoir une sévérité qui nous paraîtra excessive, nous nous rappellerons au milieu de quelle société il parlait, quelle effroyable corruption il voyait autour de lui, et ce souvenir, en diminuant notre étonnement,. nous fera juger avec indulgence l'austère moraliste jusque dans les écarts où Va entraîné une indignation vertueuse. C'est ainsi qu'à la vue des désordres qui régnaient en France, au dix-septième siècle, à la cour et dans les rangs de la noblesse, une école célèbre a pu en venir à ce rigorisme qui sacrifie la miséricorde à la justice et oublie le pardon pour ne plus se souvenir que du châtiment : de tels excès, si une saine doc-
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trine ne peut les approuver, trouvent du moins leur excuse dans les circonstances qui lesprovocpientet dans le sentiment de la vertu qu'ils supposent.
Je n'aurais pas, Messieurs, décrit suffisamment le milieu dans lequel ont vécu les orateurs chrétiens dont nous commençons l'étude, si je n'ajoutais en même temps quelques détails sur l'état des lettres dans cette partie du monde romain. L'ancien idiome des Carthaginois avait été la langue punique, fille de la langue phénicienne qui elle-même offre de grandes affinités avec l'hébreu. Nous trouvons dans une comédie de Plante, intitulée Pœnulm ou le jeune Carthaginois, plusieurs passages en langue punique, qui peuvent donner quelque idée de ce dialecte oriental. Mais, par suite de Tentièré destruction de Carthage, l'idiome des vaincus avait dû fle réfugier dans quelques villages africains, oii il finit par se dénaturer et se perdre. « C'était le propre de la conquête romaine, dit Pline l'Ancien, de ramener à une langue commune les idiomes sauvages et discordants des races humaines*.» Lors donc que C. Gracchus, et après lui César, envoyèrent des colons italiens pour repeupler Carthage et occuper les côtes de la Libye, ces derniers y portèrent avec eux la langue latine, sans exclure néanmoins l'usage du grec. J'ai expliqué plus d'une fois par quelle réunion de causes la langue grecque avait survécu à la domination universelle de Rome, pour rester en général l'idiome de la politesse et de la science à côté de l'idiome officiel du pouvoir et de l'autorité. C'est ainsi que nous avons vu, l'an dernier, saint Irénée écrire en grec son traité contre les hérésies dans l'une des provinces les