‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 62 sur 211 · Esprit des lois, 1. xii, c. vii · texte numérisé non relu

Esprit des lois, 1. xii, c. vii

3» Tacite, Annales^ i, 94; Suétone, in Tiber., 58, 61.

se débarrasser d'un homme qui par ses talents donnait de l'ombrage au pouvoir ou dont les richesses excitaient l'envie, les délateurs se hâtaient de glisser à la sourdine, sous le prétexte le plus futile, une accusation de lèse-majesté, et la peine capitale était prononcée. « On épiait les paroles de l'ivresse, dit Sénèque, les naïvetés de la plaisanterie : tout était danger, tout prétexte de sévir était bon. On ne s'informait plus du résultat des accusations, parce qu'il n'y en avait qu'un * . » Vous concevez dès lors, Messieurs, qu^un procédé si commode n'ait pas dû être négligé à l'égard des chrétiens: les charger du crime de lèse-majesté, c'était les vouer à une mort certaine.

Ici du moins, je dois l'avouer, la magistrature romaine trouvait une apparence de raison dans le refus d'un chrétien de jurer par le génie ou par la fortune des Césars. Qui ne voit avec quelle facilité des légistes aussi exercés que ceux de l'ancienne Rome pouvaient transformer ce refus en manque de respect pour la majesté impériale? Grâce au progrès intellectuel dont nous sommes redevables à l'Évangile, nous avons peine à comprendre aujourd'hui que l'esprit d'un peuple ait pu descendre jusqu'à déifier les hommes les plus infâmes qui aient paru sur la terre ; et c'est avec raison que nous voyons le comble de la démence dans les prétentions de cette lignée de misérables assez dijpes d'eux-mêmes pour prendre leur divinité au sérieux. Mais, sans vouloir contester que la manie de l'apothéose chez les premiers empereurs romains présente à certains égards les symptômes d'une véritable folie, je dirai néanmoins que leur conduite était plus logique qu'on ne le pense d'ordinaire. Ne perdons pas de vue

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