‹ Tertullien (volume 3)Chapitre 99 sur 211 · De Spectac, xiii · texte numérisé non relu

De Spectac, xiii

qui peuvent être assimilés à une sorte d'apostasie. Il ne faut pas se le dissimuler, en eflTet, le théâtre païen était une manifestation extérieure on un prolongement du culte. Depuis les pièces d'Eschyle, qu'on pourrait sqppeler avec quelque raison les mystères du polythéisme grec, jusqu'aux jeux du cirque romain, auxquels venait se mêler tout l'appareil des sacrifices, la religion n'était étrangère à aucune des productions de la scène antique. Chez les païens, le sacré et le profane étaient tellement confondus qu'on aurait eu peine à les distinguer l'un' de l'autre. Le théâtre s'appuyait sur le temple et les spectacles faisaient partie de la religion elle-même. Gela est si vrai que les jeux scéniques furent introduits à Rome l'an 390, à l'occasion d'une peste qu'il s'agissait d'y conjurer*. C'est dire assez qu'on les envisageait dans le prin* cipe comme une cérémonie du culte. Depuis lors, sans doute» le théâtre avait subi des modifications profondes ; mais les formes extérieures que l'idolâtrie lui avait imprimées dès l'origine survivaient à l'affaiblissement de l'esprit religieux. De là cette interdiction absolue dont les premiers moralistes chrétiens frappent les spectacles du paganisme; loin de sortir des limites de la vérité, l'argumentation de Tertullien est aussi exacte que vigoureuse et pressante;

En voyant que les Pères de l'Église motivaient la condamnation des spectacles de leur temps sur l'idolâtrie qui en faisait le fond, on s'est imaginé parfois que leurs raisons ne s'appliquent nullement au théâtre moderne. Mais il s'en faut bien que les moralistes chrétiens des premiers siècles n'aient blâmé ces divertissements que parce qu'ils y retrouvaient

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l'esprit et le caractère du polythéisme. Après avoir montré dans une première partie que les fidèles ne pouvaient^ sans renier leur foi, prendre part à des jeux consacrés aux divinités païennes, TertuUien examine la question suivant les principes de la morale. Il s'attache à prouver que tout ce qui se pratique dans les spectacles est contraire aux préceptes de l'Évangile. En développant cette nouvelle série d'arguments, il ne se renferme plus dans les conditions spéciales du théâtre païen. Les raisons qu'il donne ont une autre portée et s'accordent avec les considérations qu'ont fait valoir à cet égard des moralistes plus récents. C'est ce que nous verrons la prochaine fois.

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