‹ Tertullien (volume 4)Chapitre 138 sur 223 · De Fuga in persecutione, xii · texte numérisé non relu

De Fuga in persecutione, xii

320 LE MONTANISME.

derrière l'autorité des nouveaux prophètes. Pour comprendre sa doctrine, il faut avoir reçu le Paraclet, formule sacramentelle qui exprime l'affiliation à l'école de Montan K En effet, ces paroles donnent la clef du traité sur la Fuite pendant la persécution.

L'esprit du montanisme s'y révèle d'un bout à l'autre. Nous l'avons vu, les faux mystiques du ii^ siècle voulaient réduire l'homme à un état de pure passivité, en le dépouillant de son action propre et personnelle. Leur théorie sur l'extase ou sur l'inspiration divine les amenait à ce résultat. Dès lors , le sentiment dont Tertullien entreprend la défense s'explique de lui-même. Une persécution éclate : il faut rester immobile entre les mains de Dieu, attendre en silence que l'arrêt de mort vienne nous frapper, et ne faire aucun effort pour détourner de notre tête le coup qui nous menace. Agir autrement, c'est s'insurger contre la Providence et méconnaître le plan divin ; car Dieu veut la persécution, donc il n'est pas permis de la fuir sans accuser sa bonté ou se défier de sa puissance. Or, ce qui n'est pas licite devient également inutile, car le bras de Dieu peut nous atteindre partout où nous fuyons. Cette théorie, qui part d'une idée défectueuse de l'économie providentielle, qui confond la simple permission divine avec la volonté positive et directe, tend à effacer l'homme comme principe d'activité morale, et aboutit par voie de conséquence au fatalisme, écueil ordinaire des faux mystiques. Toutefois, Messieurs, ce qu'on ne peut trop admirer au milieu de ces aberra-

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