Scorpiaque, v
d'expiation, le préservent des peines de l'éternité. La mort du corps, quand elle est subie pour accomplir la volonté divine, est un antidote contre la mort de l'âme et un gage assuré de la vie future. En face de la récompense qui attend le témoin de la foi, le panégyriste du martyre se laisse aller à l'enthousiasme qu'excite en lui cette brillante perspective. Ici, nous retrouvons les accents généreux qui nous avaient émus dans YExhorlation aux confesseurs de Carthage. Ce n'est plus le logicien qui discute froidement la raison du devoir; c'est le prêtre qui célèbre d'un ton inspiré les combats de la foi :
« Avec quel empressement le monde ne célèbre-t-il point ces combats et ces joutes solennelles que la superstition, d'accord avec le plaisir, inventa autrefois chez les Grecs! l'Afrique elle-même peut l'attester. Toutes les cités troublent encore de leurs applaudissements la ville de Carthage, gratifiée naguère des jeux pythiques, dans la vieillesse du stade. Ainsi, l'on a cru de tous temps que pour enflammer l'émulation, accroître la force du corps ou l'étendue de la voix, il convenait de donner aux athlètes une récompense pour but, des spectateurs pour juges, une sentence pour aiguillon. A ce prix, plus de fatigues, plus de blessures. Les coups de poing s'échangent, les talons s'entre-choquent, le ceste déchire les chairs, les fouets labourent la peau : en est-il un seul qui songe à reprocher au juge du combat d'avoir exposé des hommes à la violence? En dehors du stade on demande réparation d'un outrage ; ici, les coups et les meurtrissures disparaissent sous l'éblouissant prestige des couronnes et des applaudissements, des présents , des largesses publiques , des dis-
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tinctions civiles, des images et des statues; elles s'elTacent devant l'espoir de se survivre à soi-même dans le souvenir des hommes, et devant la chimérique immortalité que l'on promet à son nom. A vez-vous jamais entendu l'athlète se plaindre de ses blessures? Non, car il les a voulues. La couronne cache ses plaies ; la palme dissimule le sang qui coule; il est plus enllé de sa victoire qu'irrité de l'outrage. Dites-moi, tiendrez -vous pour insulté ce combattant si joyeux? Mais quoi! Le vaincu lui-même reproche-t-il son infortune au président des jeux? Et il serait inconvenant pour Dieu de proposer ses jeu^if et ses combats? de nous ouvrir cette arène dans laquelle il nous donne en spectacle aux hommes , aux anges et à toutes les puissances? d'éprouver quelle est la force ou la constance de l'âme et de la chair? de distribuer à celui-ci la palme, à celui-là des honneurs; à l'un le droit de cité, à l'autre des récompenses? d'en réprouver quelques-uns et de rejeter avec ignominie ceux qu'il aura châtiés? En vérité, n'allez-vous pas prescrire à Dieu, outre le temps et le lieu, la manière dont il doit juger sa famille, comme s'il n'appartenait pas au juge de prononcer avant les autres ^ ! »
Il ne faut donc pas se plaindre des épreuves auxquelles Dieu soumet ses serviteurs , puisque les hommes se font gloire de leurs souffrances pour amuser leurs semblables. Qu'est-ce que les récompenses terrestres décernées aux uns, en regard du bonheur éternel réservé aux autres? Partant de là, Tertullien oppose aux détracteurs