De cor., i
jun peu gêné pour exprimer toute son opinion en dehors de ses 1 ouvrages destinés aux seuls chrétiens. En parlant du service militaire, il garde en public une prudence qui va presque jusqu'au mensonge, alors qu'il dit assez hautement ce qu'il pense du patriotisme, des traditions romaines, même du service civil. C'est qu'il y avait encore quelque chose de très grave, presque d'impudent à avouer qu'on ne voulait pas être soldat. Les Romains d'alors ne mettaient certes pas grand enthousiasme à s'enrôler et leur armée allait leur échapper de plus en plus ', malgré l'effort de relèvement tenté par Sévère; mais il était convenu qu'on ne proclamait pas ces choses-là. Dans le langage courant, un terme de mépris servait à désigner tout homme qui reculait devant le devoir militaire et affichait une sensibilité exagérée; on disait qu'il était ignaviis % ce qui signifiait à la fois lâche et inutile.
Tertullien était d'ailleurs obligé de s'avouer qu'il y avait des chrétiens dans l'armée et que l'Église tenait pour sacrés des textes, pour respectables des traditions, qui semblaient effectivement autoriser les fidèles à faire la guerre.
Qu'il y eût des chrétiens soldats, Tertullien le dit explicitement plusieurs fois '. Quand il écrit dans V Apologétique : « Nous sommes soldats comme vous '' », il a l'air de trouver très bien qu'il en soit ainsi, car il paraît, en employant cette formule, « nous sommes soldats », se solidariser avec les chrétiens qui sont soldats. Telle n'est pourtant pas sa pensée. Il y a des chrétiens dans l'armée ; c'est là un fait qu'il constate et qui lui fournit un utile argument dans le raisonnement qu'il développe : il s'agit alors pour lui d'établir que les chrétiens ne sont pas des inutiles et qu'ils ressemblent à tout le monde, eux qu'on met à part de tous les hommes ; mais il n'approuve pas plus les chrétiens d'être soldats qu'il ne les approuve de se livrer au commerce, en constatant qu'ils le font. Il dit nous, simplement parce qu'il parle en leur nom à tous et s'institue leur avocat. Sans doute — avoue-t-il — Saint Jean a admis des soldats au baptême "' ; Moïse, Aaron, Jean luimême, le peuple de Dieu tout entier, ont porté les armes *"' et ces illustres exemples sont, aux yeux de beaucoup de chrétiens, pleinement décisifs ^; toutefois, c'est jouer sur les mots** que de s'en