‹ TertullienChapitre 185 sur 561 · LE SERVICE MILITAIRE, LE SERVICE CIVIL ET L IMPOT I · texte numérisé non relu

LE SERVICE MILITAIRE, LE SERVICE CIVIL ET L IMPOT I

mais le fait était plus fort qu'eux et il était contre eux. Aussi bien était-ce du côté du fait que se rangeait Saint Augustin et il prenait à tâche de rassurer ceux de ses frères qui gardaient encore quelques scrupules. Sans doute, disait-il, ceux-là sont plus élevés auprès de Dieu [majoris quidem loci sunt apud Deum) qui, abandonnant les dignités du siècle, se consacrent tout à lui, mais il est écrit que chacun reçoit du Créateur le don qui lui est propre '. Evidemment mieux vaudrait qu'il n'y eût point de telles diversités, toutefois il ne faut point désirer vivre tout de suite au milieu des justes et des saints. Il suffit pour ne pas pécher de ne pas aimer la guerre pour la guerre, mais seulement pour la paix qu'elle donne \ Telle est désormais la doctrine officielle '.

En fait, les chrétiens de la moyenne n'avaient jamais, et par principe, fui le service militaire : les exagérés seuls s'étaient toujours abstenus. Pour beaucoup, c'était suivre un conseil de prudence humaine que de ne pas se faire remarquer par une résistance intempestive aux nécessités de la vie courante; il s'établissait probablement un compromis entre leurs habitudes, leurs sentiments héréditaires et leur foi ; ce compromis ne prenait fin qu'au jour où il leur fallait sacrifier la foi à la tradition militaire. Je suis porté à croire que les chrétiens soldats avaient ordinairement la conscience plus souple que ne le laisserait supposer la lecture des Pères et des Actes des Martyrs, qu'ils savaient faire de larges concessions aux exigences de leur métier ; il me paraît, par exemple, vraisemblable qu'ils ne se jugeaient pas atteints par le paganisme du camp tant qu'ils n'étaient pas personnellement et ouvertement obligés d'y avoir part ; j'incline même à penser qu'ils ne poussaient pas tous les scrupules très loin sur ce point même, et qu'ils savaient déjà pratiquer la restriction mentale. Je me fonde sur cette remarque que, parmi nos inscriptions relatives à des soldats chrétiens, très peu se rapportent à de simples soldats ; or, je ne vois pas comment on pourrait soutenir que des officiers échappaient complètement aux exigences païennes du métier militaire \

Nous ignorons combien il y eut, en moyenne, de soldats chré-

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