August., De bono conjttg., II
l'Eglise, sa mère ; des enfants ne sont pour lui qu'un embarras, qu'une gêne dans la grande affaire du salut \ Le jour suprême est proche et, sans doute, il surprendra le monde au milieu des noces et des accouchements % alors — le Maître l'a dit — malheur aux nourrices et malheur aux femmes enceintes '! Ce sera le diable en personne qui se chargera de leurs couches \ Telles sont les idées que Tertullien expose dans les ouvrages qu'il destinait à être les guides du chrétien, celles donc qui sont véritablement selon sa foi\
Il les contredit pourtant ailleurs : nous l'entendons proclamer la dignité de la chair ^, la sainteté du mariage ', de la génération, de la maternité ^ et cela, en des termes si clairs et si énergiques qu'ils sont diflficiles à citer, même en latin. Il insiste sur l'affection de Jésus pour les enfants " et il soutient, avec la violence qu'il met en toutes choses, la doctrine qui est encore celle de l'Église '". Pourquoi donc en vient-il à se contredire ainsi, de si formelle façon? A y regarder de près, quand il chante le mariage et la dignité des mères, ce n'est en aucune manière une palinodie qu'il entonne ; il s'abandonne simplement à une nécessité de polémique. Il est essentiellement homme du moment; sa logique est solide, mais elle est opportuniste et il arrive que la rigueur de ses raisonnements d'avocat l'entraîne assez loin de sa véritable convic-
1. De monog., i6 : Haeredes scilicet Christianus quaeret saeculitotius exhaeres. Habet fratres, habet ecclesiam matrem. — De exhort. castit., 12 : apud nos importunitas liberorum, ad quos suscipiendos legibus compellentur homines. — Ad iixor., I, 5 : nobis otiosum est... Satis de salute nostra securi sumus ut liberis vacemus?