‹ TertullienChapitre 285 sur 561 · Ad nat., I · texte numérisé non relu

Ad nat., I

4. Marquardt et Mommsen, Vie privée, I, p. 81 et n. 3 de la traduction ; Plut., Conj. praec, 2g; amare se dit d'une liaison illicite: Ter., Andr., I, 2, 20, et amator est une injure : Plaut., Asiii., 921, 924 et s.

5. Clém. Alex., Strom., II, 20, 107, d'après Antisthène qu'il approuve : tôv Tô ëpuTa nxKÎxv (p-fiffl tpûaew;. August., Con/ess., III, 1,1.

avant le mariage, parce que, dit-il en substance, un tel penchant n'est jamais, au fond, qu'un désir charnel et que le désir est impur ; il ne croit guère à l'amour platonique; aussi pense-t-il qu'il faut, autant que possible, décourager l'amour en voilant les vierges '.

Cette interdiction préalable de l'amour n'est déjà pas favorable au mariage ; mais, supposons l'obstacle franchi et la famille constituée. Tertullien n'en bannit pas l'affection, à la condition qu'elle garde ce caractère de modération que le chrétien doit conserver en toute circonstance ; il ne dédaigne même pas, sans d'ailleurs y insister, de prescrire l'amour filial ^. Toutefois, outre qu'il n'y a, dans cette recommandation incidente, que la simple réédition personnelle d'un précepte évangélique, l'amour familial que le chrétien peut avoir en son cœur, il le doit à tous les membres de la famille chrétienne '; or, étendre de la sorte des sentiments nécessairement égoïstes en quelques parties, c'est les affaiblir, au point de les rendre insaisissables, les réduire à l'état d'abstraction. Encore Tertullien maintient-il dans toute sa rigueur l'obligation du détachement de la famille pour le prêtre, qui ne doit point se détourner un instant du service de Dieu, même pour ensevelir son père \ Quant au simple laïque, qui bénéficie sur ce point, comme sur d'autres, d'une indulgence nécessaire, il ne faut pas qu'il se fasse d'illusion sur la portée de la concession qui lui est faite : si jamais le moindre conflit s'élève en son cœur entre les affections de la terre et l'amour de Dieu, il n'a pas le droit d'hésiter, .car tout chrétien, qui fait passer sa mère ou ses frères avant le Verbe divin, est un disciple indigne \ L'amour de Dieu emplit presque toute l'âme du vrai fidèle; l'amour humain doit se contenter de la petite place qui lui est laissée par grâce, sans être jamais sûr de n'en pas être un jour expulsé '^.

Tertullien pouvait apporter, dans l'exposé de ces idées, une raideur personnelle qui les rendait particulièrenient rigoureuses, mais elles étaient conformes à l'esprit du christianisme, qui est essentiellement religion de renoncement et qui a toujours considéré le sacrifice le plus pénible à l'homme comme le plus agréable à Dieu.

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