‹ TertullienChapitre 32 sur 561 · Mommsen, Droit public, VII, pp. 495 et s · texte numérisé non relu

Mommsen, Droit public, VII, pp. 495 et s

5. Tacite, Ann., I, 2 ; Munera scnatus, magistratuum, legum in se trahit (l'empereur). Mommsen, op. cit., V, p. 4 et notes.

LE PRINCIPE DU POUVOIR IMPÉRIAL ET l'eMPEREUR 23

se délègue que lorsqu'elle ne peut faire autrement. Peu importent, en ce cas, les fictions du droit public ' et il est clair que l'Empereur ne les garda que pour couvrir un fait. César et Auguste furent assurément des hommes habiles et ils prirent souci de ménager quelque transition entre la république et le pouvoir personnel, mais, en définitive, ils furent surtout des soldats heureux; ils eurent la force et elle leur donna l'Empire. En un sens, Sylla avait été empereur avant eux, car il avait agi, à des nuances près, comme eux. Or, les pouvoirs de Sylla, ceux de César et ceux d'Auguste étaient légaux, puisqu'on pouvait produire le texte des lois qui les consacraient; mais, en réalité, leur autorité inconstitutionnelle était fondée sur l'armée. Auguste, rendu prudent par la fin de César, s'était montré très soucieux des apparences et avait aussi soigneusement que possible conservé les vieilles formes; mais la précaution était devenue inutile très vite, les Romains étant mûrs pour la servitude. Tibère avait supprimé les comices ; il ne restait donc plus dans l'État qu'un corps politique, le Sénat. Son autorité était, dit-on, légale et perpétuelle ; elle durait en quelque sorte au dessus de celle du principat, qui devait se renouveler à la mort de chaque prince . Telle est, en effet, la fiction constitutionnelle ' ; mais, dans la réalité, le Sénat pouvait-il être le véritable délégué du peuple, puisqu'il ne se recrutait plus parmi des hommes élus par lui? Pouvaitil alors déléguer à son tour la puissance impériale qui ne résidait que dans le peuple souverain ? Sans doute, trente licteurs avaient

1 . Mommsen cite deux textes : l'un est de Dion Cassius, Sg, 6 : ttiv à^yr^^»

xoivwve'.v ff'f(fft Caïus au sénat.. CrJsyzxo ; l'autre est de Pomponius ap.

Digeste, XLIII, 12, 2 : Quominusex publico flumine ducatur aqua, nihil impedit, nisi imperator aut senatus vetet. Je ne vois guère là que de la politesse officielle dans un cas, tout au plus du protocole juridique dans l'autre. Peu importe que Néron se soit fait excuser de n'avoir pu assister à une séance du Sénat parce qu'il avait un enrouement (Suet., Néron, 41 ; Dion Cass., 63, 26), il n'en faisait pas moins toutes ses volontés, sans être arrêté un instant par l'opinion du Sénat; elle n'intéressait que sa vanité de comédien quand il était en scène.

2. Mommsen, Droit public, VII, p. 495. Que le Sénat ait conservé de grandes prétentions ce n'est pas douteux ; je n'en veux pour preuve que le mot de Dion Cass. cité par Mommsen : xai t£|jlv6v xal à^îo)>oYÔv i<sv. x6 iz xr.v jîou>kr,v itâvTwv n'jp(av ôoxeïv slvat. Il convient d'en rapprocher le curieux oracle qu'on fait courir à la fin du iii« siècle et qui prédit l'Empire au dernier descendant de l'Empereur sénatorial Tacite, lui annonce des victoires extraordinaires, cent vingt ans de vie et un bon testament, par lequel il léguera son pouvoir au Sénd.x.{Vita Floriayii, 2). Mais le premier homme venu peut rêver du pouvoir suprême, comme le fit le Sénat au cours du 111° siècle, sans qu'il soit pour cela prouvé qu'il y puisse atteindre jamais, ni même qu'il ait le droit d'y prétendre. 11 ne me semble même pas que, si digne que Dion jugeât la chose, le Sénat ait jamais paru être le maître sous l'empire, au moins aux yeux des hommes qui ne s'attachaient pas aux formes vides et aux étiquettes trompeuses.

depuis longtemps suffi à représenter l'assemblée curiate, mais personne ne les avait jamais pu prendre pour elle ; on ne pouvait davantage considérer le Sénat comme le délégué permanent du peuple. Mommsen avoue lui-même que la conception de la dyarchie demeura réellement vide \ Il en faut voir la cause peut-être plus encore dans l'insuffisance du Sénat que dans le développement prévu de la puissance absolue de l'Empereur. Fort affaibli par Auguste, le Sénat ne sut ou ne put profiter des bonnes dispositions officielles de Tibère débutant et il le découragea au point de le dégoûter; avili parCaligula, par Néron, par Domitien % et, à part de louables exceptions, supportant son avilissement au moins avec résignation, il n'avait retrouvé sous les Antonins qu'un prestige factice. La considération dont l'avaient entouré, sincèrement sans doute, les cinq premiers princes de cette série heureuse ^ ne lui avait point rendu l'esprit politique et n'avait guère fait que mettre en relief l'insuffisance d'une aristocratie gâtée à la fois par une trop longue servitude et par le cosmopolitisme *. Au reste, son heure de gloire restaurée avait été courte ; Commode s'était chargé de remettre les choses en l'ancien état. Piteux, à force d'impuissance, avait été le rôle du Sénat durant les guerres qui avaient suivi le meurtre du fils de Marc Aurèle \ Septime Sévère n'avait pas été tendre à ceux qui avaient embrassé le parti de Niger ® contre lui et l'avaient même déclaré ennemi public '; Caracalla devait user son ingéniosité à humilier les malheureux Pères Conscrits ''. En définitive toute la philosophie de l'état romain, à la fin du ii« siècle, semblait tenir dans le mot cynique prêté à Sévère : « Contentez le soldat et moquez-vous du reste » ^.

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