Ep., III, 157, 23 et s
pas été, pour cela, moins agréables aux yeux de Dieu; ce n'est pas, en effet, la richesse qui condamne le riche, pas plus que ce n'est la pauvreté qui glorifie le pauvre et lui gagne le royaume des cieux ; mais c'est l'impiété qui perd le riche, s'il s'y abandonne, comme c'est la piété qui sauve le pauvre, s'il la pratique exactement ; tel est le sens qu'il convient de donner à l'histoire de Lazare le bon pauvre '. Abraham était donc riche, mais il n'était pas attaché à ses richesses; c'est pourquoi il était saint. Les partisans d'une observance plus rigoureuse et plus littérale des prescriptions divines soulèvent, il est vrai, des objections \ Abraham, Isaac et Jacob, disent-ils, par exemple, n'ont pas vendu leurs biens, parce que le Seigneur ne l'avait pas encore ordonné ; mais, maintenant, nous vivons sous le régime de la Loi Nouvelle, qui l'a effectivement prescrit : les propres paroles du Maître en font foi ^ Augustin était bien obligé d'avouer qu'il y avait, dans cette réplique, quelque apparence de raison ". Seulement, poursuit-il, remarquons bien à qui le Seigneur a dit : « Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres »; c'est à un jeune homme riche, qui demandait au Christ comment il fallait faire pour arriver à la vie véritable. Le Maître ne lui a pas tout d'abord répondu : « Vends ce que tu as », mais seulement : « observe les commandements » ; c'est seulement quand le jeune homme lui a affirmé qu'il les observait qu'il a ajouté : « Si tu veux être parfait, va et vends ton bien. » Il faut donc distinguer entre la vie, à laquelle on peut arriver quoique riche, et la perfection, qui exige le renoncement absolu. Saint Paul a instruit des riches ^ et il ne les a vraisemblablement pas trompés ; or, il ne leur a pas dit de vendre leurs biens et d'en distribuer le prix aux pauvres; il s'est contenté de les mettre en garde contre les pensées d'orgueil que les richesses pourraient leur donner. Mais on peut objecter ^ que, selon l'Évangile, un chameau passerait plus facilement par le trou de l'aiguille qu'un riche n'entrerait dans le royaume des cieux ; alors l'Apôtre aurait parlé contre le Seigneur dans sa lettre à Timothée ; à moins encore que ceux qui font l'objection ne comprennent pas l'Évangile et ne sachent pas ce qu'ils disent. Puisque le chrétien doit choisir entre eux et l'Apôtre ', Saint Augustin choisit l'Apôtre, car il n'oublie pas qu'il est écrit : « Ce